Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

31.3.09

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (11)
30 Mars : Langonnet


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). Souffler est bien jouer.

Texte et photos François Corneloup



Jour 11 – 30/03/09 : Langonnet – Repos

Pas de concert aujourd’hui.
Pour son premier jour de congé, Next vous offre les premiers clichés de son album de vacances. Nous avons d’ailleurs retrouvé un cousin éloigné du bison d’Hope Street.

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Rappel : Le bison de Muybridge

30.3.09

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (10)
29 Mars : Questembert


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). Un dimanche à Questembert.

Texte et photos François Corneloup



Jour 10 – 29/03/09 : Questembert – L’asphodène

Hier, Dimanche, concert en matinée. Ca veut dire qu’on joue l’après-midi.
Je ne sais pas pourquoi on dit comme ça. Une expression peut-être inventée par un lève tard…En tous cas, nous avons joué et bien joué. Ce concert clôturait en quelque sorte la première série de cette tournée. Les trois prochains jours seront chômés. Nous l’avons mérité. Alors nous avons fêté en beauté l’achèvement de cette première tranche de travaux. Comme des charpentiers qui perchent un bouquet sur la toiture enfin terminée, nous avons dans un dernier baroud avant la trêve, embelli le programme de Next en lui accrochant de magnifiques improvisations, inédites, inattendues, inouïes. Cette dimension dans le jeu de l’orchestre commence à prendre une place de plus en plus assurée. Et c’est tant mieux. Car maintenant, ce programme n’est plus une fin en soi. Il prend progressivement sa juste place, celle d’un prétexte à la rencontre, juste un sujet de conversation parmi d’autres, une amorce à l’invention, à la mise en valeur des musiciens et non l’inverse. Paradoxalement, plus l’orchestre se libère, plus les compositions prennent intrinsèquement leur sens. C’est la distance prise avec elles qui leur donne leur valeur poétique. Elles n’existent que parce qu’elles sont habitées.

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NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (9)
28 Mars : Brest – Penn ar Jazz


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). Penn Ar Jazz, in Brest, si bien situé à l'Ouest, est le lieu désigné de toutes les rencontres.

Texte et photos François Corneloup



Jour 9 – 28/03/09 : Brest – Le Vauban

Brest, Finistère… finis terrae, nous dit l’étymologie, le bout de la terre, le bout du monde, Penn ar Jazz, au bout du Jazz en breton. Un défi à l’éloignement lancé par Christophe Rocher et son association il y a quelques années maintenant, brandi toujours haut et fort par Janick, Pascale, Christophe Mevel et Julien à la face du territoire européen qui à cette longitude n’est qu’orient. Après la terre, après le jazz, le vide? Question de point de vue. Le Brestois au pied volontiers plus marin qu’un ministre de la culture centralisé par exemple, voit bien autre chose qu’un néant insondable en regardant vers l’ouest. L’océan, puis le monde entier… Tiens ! Les musiciens transatlantiques de l’orchestre n’ont finalement jamais été plus près de chez eux qu’hier. C’est d’ailleurs là, à Minneapolis que j’avais retrouvé Christophe (Rocher) au printemps dernier*. Et Hop ! Un tour du monde ! La boucle est bouclée. Il n’y a que pour les immobiles que le reste du monde est loin. Quand la terre fait son tour, on appelle ça « révolution ». Tiens donc… Alors, Next, installe son bal dans le Cabaret du Vauban, premier dancing de la ville à avoir rouvert ses portes après les bombardements ravageurs. La décoration est d’époque. Ce soir, nous ferons danser l’improvisation. Premier temps fort du concert : Should Talk. C’est le titre d’un groove lancinant porté à l’irrésistible par un trio guitare/basse/batterie redoutablement efficace. Mais nous sortirons aussi des tempos battus. Un autre temps fort sera cette improvisation ou timbres de basse, guitare, violon et saxophone se mélangent en un contrepoint spontané. La matière est insaisissable. On ne peut que percevoir un mouvement sans en saisir la logique. Subtile mécanique des fluides qui berce et envoûte les sens comme l’algue ondoie dans la vague. Une autre manière de danser finalement
Après la terre, il y a la mer. Au bout du jazz, un abîme multicolore de sensualité. Il n’y avait qu’un petit pas de plus à faire. D’une main bienveillante et fraternelle posée sur l’épaule, Penn ar Jazz a doucement poussé Next à plonger dans ces eaux nouvelles…
Le poète dit : "La mer, sans cesse recommencée…"

*Festival Minnesota sur Seine 2008 :
Christophe Rocher & Christopher Bjurström duo 18 mai
Dominique Pifarély Trio invites Tim Berne - François Corneloup “Next” 23 mai



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29.3.09

QUELQUES NOTES À PROPOS DE L'AUTRE


Barney Bush, poète et activiste, interviewé par Emmanuel Pedler

Le cinéaste Abraham Polonsky, réalisateur du film Willie Boy en 1969, un des tout premiers films à montrer un Indien (Amérindien) contemporain, ouvrait alors ainsi un entretien avec la revue Positif : "Il y a le mythe de l'Ouest ; pour les Américains, c'est le Paradis perdu, pour les indiens c'est le génocide. Dès qu'un Américain accepte l'idée que ce Paradis perdu n'a été que le massacre des Indiens, le mythe commence à disparaître et il peut commencer à voir l'Ouest tel qu'il était : la Conquête d'un pays par des étrangers qui ont pris tout ce qu'ils ont trouvé et qui n'ont même pas laissé leur identité aux habitants des lieux".

Cette idée exprime bien cette réflexion en mouvement qui s'opère parfois chez les descendants des colons. Néanmoins, la place de l'Indien préoccupe une minorité d'Américains (par Américains on pourrait entendre non seulement les habitants de l'Amérique, mais aussi tous les habitants du rêve américain qui a saisi toute la planète).

La culture américaine est grandement une culture qui s'est constituée par l'oubli d'une réalité inadmissible. Plus on oublie sa culture d'origine, plus on est américain. Il y a schématiquement dans cette culture deux mondes : l'Amérique (seul pays - comme le notait Jean-Luc Godard dans le film Éloge de l'Amour - qui n'a pas de nom propre, le Brésil, le Canada, le Mexique sont aussi des Etats-Unis d'Amérique) et l'autre monde figuré par l'Autre (la fascination de l'Amérique pour le danger des invasions extra-terrestres est révélatrice). Les huit années de l'administration Bush ont montré de façon très violente cette vision en la poussant jusqu'à son appauvrissement manifeste. Mais ces huit années ne sont ni un accident, ni une tragique parenthèse, elle sont le peak auto-alarmant d'une constante. Barack Obama, 44ème président des Etats-Unis d'Amérique (USA), affiche une image de changement, de meilleure considération de l'Autre. Il a été paradoxalement élu aussi car à force de marquer l'Autre, l'Amérique en a perdu la face - face qu'elle s'était donné tant de mal conquérant à façonner. Lors de son investiture, il s'est empressé de clamer la nécessité de reprendre le "leadership" perdu et a assuré les Américains qu'il ne fallait pas "avoir honte de leur façon de vivre" (American Way of Life). Le jeune président glorifiait au passage la mythique conquête de l'Ouest.

L'autre, dans la Culture américaine, c'est l'Indien. C'est le Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper (qui "invente" complètement cette tribu à partir de vagues références aux Mohegans ou aux Mahicans) ou Comata le Sioux du cinéaste D.W. Griffith, auteur de Naissance d'une Nation, fresque de propagande où la fabrication des images s'impose comme seule réalité.

L'Indien (l'Autre) est l'image même de l'entrave au progrès, il est ainsi dans la littérature et encore davantage dans le cinéma hollywoodien, grand acte fondateur de la représentation de l'Amérique telle qu'elle se pense (le mythe) et non telle qu'elle est (l'aboutissement du délire européen). L'Indien est au mieux un noble sauvage qu'il est tout de même nécessaire de déplacer - cette image évolue jusqu'à le montrer comme victime d'une société qui cherche sa conscience (Little Big Man d'Arthur Penn), au pire, il est une brute sauvage et violente sans réflexion. Dans le western à volonté humaniste de Kevin Costner, Danse avec les Loups, le réalisateur prend parti pour le malheur des Lakotas (aussi appelés Sioux par les trappeurs français), mais ne peut s'empêcher de peindre de façon grotesque la tribu des Pawnees - présentée comme ennemie - en les décrivant avec luxe de détails comme des animaux impitoyables. En voulant se démarquer, Costner crée une nouvelle image négative de l'Indien dans l'Indien. Il sépare comme les missionnaires ont pu le faire. La fin du film implique qu'une tribu se sacrifie pour protéger le déserteur de l'armée américaine.

Si l'histoire de la Commune de Paris a été longtemps écrite par les Versaillais, celle des Indiens d'Amérique a été fabriquée, figurée, pourrait-on dire, par les colons américains. L'expression des différents peuples autochtones par eux-mêmes pour l'extérieur, s'est longtemps faite attendre. C'est vraiment dans les années soixante, lieu de bouleversements et d'excitations rapides, qu'une autre image de l'Amérique s'est superposée à celle de la culture de l'oubli (la bien nommée Contre Culture) et que l'on voit enfin émerger artistes et penseurs indiens pouvant enfin s'adresser au Monde.

Ce n'est certainement pas un hasard si c'est une Indienne cree, Buffy St Marie, qui compose la chanson "Universal Soldier" - l'un des hymnes de l'Amérique contestataire. Le criminel n'y est pas seulement le simple soldat qui appuie sur la gâchette, ni même le général donneur d'ordre, ni même le Président donneur d'ordre au donneur d'ordre, mais ceux qui ont contribué par des voies dites démocratiques à l'instauration de ce système. La question de la responsabilité collective et individuelle anéantit la notion de l'Autre désigné.

La Contre Culture se cherche de la mémoire et du futur et lorsqu'elle prend le pas comme parole d'Amérique vers l'extérieur, arrive l'Indien, grand oublié de l'intérieur. L'Indien est alors nécessité. Dans le film de Milos Forman, Vol au dessus d'un nid de Coucou, si la star est Jack Nicholson, le personnage clé est joué par l'acteur Creek Will Sampson qui incarne la possibilité de quitter l'infernal rêve américain, le besoin de l'autre est total. C'est aussi le moment où s'organise une nouvelle résistance indienne politique et active à partir de la ville de Minneapolis, avec la constitution de l'American Indian Movement en 1968, résistance qui culmine médiatiquement avec l'occupation de Wounded Knee en 1973. Le site de Wounded Knee fut le théâtre de la, trop longtemps appelée par l'histoire officielle, bataille de Wounded Knee ; en réalité démontrée : bel et bien un massacre d'innocents fatigués et désarmés. Il n'y a quasiment pas de représentation de l'Indien entre 1890 et les années 60 car la question indienne ne saurait être montrée en suspens, elle est officiellement réglée et appartient au passé. On ne verra donc pas d'Indiens de 1900 ou de 1930, ou de 1950 représentés par la culture populaire. L'Indien est alors au mieux considéré comme artisan stérile de sa tradition. Avec l'American Indian Movement, avec les nouveaux artistes indiens, avec l'avocat Lakota Vine Deloria dont les écrits auront une influence considérable (Custer est mort pour vos péchés - alors curieusement et fantasmatiquement publié en France sous le titre de Peau Rouge, l'Indien prend sa place dans le monde contemporain. La musique, la littérature, la peinture et le cinéma vont devenir des armes importantes de cette affirmation.

La cinéaste abénaquis (tribu du Canada), Alanis Obomsawin, résume bien les motivations de cette nécessité d'expression pour sortir du cadre infernal : « Je n'arrêterai pas de visiter les prisons, les quartiers de clochards, où l'on retrouve un fort pourcentage des nôtres. On voit des gens boire, dormir sur les trottoirs, se faire maltraiter, on entend une langue épouvantable. C'est la fosse aux serpents. Mais je ne peux pas me séparer d'eux. Il était un temps où l'on me disait que c'était ma place. Je me suis battue, et je me suis battue. Voilà pourquoi je comprends et j'aime tous ces gens qui sont là. Ils ne sont pas séparés de moi. […] Il y a beaucoup de gens qui, d'une façon ou d'une autre, ont réussi à être forts et à faire quelque chose. Je ne veux pas dire par là que les gens qui sont dans la rue sont faibles. Jusqu'à quel point quelqu'un peut-il en prendre et jusqu'où peut-il aller avant de finir par croire ce qu'ils vous disent : que vous n'êtes bon à rien, […] que vous n'avez pas de culture, que vous n'avez pas d'affaire là. Vous voyez vos parents qui boivent, qui sont dans un état déplorable. Puis vous vous regardez dans le miroir, et vous n'aimez pas ce qu'il renvoie, alors vous finissez par vous en prendre aux vôtres, […] et il m'a fallu de très longues années pour comprendre ça. ».

Il n'est plus question de reproduire un passé figé, ni d'entretenir une imagerie de fantasmes (endroit où l'on se plaît à voir l'Indien comme solution à nos propres problèmes). Le premier habitant de l'Amérique est un être vivant (c'est d'ailleurs le plus souvent la traduction des dénominations de leurs différentes tribus) qui cherche sa place digne dans le monde actuel. L'expression contemporaine d'artistes indiens contemporains, même et surtout parce que reliés à des valeurs traditionnelles vivantes et en mouvement, cherche à aider à trouver sa place en partageant ce qui était considéré longtemps comme invisible. L'écrivain blackfeet James Welch a dit espérer que ses livres "aident à éduquer les gens qui ne comprennent pas comment et pourquoi les Indiens se sentent souvent perdus".

Elle peut aussi et surtout faire reculer la peur de l'Autre dans un monde qui refuse encore trop souvent sa propre histoire. En regardant l'Autre, on finit par se voir réellement.

Notes du 28 mars 2009 en préparation du débat à Canal 93 (Bobigny) avant la projection de l'émission consacrée à Barney Bush interviewé par le sociologue Emmanuel Pedler (notre photo) précédant le concert de Pura Fé.



28.3.09

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (8)
27 Mars : Langonnet – La grande Boutique


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). Au pays du Roi Morvan (qui mit la pâté au fiston de Charlemagne - on en prendra de la graine), La Grande Boutique est lieu de retrouvailles et de découvertes.

Texte et photo François Corneloup (sauf groupe et minifilm : B. Zon)





Jour 8 – 27/03/09 : Langonnet – La grande Boutique

Ce soir, c’était autre chose, tout autre chose… Nous laissons derrière nous l’imposant édifice voué à la diffusion artistique nationale à grande échelle que Michel Orier son directeur, par ailleurs fondateur en d’autres temps du notoire Label Bleu dirige avec un éclectisme subtil, malgré le lourd cahier des charge qu’impose un tel établissement. Ici à la Grande Boutique, la donne est un peu différente. Le concept qui anime Bertrand Dupont, son créateur est d’implanter au cœur d’une région déjà riche de cultures, un outil de diffusion tous azimuths. Agence artistique, production de concerts, studio d’enregistrement, label (Innacor) sont les activités multiples qui irriguent un réseau de production artistique ou dominent les musiques traditionnelles. La politique de la maison est d’agir localement comme un catalyseur des énergies artistiques. La démarche n’est certainement pas ici de chercher à rentabiliser artificiellement un fond de commerce local en le dopant à coup de libéralisme importé de la capitale, jusqu’à en arriver un événementiel surdimensionné qui, comme une sorte de trou noir mercantile dans le paysage culturel et économique local finit par absorber tout ce qui se fait de vivant en matière de diffusion culturelle autour de lui. On aura compris que l’on parle des « Vieilles Charrues », événement voisin gigantesque qui n’est rien d’autre que le parachutage régional du marché du disque multinational justifié politiquement par l’incontournable argument d’un soi-disant regain de l’économie locale duquel ne profitent au bout du compte, qu’une minorité. Mais à La Grande Boutique, Il n’est pas question non plus d’un repli conservateur et protectionniste sur une certitude identitaire folklorique. La Grande Boutique pratique le métissage, l’hybridation culturelle depuis longue date. Mais ce n’est pas pour trouver la recette miracle façon World music. Si j’en crois le discours attesté par les résultats de ceux qui en cultivent l’état d’esprit, l’enjeu est bien plus subtil et encore plus profond : Par une prise en compte réelle des facteurs de terrain mesurés le plus intimement, dans la culture, dans l’humain et dans l'économique, La Grande Boutique entend être un point d’appui suffisamment solide pour propulser ses artistes vers des champs d’expérience nouveaux, créer des espaces-temps concrets où la rencontre des cultures dépasse le processus simpliste du formatage commercial. Ici le mouvement est double : Assumer la conscience d’une spécificité artistique pour la mettre en jeu encore plus sincèrement dans une prospection ouverte sur le monde.
Porté par le génie du lieu, nous savions donc que nous pourrions profiter du temps que nous offrait cette maison. Mais c’est bien autre chose qu’une stérile béatitude bucolique qui règne ici. La conscience de l’Histoire vous y incite presqu’à votre insu à une vigilance du sensible, comme en accentuant l’acuité artistique. Presque comme un orchestre traditionnel, Next commence à dérouler tranquillement son inconscient collectif. Car en effet, le temps passé ensemble commence à nous faire oublier que c’est nous qui avions inventé ce groupe. Nous regardons l’orchestre avec un détachement maintenant suffisant pour aborder l’ouvrage, enfin débarrassés de cette crispation excessivement coercitive que génère parfois un illusoire instinct de la propriété. Toutes les conditions sont donc réunies pour que l’inouï advienne. C’est paradoxalement dans un retrait progressif de l’orchestre que s’exprimera le moment peut-être le plus intense de ce concert. Comme dans une sorte de ressac sonore, nous apparaîtra un très intime duo violon-batterie. Jouant du silence, JT Bates et Dominique Pifarély nous murmurent dans une complicité subtile une scène minimaliste qui n’a pourtant rien d’un aparté . Nous sommes au contraire pleinement conviés à cet échange. Le plan se resserre au plus près de visages pour en saisir la moindre expression. Nous sommes suspendus à leurs lèvres et ce qui nous est dit à cet instant a quelque chose d’universel.

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Blog de Dominique Pifarély
video

Chorus de Dominique (Salut à François Bon)

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (7)
26 Mars : Grenoble


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). Et comme dit le proverbe grenoblois : "mieux vaut un beau Carillon qu'un petit Carignon".

Texte et photo François Corneloup





Jour 7 – 26/03/09 : Grenoble – Festival de Jazz

L’énorme Maison de La Culture (MC2) nous ouvre ses portes. Ce soir, c’est une grosse salle qui nous attend pour nous produire dans l’un des plus anciens festivals de jazz de France. Nous aurons l’honneur d’être précédés dans cette soirée par un magnifique trio, lui aussi cosmopolite et transatlantique composé du saxophoniste américain Tony Malaby, du pianiste allemand Joachim Kühn et de notre batteur suisse national, Daniel Humair. C’est un projet où l’historique complicité des deux européens se met au service d’un soliste superbe d’aisance et de lyrisme.
Écoute, spontanéité, mobilité vivacité… une grande fraicheur émane de cette formation sans bassiste. Chico Huff, notre bassiste à nous sera lui, bien présent ce soir. Sur cet immense vaisseau, il est le timonier paisible et rassurant qui d’une main sûre donne le cap aux machinistes affairés que nous sommes. Discrètement mais d’un son ample et profond, et avec une assise rythmique implacable, il diffuse dans l’orchestre un sentiment de confiance libérateur. Le mot « autorité » n’est pas exactement le bon pour qualifier la présence de Chico Huff. Je dirais plutôt « sagesse » …avec cette pointe d’espièglerie qui de temps à autre, nous aiguille et nous relance. Le concert fut d’ailleurs un succès. Chico nous a menés à bon port.


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Blog de Dominique Pifarély

26.3.09

"COMBLE DE L'INATTENTION : SE PERDRE DANS LA FOULE ET ALLER CHEZ LE COMMISSAIRE DE POLICE DONNER SON SIGNALEMENT." (ALPHONSE ALLAIS)


Photos : B. Zon

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (6)
25 mars : Tremblay-en France –
Festival Banlieues Bleues


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). La capitale est encerclée par une bonne bande : après le sud de Sons d'Hiver, c'était au tour du nord de Banlieues Bleues.

Texte et photo François Corneloup (sauf groupe : B. Zon)





Jour 6 – 25/03/09 : Tremblay-en France – Festival Banlieues Bleues

Reprise du championnat. Après cette pose studieuse de 3 jours, nous remontons sur scène pour en découdre avec nous même. D’entrée de jeu, Dean Magraw annonce la couleur et porte l’orchestre à un degré d’incandescence rarement atteint si promptement. Son jeu n’a pourtant rien d’agressif et ce n’est pas la force qui prédomine dans le formidable solo qu’il nous donne. Le geste est relâché, accompli dans toute son amplitude avec une majestueuse sérénité. Il y a quelque chose de félin dans cette puissance développée sans perdre la souplesse. Dean à ce don de laisser parler la guitare. La main droite ne contrôle pas, elle impulse. Une manière d’attaquer la corde avec précision et profondeur en même temps. La guitare électrique est l’art complexe de transformer le courant alternatif en son, mais avec cet instrument, il n’est pas seulement question de réglages, de filtres et de transistors. Le toucher de l’artiste reste à l’origine du son de manière primordiale. Il faut avoir cette capacité à prolonger l’expression la plus sensible dans un dispositif purement technologique. Jimi Hendrix avait probablement une approche finalement très acoustique de l’instrument, prenant à chaque note jouée le système en compte dans sa totalité, du médiator… Jusqu’à l’ampli. Comme lui, Dean joue une « Stratocaster » blanche…
Mais ce soir, nous avons aussi inauguré un nouveau morceau travaillé en répétition. La pudeur domine encore dans cette mise à jour. Le morceau ne donne pas encore tout son jus. L’état mental de la concentration dans la répétition n’est pas le même que dans la situation particulière du concert. On n’en prend d’ailleurs réellement la mesure qu’au moment même où on le fait. Le transfert d’une pratique de l’intime à la révélation n’est pas toujours si simple. Dans une dernière accolade d’encouragement, nous nous ébrouons et sautant vaillamment dans la lumière. Nos maladresses ne sont que l’expression de notre volonté. Tant pis pour l’élégance ! il faut en passer par là. L’essentiel est de ne pas gâcher la magistrale entrée en matière de Dean. Malgré donc ces maladresses de fraicheur, nous n’avons pas perdu le fil du concert. Il y a de la fierté dans cet orchestre… et une grande humilité devant l’ouvrage.


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Blog de Dominique Pifarély

25.3.09

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (5)
24 Mars à Paris


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). Où nous retrouvons nos amis au Studio Campus-Terrain d'Entente.

Texte et photo François Corneloup





Jour 5 – 24/03/09 : Paris – Répétition, Studio Campus

Nous revenons sur les partitions découvertes la veille. La nécessaire phase « voix blanche » et réplique automatique fait peu à peu place à l’incarnation. Le texte est désormais connu. La bonne distance est prise avec la forme. Chacun commence à cerner un peu mieux son personnage. Encore quelques réglages mécaniques et de nouveaux espaces de jeux s’ouvrent à l’intérieur de l’écriture. Le renouvellement d’un répertoire est un processus délicat. On Craint toujours un peu ce passage où, pour laisse entrer la nouveauté, le groupe doit renoncer momentanément à cette aisance acquise de vécu, à cette maturité gagnée d’un précieux temps passé ensemble sur scène, en studio, en voiture, en train ou même à table… Le retour à cette phase studieuse peut facilement être vécu comme une régression fastidieuse. Mais c’est justement la confiance mutuelle qui nous aidera à nous montrer les uns aux autres en situation de difficulté. Je crois même que c’est dans ces moments particuliers que se forme réellement un groupe. La grande intelligence collective de celui-ci, c’est de savoir utiliser son expérience pour ouvrir de nouveaux domaines d’expression. La répétition d’hier fut en ceci constructive qu’on a su éviter ce piège facile consistant à éluder la partition pour lui substituer un simulacre d’improvisation collective qui aurait pu nous rendre passagèrement l’illusion d’une spontanéité que nous croyons perdue. Stratégie de court terme qui ne sert qu’à éviter l’inconfortable posture du questionnement et ne construit rien en profondeur et donc, en durée. C’est au contraire en revenant constamment sur le texte que nous avons trouvé les ouvertures. De cet apprentissage assidu, nous avons extrait avec patience des sonorités pour cet orchestre, totalement inédites. Je persiste : c’est la disponibilité du temps qui nous a donné ce courage.

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Blog de Dominique Pifarély


24.3.09

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (4)
23 Mars à Paris


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). Aujourd'hui, impressions d'un passage au Studio Campus-Terrain d'Entente, lieu de résistance bien connu des musiciens parisiens.

Texte et photo François Corneloup




Jour 4 – 23/03/09 : Paris – Répétition , Studio Campus


Day off … Pas tout à fait. Je profite du créneau pour organiser une répétition. Il y sera question de nouveaux morceaux. La durée exceptionnelle de cette tournée est une occasion inespérée de faire avancer l’orchestre. Le temps ! C’est ce qui manque le plus cruellement à la musique vivante aujourd’hui. La pression conjoncturelle produit exactement l’inverse : Il faut être « performant », tout de suite, nous dit-on. Alors on en fait trop, trop vite. Parce qu’on a travaillé chez soi tout ce qu’on n’a pas pu jouer sur scène depuis longtemps. Dominique Pifarély dit « Travailler plus pour jouer moins ». Pas le temps d’essayer. On arrive avec des solutions alors qu’on a peine posé les problèmes, essayer de s’en sortir alors qu’on est à peine rentré dans l’histoire. Pas assez de temps pour éprouver le propos, pour atteindre le degré d’aboutissement nécessaire, de laisser opérer l’érosion du travail qui gravera l’œuvre en profondeur dans la chair, jusqu’à ce sentiment de lassitude qui nous enjoindra à entretenir le désir. C’est seulement à ce point que le geste de l’artisan prend toute sa justesse, toute sa noblesse, lorsqu’il devient inconscient, que sa courbe n’est plus contrôlée par les préjugés mais par la seule nécessitée de l’accomplissement. Il n’y a que comme ça que l’art pourra reprendre la fonction pourtant si naturellement sociale qu’il a perdu dans nos sociétés dites « modernes ». Lorsque l’on n’aura justement plus besoin de le dénommer « art » pour prouver son existence. Lorsque le mot « art » ne sera plus le signe culturel de reconnaissance d’une classe privilégiée d’initiés. Lorsque « artiste » ne sera plus cet intitulé sacralisé d’une caste presque exclue de la réalité. J’entends vivre cette tournée au cœur d’un quotidien dont je ne laisserai pas le moindre détail en route, une sublime normalité. Tout sera nourriture d’existence.

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Blog de Dominique Pifarély


23.3.09

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (3)
22 Mars : Genève/Paris


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). Sigmund Freud, qui visita parfois la Suisse, a écrit : "Chaque rêve qui réussit est un accomplissement du désir de dormir".

Texte François Corneloup - Photo : Dominique Pifarély




Jour 3 – 22/03/09 : Genève/Paris par le train

C’est juste un jour de voyage. Nous quittons le fameux paradis fiscal, qui paraît-il ne le sera plus pour longtemps. On a peine à y croire… Nous prendrons nos quartiers parisiens pour 2 jours, en attendant le concert de Banlieues Bleues.
Rien d’autre à déclarer…

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Blog de Dominique Pifarély


22.3.09

CHACUN EST UN DÉBUT...




"En chaque homme, en chaque cri,
En chaque cri d'enfant quand il hurle effrayé
En chaque voix, chaque interdit,
J'entends bruits de menottes par l'esprit forgées
".

William Blake est cité en préambule d'une lettre de Cyril Khider à sa mère dans le livre collectif Fraternité à Perpète (éditions L'insomniaque), essentiel ouvrage de peine capitale. Au dos du bouquin une autre accroche résumé-anonyme :

"Quand la liberté devient un fantôme et que l'égalité est décrétée une chimère, il reste aux humains la pratique de la fraternité ..."




William Blake prit part active aux émeutes populaires de Londres en 1780 s'en prenant aux symboles du pouvoir et particulièrement à la prison de Newgate incendiée après avoir libéré les prisonniers. Une véritable révolution sociale touchera l'espace d'une semaine l'aube d'un jour nouveau avant d'être écrasée dans le sang par une police spéciale créée pour l'occasion (lire Beau comme une prison qui brûle (une émotion populaire en 1780) de Julius Van Daal - éditions L'insomniaque, réédition L'Esprit Frappeur)... Le poète est dans la foule.



La foule, ce dimanche matin, était nombreuse comme chaque semaine au marché d'Aligre à Paris près de la Bastille (autre prison détruite par le peuple en 1789). Une troupe de musiciens et de crieurs des rues (les rues : notre pays), portant de grotesques et gigantesques masques d'un rockeur seulement national ami de Napoléon IV, se regroupe pour se défaire ensuite parmi les un(e)s et les autres. "Chacun est un début" lancent-ils. Un très jeune homme demande "Y-a-il un début en chacun ?", un vieil homme acquiesce. Les êtres à l'idée se mêlent en sons, en corps et encore aux habitués du marché, ils jouent des notes longues avec de petites variations, de petites vibrations de derrière les barreaux, des fragments poétiques pour constituer un espace commun. Le temps est en expansion légère et le présent est perpétuel, l'innocence au premier rang, la tendresse ravivée,la dislocation éveillée l'évasion au premier chef. Il faudra bien que tout le monde sorte. La fatalité est un faux. Des jeunes filles distribuent un tract de Tiqqun (ci-dessous - revue comptant Julien Coupat parmi ses fondateurs). Un tract à lire, à prendre pour son texte de toutes les sources qui descendent vers nous, jusqu'à allumer les brandons restant pour voir et toucher, être vif dès le début. Et libérer... libérer !


"L'enfance est avec l'amour - le seul moment de la vie où l'homme est lui-même, à son insu."(Pierre Guyotat)

Photos Z. Ulma

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (2)
21 Mars à Genève


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates). Hier ils étaient dans la ville qui a vu naître l'énigmatique Arthur Rimbaud, aujourd'hui les voilà dans la ville orientale du pays des Allobroges.

Images et textes par François Corneloup




Jour 2 – 21/03/09 : Genève

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de JT Bates. Pour cette occasion, Next devient famille de circonstance. Nous lui chanterons la chanson d’usage et par quelques modestes présents couleur locale, dont l’incontournable couteau suisse, la boîte à meuh et bien entendu, le chocolat, nous célèbrerons amicalement ce passage au cours du très bon repas concocté par la cuisinière de l’AMR, ce haut-lieu historique de la musique improvisée helvète underground, comme l’aurait dit le chanteur de "Walk on the Wild Side". Bien qu’étant en Suisse, ce n’est pas encore cette fois que JT se verra offrir la salutaire montre de luxe qui aurait donc fait de lui le quinquagénaire accompli cher à Jacques Séguéla. D’ailleurs, JT, qui ne connaît pas notre publicitaire nationalisé inoxydable et waterproof semble ne pas vraiment pâtir de cette lacune. Les jeunes ne respectent rien! Oh que si en fait! je suis encore une fois frappé, à l’instar de sa batterie… par la manière dont dans son style se combinent si naturellement fraicheur et maturité. JT apporte indéniablement au groupe l’assise d’une historicité assumée de l’instrument mais en même temps, toujours prompt et mobile, rue avec une impertinence vivifiante dans les brancards de l’improvisation. J’aurai rencontré JT avant 50 ans. Ma vie est réussie.
Bon Anniversaire JT !

Ce soir, nous avons fait un concert d’aventuriers. Nous sommes allés explorer des régions de Next que nous ne connaissions pas encore. Si le concert de la veille était une revue de détail consciencieuse, celui-ci nous permit de nous laisser aller à nos penchants improvisateurs les plus inavouables. Les abîmes insoupçonnables de l’improvisation nous ouvraient les bras et nous y avons tous sombré avec délice sans prendre gare au temps passé. L’auditoire de l’AMR, qui se laissa embarquer avec une confiance bienveillante sur notre bateau Ivre à nous, ne sembla pas fâché d’avoir été compromis dans une telle perdition. La couleur est annoncée! Next est maintenant fort de son répertoire et n’a plus peur de la liberté. Qu’on se le dise !

Next is now : La tournée de Next

Rubrique Next in Glob

Blog de Dominique Pifarély

NEXT : JOURNAL DE PRINTEMPS (1)
20 Mars à Charleville-Mézières


Jour par jour, le Glob de nato publie le journal de tournée de printemps du groupe Next de François Corneloup (avec Dominique Pifarély, Dean Magraw, Chico Huff et JT Bates) dont Didier Petit nous rappelait hier et à juste titre qu'il se baladait heureusement un peu partout ces temps-ci.

Images et textes par François Corneloup



Jour 1 - 20/03/09 : Charleville-Mézières

Concert inaugural de la tournée. En cette veille de printemps, nous commençons dans cette jolie ville des Ardennes réputée pour sa charcuterie, sa place Ducale - modèle de la place des Vosges selon les spécialistes locaux, copie de la place des Vosges selon les spécialistes parisiens - son célèbre poète et aventurier, à qui elle dédie un musée entier en plein centre ville. J’ai nommé Arthur Rimbaud en personne.
Next commence en douceur mais déjà, on retrouve l’engagement qui caractérise la musique du groupe. Ce concert est à la fois un tour de chauffe prudent et un tacite rituel de défi à la splendide épreuve qui nous attend au travers de ce nouveau périple. Maintenant, tout le monde est là, et bien là ! What’s the Next gig?


Next is now : La tournée de Next

Rubrique Next in Glob

21.3.09

TRANSATLANTIC CITIES
... (Les aventures de Didier Petit en Amérique -3-)



Et si le violoncelliste Didier Petit avait trouvé la réponse à la fameuse énigme de la fuite du temps en rétablissant la bonne vitesse de vivre à belle allure ? Entretien sur ses aventures américaines !


Jean Rochard
Impressions de ton petit marathon à Minnesota sur Seine en Mai 2008 ?

Didier Petit
En mai, fais ce qu'il te plaît et pourquoi pas un marathon !! Je débarque de l'avion à Minneapolis/St Paul un soir de mai. Pratiquement tout de suite, après une brève escale à l'hôtel, je me retrouve dans un musée à St Paul avec un son de caverne. Deux groupes se succèdent : celui de Dominique Pifarély avec Tim Berne et le deuxième François Corneloup "Next". Le groupe qui se balade partout en ce moment et c'est bien. Le ton est donné, ça dépote grave comme on dit, les deux groupes sont ultra dynamiques. Je me dis alors dans ma "Ford" intérieure qu'il va falloir que je me mette en condition pour le lendemain et la tension monte, en plus c'est ma fête, je veux dire le 23 mai, c'est le jour de ma fête. Je dors mal la première nuit entre le jetlag et la tension. En plus, je ne connais pas les musiciens que je vais rencontrer sauf Nathan Hanson avec qui j'ai eu quelques contacts par mail. Ce matin du 24 mai, il est 13 heures. Je retrouve Gary Schulte au Lowertown Music Crawl. Je me retrouve en face d'un homme plutôt introverti au visage plutôt serein. Nous faisons quelques sons mais pas trop pour rester dans un sentiment de "je ne sais quoi". Le public entre doucement. Il faut commencer. La musique de Gary Schulte est comme l'homme, intérieure et sereine. Son écoute est simple et rapide, nous trouvons assez vite ce qui nous réunit et j'ai le sentiment d'un moment de vraie rencontre, un son direct sans complication et très présent. Le temps de m'en rendre compte et c'est fini. Je cours alors à la rencontre de Carnage au Black Dog café... Il est très fort ce Carnage. Ca part à toute vitesse. Nous n'avons pas vraiment eu le temps de faire le son. Carnage est un hip-hopeur qui travaille avec des boucles qu'il fait lui-même. Il est amplifié alors que je suis acoustique et nous luttons chacun pour trouver la place juste, il est de ce fait obligé de faire attention à ne pas être trop fort et je dois appuyer pour atteindre son son. Quelques moments forts nous trouvent justes, d'autres se cherchent. Le temps fut trop court à mon goût pour se trouver complètement. Cela me laisse sur un sentiment de trop peu! Je n'ai hélas pas le temps de m'assoupir sur cette pensée et me retrouve avec le trio NBA. Saxophone, batterie, contrebasse. AAAHhhh, je suis en terrain un peu plus connu. Je glisse avec Brian (Roessler) le contrebassiste, je m'infiltre dans le son du saxophone de (Nathan Hanson), je bataille avec la batterie de Alden Akeida). Je suis un peu à la maison et c'est tellement agréable de se retrouver dans un groupe. Fini les duels pour cette journée. Un son d'ensemble ensemble. À demain!
Cette nuit-là je dors mieux et me sens en pleine forme pour cette nouvelle journée où je vais rencontrer deux sacrés lascars de la seine de Minneapolis. Milo Fine, pianiste, clarinettiste, percussionniste. Ce garçon est tout en tension, il va falloir que je fasse attention à moi-même car quand cela commence à l'énergie, je m'emballe et ne peux me contenir.... Trop tard, encore raté !!! Il va vite, je vais vite, on prend la grande avenue et il cogne sur son piano comme un fou, je m'épuise mais à un moment, mon adrénaline prend le dessus et j'y suis. Sa pensée musicale est constante, foisonnante et directe. Cela me laisse la place pour tourner autour comme un Indien qui danse autour du feu. Il est le feu je suis l'Indien. Cela s'arrête lorsqu'il n'y a plus de carburant ! Le temps de remballer mon violoncelle et en fumant une cigarette, je marche tranquillement à la rencontre de Douglas Ewart. Je suis intimidé par ce Monsieur et pourtant je me sens bien, toutes ces rencontres forment un tout et cette dernière me remplit de toutes les musiques et rencontres que j'ai faites durant ces deux jours. Avec Douglas, nous passons allègrement de la musique afro-américaine à la matière sonore brute à une sorte de musique traditionnelle. C'est comme si j'avais toujours fait ça! D'ailleurs, je crois que c'est toujours ce que j'ai fait. des rencontres pour la musique. La musique est le lien, la musique est le lieu !

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JR
Pourquoi venir à Minneapolis pour faire un disque solo ?

DP
J'en ai rêvé et comme je suis toujours mes rêve, je l'ai fait !
Et puis, comme je l'écrivais : "les trois premières faces furent enregistrées dans les Pyrénées. Les 3 dernières vont être enregistrées à Minneapolis - Minnesota". Pourquoi ? La déterritorialisation amène une certaine liberté d’esprit et une distance indispensable à des réalisations qui nous transforment.

JR
Quel besoin pour un musicien français de venir jouer aux USA, lorsque le rêve des musiciens américains est de venir jouer en France (et ce particulièrement en ce moment où la récession frappe violemment ce pays) ?

DP
Pour moi la récession a commencé en 74 quand le gouvernement d'alors a décrété que le chômage n'était plus une donnée sociale mais une donnée économique. Monsieur Raymond Barre disait alors, je cite : "la France peut se payer 250 000 chômeurs". J'avais 12 ans et tous les jours j'entendais "c'est la crise". Pour moi, cela a toujours été la crise, on n'en est jamais sorti. Je ne viens pas d'une classe sociale aisée. Il n'y avait pas d'argent à la maison. Donc pour moi, la crise a toujours été, j'ai donc tiré un trait dessus et je fais ce que j'ai à faire quoi qu'il arrive.
Ce qui m'intéresse ce sont les gens, comment ils sont, comment ils vivent, comment ils jouent. Et aller en Amérique, c'est apprendre comment la musique se pense et se fabrique là-bas. Je ne parle évidemment pas de la musique institutionnelle. Je parle de celle de tous les jours. J'ai entendu bien des choses sur la musique en Amérique. Mais la différence maintenant, c'est ce que je sais pour l'avoir vécu. Je peux confirmer. Ils sont vraiment dans la merde et on est encore pour le moment ultra privilégiés en France. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut baisser les bras. Par ailleurs, j'ai rencontré là-bas des gens extrêmement généreux. Je comprends très bien pourquoi les musiciens américains rêvent de venir jouer en France. Si j'étais à leur place, j'en aurais aussi le désir.
Leur problème à mon sens est qu'ils sont très combattifs mais pas assez ensemble. Notre problème à nous, c'est qu'on a oublié d'être simple là où il faut être simple.

JR
Comment as-tu monté ta tournée ? Que s'y est-il passé ?

DP
J'ai monté ces rencontres par mail en contactant directement des musiciens que j'ai trouvés en me renseignant à droite à gauche. Comme j'allais enregistrer à la fin du mois chez Steve Wiese, je m'étais dit que je voulais prendre un temps dans le pays et rencontrer des gens. La situation est vraiment difficile économiquement, mais monter un concert est plutôt simple car la majorité des concerts sont payés au chapeau (là où ils gagnent le plus d'argent avec la musique, c'est quand ils jouent (pour ceux qui acceptent) pour la messe du dimanche). En plus, beaucoup de musiciens à l'inverse d'ici ont un lieu (bar, restau, club) où ils se produisent chaque semaine. Aussi n'est-il pas trop compliqué d'inviter quelqu'un de passage à rejoindre le groupe si le désir existe. Je pense qu'il y a autant de bars que d'églises dans ce pays. Rien ne se décide une année à l'avance. C'est plutôt quinze jours à l'avance. J'ai pris des contacts et les choses ce sont formalisées dans les derniers instants. Je ne suis passé par aucune institution du type Alliance Française ou Culture France car je n'avais pas d'autres projets que de rencontrer les musiciens, de me promener et de vivre comme ils vivent. J'ai ainsi rencontré le vibraphoniste et percussionniste Ian Ash à Philadelphie. Je lui avais envoyé un mail puis un disque. Il a été touché par la musique et m'a dit qu'il allait trouver un endroit pour jouer. Je suis arrivé chez lui un vendredi, nous avons joué une petite heure puis nous sommes partis dans un club. Le patron organisait un mini-festival d'impro dans une petite salle qui pouvait accueillir peut-être une trentaine de personnes. Trois groupes ce soir-là. Tous payés au chapeau. Chaque groupe a droit à 30 minutes. Ian Ash a un jeu incisif, il n'est pas contre l'emballement et sait ne pas faire de politesse ce qui est une qualité dans l'improvisation. Cette rencontre fut courte mais c'est le jeu. C'est un problème dans la vie d'aujourd'hui, la musique a besoin de temps mais nous n'avons plus le temps! J'ai dormi chez Ian. Il a 2 enfants et vit dans une maison en banlieue. Je pars à Chicago le lendemain en avion car c'est assez loin. Je vais chez mon ami Alain Drouot, rencontré à la première édition de Minnesota sur Seine. Il vit à Evanston à côté de Chicago depuis 16 ans. Il va m'héberger durant 4 jours avant que je ne parte pour St Paul/Minneapolis. Grâce à lui, je rencontre le trio de Jim Baker qui habituellement est un quartet mais le contrebassiste n'est pas là. Je saute sur l'occasion. Ils jouent tous les mardi à Chicago au Hotti Biscotti. Il y a là Mars Williams au saxophone, Steve Hunt à la batterie en plus de Jim Baker au piano et sons électro 70. Un pur régal. Je m'insère tranquillement dans un groupe qui est dans l'improvisation depuis tellement longtemps que la musique coule à flot avec une simplicité et une vivacité sans nom. Je prends tout le plaisir qu'il y a à prendre et ce moment restera dans ma mémoire. Le jeudi, j'ai rendez-vous à l'Elastic (un club assez renommé dans la musique à Chicago. Pas du tout la même ambiance). Là où le Hotti Biscotti est un bar assez sombre dans un quartier excentré, ici, c'est un endroit plus centré et plus clean. Le club est au premier étage et paraît assez neuf car ils ont déménagé il n'y a pas longtemps. Le mur est orange et ça sent encore la peinture. Je joue avec une formation créée pour l'occasion par le batteur Mike Reed. Il fait partie de la nouvelle génération de la scène de Chicago et est très dynamique dans le coin. (Alexandre Pierrepont, dit "Le professeur", m'avait donné ses coordonnées à Paris). Il y a donc présent, en plus de Mike Reed, Jason Stein à la clarinette basse et Nick Butcher à l'électronique. La salle n'est acoustiquement pas facile, mais nous avons décidé de ne pas nous amplifier. Nous trouvons peu à peu nos marques. Mike n'est pas du genre à cogner et le rapport avec Nick qui utilise un tas de petits objets mécaniques sonores qu'il réinjecte ensuite dans un ampli, organise une sorte de rythmique qui nous laisse beaucoup de place à Jason et moi. Le lendemain, je pars pour Minneapolis/St Paul. Il était prévu initialement que je passe à Champaign mais cela n'a pas pu se faire. Je prends le bus car ce n'est pas trop loin (6 heures), ce n'est pas cher et cela me permet de voir le pays autrement. Un bus bourré d'étudiantes qui vont à l'université de Minneapolis. Ambiance : tout le monde a des écouteurs sur les oreilles. Décidément, nous vivons un drôle de temps. Le contrebassiste Brian Roessler m'attend à l'arrêt. On papote dans la voiture le temps qu'on arrive chez lui. Nathan Hanson doit venir me chercher car je vais habiter chez lui. Je demande à Brian si il sait quand est le premier concert car tout est un peu confus dans ma tête. Il me répond, c'est ce soir, au Black Dog avec la chanteuse anglaise Viv Corringham qui habite maintenant à Rochester (Minnesota). Et Nathan sera là aussi. Il devait y avoir également Evan Parker à l'origine car il devait par ailleurs jouer dans un Festival électronique et donc être là. Mais finalement, il n'a pas pu venir. Le soir arrive assez vite. Je retrouve Viv et le temps de nous installer nous voilà partis. Elle démarre comme un boulet de canon. Moi qui suis encore dans le ronronnement du bus, je dois immédiatement me mettre au diapason. Plutôt que de faire un duo avec Viv puis un autre avec Nathan, nous décidons de varier les plaisirs et de faire un duo puis un solo, puis un trio, puis encore un duo etc.. Sans oublier le bruit de la machine à moudre le café qui vient s'insérer assez régulièrement dans les improvisations. C'est une soirée assez joyeuse. Le Black Dog est un endroit très convivial. J'y reviendrai le dimanche puis le vendredi pour jouer avec les Fantastic Merlins qui y ont une soirée chaque semaine. Entre temps, j'aurais fait un concert le lundi avec ces mêmes Fantastic Merlins, au Clown Lounge qui est le lieu du trio "Fat Kid Wednesdays". Toutes ces imprégnations me mettent dans un état profond qui va me servir après durant l'enregistrement de mon nouvel opus durant ces 4 jours de studio avec toi, Steve et Théo. J'y trouve d'autres points de force, cet état d'entre les choses et de lien qui m'est indispensable dans la musique. Cet état qui évite les barrières, qui s'inscrit dans la multiplicité et l'échange. Cet état qui paradoxalement me recentre.

JR
Le final avec le trio de violoncelles ?

DP
Ce qui est intéressant dans ce trio, c'est toute la différence culturelle entre les conceptions européennes et américaines. La musique américaine est très discursive. Et les musiciens européens, même si ils s'y attèlent, sont plutôt liés à l'orchestration. L'intérêt de ce trio est que du fait que nous sommes trois violoncelles, la conception européenne se trouve dans ce fait là, mais Michelle et Jacqueline sont fondamentalement des solistes, il faut donc s'organiser avec ces deux éléments. Jouer avec d'autres violoncellistes n'est jamais facile. D'une part à cause de la consanguinité (j'ai toujours préféré la batardisation) mais aussi parce que c'est tout de suite joli et qu'il faut se battre pour inventer. Cela dit avec ces deux-là, il y a intérêt à être de plein pied car elle possède une présence plutôt forte. Nous avons navigué debout. Assis. Joutant avec les archets posant des jalons rythmiques pour que chacun puisse pleinement s'exprimer. Ce concert qui eut lieu à la fin des 4 jours d'enregistrement dans le studio, joyeuse clôture pour ces 15 jours. Je reviens en février 2010, c'est certain !


Conversation du 16 mars 2009

Sortie du nouveau disque solo de Didier Petit chez Buda en septembre

Photos et films : B. Zon
Couverture : Hergé / Z. Ulma

19.3.09

TROIS MONUMENTS HUMILIANTS, LAIDS, INUTILES...


... dont il faudra bien un jour se débarasser ...

18.3.09

NEXT TOUR


Après l'emballant prélude de Sons d'Hiver, Next revient pour 20 concerts :

Info Next

Rubrique Next
in Glob

Photo de Next à Sons d'Hiver (Choisy le Roi le 10 février 2009) par Z. Ulma

15.3.09

LES TRAITS DE JEF LEE JOHNSON ET STÉPHANE LEVALLOIS



Le dessin est un bon moyen de se rencontrer soi-même et plus encore de rencontrer par conséquent les autres, dit-on. Samedi 14 mars à l'entracte du concert de Jef Lee Johnson au Duc des Lombards - plein comme un oeuf de poule cubaine -, en trio avec le bassiste Yohannes Tona et le batteur de Charlie Patierno, le dessinateur Stéphane Levallois est venu apporter les illustrations d'une histoire liée au prochain opus du guitariste de Philadelphie intitulé The Zimmerman Shadow, théâtre d'un rendez-vous avec le répertoire de Robert Zimmerman, enfant de Duluth (Minnesota) répondant aussi au pseudonyme de Bob Dylan. Le silence est le territoire le plus personnel de chaque être et le peu de mots de cette bande dessinée scénarisée par Jean Annestay indique la frontière subtile à franchir légèrement pour multiplier les rencontres des traces et de l'intouchable.

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Fort de ces traits, Jef Lee Johnson trace la superbe enveloppe d'une longue version de "Knockin on heaven's door" (chanson que Dylan composa pour le film Pat Garrett et Billy the Kid réalisé par Sam Peckinpah) qui porte le second set vers une évasion revendiquée comme contradiction sublime de l'existence. Pendant cette deuxième partie, Stéphane Levallois dessine encore ce qu'il voit et entend, lui, auteur d'une exceptionnelle bande dessinée sur la mémoire intitulée La résistance du Sanglier, portrait d'un grand-père ayant participé à la résistance anti-nazie et confronté à sa survie après l'éxécution de ses compagnons. L'obscurité est affaire de mains tendues. En rappel, Jef Lee Johnson dédie un "Foxy Lady" (dont il n'annonce pas le titre tout en invitant le public à le chanter - ce que ce dernier fera joyeusement - en le devinant) à quelques "personnes magnifiques présentes dans la salle : Nathalie (Richard), Crystal (Raffaëlli), Tiphaine (Liautaud)...". D'Hendrix à Dylan, la boucle est débouclée avec un intense "All Along the Watchtower" surgissant des derniers accords de la belle renarde.

À la rentrée de cette année (c'est fou ce qu'on rentre en ces temps de grandes sorties), le disque-livre réunissant Jef Lee Johnson, Stéphane Levallois, Yohannes Tona, Charlie Patierno et Jean Annestay dans l'ombre du Z verra le jour.

Merci à Jean-Michel Proust et toute l'équipe du Duc des Lombards pour un accueil d'une grande gentillesse et d'une belle générosité.

























La résistance du Sanglier
par Stéphane Levallois (Futuropolis)














Photos et film : Z. Ulma (sauf trio de fin : B.Zon)

SOLIDARITÉ FRATERNELLE AVEC LES TRAVAILLEURS DE LA FNAC (11)



12.3.09

MOTS CROISÉS


Le peintre Willem de Kooning est cité dans le saisissant film de Terence Davies Of the time and the City : “Le problème d'être pauvre, c'est que ça vous prend tout votre temps". Et le cinéaste complète : "Le problème d'être riche est que ça prend le temps des autres".

On ne s'improvise pas pauvre, on le devient ! Et le temps se confisque à mesure qu'on résiste et chaque mouvement pour ne pas sombrer est payé très cher. Car ce qu'on ne dit jamais assez, c'est que ça coûte très cher de devenir pauvre ou d'essayer de ne pas le devenir, si cher que c'est ruineux. À l'endroit où nous sommes collectivement rendus, il serait intéressant d'évaluer les dommages causés par la cohorte des descendants de Flaubert qui se plaisent à taquiner le bourgeois dans des soirées mondaines pour mieux se réfugier dans ses caleçons lorsqu'arrive le danger. L'auteur de Madame Bovary, ignoble trouillard, urgeait la bourgeoisie d'étouffer la Commune de Paris. L'attitude demeure. Le débat porte plus sur comment mettre de l'ordre que sur l'organisation nouvelle de la société (quand bien même éphémère ... nous voulons les moindres secondes de différence). Napoléon IV a été élu par tous ceux qui ont mis un bulletin dans l'urne, quel qu'il soit... Le jeu est atroce. Il faudra bien en finir avec les faux semblants, les mises en scènes de salons stériles. La bourgeoisie qui croit penser se targue volontiers des mots "rebelles" ou "révolte" ; ces mots coûtent si cher à ceux qui les vivent sans avoir besoin de les employer à tous bouts de champs donneurs. La révolution n'est pas un produit pour vitrine du Noël que les amateurs de gadgets peuvent fêter 365 jours par an. C'est le risque absolu pour vivre totalement, la nécessité la plus intime qui ne tolère pas l'imposture. Ca se lit sur les visages des gens de Barcelone pendant les journées de 36, sur les regards des condamnés à mort de la révolution mexicaine, dans les sourires des compagnons de Nestor Makhno et tant d'anonymes qui aujourd'hui portent quelque chose en eux, quelque chose qui attend la relation. Car nous avons besoin de voir nos enfants sans détourner les regards.

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Quelque chose s'est passé en Guadeloupe ... Quelque chose d'important, la révélation absolue du mépris de la haute bourgeoisie et la classe dirigeante pour ceux qu'elles n'hésitent pas à sacrifier sur l'autel du réajustement du capitalisme (seul système envisageable, pour les esprits rétrécis de gauche comme de droite, sur une terre qui a quatre directions fondamentales et des montagnes qui font plus de 8000 mètres, on reste épaté de l'étroitesse de ce schéma directionnel) bien sûr, le surgissement d'un cri anticolonial tellement longtemps étouffé qui veut se faire entendre fort, bien sûr aussi, la confrontation archi-nécessaire, évidemment... mais plus encore, soudain au pays des luttes ramollies, les belles voix antillaises nous ont chanté que l'on pouvait appréhender la vie autrement que comme abîme mortel, que la réserve d'inconnu restait plus grande que celle de tous les champs pétroliers du monde, que l'on se devait d'approfondir le temps. Le 21 février à Paris, lors de la manifestation de soutien aux peuples de France outre mer, il faisait bon se sentir débutant au milieu de cette levée d'une vérité stupéfiante. Dans les rues de Paris, ce jour là, beaucoup d'enfants...


























La présence d'une délégation du syndicat allemand FAU à l'invitation de la CNT française n'était pas le moins bouleversant des moments consacrés à la mémoire des résistants anarchistes et antifascistes espagnols pendant la seconde guerre mondiale, ce samedi 7 février au cimetière du Père Lachaise. Elle arriva avec une banderole portant les mots de Durruti "Nous portons un monde nouveau dans nos coeur", mots qui ouvrent notre disque saluant Durruti, alors heureusement dits par Elsa Birgé, enfant, qui les chantait presque (elle est d'ailleurs devenue une excellente chanteuse) après avoir prononcé l'autre partie de la phrase de l'anarchiste Espagnol, tué pendant le siège de Madrid : "Nous n'avons pas peur des ruines". Lorsqu'il allait prendre la parole, Ramiro Santisteban, ancien de la CNT espagnole, dernier survivant des 7000 espagnols détenus au camp de Mathausen, ne put prononcer un seul mot, envahi par les larmes. Les nôtres n'étaient pas loin. On parle rarement de l'importance des combattants espagnols dans la lutte contre les Nazis, elle a finalement été reconnue "officiellement" il y a quatre ans, mais reste prononcée du bout des lèvres (il y a depuis longtemps une place minuscule à la porte d'Italie). La France avait "accueilli" à la baïonnette les combattants antifascistes exilés dans les camps honteux (qualifiés par les instances gouvernementales elles-mêmes de camps de concentration) dans le sud de la France. Pourtant la haine du fascisme fut plus forte pour ces prisonniers que celle que les autorités françaises (d'où qu'elles soient) avaient de leur anarcho-syndicalisme. Un officier français disait "un espagnol avec nous équivalait à avoir un char supplémentaire". Les espagnols composaient plus de la moitié de la deuxième DB du général Leclerc. Ils comptaient sur la suppression des trois dictateurs, le leur est resté en place par les petits arrangements sinistres des "alliés" (De Gaulle avait promis de chasser Franco). Pour l'homme de pouvoir, la trahison est le moindre des encombrements. Avouer que Paris avait été libéré en 44 en partie par des anciens de la colonne Durruti (entre autres) est un étouffe politicien de première classe.

Le 7 Février au Père Lachaise, il y avait aussi des ouvriers immigrés, des ouvriers du bâtiment. À Mathausen, les déportés portaient des pierres... Après plusieurs témoignages, non loin du mur des fédérés, Ramiro Santisteban put, plus tard, prononcer quelques mots et puis regarda longuement avec une éloquente tendresse un petit enfant dans les bras de sa mère ; peut-être le moment le plus signifiant d'une journée qui ne manquait pas de sens multiples. La mémoire et la vie. "Nous portons un monde nouveau dans nos coeurs."


L'adaptation cinématographique du roman de l'irlandais John Boyne Le garçon au pyjama rayé n'est peut-être pas un grand film comme me le disait avec force un haut connaisseur cinéphilique (mise en scène trop scolaire, présentation schématique, manque de contexte historique, musique inutile etc. tout cela est vrai !), mais il est inoubliable car il a su capter deux visions d'enfants perdus dans l'incompréhension causée par le goût vorace des hommes adultes pour l'horreur rentable. Quelque chose de ce film moyen dont une qualité est sa hauteur - celle de l'enfance, celle des regards de ce petit garçon juif et de ce fils d'officier nazi - ne nous quitte plus. Comment en arrive-t-on à cette inhumanité totale et pourquoi ? Le 8 mai 1945, c'est enfin la capitulation de l'Allemagne Nazie qui met fin à 12 années d'épouvante. Le 8 mai 1945 c'est aussi le massacre de la population de Setif par les colons Français et le commencement d'une autre sale histoire. On aurait dû apprendre ! Impossible, ça ne s'arrête jamais. Puisqu'il est impossible de voir à notre hauteur, mettons nous à hauteur d'enfant, c'est urgent. Ne peut-on pas vivre pour ce que nous sommes, en réalité de nous-mêmes, avec ce que nous portons, dans nos coeurs !

En fin du film de Terence Davies, il est aussi dit : "Les enfants sont la terre, mais la terre est brève".

Photos B. Zon sauf banderole FAU, et images des films L'enfant au pyjama rayé et Of time and the city (Photo : Bernard V Fallon) - Images animés : Z. Ulma