Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

27.6.10

(SOUVENIRS) DE L'ORIGINE DU MONDE


Il est des tableaux qui dorment et d'autres qui chantent ou qui appellent. Le sommeil des huiles n'est pas leur affaire. C'est le cas de l'Origine du monde de Gustave Courbet dont le chant est parvenu jusqu'à Tony Hymas qui s'est chargé de le transcrire, l'interpréter, le rêver pour in fine saluer les acteurs capitaux de la Commune de Paris, tous ses protagonistes d'un autre futur, relayé en excellente compagnie par les joueuses et joueurs Monica Brett-Crowther, Marie Thollot, Violeta Ferrer, Nathalie Richard, Hélène Breschand, Janick Martin, Didier Petit, Sonia Slany, Alison Kelly, Debbie Preece, Paul Willy, Yu Yasuoroko Finch, Simon Smith, Everton Nelson , Alison Dods, Jonathan Truscot, Lucy Waterhouse, Richard Milone, Vicci Wardman, Bill Hawkes, Jon Thorne, Reiad Chibah, Nick Cooper, Nick Holland, Kath Jenkinson, Chris Laurence, Nina Robertson, Nick Moss, Richard Berry, Richard Bayliss et de précis dessinateurs-auteurs-frondeurs tels Benjamin Bouchet, Daniel Cacouault, Stéphane Courvoisier, Chloé Cruchaudet, Nathalie Ferlut, Sylvie Fontaine, Simon Goinard Phelipot, Stéphane Levallois, Jeanne Puchol, Rocco, Eloi Valat, Zou, Manuel Jover, Christian Tarting...

Images des séances de De l'origine du monde disque-livre tout neuf pour longtemps.

























Lire aussi :
Revers de médaille
Cancer de la colonne
Sans courbettes

25.6.10

MAUVAIS CALCULS



Le Glockenspiel est une charmante brasserie de style rustique Allemand situé en plein St Paul (Minnesota) dans un quartier populaire où les frères Coen tournèrent une partie de leur Serious Man. Pour la Coupe du Monde de balle au pied (sport généralement nommé "football" sauf aux USA où on l'appelle "soccer" à cause d'un mauvais emploi du mot d'origine, problème de moine copiste sans doute...), cette enclave d'outre Rhin au bord du Mississippi, s'est équipée de deux téléviseurs retransmettant l'intégralité des matchs de la compétition sportive aux enjeux multiples. Mais ce 22 juin, ce n'est pas l'affluence habituelle pour le match France-Afrique du Sud et les quelques présents abandonnent leurs bières sur le comptoir comme pris de lassitude.


Deux jours plus tard à Paris, le 24 juin : Panem et Circenses, ça ne marche plus. L'Empereur, par surdité lamentable, adversité imbécile, alors que le peuple est dans la rue pour en finir (souhait) avec l'injustice du travail, reçoit un des pauvres (mais fortunés) joueurs de l'équipe refaite qui ne fait plus recette. Le peuple aurait dû s'inviter.


Au pays où même l'humour est encadré, la balle au pied est un calcul lourd comme une pierre et à force d'opérations minéralogiques surmultipliées, l'Empereur devrait finir pétrifié (souhait), frappé par les pioches des travaux d'intérêt général au son du glockenspiel. Les petites pierres c'est mieux pour la fronde.



20.6.10

NE CHANGEONS PAS DE DISQUE


"Je vous aime d'amour". Ce n'est pas rien cette ligne de Léo Ferré
("L'amour fou" in Amour Anarchie).
C'est tout !


17.6.10

JOURNAL DU TREMBLEMENT DE TERRE EN HAÏTI
"GARDEZ CE QUE VOUS AVEZ, MAIS LAISSEZ LE RESTE"
PAR BARBARA RHINE




Port au Prince, Haïti, 12 janvier 2010, 16h53. Nous dînions lorsque la terre a tremblé. En tant que Californiens, nous savons ce que signifie une pièce prise de tremblements avec les assiettes glissant sur la table et les cadres tombant du mur. Nous nous sommes précipités à l’extérieur. Le bâtiment a néanmoins tenu bon, contrairement à la plupart à proximité.

Lorsque nous avons réalisé que nous étions sains et saufs, cela m’a pris un moment, un moment intense et profond à réaliser que j’étais dans une ville totalement sous équipée pour faire face à ce type de catastrophe. Port au Prince n’a ni système électrique municipale fiable, ni secours premiers, ni eau courante potable, ni code de construction et aucun plan d’urgence. Un instant, je me suis demandé si avec mes proches, nous survivrions.

Notre hôte haïtien, Jean Kernizan, est parti avec mon mari et ma fille pour évaluer les pertes. Ils sont revenus, témoins des cris et des pleurs sortant des décombres et de centaines de gens effrayés envahissant les rues.

Kernizan a laissé sa porte grande ouverte afin d’accueillir les blessés qui se précipitaient dans sa cour à la recherche de soins. J’étais effrayée d’être totalement submergée et impuissante devant cette multitude. Je n’avais pas plus que les éléments basiques dont dispose un simple voyageur dans un pays en voie de développement : serviettes désinfectantes, aspirine, antibiotiques, remèdes anti-coliques et antidouleurs. Distribuer ces maigres médicaments aux gens nécessiteux aurait été l’affaire de quelques minutes alors que nous ne savions pas combien de temps nous aurions à tenir là et ce dont nous aurions besoin.

J’ai demandé à notre hôte ce qu’il comptait faire. Il m’a répondu qu’il était impossible de faire entrer tout le monde. J’étais en même temps rassurée par son bon sens sans panique et déchirée par ce que ça signifiait d’exclure tant de gens dans le besoin. Nous avons passé la nuit dans la cour à apporter les premiers secours avec ce que nous avions sous la main : eau oxygénée, gaze, savon antibactérien et des attelles confectionnées à partir de morceaux de bois assemblées avec des chemises déchirées. Nous avons donné deux de mes Vicodins à des adultes souffrants ; j’ai gardé les autres. Tous étaient couverts de sang et nous n’avions pas de gants de caoutchouc. Les serviettes désinfectantes étaient d’usage rigoureux à intervalles réguliers. Kernizan s’est assuré que les gens soient nourris en gardant un minimum d’eau potable et de nourriture pour nous autres.

Les habitants auraient pu s’emparer de nos effets et prendre la direction des opérations, mais il n’y eut pas le moindre mouvement de la sorte. Les remerciements chaleureux fusaient au milieu du chagrin et du désespoir. Personne ne s’est aventuré dans la propriété de notre ami sans le solliciter. Ensuite il a demandé aux gens de quitter la cour car il nous fallait partir aussi. Ce qu’ils ont fait dans le silence avec dignité sans la moindre idée de ce que pourrait être leur futur. La dernière famille quittait les lieux emmenant un proche blessé sur une civière faite d’une porte.

Le lendemain, à la mi-journée, nous nous sommes rendus à l’évidence que l’aide extérieure n’arriverait pas de sitôt. Nous entassant dans un véhicule, nous avons pris la direction de l’Ambassade américaine. En chemin, un énorme embouteillage près d’une station service dévastée. Les civils, tous des hommes, hurlaient en essayant centimètre par centimètre de faire avancer les automobiles. Ces Haïtiens y sont parvenus sans le moindre dommage pour les voitures et les camions. Nous sommes arrivés à l’Ambassade américaine où s’était improvisée une clinique d’occasion.

Finalement, j’ai abandonné mes maigres réserves de remèdes au magasin commun. Dans la nuit, les militaires nous évacuaient.

J’avais gardé jusque là l’ultra nécessaire à la propre sûreté de ma famille. C’est sans doute ce que nous humains faisons. Et si j’avais pris le peu que les Haïtiens possédaient ? Et si j’avais pillé leurs maigres réserves de charbon de bois ou de mangues aperçues sur la route de l’aéroport ? Nous tomberions tous d’accord pour trouver ça méprisable.

Pourtant c’est bien ce que les Etats Unis d’Amérique, les Français et la complicité de l’élite haïtienne ont infligé aux habitants d’une île si proche de nos côtes. Nous avons tout d’abord bénéficié de leur travail d’esclave, essentiel pour le commerce triangulaire du sucre, des produits fabriqués à pas cher et du marché des esclaves même. Ensuite nous avons aidé les Français à faire respecter les « réparations » réprimant les rebellions d’esclaves ayant connu le succès que l’on sait. Réparations ? Est-ce que cela ne devrait pas signifier l’attribution sérieuse d’une compensation à la population noire premièrement réduite en esclavage ? Et bien non ! À grands coups de menaces de reconquête et d’embargo économique, les Français ont contraint les esclaves enfin libres a payer la valeur estimée de ce que leurs anciens propriétaires avaient perdu – leurs propres corps d’esclaves. 150 millions de francs or, avec comme agent collecteur pendant des décennies, l’Oncle Sam puisque la doctrine Monroe empêchait dès 1823, la colonisation européenne dans cette partie de l’hémisphère. S’y ajoutent les 21 milliards de dollars actuels avec 5% d’intérêts. Cet argent devrait être remboursé !

Les politiques néo-libérales américaines ont ruiné l’agriculture haïtienne au nom du libre-échange, obligeant par exemple Haïti à augmenter ses tarifs au nom d’une protection de ses cultivateurs. Conséquence directe : le riz des USA largement subventionné a inondé leur marché. D’où une importante migration des paysans à Port au Prince vivant dans des taudis largement exposés lors du séisme.

Aujourd’hui, nous volons toujours le travail des Haïtiens. Notre salaire minimal fédéral est de 7,25 dollars lorsque celui d’Haïti est d’à peine 3 dollars par jour. Mais devinez qui est exempté de payer ce salaire minimum ? Les compagnies américaines exploitant largement le personnel local dans des ateliers insalubres situés dans des zones d’export sans régulation.

Finalement, nous avons confisqué à Haïti toute démocratie, en favorisant deux coups d’état contre Jean Bertrand Aristide, premier président librement élu de l’histoire de l’île. Aristide est aujourd’hui sans passeport. Interdit de séjour dans son propre pays, éducateur et psychologue aimé de beaucoup, il aurait pu œuvrer à la reconstruction du pays. Il y a quelque chose qui ne va pas ici. Personne ne nous demande de renoncer à notre cachette de médicaments, notre eau potable et notre nourriture et le distribuer aux plus pauvres. Okay, nous voulons ce qui est nôtre avec ce besoin d’être en sûreté en cas de désastre, mais ça ne signifie en rien qu’il soit normal d’emporter ce qui appartient aux haïtiens, leur nourriture, leur argent et même leur gouvernement. Comment oser encore les priver et les détrousser du si peu qu’il leur reste, sans même parler du tremblement de terre.

Cette débâcle, ce pillage constant des plus pauvres en Haïti pour ajouter toujours plus à notre énorme richesse ne devraient pas constituer les valeurs américaines modernes. Nous devons à Haïti, la reconstruction d’une ville habitable, effectuée par des ouvriers du pays payés décemment. Autrement, nous mêlons l’injustice de la nature à la nôtre. Jamais, nous ne traiterions les gens de la sorte si nous comprenions qu’ils étaient nos semblables. Il nous faut développer cette notion de « famille humaine » en incluant ceux qui nous semblent différents, mais qui méritent largement d’avoir ce qui est à eux : leur propre pays et le fruit de leur travail.

Barabara Rhine est avocate à Oakland (Californie) et professeur de droit. Pour eux qui souhaitent apporter leur aide, elle recommande le Haiti Emergency Relief Fund ( www.HaitiAction.net ), une association créée par son mari, Walter Riley en 2004.

Cet article de notre amie Barbara a été publié en langue originale dans l’édition du 4 février 2010 du magazine Counterpunch.
Traduction : JR

16.6.10

BILL DIXON EN 1976






























Bill Dixon avait offert une étonnante série au musée Galliera lors du festival d'Automne 1976 en trio avec le contrebassiste Alan Silva et le saxophoniste Stephen Horenstein. Les concerts avaient la durée courte d'un éclat, ce qui avait indisposé certains spectateurs, qui n'ayant pas de temps à perdre, réclamaient remboursement. La leçon était de taille regardant deux éléments avec lesquelles on ne fait pas de la purée : le temps (relatif) et la réalité (relative). Le silence peut créer du désordre, c'est magnifique. Beaucoup à apprendre de cette série sans spectacle au Musée, beaucoup à apprendre sur l'intensité, celle de ce temps impalpable, ce temps de fait, ce fait qu'il n'est pas de temps standard (comme l'assènent ces zigotos - en étriqué costume d'assureur contre l'ennui - qui pensent rationaliser on ne sait quoi - leur propre absence ? - en vous donnant la longueur exacte que doit faire un phonogramme dans tous les cas de figure, comme si la musique pouvait être figurée). Bill Dixon n'avait pas offert un concert par soir, mais une suite de plusieurs jours, plusieurs années, plusieurs siècles, qui prenait le pouls du temps ou bien celui d'un mouvement indiquant le sens opposé de la vanité.

Bill Dixon, homme de son temps, est parti aujourd'hui.



Image : Enregistrements de 10 à 15 ans précédant ces concerts


12.6.10

TOUT CE QUE VOUS AVEZ TOUJOURS VOULU SAVOIR SUR LES LAPINS DE LA PLEINE LUNE SANS AVOIR JAMAIS OSÉ LE DEMANDER



Alors qu'au nord-est, de l'autre côté des lacs, à Toronto (Canada), Jean-Jacques Birgé et Antoine Schmitt présentent leurs 100 lapins importés de France au festival Luminato, ce 11 juin, les Fantastic Friday Music Series du Black Dog de St Paul (Minnesota) sont l'occasion de rencontrer le Full Moon Rabbit Orchestra de Todd Harper dans une soirée intitulée Rootabaga Stories d'après les nouvelles pour enfants du poète, chroniqueur et historien Carl Sandburg. Les anches de Nathan Hanson (de Fantastic Merlins et curateur de ces vendredis d'où d'où dis donc) et Donald Washington (vétéran de la scène bop de Detroit qui fut le professeur de James Carter), le trombone (parfois l'euphonium) de Steve Sandberg (entendu avec les Brass Messengers) et les percussions de Will Kemperman (membre du Rochester Symphony Orchestra) complètent, sur cette lande panachée au milieu des toiles de Jorge Luis Silva Santana, les lucides élucubrations (voilà qui est sain même quand Jojo se casse le doigt le pied en chemin vers Mexico et puis le dos au retour sur les rails du chemin de fer) de Todd Harper (piano, baguette, chant, percussions, euphonium, flûte médiévale). La mémoire n'est pas affaire de souvenirs, mais bien de transport. Les lapins de la pleine lune se posent là. En fête !


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Les lapins de la pleine lune sont des enfants, c'est la vérité !
(La preuve par le coup)

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Les lapins de la pleine lune ne manquent pas de becs

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Sur la route à baguer,
les lapins de la pleine lune sont moins éconognomes que les écureuils
mais plus générheureux.

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Du champ, les lapins de la pleine lune font chauffer Marcel

5.6.10

JEUX D'EQUILIBRES



Qu'est-ce qu'un équilibriste ? Quelqu'un qui cherche l'équilibre ou bien quelqu'un qui joue avec l'équilibre ? Qu'est-ce que l'équilibre, une ligne qui traverse toutes les choses et les êtres pour indiquer leur point de justesse (de justice) ou bien la projection d'une surface de bonne entente ? la musique du trio Nathan Hanson (saxophones), Brian Roessler (contrebasse) et Rahjta Ren (piano) déambule dans l'espace même de ces questions, questions vives entendues si fort lors de grands moments intérieurs de l'histoire du jazz. Les trios Jimmy Giuffre - Paul Bley - Steve Swallow, Jimmy Giuffre - Paul Bley - Barre Phillips, Jimmy Giuffre - Paul Bley - Bill Connors, les duos Paul Bley - Gary Peacock, Gato Barbieri - Dollar Brand sont autant d'exemples flagrants de ces sentiments. La musique des trois hommes des Twin Cities joue entre une sorte de fureur du silence et l'assemblage d'autant de phrases en une demeure véritable. La pesanteur arbitre les passes et jets de ces bâtisseurs à la tendresse éprouvée. Et puis tout disparaît et tout apparaît parfois dans le même temps. La fragilité trouve, à force de péripéties bien vécues, des épaules pour soutenir une parole d'espoir, pour la plaider aussi. Nathan Hanson, Brian Roessler et Rahjta Ren donnent une belle définition de l'équilibrisme : le rêve immédiat.

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Images prises lors du concert de Nathan Hanson, Brian Roessler et Rahjta Ren au Black Dog le 4 juin 2010 : B. Zon


0 CÃO PRETO



Les tee-shirts des batteurs de la Batucada do Norte (parmi lesquels on reconnait les frères O'Keefe, Pat le clarinettiste de l'ensemble Zeitgeist et Tim le percussionniste familier des habitués de la Mayday parade, aussi entendu comme invité de Fantastic Merlins lors des fameux Fantastic friday music series) affichent une carte verte (green card) du Minnesota avec le globe brésilien. La véritable géographie a les frontières non étanches de l'étrange pas étranger pour un sou et se joue des dessins des hommes sang-d'où-ich. Les tambours fertiles rejoignent le crépitement de la pluie pendant que les amis du chien noir se régalent avec l'agua da piña offerte par la maison. Plongée sans âge et pleine de corps, la danse ne s'adresse pas aux prudents, mais aux vivants. Un enfant s'agite dans le temps, du côté de la vie, forcément !

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Mayday Parade en mai

Images : B. Zon