Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

30.11.11

URSUS MINOR
AVEC BOOTS RILEY ET DESDAMONA
LIMOGES : 29 NOVEMBRE 2011
PARTIES COMMUNES

Il y a peu, Carole Bouquet lisait les lettres d'Antonin Artaud à l'adresse de l'actrice roumaine Génica Athanasiou (qui partagea sa vie de 1922 à 1927) au Centre Culturel Jean Gagnant à Limoges. "Nous avons moins besoin d'adeptes actifs que d'adeptes bouleversés" disait l'urgent poète. De la passion d'Artaud aux singularités d'Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona : un pas limousin. La musique a ses pénétrations annonciatrices des bouleversements du monde. Elle a ses conséquences d'allégresse, de lumière, de soulagement, de soutien comme armes pour faire face au réel dévorant.

En ces temps de tentations impériales, il est bon de rappeler que Limoges, un temps surnommée la Ville rouge, s'opposa au coup d'état Louis-Napoléon Bonaparte. En 1871, Limoges connaît aussi sa Commune. Alors qu'un détachement militaire se rend à la Gare pour prêter main forte à l'armée versaillaise contre la Commune de Paris, une foule se presse pour empêcher le train de partir au cri de "Vive la Commune". Les soldats fraternisent avec la foule "Les soldats offraient leurs chassepots et leurs cartouches à qui les voulait : 80 fusils tombèrent de cette façon entre les mains de la population de Limoges". Puis la foule avec les déserteurs envahissent la préfecture. Le préfet déguisé en domestique s'enfuit. Mais le maire demande l'intervention d'un détachement du 81e régiment d'infanterie et du 4e régiment de cuirassiers, commandé par le colonel Billet (quel nom ?) qui sera tué dans la bataille. La répression est sanglante. Thiers dira : "À Limoges, s'est produite une émotion peu dangereuse ; mais les communards de cette ville, jaloux de se montrer à la hauteur de ceux de Paris, ont assassiné le colonel du régiment de cuirassiers qui était cantonné dans le département. La répression va suivre de près ce lâche attentat".

Limoges est une ville d'étincelles, et les étincelles ne sont rien d'autres que la voûte étoilée qui porte nos espoirs. À Limoges, après les mots d'Artaud, Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona pour leur dernier concert de cette tournée automnale, jouèrent en douceur, pleine de mots, pleine de rythmes, pleine de sens, la matière forte pour exprimer ce qu'il y a de plus vif, l'expérience dansée, inséparable de la manière d'exister. Merci à Jean-Pierre Brandy et toute l'équipe du Centre Culturel Jean Gagnant

Photos : B. Zon

28.11.11

URSUS MINOR AVEC BOOTS RILEY ET DESDAMONA
GENNEVILLIERS 26/11/11
OLIVIER GASNIER : HISTOIRE(S) ET ACTUALITÉ(S) DU MONDE : LE NÔTRE

Ursus Minor : histoire(s) et actualité(s) du monde. Le nôtre !
Par Olivier Gasnier

Le Tamanoir, Gennevilliers le 26/11/2011.

« Pour moi il y a des disques documentaires et des disques de fictions. Disons que j’essaie de faire des disques de fictions avec un point de vue documentaire. Ursus Minor c’est ça, on raconte une histoire, mais ce n’est pas un conte de fées non plus ». (…) « Il faut parvenir à retrouver le chemin qui relie les musiciens au public. Alors ça pose les questions de savoir ce qu’on fait, pourquoi et comment on le fait. Ursus Minor c’est une modeste interrogation autour de ça. Et ça veut dire aussi que l’on n’est pas tout seul, isolés »*. Y aurait-il meilleure manière de décrire un concert d’Ursus Minor ? Ou, plus précisément les concerts d’Ursus Minor. Car cette semaine l’opportunité était donnée aux franciliens de rencontrer par deux fois le groupe à quelques encablures de distance.
Et de Paris à Gennevilliers, mais comme de Villejuif à Minneapolis par le passé, les musiciens – six depuis le dernier album en date, et même sept l’espace d’un morceau (où le jeune rappeur Moon rejoint le groupe pour sa première "scène") car ceux-là savent recevoir – nous ont raconté un peu de nos vies, un peu des leurs, et beaucoup du vivant. Et avec un naturel et une simplicité tels que, d’évidence, toute éventuelle résistance de qui ne les connaît pas se retrouve bien vite désarmée, offrant alors pleine et libre participation à la rencontre. Car l’échange et l’écoute, au cœur du dispositif et de la démarche du groupe depuis ses débuts, se retrouvent là, dans la proximité immédiate avec le public et font que, plus encore qu’assister à un concert d’Ursus Minor, on y participe. Assis ou debout, intérieurement ou physiquement. C’est pour ça que la fête est de mise, l’espoir aussi donc, pour mieux transcender certaine gravité de la condition humaine. Transcendance et dépassement ne signifiant pas oubli, l’histoire est convoquée, par touches subtiles, pour alimenter le sens de la danse, le « groove », qui transpire du répertoire ursussien, fruit de la combinaison fertile des qualités rythmiques de chacun des membres du collectif. Le foisonnement syncopé et mélodique des tambours de Stokley Williams, porté par des dispositions vocales rares, les décalages inattendus de la main gauche de Tony Hymas sur ses claviers, l’assise tellurique du baryton de François Corneloup, l’implacable fouetté de Mike Scott sur ses cordes associés aux flots souples et gracieux des rappeurs-chanteurs- conteurs Desdamona et Boots Riley génèrent immanquablement un irrépressible battement de pied, battement de cœur, qui nous (re)met en mouvement. Ce n’est pas la moindre des choses dans le monde tel qu’il va.
Cette qualité n’est certes pas l’apanage de ce groupe, nous en connaissons sans doute quelques autres, mais ces joyeux énergumènes, par leur capacité d’improvisation et leur créativité, portent un peu plus haut, un peu plus profondément le niveau d’échange et de dialogue possibles. Du coup, l’expérience fait partie de celles qu’on n’oublie pas mais qu’il est toujours bon de renouveler - ses vertus régénératrices sont indéniables, et essentielles - pour mieux se souvenir de la transmettre à son tour.


* Jean Rochard, en 2005, à l’occasion de la parution du premier opus d’Ursus Minor.



Photos : Z. Ulma

Merci à Johann Mandroux, Fabrice Amghar, Benjamin Bertout, Nathalie Neels, Eléonore Okpisz, Justine Agulhon et à toute l'équipe du Tamanoir

25.11.11

URSUS MINOR
BOOTS RILEY ET DESDAMONA
PARIS : 23/11/2011
FABIEN BARONTINI : L'ÉLÉGANCE MERVEILLEUSE DES ÉTOILES

L’élégance merveilleuse des étoiles
par Fabien Barontini

Le New-Morning accueillait ce 23 novembre le quartet Ursus Minor et ses deux invités Desdamona et Boots Riley. Ce groupe nous a donné ce que la musique offre et distribue à tout vent dans un total désintéressement : la beauté d’une humanité généreuse. On ne se lasse pas de les réécouter, pour moi ce sera certainement la douzième fois… ou seizième, je ne sais plus. Et les retrouvailles sont toujours aussi heureuses. C’est à cela que l’on reconnaît une musique indispensable. Seuls les blasés et les revenus de tout, et aussi d’eux-mêmes, croient pouvoir s’en passer. Ces plaisirs musicaux qui s’installent dans le temps les dérangent. Ils existent parce que, hors courtes vues des plans promos et des idéologies utilitaristes actuelles, ils sont portés uniquement par le désir artistique.

Six musiciens rassemblés et toutes les musiques modernes convoquées. Ils vivent en des points du globe très éloignés les uns des autres (Minneapolis, Oakland, New-York, Londres, Bordeaux, Paris…). Et si l’on sait qu’Ursus Minor entame sa neuvième année d’existence, on comprend mieux alors que ce « miracle » porte le nom de grand art. Même si le don de cet art se fait dans la simplicité de l’échange.

D’emblée le quartet place la barre haut, très haut et ne quittera plus ce niveau d’intensité expressive. On a beau connaître les morceaux, on les redécouvre dans une totale fraîcheur de l’instant vivant. Les rythmes sont essentiels et profonds, sources abondantes de puissance inaltérable et les improvisations de chacun bousculent et éveillent d’un jeu salutaire notre écoute. Tony Hymas dérégule son clavier de traits volontairement chaotiques et emportés. François Corneloup attrape la queue d’une comète indomptable. Mike Scott apporte ses impros énergiques funky teintés de raffinements baroques. Et Stokley Williams qui nous avait gratifiés de si belles interventions vocales, commence dans un silence total, après le déluge des sons, un solo de batterie – anthologique – qui rejoint les grands solos de l’histoire des tambours.

On ne sait plus si la musique entendue s’appelle jazz, funk, soul, hip-hop, rock. Et peu importe. C’est une musique qui rassemble toutes ses musiques en même temps et fait cohabiter spontanément et naturellement Sidney Bechet et Stevie Wonder. Cette musique nous fait ressentir l’essence même de la liberté. C’est pour cela que les interventions à la fois souples, sensuelles chaleureuses, obstinées et revendicatives du rap de Desdamona et Boots Riley deviennent d’une indispensable actualité. Musique du présent et de la présence de soi au monde. Boots donne, entre deux morceaux, des informations sur le mouvement « Occupy Wall Street » de sa ville d’Oakland.

À une heure du matin passé, en sortant du New-Morning, la rue était encore éclairée des néons des restaurants indiens, turcs et chinois. Aux terrasses réchauffées des cafés, des gens palabraient. La vie, en harmonie avec la musique d’Ursus Minor, ne renonçait pas dans la nuit.

Et si le ciel de novembre était sombre et obscur, on savait comment apercevoir les étoiles.

Photo de Desdamona avec Emilie Lesbros venue écouter ses camarades de lutte (on aperçoit aussi Boots et François : B. Zon

Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona ainsi que Mahmoud El Kati et Charmaine Neville, seront à Sons d'Hiver le 11 février 2012 pour un salut à Howard Zinn. L'aventure Ursus Minor a commencé à ce même festival en janvier 2003. On pourra également y entendre Ill Chemistry (Desdamona et Carnage) le 10 février.

Sons d'Hiver


Remerciements : Dunose organisateur de la soirée du New Morning

URSUS MINOR
AVEC BOOTS RILEY ET DESDAMONA
ST BRIEUC : 22 NOVEMBRE 2011

Venir à la Passerelle de St Brieuc, c'est démesurer le temps de la plénitude. Chaque concert y est un événement vécu, un échange lucide, un partage naturel, une tentation assumée. Marie Lostys, Alex Broutard et leur équipe accueillaient cette fois Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona. Le désir était fort. Et dans ce magnifique petit théâtre, ce fut une grande fête, gorgée d'histoire passée présente et à venir. Desdamona s'adressa aux femmes grandeur nature avec l'apophtegme "Come Back", Tony Hymas, Mike Scott, François Corneloup et Stokley Williams portèrent l'exaltation du blues en TOUS ses versants. Tambours ! Le groupe fit danser le public et le public fit danser le groupe. Comme en réponse à Boots Riley demandant de soutenir le mouvement "Occupy", la salle, à l'incitation du batteur, se trouva seule à chanter et danser alors que les musiciens s'éclipsaient. Le rappel ne fut donc pas question de formalité satisfaite, mais bien de nécessité joyeuse car le public rappela les cinq larrons pour s'associer à lui plus que l'inverse. Quelque chose de très heureux en vérité, on pourrait dire magique ! Oui c'est cela ! Ce pour quoi on vit. Oui ! Oui ! L'après concert prolongea cette impression inestimable. Les échanges allaient bon train de paroles libres. On signalera aussi la présence du duo de la boutique "Le Disquaire", Gilles Ollivier et Alban Fonteney dont on ne dira jamais assez le travail exceptionnel (entre eux et la Passerelle : un modèle de lien amoureux entre musique sur scène et musique enregistrée). ... Et la présence d'enfants heureux comme tout, les yeux pleins de pétillements de rester debout aussi tard.

Le Disquaire 22 rue du Général Leclerc, 22000 Saint-Brieuc tél : 02 96 68 67 26


Photos : Julia Robin (orchestre), B. Zon (Boots et Desdamona)

REGARDS DE GÉRARD ROUY
POUR PAUL MOTIAN ET HANS REICHEL

Paul Motian, Nice 1988

Hans Reichel au daxophone, Anvers (Belgique) 1995

Paul Motian avec Charlie Haden et Harry "Sweets" Edison, Nice 1988

Hans Reichel avec Maarten Altena et Michel Waisvicz, Moers (Allemagne) 1975

Paul Motian Willisau (Suisse) 1982

Hans Reichel avec Sven-Åke Johannson et Buschi Niebergall, Bruges (Belgique) 1977


Paul Motian : 25 mars 1931 Philadelphie, 22 novembre 2011 New York
Hans Reichel : 10 mai 1949 Hagen, 22 novembre 2011 Wuppertal

Photographies : Gérard Rouy

22.11.11

URSUS MINOR
AVEC BOOTS RILEY ET DESDAMONA
ST NAZAIRE : 21 NOVEMBRE 2011

"Où allons nous capitaine ? À St Nazaire, au VIP, moussaillon !".

MONEY, MURDER AND MATHEMATICS... Écho d'une clameur mondiale contre ces trois M funestes (inverses transparents de "Liberté Égalité Fraternité"), Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona signalent éperdument, du fond d'un endroit qui a connu la guerre, en leurs sentiers de lumière, le souffle du Monde. Nous avons les moyens de ne plus nous laisser empoisonner, la musique peut le dire, aider à quitter les maillots de peur qui privent de la liberté réelle.

En rappel, car peu importe que ce soit lundi et qu'il soit tard - ce soir là il fait tôt à St Nazaire -, Blitz the Ambassador et le saxophoniste Ezra Brown se joignent à l'ensemble. ENSEMBLE, c'est le mot.

"Les pluies sauvages favorisent les passants profonds". René Char

Merci à Camille, Stéphan et toute l'équipe du VIP

Photos : Julia Robin (sauf Tintin avec Haddock à St Nazaire et Ursus Minor avec Blitz et Ezra Brown : B. Zon)

21.11.11

URSUS MINOR
AVEC BOOTS RILEY ET DESDAMONA
REIMS : 19 NOVEMBRE 2011, CHAMPAGNE !


George Sand disait que le Champagne aidait à l'émerveillement... en tous cas, Ursus Minor avec Boots Riley et Desdamona ouvraient, ce 19 novembre, avec flamme, pétillance et accueil généreux du public et des organisateurs, la dernière soirée rémoise de Djaz 51 (Patricia Barber en seconde partie). Et si les révolutionnaires des années 20 et 30 se réfugiaient parfois dans le luxe (car là, on ne pensait pas à les traquer), on sait aussi que les fées font leur cuisine dans les bulles en allumant des feux follets.

Merci à Francis Lebras et toute l'équipe de Djaz 51.

La tournée continue, prochaines dates

Photo : Z. Ulma

20.11.11

VUES PERCANTES
(FROM AVIGNON WITH LOVE)

Ce qui frappe lorsque l'on se trouve à la Manutention à Avignon habitée par Utopia, l'Ajmi, Inouï, Fraction, en bon voisinage du théâtre des Doms, c'est la vie qui y règne et le mouvement que ce club des cinq, clubs des expressions fortes, entre ses murs, dessine vers l'extérieur.

À l'issue de la projection du film Les Chats Persans de Bahman Ghobadi, film iranien et indication précieuse qui nous invite à revoir nos réalités à partir d'une réalité terriblement plus cruelle, s'est tenue une petite discussion en ouverture du 4ème Contre Forum de la Culture (organisé par les acteurs ci-dessus mentionnés). Rappel de la nécessité totale d'un mouvement, d'un réveil - magnifiquement incarné par les suggestions du film (qui vont du plus profond au plus haut de la ville), de pas de chats où le silence se mêle au cri, d'une poésie de la lucidité, d'une humanité infinie, d'une agilité libératrice, d'une lutte qui ne saurait se défiler ; la suite nous appartient. Nous en sommes responsables.

Tout cela pendant que Napoléon 4 et sa garde prétorienne occupait la ville pour un autre Forum, celui de la culture officielle, c'est-à-dire de la fin de l'histoire.


Image : Napoleon III le vautour par Paul Hadol

15.11.11

EXPOSITION DAVID RICH


David Rich peint la ville, non comme on se la représente, non par le prisme de notre romantisme ou notre industrialisme - ce qui tend tragiquement au même -, mais avec ses veines lentes, son silence de souffre, son pouls éclaté inavoué : plutôt le regard de la ville même, physique, que le nôtre, pour enfin voir la couleur.

Stéphane Cattaneo envoie d'une autre ville, le 12 novembre jour du vernissage de son exposition, à son ami David Rich, cette phrase récoltée à Liberty Plazza, à New-York : "Lets' maintain radical ambiguity", traces de passage, preuves de coeur, quelque chose a bougé, la grande ville a un peu tremblé.

Urban Landscapes par David Rich : Catherine G. Murphy Gallery, St Paul Minnesota - jusqu'au 18 décembre

Photo : B. Zon (peinture : "River Dusk" de David Rich)


10.11.11

LE BLUES DE DIOGÈNE DE SINOPE

Ça fait longtemps que la musique se joue à la grecque. Et la marge est terrible entre Alexandre le Grand et Alexandre le Bienheureux.

6.11.11

CATTANEO A LA LIGNE

Vendredi soir 4 novembre, vernissage de l'exposition International Waters avec Michelle Butterfield, Estella Mare, Bob Bracken, et Cattaneo au Black Dog. L'exposition faisait, tout en complément de ses confrères et consoeurs, part belle à Cattaneo qui expose aussi actuellement à New-York, et qui pour l'occasion dessina en direct ses lignes de fuites, lignes intérieures, lignes de chance, lignes de conduite, lignes de vie en trio avec Nathan Hanson au saxophone et Brian Roessler à la contrebasse (également responsables de moments sensibles en duo, préambules et prolongements). Le point sur son travail actuel en trois réponses.

Quelle réalité préside à tes images ?
Je n'y ai jamais réfléchi en ces termes... J'imagine qu'il s'agit d'une réalité qui n'existait pas avant que je me préoccupe de l'inventer, et dans ce sens ce serait plutôt moi qui la préside, ah ! ah ! En tout cas, une large part de hasard intervient dans la réalisation de mes œuvres. Certes, je crée les conditions favorables à l'émergence d'une énergie vitale qui vient des profondeurs de mon être, et qui va me permettre de m'exprimer : solitude, papier, couleurs, musique... La concentration sert de catalyseur à l'expression de quelque chose de pur, via les gestes improvisés et les boucles tracées sur le papier, sans autre finalité que superposer des lignes et des couleurs dont je tenterai ultérieurement de déterminer (c'est à dire quand la peinture aura fini de sécher) si l'association complexe révèle une harmonie, même convulsive. Avec un peu de chance et beaucoup de détermination je repérerai une zone sur le papier où il s'est passé quelque chose, où je sens un rythme, perçois une séquence narrative, que j'isole, découpe et colle sur une autre feuille, plus épaisse ; je signe en bas et me voilà avec une nouvelle œuvre d'art, ah ! ah ! A quel moment ai-je instillé mes émotions, quand le mariage a-t-il été consommé entre la réalité extérieure (le visible) et le monde de mes sentiments, c'est trop intime pour que je le dévoile ici... Mais c'est d'une histoire de contrôle et de lâcher-prise qu'il s'agit, assaisonnée d'inconscient et de codes culturels aussi. Pourquoi je fais ça ? J'ai un rapport particulier avec la mort, et la peinture telle que je la pratique (la Bande Dessinée aussi, dans une large mesure) est liée à ce que je perçois de cet autre côté du monde. Comme me le disait Moebius un jour où j’étais particulièrement déprimé, je suis une sorte de Chaman, et si j'habitais dans une société dite primitive, je serais considéré comme un être sacré. Eh bien voilà : mon rôle à moi, mon cadeau à l'univers, c'est d'offrir en guise de consolation aux gens qui le peuplent des fragments d'une autre réalité.

Comment a été faite la sélection pour le Black Dog ?
J'ai plutôt laissé les autres décider à ma place, car je suis venu aux Etats-Unis avec une cinquantaine ou une soixantaine de peintures, sans idée préconçue sur ce que je voulais montrer ; la galerie de New York dans laquelle je vais exposer à partir du vendredi 6 novembre a choisi celles qui l'intéressaient avant que je vienne à Minneapolis, après quoi j'ai fait un petit tri et écarté ce qui ne me plaisait plus, puis laissé à Scott Demorainville, qui s'est occupé de l'accrochage au Black Dog, le soin de sélectionner ce qui lui convenait ; en l’occurrence, il a pris tout ce qui restait, ce qui me convient très bien, ah ! ah ! Au final, on doit approcher la quarantaine d'images accrochées au mur, ce dont je suis assez fier.

Cattaneo avec Guy Fawkes et Michelle Butterfield

Mais où est donc passé Slim ?
Slim se trouve actuellement dans une autre dimension de son être, enfin assumée peut-être : il s'est réinventé en renard. Un renard breton, portant un nom américain : Velvet Paw. Il mène une vie compliquée et belle, parcourt nuitamment les rives de Vilaine, est amoureux du fantôme d'Elis Regina et fourbit dans son terrier quelque arme secrète pour renverser l'ordre du monde. Enfin, c'est ce qu'on m'a dit.

Nathan Hanson, Cattaneo, Brian Roessler


Entretien réalisé le 2 novembre - Photos : B. Zon

4.11.11

DE QUOI FLIPPER

Richard O'Barry a été l'entraineur et confident de Flipper le Dauphin, la vedette de la série télévisée du même nom créée par Ricou Browning et Jack Cowden diffusé de 1964 à 1968 (musique Vars and Dunham) . Ou plus exactement des 5 femelles dauphins qui jouèrent le rôle de du mamifère marin. La dernière actrice interprétant Flipper, Kathy, est morte de stress. O' Barry s'est alors engagé, de par le Monde, à œuvrer à la défense et la libération de ces cétacés qui figurent sur les plus anciennes fresques grecques connues à ce jour (la reine Knossos - 15ème siècle avant JC). En 1970, pris en flagrant délit de tentative d'évasion de Dauphins d'un dolphinarium aux Bahamas, il fut mis en prison. Depuis, il s'est employé à rééduquer les Dauphins captifs pour les rendre à leur élément naturel. Il s'est également illustré vigoureusement (le mot est faible) contre la chasse au dauphin à Taiji (Wakayama) au Japon (plus de 23000 dauphins tués en 2007).

On attend des nouvelles révolutionnaires des dresseurs de Saturnin, Monsieur Ed, Poly, Lassie, Flicka et Skippy. Celui de Monsieur Petros doit certainement être déjà rendu en Grèce où les Pélicans, autant que les dauphins, ont besoin d'un sacré coup de main.

Merci Dean

Image extraite de la série : un des cinq Flipper avec Brian Kelly, Luke Halpin, Tommy Norden

3.11.11

ZACC HARRIS QUARTET : UNDERCURRENT

Zacc Harris (guitar), Bryan Nichols (piano), Chris Bates (contrebasse) et JT Bates (batterie)

Mercredi soir au Black Dog, le quartet vitaminé de Zacc Harris interprète "Undercurrent" une composition du guitariste. Le thème introduit par une ligne de basse à la profondeur nécessaire offre tous les attraits de la découverte de ce qui nous anime vraiment par delà les semblants. Les tréfonds de nos êtres, nos aventures intérieures et secrètes ne peuvent faire surface que par immense tendresse. Alors se dessinent d'autres lignes, celle du partage. Le quartet a rendu cette idée en toute vitalité, en toute sensualité.

Le titre fait penser à "Weeki Wachee Springs", photographie d'Antoinette Frissell représentant une femme sous l'eau avec seul le visage à la surface, qui orna plusieurs couvertures de disques, dont une, fameuse, de Bill Evans et Jim Hall pour Blue Note. La musique ne se trompe pas lorsqu'elle cherche les courants profonds.

En ces temps d'agitation des consciences, quand les peuples (re)commencent à signifier leurs propres volontés, à dessiner leur propres dimensions, leur courant réel, la composition de Zacc Harris tonifiée par l'extrême vivacité des quatre musiciens sonne comme un cadeau de bienvenue signifiant de désir de fonder un autre territoire actif et passionné.

Photo : Léo Remke-Rochard

2.11.11

L'OSCAR DE DEAN MAGRAW
ET DAVU SERU

Dean Magraw et Davu Seru jouent en duo depuis le 26 mars 2011 au Black Dog. Dès lors, chaque premier mardi du mois, ils sont là développant à deux (deux multipliés par l'écoute - deux pour l'un et l'autre - deux pour les autres comme ensemble de nous) les lignes parallèles de toutes les résonances, des échappées d'intuition, de l'esprit sans obligations : le fond de notre âge est le fond des âges.

Hier soir, ils ont aussi joué "Tricrotism" d'Oscar Pettiford. Oscar Pettiford né en Oklahoma de parents afro-américains et indiens a grandi depuis l'âge de 3 ans à Minneapolis où il apprit à chanter, danser avant de jouer le piano puis la contrebasse. La rencontre de Coleman Hawkins, alors qu'il tournait avec Charlie Barnet, le conduisit à enregistrer "The Man I love" avec Hawkins puis émigrer à New York pour être avec le Bean et devenir le grand musicien que l'on sait, l'auteur du classique "Bohemia after dark", pour qui Charles Mingus écrivit, comme Dean l'a rappelé hier, "O.P. O.P".

Dean Magraw et Davu Seru : le 26 mars 2011 sur le Glob

Photos : B. Zon