Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

17.6.21

FUGITIF CONCOMBRE MASQUÉ

Octave Mirbeau écrit Le Concombre fugitif en 1894 : " Ah ! Gredin ! Ah ! Misérable ! Et je vis sa main noueuse cherchant à étreindre quelque chose qui fuyait devant elle,quelque chose de long, de rond et de vert qui ressemblait, en effet, à un concombre, et qui,sautant à petits bonds, insaisissable et diabolique, disparut, soudain, derrière une touffe...". 

En 1965, Nikita Mandryka invente l'essentiel (vous avez dit essentiel ?) philosophe Le Concombre masqué : " Voyons voyons que sais-je au sujet de ce que je ne sais pas ? ". 

Et puis les masques tombent et les urnes apparaissent. Octave Mirbeau a aussi écrit l'indémodable (mais toujours pas assez lue ?) La grève des électeurs en 1888 et Nikita Mandryka nous a quitté le 13 juin après plus d'un demi siècle de pertinence qui n'aura pas réussi à changer le monde. "Ah bon ?... C'est ça, la vie ??..."
 

11.6.21

MARC TOMSIN

Durruti avait ouvert les portes... il le fallait. Année 90, fin de siècle, sans papiers, chômeurs... Une bande de musiciens, de musiciennes et bien sûr Violeta, Diego[1] et François, sens de toutes les sentes ... le studio et la rue font bon ménage. Spectateurs actifs, expectatifs acteurs : "Étrangers, ne nous laissez pas seuls avec les Français" dit un tract de Frédéric Goldbronn et Jean-Louis Comolli. Beaucoup de rencontres... Parmi elles, Marc Tomsin, silhouette marquante, présence inaccoutumée, intrigante, tellement vive. Vive les correcteurs, vive le Chiapas ! Marc Tomsin, alors, c'est déjà toute une histoire. Comité Vietnam en 1967, Comités d’action lycéens et JAC (Jeunesse anarchiste communiste) en 1968 etc. La lecture de Raoul Vaneigem l'inspire. Amitié durable. Mille autres activités, incessantes, d'intelligence active. Barcelone, 1977, il rencontre Abel Paz, naissance d'une autre amitié. En 1985, avec Agnès Soyaux, il fonde les éditions Ludd : Les Vagabonds n’ont pas perdu le goût de la chose chantée de Carlos Semprun Maura, Journal d'un chien de Oskar Panizza, Thomas Munzer ou la Guerre des paysans de Maurice Pianzola, l’indispensable Grève des électeurs d’Octave Mirbeau ou encore, entre autres, Banalités de base de Raoul Vaneigem. La suite dans les idées. Ne jamais oublier les luddites combattant le travail mécanique il y a deux siècles (ou devrions-nous dire : depuis deux siècles ?). Marc Tomsin participe à la fondation du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL) en janvier 1995. Poésie constante, arme véritable, imbattable. Se défendre et savoir lire. Partager. Marc Tomsin, regard d'oiseau, scrute tous les recoins du lointain en appréhendant l'immédiat, dégaine panachée, élégance avivée. On se rencontre de loin en loin, de loin en près, telle manifestation, tel salon du Livre Libertaire. Qui a rendu visite aux Mayas, Tseltal ouTzotzil de nos jours, nos beaux jours, l'aura aussi vu là-bas. Le 28 mai 2009, salut à Abel Paz qui vient de disparaître ; Violeta Ferrer dit "Le Pirate", Frédéric Goldbronn projette son film Diego et Marc Tomsin lit l'adieu de Valeria Giacomoni[2]. Ombre habile et généreuse. En 2007, il fonde une nouvelle maison d'Édition : Rue des Cascades. Aussi humaine que le film du même titre de Maurice Delbez. Guiomar Rovira, Métie Navajo, Sous Commandant Marcos, Georges Bataille, Georges Lapierre, Alèssi Dell'Umbria, et Abel Paz bien sûr. Des Livres de la jungle à La voix du Jaguar, incessants compléments. Ces derniers temps il résidait à Exarchia. Logique ! En Crête, le 8 juin dernier, Marc Tomsin soudain disparaît. Depuis Thésée, on ne croyait pas ça possible. Une vie de cascades pour nous autres.


Photographie 2010 : Libraire Espagnole


1.6.21

ROMAIN BOUTEILLE

 

Romain Bouteille était dans Themroc*. Il était aussi dans L'An 01**. 
Et nous, sommes nous dans Themroc et L'An 01 ?

* Claude Faraldo, 1973
** Jacques Doillon, 1970

28.5.21

PEEWEE!
NOUVELLE AVENTURE

 

Le calendrier a ses jours heureux, les jours des frites, des freaks et des bons films, jours sans flics. Le vendredi est devenu le jour de sortie des disques, le moment où ils quittent leurs cachettes, leurs terriers, leurs planques, leurs nids. Ce 28 mai est un jour spécial. Oui, on a beau se méfier des préfixes abusifs "réinventer" et tous ces mandats du vide, aujourd'hui est bien le jour d'une renaissance, celle de PeeWee!, mieux qu'un label, une véritable maison de disques (l'habitation qui suit la cachette). PeeWee! s'était manifestement illustré lors de la dernière décennie du siècle précédent avec des réalisations sensibles, soignées : Emmanuel Bex, Hubert Dupont, Tania Maria, Phil Reptil, Francis Bebey, Pedro Bacán. Des disques qui comptent comme on dit ! (ou comme on ne dit pas assez). Des albums excellemment enregistrés et produits par Vincent Mahey, souffle avec son compère François Yvernat, de cette décennie PeeWee-esque. Et puis le nouveau siècle est arrivé avec ses masques et ses affres. Le duo Mahey-Yvernat a, son et âme, travaillé pour les autres, dans son studio, Sextan, et sur scène. PeeWee! continuait sa sieste.

Alors la grande pause est arrivée, heure aussi de déboucler les grands désirs. En compagnie de Virginie Crouail et Simon Goubert, s’est agitée pour les deux compères l'idée d'une new PeeWee! adventure. À la bonne heure ! La production indépendante n'est pas un vain mot. Eh bien aujourd'hui paraissent les trois premiers albums de cette renaissance - mot certifié exact. Trois perles :

- Sophia Domancich Le grand jour

- Zarboth Grand Barnum All Bloom

- et la bichonnée réédition de Dibiye de Francis Bebey (quel plaisir de retrouver cet album augmenté d'un si attachant entretien et autres textes à la mesure déterminante de ce grand musicien camerounais disparu).

Albums superlatifs, réalisés hors des terres anonymes, dans celles fertiles de l'humanité où la musique compte mieux que comme pas de côté. PeeWee! ouvre son conte.

Une ouverture sur trois fronts et cette fois, il y a mieux qu'une décennie avant de passer au prochain siècle. Longue vie à PeeWee! Vive les disques, vive les vendredi.

24.5.21

ARTAUD, RIMBAUD, PAUVROS, BERROCAL, RIVERDOG, RAYON, KERR


 

Arthur Rimbaud, Antonin Artaud, font mieux que rimer, ils devinent le monde, en saisissent les incarnations, l'esprit, le soulèvement, la résignation impossible. Leur parole est une écoute profonde de tous sens. Chacun d'eux est dit, chanté, joué en urgence nécessaire, dans les deux albums : À tort et au travers de Jean-François Pauvros avec Antonin Rayon et Mark Kerr et Fallen Chrome de Jac Berrocal & Riverdog. Les compléments d'objets sont directs. 
 
Photos : Étienne Carjat, Margaux Rodrigues, B. Zon, couvertures Zou, Nathalie Ferlut, Marianne T

16.5.21

LE 16 MAI 1871

 

Le 16 mai 1871, il y a donc 150 ans, les Communards de Paris avaient imaginé et réalisé une façon réaliste de "célébrer" le génie napoléonien. L'événement fut photographié par Bruno Braquehais. La colonne Vendôme fut reconstruite en 1873 comme une autoritaire insulte à toutes les aspirations fraternelles. Aujourd'hui Mac Mahon rime avec ...... (président de la république en six lettres).

14.5.21

ROBERT G. KOESTER

 

À l'heure où les institutions montrent des signes d'impatience d'éviction des producteurs de musique enregistrée indépendants (une équation se réduisant à : dictature technologique, État, institutions décideuses, GAFAM et associés uberisants, qui oblitérerait les esprits de compagnonnage, d'aventures pour les réduire à de simples dossiers à "gérer"), il est bon que l'on se souvienne de ces commensaux que furent et sont les producteurs indépendants prêts à un bon bout de route avec musiciens et musiciennes. 
 
Robert G. Koester par exemple, extraordinaire disquaire (autre acteur primordial du développement humain de la musique) et producteur indépendant de l'étiquette Delmar en 1953, enregistrant et documentant (terme qu'il affectionnait) avec soin des bluesmen (Big Joe Williams) et figures de New Orleans (George Lewis). Installé à Chicago en 1958, Delmar deviendra Delmark (question de copyright) et Koester - même si "méfiant" de l'avant-garde - y ouvrira ses micros attentifs à la jeune génération en train de faire sa révolution, soit Roscoe Mitchell, Joseph Jarman, Anthony Braxton, Muhal Richard Abrams, Maurice McIntyre. Delmark, pierre angulaire du "nouveau jazz" envisagé comme complément nécessaire de ces grandes musiques noires abattant les frontières. Ce qui ne l'empêchera donc nullement de poursuivre sa passion du blues avec Junior Wells, T-Bone Walker ou Magic Sam, de piquer des pointes avec Earl Hines, Barney Bigard, Ira Sullivan ou Yuseef Lateef ou soigner quelques perles saturniennes de Sun Ra (le catalogue Delmark compte près de 350 références). Robert G. Koester, pour qui le streaming "is killing us" demeura disquaire au long de toute une vie qui vient de s'achever ce 12 mai 2021. On aimerait d'autres événements beaucoup moins tristes pour spécifier la capitale implication des ouvreurs de musiques. 
 
Photo : Psychedelic Baby Magazine

13.5.21

SENS ET SAURIENS

Les 16 et 17 septembre 1978, Jac Berrocal (alors Jacques) organisait avec ses amis Sens Music Meeting (qui connut trois éditions) dans sa ville de Sens. Véritable manifeste de la musique improvisée : on y entendait entre autres : Irène Schweizer, Rüdiger Carl, Hans Reichel, Fred Van Hove, Michel Portal, Vinko Globokar, Tamia, Claude Parle, Richard Marachin, Jean-François Pauvros, Didier Malherbe, John Tchicai, Gaby Bizien, Barry Guy, Un Drame Musical Instantané, Fred Van Hove, Günter Christmann, Jac(ques) Berrocal, (enregistrés par André Francis pour Radio France). Sens doit en vibrer encore. En tous les cas, l'émission "La Nuit des Sauriens", animée par l'infatigable Patrick Pincot depuis 1985 sur la radio de Sens (Radio Stolliahc 90.1 FM) en porte l'héritage. Sur ses ondes, ces jours-ci Fallen Chrome de Jac Berrocal & Riverdog est à l'honneur des sénons Sauriens mélomanes et chahuteurs...

Photos Sens 1978 : B. Zon

25.4.21

MILVA

 

Milva avait l'art de se jouer des frontières, les frontières des variétés variées. Première interprète non francophone d'Edith Piaf, signant ses premières apparitions avec la "Bella Ciao", histoire de montrer quel est le bois chauffant, elle chante bientôt Brecht, Weill et Eisler, lors que les voix non allemandes ne s'y risquent pas. Époustouflante ! Elle travaillera avec Mikis Theodorakis, Luciano Berio, Ennio Morricone, Astor Piazzola. Milva, coryphée d'un grand chant populaire, a publié un nombre vertigineux d'albums documentant une vie mélodique, avec toutes sortes d'épices de sucres et de piments, d'ombres augurales et d'éclats rutilants. Une direction forte d'allers et venues en tous sens. "Viva La Libertà !" Elle est partie le 23 avril.

21.4.21

HORACE

 

Il y a cette époustouflante photographie de Jimi Hendrix prise à l’île de Wight en 1970, une photographie (parue en 1972 dans un petit bouquin d’Alain Dister 1 ) où hurle l’impossible futur de l’effarant aérolithe de Seattle. Un cliché signé Horace. Le révélateur révèle. Louis Grivot s’était choisi ce coriace nom d’Horace pour signer ses photographies où son approche de la musique, du jazz, concordaient en toute profondeur avec abords et débords de sa vie politique, de nos vies politiques. L’esprit de nos jeunes années lisait aussi avidement d’affutées plumes de références qu’il songeait par les images qui constituaient autant de points de vue : Horace, Philippe Gras, Guy Le Querrec, Valerie Wilmer, Christian Rose, Gérard Rouy, Thierry Trombert, Jean-Pierre Leloir, Jacques Bisceglia, Giuseppe Pino, étaient alors quelques sérieux indicateurs de partis sérieusement pris. Des impressions de directions musicales. Horace photographiait activement et sa seule présence dans la salle caractérisait le moment musical comme un moment communal.

Avec Philippe Carles, Thierry Trombert et Francis Marmande, il avait réalisé le montage audiovisuel Bird is free, façon de constater que nos pendules d’alors allaient dans la bonne direction. Festivals et lieux de concert d’intention véritable projetaient tous Bird is Free avec le plus souvent une seconde partie complémentaire, musicien en solo dit absolu. Free n’est pas un vain mot, free n’est pas un style. Horace taillait d’objectif dans la densité des musiques noires, des musiques rouges, échos des graffitis qu’il adorait. Il était là, à Alger ou à Dunois, pour Albert Ayler, Charles Mingus, Aretha Franklin, Colette Magny, Michel Portal, Jac Berrocal, Bernard Vitet, Un Drame Musical Instantané, Louis Sclavis, Steve Lacy, Peter Brötzman, Han Bennink, Annick Nozati, Lol Coxhill, Daunik Lazro, le Black Panther Party et mille autres, mais aucun par hasard, par mode ou par commande. Flamme transmetteuse, dès 1971, avec Gérard Aimé, il avait créé une école de photographie et en 1985, le service télématique Music line.

L’impossibilité du futur comme celle de la liberté des oiseaux sont de grands sujets où, de nos jours, les images bien souvent s’embrouillent. Horace avait saisit quelque chose. Sa route s’est arrêtée en Aveyron hier soir, à 80 ans, à la suite d’une mauvaise chute. 

 

 Photo : © Beneeh (site d'Horace)

1 Rock Genius. Collection Histoire du Rock n°1

 

 

20.4.21

RÉPONSES POLICIÉES

 

À "Daunte Wright tué par la police dimanche 11 avril lors d’un contrôle routier à Brooklyn Center (banlieue de Minneapolis)", la réponse est "plus de police" (couvre feu, Garde Nationale etc.). L'été dernier après le meurtre de George Floyd, d'aucuns avaient entendu - et rêvé - un plus sans s, alors que le s se trouve encore plus prononcé. En France en pleine crise sanitaire et besoin de personnel médical, on nous promet aussi 10 000 policiers supplémentaires d'ici l'an prochain. 
 

Photographie Chris Juhn (avril 2021)

9.4.21

LE GRAND CONFINEMENT

 

Annoncé comme grande nouvelle libératrice, le réseau informatique mondial s'est sournoisement révélé illusion d'élargissement du champ avec, pour cerner ses bordures, de tout neufs et infranchissables murs où toutes nos balles sont renvoyées en algorithme limant chaque fois un peu plus ce qui reste de notre humanité. Alors, dans l'enceinte, on s'occupe, on futilise joies et peines, bricoles et blagues, toutes d'oubli instantané, on se cambre dans la bêtise, on se regarde, on se pense regardé, on se veut regardé, photographies de nombrils en masse, on se tripote virtuellement, on se selfise sans service, on chie dans sa caisse, on trime pour streamer, on simule de bonne foi la révolte, on s'indigne, on se fait livrer des pizzas par des cyclistes qui se détruisent, on reproduit, reproduit, reproduit, on balance bile, rancœurs, anniversaires, RIP en séries, on avale des séries au zéro sans infini, on s'imagine sans imagination ("l'imagination : l'extérieur absolu" - Will Spoor), désarmés, on fait des petits billets comme celui-ci pour se dédouaner. La matière se fait la malle. Même "les souris ne confient pas leurs destinées à un seul trou" (Plaute). Le grand confinement ! 
 
On fait le mur ?



31.3.21

SOUFFLÉ EST LE JOUET

Une petite place dans le 19e arrondissement de Paris (capitale de France) : tous les commerces y sont ouverts (boulangerie, droguerie, boucherie, épicerie, librairie, agence immobilière, téléphones portables, vins, lunettes, traiteur, articles pour animaux) sauf le magasin de jouets "fermé pour raison sanitaire". De toutes ces boutiques, il est celui où l'on se précipite le moins, où l'on se presse et se serre le moins. Peu importe, il n'est pas classé "essentiel" ; il n'existe pas de ministère du jouet, ni de l'enfance, seulement un sinistre ministre de l'éducation nationale pour qui la (sa) machinerie de l'école est essentielle, mais pas les enfants

 

• Peinture : Fernand Pelez (1843 - 1913)