Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

1.8.17

TONY HYMAS, HÉLÈNE LABARRIÈRE,
SIMON GOUBERT, JACKY MOLARD

DE CONCERT À LA CNT


« La mort ne tue pas l’idée, elle ne lui enlève pas ses formes sensibles, l’idée de la révolte et l’idée de la liberté s’accrochent au jazz, elles s’incarnent dans tous ces corps de musique qui leur donnent forme sensible. »
Philippe Carles et Jean Louis Comolli (extrait de « Free » in Buenaventura Durruti – 1996)

Pourquoi jouer ? Pourquoi produire l'imprévisible, partager le sentiment réputé insaisissable, révéler l'alchimie des petits secrets travaillés ? Pour quoi ? Pour qui ? Ce ne sont certainement pas les numéros numérisés du cirque électoral fraîchement épuisés qui auraient pu atténuer la permanence de ces très tarabustantes questions. Nous avons aimé le jazz parce qu'il n'était pas une langue d'emprunt, mais le passage possible de nos transes, grandes ou petites, un endroit où se rejoignent rythme, profondeur, écho quand la respiration permet la distance nécessaire, qu'elle déjoue les manières brusques du cours du temps, qu'elle les  transgresse par la poésie (l'enfance qui se souvient) pour envoyer au diable plis et replis de la vie. Manifestement ! Nous la désaimons avec peine, la craignons même, lorsqu'elle s'éloigne de son propre bouillonnement dans le catalogue des simulations de la conformité. Inadmissible pour les praticiens d'une musique à l'histoire dynamitant les frontières.

L'invitation faite à Tony Hymas, Hélène Labarrière, Simon Goubert et Jacky Molard par la CNT tombait à pic pour confirmer que ces premiers jours d'été pouvaient être des jours de printemps. Multiples ! Que la Parole Errante, endroit voulu par Armand Gatti et ses compagnes et compagnons où se tenait le festival du syndicat les 23, 24 et 25 juin, soit l'endroit où, pour reprendre le mot de Paul Celan, on ne faisait pas la différence entre un poème et une poignée de main, avait toute logique. Dans une fourmillante suite de rencontres, débats, expositions, projections de cinématographe, stands de livres, de disques ou films, concerts, scènes de théâtre, une certaine idée du jazz qui n'est qu'une idée forte de la musique en accord avec l'action des êtres, une idée d'une parole vivante et ses accents de drôles de régions personnelles put prendre place.

Tony Hymas joua d'abord seul au piano, en un set, sa traduction de Léo Ferré en commençant par "Les anarchistes", marque de salut mutuel. L'amour n'est sans doute pas pour rien dans l'idée originelle de la musique. La musique, longanime, peut aussi faire l'amour, jouée pour la liberté de celle ou celui qui l'écoute. Ensuite Hymas revint avec Hélène Labarrière (qui participa en mai 1997 à une autre journée mémorable organisée par la CNT), Simon Goubert puis Jacky Molard. Ces quatre-là ne sont pas réunis exceptionnellement par exception, mais par le partage constant en divers partages souvent éprouvés, partages de l'expérience des contrastes, de l'équilibre des expériences "personnelles" et "artistiques", de la parole vivante, son besoin de réconfort et ses coïncidences. Le blues des "Évadés de la nuit" introduit par un fracassant solo de la contrebassiste gagna toute l'assistance et le trio y forgea toute sa cohérence, celle qui chuchote : "Tant que nous-autres serons en vie". Le trio joua aussi "Don qui ?" thème écrit par Tony Hymas à cette occasion et dédié à Armand Gatti, souvenir inoubliable d'un week-end à Limoges d'échanges nourris entre le pianiste et l'écrivain à propos de la musique et de la vie. Jacky Molard fit son entrée sur un "Cant dels ocells" qui fut bien ce jour-là une forme de chant du monde se fondant petit à petit dans "As Crechas", thème du violoniste. "Himno de Mujeres Libres" qui ne saurait être un hymne passé, précéda "Standing Rock 2016" suite de Tony Hymas honorant la fantastique résistance contre un oléoduc monstrueux, symbole achevé du monde haïssable, qui prit naissance l'an passé dans la réserve lakota qui fut la terre de Sitting Bull. Un débat sur le sujet eut d'ailleurs lieu une heure avant le début des concerts.  "El paso del ebro" se glissa dans l'énergie d'un rappel très libre, chant de la guerre d'Espagne sans doute, de la révolution espagnole certainement, mais aussi chant séculaire offert un jour au témoignage du poète Federico Garcia Lorca et, ce 25 juin chant de nos amours. Ces moments furent aussi réels que merveilleux.

Et l'on aurait mauvaise grâce à ne pas souligner aussi qu'il furent grandement possibles par la gentillesse, l'efficacité, la conscience de toutes les militantes et militants de la CNT présents et leur formidable accueil. L'un d'eux nous rappela d'ailleurs cette citation d'Herbert Marcuse : "L'art ne peut pas changer le monde mais il peut contribuer à changer la conscience et les pulsions des hommes et des femmes qui pourraient le changer".  Ce jour-là tout le monde avait une bonne raison de se trouver là.

À très bientôt donc !


Un très très grand merci à Thierry, Didier et toutes et tous rencontrés avec bonheur ce 25 juin.

25 juin 2017, Festival de la CNT, La Parole Errante, Montreuil-sous-Bois
Tony Hymas (piano)
Tony Hymas (piano), Hélène Labarrière (contrebasse), Simon Goubert (batterie)

Photo : Martial Roche

31.7.17

JEANNE MOREAU

Elle ne fit qu'une brève apparition chez Godard (Une femme est une femme) mais elle rencontra en éclatante complicité nombre de réalisateurs qui secouèrent le cinéma tels Luis Buñuel (Le journal d'une femme de chambre), Orson Welles (Le procès, Falstaff), Rainer Werner Fassbinder, (Querelle), Michelangelo Antonioni (La notte), Joseph Losey (Eva, Monsieur Klein), François Truffaut (Jules et Jim), Jacques Demy (La Baie des Anges), Jean-Pierre Mocky (Le miraculé), Jean Renoir (Le Petit Théâtre de Jean Renoir), Tony Richardson (Mademoiselle). Elle réalisa elle-même (encouragée par Orson Welles, comment résister ?) deux films très sensibles pleins de charme (Lumière, L'adolescente). Charme qu'elle dispensa magnifiquement aussi comme chanteuse. Pour Jeanne Moreau, actrice primordiale de l'histoire du cinéma, notre mémoire ne flanchera pas.

26.7.17

À EN PERDRE SON LATIN

C'est tout de même terrible à quelle point la confiscation (façon de gouverner par le vide) peut nous atteindre. Déjà, on ne pouvait plus mettre les initiales de Post Scriptum en bas des lettres sans avoir l'impression d'y ajouter le sceau des traîtres, mais maintenant on ne peut plus dire qu'on est simplement "en marche" sans avoir le cerveau qui peste. C'est très pénible lorsque l'on aime les promenades et la randonnée. On dira donc qu'on est "en route" ou "en chemin" tout en restant discret, des fois que quelque politicien tortionnaire du vocabulaire nous prive de ce qui nous reste pour exprimer nos mouvements.

17.7.17

MARTIN LANDAU

Bien sûr on se souviendra de Martin Landau aux côtés de Barbara Bain dans la série Mission Impossible (fin des sixties) et son apparition dans North by Northwest (alias La mort aux trousses) d'Alfred Hitchcock (1959), mais on aura plus de mal pour la mémoire d'un film peu vu de Raul Ruiz, adaptation de L'île au trésor en 1985, avec un casting abracadabrant où se retrouvaient outre Martin Landau, Anna Karina, Melvil Poupaud, Jean-François Stévenin, Jean-Pierre Léaud, Vic Tayback Lou Castel, Pedro Armendáriz Jr, Yves Afonso et la chanteuse Sheila.

10.7.17

ELSA MARTINELLI

Elsa Martinelli est Hilda dans Le Procès d'Orson Welles (1962) d'après le roman du même nom de Franz Kafka (1925).
Film d'époque... laquelle? La nôtre hélas.

9.7.17

SIMPLE RAPPEL

On ne dira jamais assez ce que la lutte contre l'Aéroport de Notre-Dame-des-Landes (et son monde) a ouvert et réouvert d'inspiration, de vie, de relations, de complexité non feinte, de simplicité embrassée, de conscience des esprits et des corps.


Rappel pratique : Cette réalité ne doit jamais nous échapper.


 à lire sur le Glob : 
Notre-Dame-Des-Landes: Nécessaire à musiques







7.7.17

COME TOGETHER

57 ans après les Beatles, s'affiche à Hambourg une autre image de la jeunesse : l'image nécessaire d'une jeunesse nécessaire.