Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

14.7.20

DOUBLE VACCIN

Où l'on est soudain saisit par une sorte d'angoisse en imaginant que le vaccin contre celui-ci sera encore plus difficile à trouver que celui contre son concurrent direct. Là aussi, nos recherches actives les plus pertinentes nécessitent une maximale, enthousiaste et bénéfique énergie.

9.7.20

ALORS PLEUREUSE ?

Roselyne Bachelot déclare sur France Inter (9 juillet 8h20) : "je suis très lacrymale". Faire pleurer un(e) ministre, tout un programme.

8.7.20

QU'EST CE QUE ÇA VEUT DIRE ?


Qu'est-ce que ça veut dire :
Que le fort désir d'un ministre de l'Éducation Nationale ait été de devenir ministre de l'Intérieur (selon la formule fourbement consacrée : "premier flic de France") ? Suffirait-il pour le consoler de l'appeler "premier prof de France" ou "premier sportif de France" ?

Qu'est-ce que ça veut dire :
Qu'un ministre de l'Action et des Comptes publics (bénéficiant de la présomption d'innocence - comme tout le monde ... euh... comme tout le monde ?) ait été si attiré par ce poste de "premier flic de France". 

Qu'est-ce que ça veut dire :
Que le nouveau premier ministre, avant même de former son gouvernement rende une petite visite "surprise" - en compagnie du préfet (du préfet !) - dans un commissariat à La Courneuve pour dire aux policiers (seulement à eux ?) : « Vous attendez de nous de la reconnaissance et du soutien. Ils seront sans faille » ?

6.7.20

NOMINATION


 Avec Roselyne et l'hélium, une Grosse Tête pour enfourcher le tigre.

3.7.20

CRACOUCASS

Le génie macronien : 
un mix Casse-Tête / Cache-Sexe. Il fallait y penser !

2.7.20

USAGE DÉFAUT

Thibault Lefèvre, France Inter, 2 juillet 2020, 8h10 : "Rue Sacco et Vanzetti, rue Louise Michel, Stade Paul Vaillant Couturier, à Valenton la plupart des noms des lieux publics témoignent de l'héritage communiste". Des journalistes s'y entendent pour mettre la gomme et générer confusion, intrication, balourdise et effacement jusque dans les moindres détails, à moins que tout simplement, ignorants, ils n'aient jamais rien entendu des préceptes de l'histoire.

20.6.20

21 JUIN, DÉFAITE DE LA MUSIQUE

Le ministère de la Culture nous annonce sans rigoler "une fête de la musique différente, solidaire et numérique" avec notamment : " Seuls ensemble, concert de Jean-Michel Jarre en réalité virtuelle (...) devant un public d’avatars ". Ou encore "Le bal ménager pour faire danser chez soi".

Voilà un nouvel étouffoir de taille, une belle clé d'étranglement : "la réalité virtuelle avec public d'avatars".

Pour sûr, la fête va battre son plein, un plein aussi tragiquement vide que le dernier discours du régent. Et puis au-delà de cette poudre de perlimpinpin sponsorisée, on se souviendra qu'il y a un an, Steve Maia Caniço, suite aux trop habituelles brutalités policières, est mort noyé pour avoir fêté la musique. Et pour ça, la réalité de notre mémoire n'est pas devenue virtuelle.

14.6.20

PENSÉE RAPIDE

Réflexion (rapide) après l'écoute de l'intervention ultra médiatisée du régent : "Si la nature a horreur du vide, elle ne doit vraiment pas l'apprécier".

Illustration : Harry Eliott (1882-1959)

MAURICE RAJSFUS

Rescapé avec sa sœur et grâce à sa mère, de la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942 alors qu'il a 14 ans (sa famille dénoncée par un policier voisin de palier), Maurice Rajsfus n'a eu de cesse de documenter la violence systémique exercée par la police et ses significations. Auteur de nombreux ouvrages tant sur la Rafle du Vel d'Hiv qui emportera ses parents, la Collaboration, l'histoire de la police française (il fut le premier à travailler sur la police de Vichy) et ses actualités (il est l'auteur de Je n'aime pas la police de mon pays), fondateur de l’Observatoire des libertés publiques en 1992, il tenait le bulletin Que fait la Police ? recensant des milliers de cas de violences policières. Il avait été témoin pour défendre le groupe de rap La Rumeur attaqué en justice par le Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy pour « diffamation publique envers la Police nationale » lors d'un procès qui ira de 2002 à 2010. Frédéric Goldbronn lui a consacré le beau film L'An prochain, la révolution. Maurice Rajsfus avait confié un extrait de "Jeudi Noir", relatant la terrible journée du 16 juillet 1942, pour sa mise en musique dans Chroniques de résistance de Tony Hymas. Cet homme, qui avait écrit "Dans un pays où la police parle bien plus de ses droits que de ses devoirs, quel espace de liberté peut bien subsister pour ses citoyens ?", nous a quittés à 91 ans hier 13 juin, journée de protestations contre les violences policières. Comme un signe de ce qu'il reste à poursuivre.

3.6.20

À NOS COMPAGNES ET COMPAGNONS
DE MINNEAPOLIS-ST PAUL

Au fil des ans, depuis 1999 - date parfaite pour l'occasion -  nous avons noué moult amitiés avec musiciens, musiciennes, rappeuses, rappeurs, chanteuses, chanteurs, tenant-e-s de cafés, de librairies, de disquaires, d'associations, d'organisations humaines, collectives et combatives des Twin Cities (Minneapolis-St Paul), ce qui s'est largement entendu dans notre production discographique de ce XXIe siècle. Nous avons tant appris et saisi une plus juste appréhension de la société américaine, la puissance écrasante du modèle principal, ses failles, son histoire populaire, ses complexités, les résistances qu'il engendre ainsi que les solidarités généreuses qui peuvent exister dans ces villes. De nombreux échanges en ont résulté, persistants. L'imagination d'une Hope Street. Aujourd'hui, l'intolérable meurtre maintes fois répété là-bas comme ici, a été répété une fois encore et alors s'ouvre dans le fracas, d'autres visions, d'autres perspectives, d'autres réflexions d'autres partages ensemble. Nous pensons si fort à vous.

LE VIRUS DE LA HONTE


Le 25 mai Minneapolis : quatre policiers tuent, de sang froid, George Floyd après une arrestation due à une pécadille. Le meurtre est filmé.

Le 26 mai, Assemblée Nationale à Paris, le député Eric Ciotti soutenu par 29 députés, propose une proposition de loi pour empêcher la diffusion d’images de policiers. Le monde entier a déjà les yeux tournés vers Minneapolis - le film du meurtre est un témoignage accablant - où s'est déroulé un drame maintes fois répété là-bas comme ici. Les poseurs de lois ont parfois moins d'hésitation que les poseurs de bombes.

Le 2 juin alors que, depuis une semaine, l'Amérique s'embrase après tant de drames identiques répétés, la classe politique française reste silencieuse,  seul le ministre de l'intérieur Christophe Castaner déclare avec un soufflant aplomb qu'en France la police "protège dans ce pays les femmes et les hommes de tout y compris du racisme" et le lendemain il ajoute sans blaguer (c'est en tout cas l'impression que ça donne) "S’il y a fautes, elles doivent être sanctionnées et elles sont sanctionnées." Ignorant sans doute des cas de Mohamed Gabsi, Steve Maia Caniço, Bouna Traoré, Cédric Chouviat, Camara Gaye, Zineb Redouane, Rémi Fraisse, Malik Oussekine, Liu Shaoyao, Zyed Benna, Adama Traoré ou des violences policières - souvent filmées - réprimant le mouvement des Gilets Jaunes entre multiples saisissements. 

Pendant ce temp
s, un grand nombre de médias a micros et caméras perchés devant cet événement extraordinaire : la réouverture des terrasses de cafés avec reportage en direct, décrivant cette libération (le surveillant général a autorisé une petite récré à condition de consommer tout et n'importe quoi) accompagnée d'un ton grave pour des interviews d'une importance capitale : "Alors qu'est-ce que vous buvez ?", "À cette table les gens boivent même le champagne pour fêter l'événement".

Une certitude : le virus de la honte ne tue pas.

 

28.5.20

GEORGE FLOYD

À Minneapolis, lundi soir, George Floyd, à terre, menotté pour un délit mineur, et tué lundi soir par un policier assisté de deux collègues pendant qu'un troisième tient à distance les passants témoins du crime. Avant de mourir, on l'entend dire "je ne peux plus respirer". Quand et comment arrêterons-nous ici et ailleurs, cet infernal mouvement qui semble sans fin ?
Une fois encore, on entend, à propos des manifestations de Minneapolis les jours et nuits suivants, suite à ce meurtre d'homme noir, cette "bienpensance" qui voudrait séparer les "bons manifestants" des "mauvais", alors qu'elle est face à l'explosion d'une colère qui porte le poids de l'insistante injustice séculaire, le poids d'une oppression si étouffante qu'on ne peut plus respirer.

Vidéo témoin ici. 

Photographie : Kerem Yucel/AFP/Courrier International

11.5.20

LE NAUFRAGÉ DU CAMEMBERT


Le 11 mai, on nous le serine depuis des jours et des jours, « c’est le grand jour ». Pas un jour sans un « J moins 5 », « J moins 4 », « J moins 3 », éructé par les postillonneurs de l’information. Ils préviennent en faisant les gros yeux « que attention il ne faut pas prendre ce 11 mai tout à fait pour le grand jour » puis avec ce faux air complice salement sympa « que ça l’est tout de même quand même ». Une crapule cravatée assure même qu’il s’agit « d’une bouffée d’oxygène pour l’économie ». Confirmation qu’on n’a pas changé de monde, c’est toujours l’économie qui a besoin d’oxygène, pas les êtres. Le 11 mai ? De quel égrotant esprit est sortie cette date ? De quelle frime ? On l’oublie presque. Alors sur l’écran plat devenu notre seule ligne d’horizon, on s’excite, on prévoit des apéros, des fêtes. Mais que fêter le 11 mai ? Les milliers de morts victimes de l’ahurissant appauvrissement des systèmes de santé ? La reprise pour un monde d’après taillé dans les  recettes du monde d’avant mais en pire (et qu’en plus il faudrait faire un effort pour y parvenir) ? La tranquille infantilisation, le doux abêtissement d’un grand camp de vacances très contrôlé où pour passer le temps on se lance des « défis », oh pas des défis pour envoyer un tigre dans la cour de l’Elysée ou élaborer la plus belle barricade, non, des petits machins narcissiques, au mieux nostalgiques ? L’assurance de moins de plaisir, plus de flics ? L’aplatissement de toute créativité à la seule taille d’un écran ? Les chagrins qui ne peuvent plus être partagés ? L’oubli du reste du monde, de ses violences, de ses douleurs ?  La parade indécente des médicastres de la politique, des élus électoralistes et leurs interminables et si morbides laïus assortis de plans au mieux cafouilleurs sinon despotiques ?

De ces crâneurs et leurs impayables porte-paroles, il existe un champion : le régent. Et pour faire son intelligent, le 6 mai, il s’adressait au "monde de la culture" qui, paraît-il, attendait ce moment avec impatience. On redoutait tout de même l’ennui des plates interventions robotiques dont il est coutumier et on ne fut pas déçu. Ce fut un grand show fascinant à force de recourir aux plus grossières ficelles de l’artifice. Un équivalent théâtral d’une représentation de Florence Foster Jenkins privée de ses charmes amateurs. Panoplie d’automate au garage, attention on est dans le monde « culturel », allure faussement cool, ton platement copain, godichonnes gesticulations. À la droite de cet auto-fantasmé petit père de la nation, le ministre de la culture, dernier modèle avant les soldes, dans un rôle de stagiaire secrétaire empoté qui prend des notes, coi devant celui qui lui a chapardé les miettes de son rôle. Tout cela aurait pu faire un ridicule film muet, mais voilà c’est un parlant et le texte est à la hauteur du reste. Voulant peut-être faire dans la métaphore post maoïste – ça eut fait chic devant des intellectuels - le régent fait une sortie de route en évoquant (sans prendre la mesure de l’involontaire accident) Julius Evola, philosophe fasciste, auteur de Chevaucher le tigre, missel d’une nouvelle pensée d’extrême droite. « On rentre dans une période où on doit en quelque sorte enfourcher le tigre, et donc le domestiquer. Il ne va pas disparaître le tigre, il sera là. Et la peur sera là dans la société. Le seul moyen que le tigre ne nous dévore pas, c’est de l’enfourcher. » Dans les années 30, Evola invitait Mussolini à transformer l'Italie en « nation de guerriers ».  Invitation à traverser la rue à dos de tigre pour rejoindre « ces gaulois réfractaires » « qui ne sont rien » ? Intéressant d’imaginer le tutoriel de notre Clémenceau d’opérette monté sur l’animal réel, mais le régent n’a même pas Louis Rapière comme beau-frère pour se parfumer à la dynamite. Pensait-il peut-être à un modèle de félin en papier, papier dont on fera un jour les masques manquants, jugées inutiles puis obligatoires ?

Autre grand moment, c’est la vague citation de Simon Leys citant G.K. Chesterton citant Robinson Crusoe de Daniel Defoe. Ça en fait des rues à traverser pour parvenir au naufragé. Feignant une inspiration soudaine, les mains derrière la nuque, le régent lance un « Quand Robinson part, il ne part pas avec des idées de poésie. Il va dans la cale chercher ce qui lui permet de survivre. Du fromage. Du jambon. Des trucs concrets. » Des trucs concrets, pas de la poésie, vous avez compris ! Sauf que la citation de Leys est celle-ci : « Ainsi, pour Chesterton, l'un des plus grands poèmes jamais écrits se trouve dans Robinson Crusoé : cette liste de toutes les choses que Robinson réussit à sauver du naufrage de son navire: "deux fusils, une hache, trois sabres, une scie, trois fromages de Hollande, cinq pièces de viande de chèvre séchée..." La poésie est notre lien vital avec le monde extérieur, la ligne de sécurité dont dépend notre survie même et, en certaines circonstances, le dernier rempart de notre santé mentale. » . Bon dans la chèvre tout est bon, même le cochon. À condition qu’il ne soit pas trop vieux car le régent « pense en particulier aux créateurs de moins de 30 ans ».

Au milieu de ces impressionnantes considérations philosophiques, il y eut quelques promesses concrètes, telle celle sur l’année blanche des titulaires du régime de l’intermittence et que les droits « soient prolongés d'une année au-delà des six mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée. » soit jusqu'à fin août 2021, et «  l'exonération des cotisations pour quatre mois. ». Deux mesures minimales qui restent fort imprécises selon les spécialistes - et auraient dû être prises dès le 14 mars et faire l’objet d’un simple communiqué, pas d’un triomphalisme napoléonien.

Nota bene : il y a des artistes et techniciens titulaires du régime de l’intermittence du spectacle. Leur métier n’est pas d’être « intermittent » comme communément admis (parfois, sans prendre gare, par eux-mêmes) comme celui des artisans ou des ouvriers n’est pas celui d’être « assuré social ». Le langage mérite ses précautions.  [1]

Mais de toutes les façons, ajoute le régent goguenard, ces mesures n’auront peut-être « même pas besoin d’être appliquées » puisque grâce à de nouvelles activités financées par l’état on va « réinventer d'autres formes de colonies de vacances apprenantes et culturelles. ». Et voilà la nouvelle « utopie » qu’on va « réaliser ensemble » : l’art à l’école, une idée bien neuve. La tarte à la crème de la « réinvention », mot brandi à tout bout de champ pour dire qu’on ne sait pas trop quoi faire ou pour habiller de petites réformes bouffe.

C’est insultant pour celles et ceux qui apprécient depuis longtemps de confronter leur expression aux écoliers, aux prisonniers, aux malades, aux vieillards. C’est également insultant pour les autres qui pensent que ni la rage, ni l’insoumission, ni l’amour n’ont de mode d’emploi à dicter. Insultant aussi quant on a ni envie, ni disposition, ni connaissance,  pour que le champ de sa pratique et sa vision soit déplacé – réduit - de force ? Insultant encore pour les enseignants et enseignantes qui consacrent leur vie à ces tâches. Cela fait déjà un moment que l’on nous bassine avec « L’action culturelle » au point de la transformer en « animation culturelle » puis en animation tout court, comme devant les rayons de supermarchés ou des épiceries de luxe.  Alors certes, collaboration involontaire, l’emportement des « réseaux sociaux » a prêté le flanc en devançant l’appel « joyeuses colonies de vacances ». Quelle imagination de fertile déflagration faut-il pour imaginer (et le régent en a encore fait proposition) « un concert sans public » ? Pourquoi pas un concert sans musique ? Tiens c’est une idée ! Soyons modernes, entreprenants, il reste encore tant à détruire.

Le fromage coule chez notre naufragé de salon navigant depuis trop longtemps dans les eaux usées du langage. Dans les hôpitaux les gens meurent et le voilà, sans honte, qui fait l’intéressant devant les artistes. Artistes qu’il imagine représenter le monde « culturel » en négligeant d’oubli cruel – le régent a ses valeurs - une part fort conséquente de ce monde : les non « intermittents », les accompagnateurs, les travailleurs de l’ombre et bien d’autres encore sans qui aucune lumière ne peut prendre éclat. La veille le régent faisait le zouave engoncé, masqué et démasqué, devant des enfants d’une école pas très fan de ses blagues et conseils faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais.

Le 11 mai est une date de "libération" fabriquée par le régent-comédien, le même qui le 6 mars prévenait que « si on prend des mesures qui sont très contraignantes, ce n'est pas tenable dans la durée » avant de se rendre au théâtre en prétextant que « malgré le coronavirus, la vie continuait. »  Le 11 mai donc, l’épidémie est invitée à rejoindre toute autre épidémie visant corps ou esprits pour un retour à la misère « normale » empirée de nouvelles privations, nouveaux abattements loin de logiques curatives, toujours un peu plus totalitaires. Et là encore, défenses et bon soins libérateurs seront nécessaires. Puissent la force de nos expressions, de nos enfances, refuser toute domesticité et aider à mettre fin à un cauchemar où les apprentyrans disputent la vedette aux virus assassins.


[1] Sans vouloir ternir l’enthousiasme voulant que ces mesures aient été obtenues grâce à une pétition réunissant 200 000 signatures assimilée à une « lutte », il est probable que ce soit davantage l’adresse directe de quelques stars au régent qui les ait « permises » .




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