Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

21.10.18

MUSIQUES REBELLES À BERTHELOT

"Musiques Rebelles", deuxième édition au Théâtre Berthelot à Montreuil-sous-Bois (93). Premier soir le 18 novembre : le clair obscur des songes wyattiens avec les" Sea Songes" de Bruno Tocanne en compagnie de Sophia Domancich, Rémi Gaudillat, Antoine Läng puis And His Orchestra avec Danik Lazro au saxophone ténor ("Daunik on ténor"), Jean-Luc Cappozzo, Jean Bolcato et Christian Rollet pour une musique des eaux vives et des terres fidèles. Deuxième soir le 19 novembre : le lieu d'échanges poétiques, joués, parlés, chantés, dansés en un doux fourmillement de faisceaux pleins d'esprit qui se permettront même un petit écart fort joyeux narguant l'ordre établi. C'est bien le moins pour ces musiques belles et rebelles. À suivre et que le souffle continu ...


Photos B. Zon

19.10.18

LES ASSASSINS DE L'ARBRE

"Faire de notre pays une puissance environnementale" a dit le roi dans son allocution télévisée du 16 octobre, semaine où les arbres de la forêt de Romainville et 115 de ceux de place La Plaine à Marseille sont abattus pour des projets politiquement cupides. Les arbres, ces plantes indispensables, gardiennes de la paix de nos racines et garantes de notre souffle, assassinées grâce la protection des dites forces de l'ordre. La puissance environnementale des tronçonneuses.

10.10.18

VENUS

Manifestation à Paris le 9 octobre 2018 : comment échapper aux menottes


Photo : B. Zon

6.10.18

DON BYAS SANS BARRAGE


Les 387 habitants de Tignes (Savoie) avaient lutté de toutes leurs forces contre la construction du barrage dit de Chevril (projet esquissé en 1921, élaboré en 1929, resté d'actualité en 1941 malgré l'occupation) avec son lot de petits arrangements opaques et de scandaleuses conditions. En dépit de l'hostilité organisée, le chantier (où périrent 52 ouvriers) fut mené à terme, de 1947 à 1952, sous la surveillance et la répression des Gardes Mobiles et des CRS.  Le 26 mars 1952, un arrêté préfectoral ordonne l'expulsion manu militari des habitants qui voient dans les trois semaines suivantes leur village dynamité puis noyé sous les eaux du plus grand barrage-voute d’Europe, orgueil saignant de la France moderne. Nombreux en garderont une inconsolable amertume.

À Paris, ce 26 mars 1952, au Studio Pathé-Pelouze, le saxophoniste Don Byas enregistre sa version de  "En ce temps-là", la chanson de Charles Trenet. Le très expatrié Art Simmons est au piano, l'ellingtonien Joe Benjamin à la contrebasse et, à la batterie, le compagnon des nuits parisiennes de Dizzy Gillespie ou Mary Lou Williams, Bill Clark. Le groupe s'appelle Don Byas and his Rhythm, comme si cette formidable prééminence n'allait pas de soi, qu'il fallait la signaler avec élégance. Ce qu'y joue Don Byas, c'est l'admirable prise de conscience qui transparait partout, dans le son tout d'abord, gigantesque et ardent, dans le phrasé, aussi, d'une assurance impétueuse, dans la respiration même. La sagesse se mêle à tous les risques, rien d'illusoire. Don Byas joue plus la franchise que la ruse, sa fraternité est débordante, son intériorité réfléchie, sa conviction et sa détermination ébahissantes.

Il n'y avait pas de projet de barrage à Paris ce jour-là. Y subsistait un village. Un village musical lové dans la dévorante où se trame tant. La vallée ne semblait pas encore céder et pourtant ses habitants, ceux de l'intérieur, y jouaient en ce temps-là la description d'un monde forcément menacé. Autrement, après l'épouvantable conflit de la décennie précédente.  En percevaient-ils l'urgence ? Celle de la description, du  témoignage tellement vivant, avant que la vallée ne prenne l'eau, avant que les traces ne soient contraintes à s'estomper. Dire qu' "En ce temps là" n'était pas déjà passé.

Don Byas : En ce temps là (Jazz in Paris - Gitanes Jazz Productions, édition 2002) ‎

18.9.18

LA TRAVERSÉE DE LA RUE

Méfiez-vous des gens qui vous conseillent de traverser la rue pour trouver votre bonheur *

* en langage marcheur, synonyme de "travail"

4.9.18

NEUF ET MINGUS

Le futur, ou plus exactement les résistances (au sens électrique) du présent, ne seraient-ils compatibles qu'avec les placards de l'histoire. D'autres lost tapes (forcément intéressantes) surgissent : cette fois-ci Charles Mingus (dans sa période sans Dannie Richmond - avec Roy Brooks). À l'heure où, pour une majorité d'êtres, le téléphone est un des membres intégré du corps humain, n'oublions pas tout de même de composer le neuf.


"Laissez mes enfants avoir de la musique!" Mingus, 1971

2.9.18

RANDY WESTON

Uhuru Afrika (Roulette 1961), un grand disque aussi prémonitoire que la perspective passée pouvait le permettre. Livret : Langston Hughes, musique : Randy Weston (arrangements Melba Liston)

28.8.18

MENU COLUBER

Las sans doute des repas reptiliens quotidiens, le ministre de l'écologie quitte le gouvernement. Dans son annonce sur la chaîne de radio France Inter, il évoque l'alerte - ignorée - que constitue l'étuve dans laquelle a été plongée la planète cet été, ce qui n'empêche pas la présentatrice météo à la suite de cette annonce de dire "que demain tout le monde profitera du soleil". Les couleuvres ont de beaux jours  à venir dans les estomacs et pas seulement ceux des ministres...

• Définition dans le Diconato : Pluie 





27.8.18

THE INTRUDER (ROGER CORMAN)

Au moment ou sort BlacKkKlansman, le nouveau film de Spike Lee  il est plus qu'intéressant de (re)voir ce film très méconnu de Roger Corman (cinéaste ayant fait sa réputation sur d'autres sujets, d'autres manières) The Intruder (1962 - aussi nommé I Hate Your Guts! ou en Angleterre Shame ou The Stranger) avec William Shatner (plus connu pour être le capitaine Kirk de Star Trek ou nous faire rigoler en chantant "Mister Tambourine Man"). Le film eut bien des problèmes avec la censure (et la population des lieux où il fut tourné). Il est une petite perle (pas loin de Fritz Lang) à ne pas manquer.

En ce moment au Champo à Paris (51, rue des Écoles)

16.8.18

ARETHA FRANKLIN

La voix prodigieusement charnelle de l'éveil souligné, de l'entité transcendée, du mouvement grandissant et libérateur. THINK !




23.7.18

GÉRARD PEINA LÀ

Étape du Tour de France du jour avec l'équipe En Marche et son coureur cycliste vedette Gérard Collomb pédalant grossièrement dans la choucroute.

22.7.18

PRÉMONITION

1er mai 2018, fin d'après-midi, Paris quartier Mouffetard/Contrescarpe, un officier CRS fait à voix haute cette réflexion : "oh là là, ça va être compliqué ce soir !"  
Une sorte de prémonition ? 

Photo : B. Zon

9.7.18

COMOLLI, COLTRANE, PARKER, KEBADIAN IMAGES SAISIES DE TEMPS EN TEMPS


Trois objets récemment parus nous parlent du temps de ce temps à partir d'un autre temps, des fragments du devenir : les parutions de deux petits livres Les fantômes de mai 68 de Jacques Kebadian et Jean-Louis Comolli (1)De Motu d'Evan Parker (2) et d'un album discographique Both directions at once: the lost album de John Coltrane (3).

Le titre de ce disque du signataire pétrisseur de "My favorite things" est posthume bien sûr, la classique histoire de bandes retrouvées ci-ou-là, sur une étagère, dans un garage ou dans une boîte à thé. Il y a eu des Lost albums d'Elvis Presley, Alexis Korner, Doris Day, The Trashmen, Johnny Thunders, Rod Stewart, Paul McCartney, The Kinks, Patto, Fred Wesley and the JB's, Eddie Harris et des dizaines d'autres. Un Lost album, c'est très différent d'un Last album, comme ceux d'Albert Ayler ou Lee Morgan par exemple, en cela qu'il n'a pas de valeur testamentaire autre que celle d'un soudain possible trait d'union pouvant à nouveau éclairer sinon toute une œuvre, au moins un coin de la forêt. Coltrane, Elvin Jones, Jimmy Garrison et McCoy Tyner y livrent l'éclat d'un moment à deux têtes où s'entrechoquent la valeur de l'histoire et la décharge des traces chéries vers une sorte d'unité de sens pourtant multiple. Deux directions en une.

Les acteurs de Mai 68 ont connu leur lot de lost et last jusqu'à paraître pour des fantômes. Les images arrêtées de Jacques Kebadian proviennent du film qu'il avait tourné avec Michel Andrieu en mai 1968, Le Droit à la parole. Le texte de Jean-Louis Comolli leur redonne un autre mouvement, un autre transport, que celui d'un défilement de 24 images par secondes, celui de la pertinence du geste révolté, de la résistance féconde, du possible départ à tout moment de l'imprévisible train à partir des abords. Le commencement est un ralliement où vivre ses amours véloces en alliance idéale.

Directions complémentaires, le mouvement : De motu. Retour sur les mots d'Evan Parker prononcés à Rotterdam en 1992. Sur la couverture le saxophoniste réfléchit devant une photo de John Coltrane. On sait la filiation. Le texte évoque les fragiles contours de l'improvisation libre, "la façon de remplir l'espace", "la force de la musique résidant dans sa capacité à indiquer une dimension au-delà du banal", "les limites de l'endurance". Le vécu n'est pas une simple forme architecturale. Deux directions en une.

Trois commentaires sur la beauté qui sont la beauté où l'apparente violence de l'expression abolit la douleur, jusqu'au vaste silence et le bruit de tous ses habitats, jusqu'à la végétation où grandissent les amitiés, les bonheurs fuselés. "Aussi limité que cela puisse paraître, il semble que même les publics qui réclament du 'connu' aient besoin d'une musique renouvelée."(2) "Nous revenons à nous et, qui sait, nous allons vers les autres."(1) "Aucune autre nécessité que celle d'aller vers une vie bonne et de la partager. telle est l'utopie qui nous a conduits."(1)


(1) Jacques Kebadian - Jean-Louis Comolli Les fantômes de Mai 1968 (Yellow now / Les carnets / #15)
(2) Evan Parker De motu (Lenka lente)
(3) John Coltrane Both Directions At Once: The Lost Album (Impulse - Universal)