Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

11.5.20

LE NAUFRAGÉ DU CAMEMBERT


Le 11 mai, on nous le serine depuis des jours et des jours, « c’est le grand jour ». Pas un jour sans un « J moins 5 », « J moins 4 », « J moins 3 », éructé par les postillonneurs de l’information. Ils préviennent en faisant les gros yeux « que attention il ne faut pas prendre ce 11 mai tout à fait pour le grand jour » puis avec ce faux air complice salement sympa « que ça l’est tout de même quand même ». Une crapule cravatée assure même qu’il s’agit « d’une bouffée d’oxygène pour l’économie ». Confirmation qu’on n’a pas changé de monde, c’est toujours l’économie qui a besoin d’oxygène, pas les êtres. Le 11 mai ? De quel égrotant esprit est sortie cette date ? De quelle frime ? On l’oublie presque. Alors sur l’écran plat devenu notre seule ligne d’horizon, on s’excite, on prévoit des apéros, des fêtes. Mais que fêter le 11 mai ? Les milliers de morts victimes de l’ahurissant appauvrissement des systèmes de santé ? La reprise pour un monde d’après taillé dans les  recettes du monde d’avant mais en pire (et qu’en plus il faudrait faire un effort pour y parvenir) ? La tranquille infantilisation, le doux abêtissement d’un grand camp de vacances très contrôlé où pour passer le temps on se lance des « défis », oh pas des défis pour envoyer un tigre dans la cour de l’Elysée ou élaborer la plus belle barricade, non, des petits machins narcissiques, au mieux nostalgiques ? L’assurance de moins de plaisir, plus de flics ? L’aplatissement de toute créativité à la seule taille d’un écran ? Les chagrins qui ne peuvent plus être partagés ? L’oubli du reste du monde, de ses violences, de ses douleurs ?  La parade indécente des médicastres de la politique, des élus électoralistes et leurs interminables et si morbides laïus assortis de plans au mieux cafouilleurs sinon despotiques ?

De ces crâneurs et leurs impayables porte-paroles, il existe un champion : le régent. Et pour faire son intelligent, le 6 mai, il s’adressait au "monde de la culture" qui, paraît-il, attendait ce moment avec impatience. On redoutait tout de même l’ennui des plates interventions robotiques dont il est coutumier et on ne fut pas déçu. Ce fut un grand show fascinant à force de recourir aux plus grossières ficelles de l’artifice. Un équivalent théâtral d’une représentation de Florence Foster Jenkins privée de ses charmes amateurs. Panoplie d’automate au garage, attention on est dans le monde « culturel », allure faussement cool, ton platement copain, godichonnes gesticulations. À la droite de cet auto-fantasmé petit père de la nation, le ministre de la culture, dernier modèle avant les soldes, dans un rôle de stagiaire secrétaire empoté qui prend des notes, coi devant celui qui lui a chapardé les miettes de son rôle. Tout cela aurait pu faire un ridicule film muet, mais voilà c’est un parlant et le texte est à la hauteur du reste. Voulant peut-être faire dans la métaphore post maoïste – ça eut fait chic devant des intellectuels - le régent fait une sortie de route en évoquant (sans prendre la mesure de l’involontaire accident) Julius Evola, philosophe fasciste, auteur de Chevaucher le tigre, missel d’une nouvelle pensée d’extrême droite. « On rentre dans une période où on doit en quelque sorte enfourcher le tigre, et donc le domestiquer. Il ne va pas disparaître le tigre, il sera là. Et la peur sera là dans la société. Le seul moyen que le tigre ne nous dévore pas, c’est de l’enfourcher. » Dans les années 30, Evola invitait Mussolini à transformer l'Italie en « nation de guerriers ».  Invitation à traverser la rue à dos de tigre pour rejoindre « ces gaulois réfractaires » « qui ne sont rien » ? Intéressant d’imaginer le tutoriel de notre Clémenceau d’opérette monté sur l’animal réel, mais le régent n’a même pas Louis Rapière comme beau-frère pour se parfumer à la dynamite. Pensait-il peut-être à un modèle de félin en papier, papier dont on fera un jour les masques manquants, jugées inutiles puis obligatoires ?

Autre grand moment, c’est la vague citation de Simon Leys citant G.K. Chesterton citant Robinson Crusoe de Daniel Defoe. Ça en fait des rues à traverser pour parvenir au naufragé. Feignant une inspiration soudaine, les mains derrière la nuque, le régent lance un « Quand Robinson part, il ne part pas avec des idées de poésie. Il va dans la cale chercher ce qui lui permet de survivre. Du fromage. Du jambon. Des trucs concrets. » Des trucs concrets, pas de la poésie, vous avez compris ! Sauf que la citation de Leys est celle-ci : « Ainsi, pour Chesterton, l'un des plus grands poèmes jamais écrits se trouve dans Robinson Crusoé : cette liste de toutes les choses que Robinson réussit à sauver du naufrage de son navire: "deux fusils, une hache, trois sabres, une scie, trois fromages de Hollande, cinq pièces de viande de chèvre séchée..." La poésie est notre lien vital avec le monde extérieur, la ligne de sécurité dont dépend notre survie même et, en certaines circonstances, le dernier rempart de notre santé mentale. » . Bon dans la chèvre tout est bon, même le cochon. À condition qu’il ne soit pas trop vieux car le régent « pense en particulier aux créateurs de moins de 30 ans ».

Au milieu de ces impressionnantes considérations philosophiques, il y eut quelques promesses concrètes, telle celle sur l’année blanche des titulaires du régime de l’intermittence et que les droits « soient prolongés d'une année au-delà des six mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée. » soit jusqu'à fin août 2021, et «  l'exonération des cotisations pour quatre mois. ». Deux mesures minimales qui restent fort imprécises selon les spécialistes - et auraient dû être prises dès le 14 mars et faire l’objet d’un simple communiqué, pas d’un triomphalisme napoléonien.

Nota bene : il y a des artistes et techniciens titulaires du régime de l’intermittence du spectacle. Leur métier n’est pas d’être « intermittent » comme communément admis (parfois, sans prendre gare, par eux-mêmes) comme celui des artisans ou des ouvriers n’est pas celui d’être « assuré social ». Le langage mérite ses précautions.  [1]

Mais de toutes les façons, ajoute le régent goguenard, ces mesures n’auront peut-être « même pas besoin d’être appliquées » puisque grâce à de nouvelles activités financées par l’état on va « réinventer d'autres formes de colonies de vacances apprenantes et culturelles. ». Et voilà la nouvelle « utopie » qu’on va « réaliser ensemble » : l’art à l’école, une idée bien neuve. La tarte à la crème de la « réinvention », mot brandi à tout bout de champ pour dire qu’on ne sait pas trop quoi faire ou pour habiller de petites réformes bouffe.

C’est insultant pour celles et ceux qui apprécient depuis longtemps de confronter leur expression aux écoliers, aux prisonniers, aux malades, aux vieillards. C’est également insultant pour les autres qui pensent que ni la rage, ni l’insoumission, ni l’amour n’ont de mode d’emploi à dicter. Insultant aussi quant on a ni envie, ni disposition, ni connaissance,  pour que le champ de sa pratique et sa vision soit déplacé – réduit - de force ? Insultant encore pour les enseignants et enseignantes qui consacrent leur vie à ces tâches. Cela fait déjà un moment que l’on nous bassine avec « L’action culturelle » au point de la transformer en « animation culturelle » puis en animation tout court, comme devant les rayons de supermarchés ou des épiceries de luxe.  Alors certes, collaboration involontaire, l’emportement des « réseaux sociaux » a prêté le flanc en devançant l’appel « joyeuses colonies de vacances ». Quelle imagination de fertile déflagration faut-il pour imaginer (et le régent en a encore fait proposition) « un concert sans public » ? Pourquoi pas un concert sans musique ? Tiens c’est une idée ! Soyons modernes, entreprenants, il reste encore tant à détruire.

Le fromage coule chez notre naufragé de salon navigant depuis trop longtemps dans les eaux usées du langage. Dans les hôpitaux les gens meurent et le voilà, sans honte, qui fait l’intéressant devant les artistes. Artistes qu’il imagine représenter le monde « culturel » en négligeant d’oubli cruel – le régent a ses valeurs - une part fort conséquente de ce monde : les non « intermittents », les accompagnateurs, les travailleurs de l’ombre et bien d’autres encore sans qui aucune lumière ne peut prendre éclat. La veille le régent faisait le zouave engoncé, masqué et démasqué, devant des enfants d’une école pas très fan de ses blagues et conseils faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais.

Le 11 mai est une date de "libération" fabriquée par le régent-comédien, le même qui le 6 mars prévenait que « si on prend des mesures qui sont très contraignantes, ce n'est pas tenable dans la durée » avant de se rendre au théâtre en prétextant que « malgré le coronavirus, la vie continuait. »  Le 11 mai donc, l’épidémie est invitée à rejoindre toute autre épidémie visant corps ou esprits pour un retour à la misère « normale » empirée de nouvelles privations, nouveaux abattements loin de logiques curatives, toujours un peu plus totalitaires. Et là encore, défenses et bon soins libérateurs seront nécessaires. Puissent la force de nos expressions, de nos enfances, refuser toute domesticité et aider à mettre fin à un cauchemar où les apprentyrans disputent la vedette aux virus assassins.


[1] Sans vouloir ternir l’enthousiasme voulant que ces mesures aient été obtenues grâce à une pétition réunissant 200 000 signatures assimilée à une « lutte », il est probable que ce soit davantage l’adresse directe de quelques stars au régent qui les ait « permises » .




 .

10.5.20

VERS LE SOUFFLE CONTINU

Le Souffle Continu (20-22 rue Gerbier 75011 Paris) réouvre ses portes lundi. Comme il est important de soutenir les libraires, il est capital de soutenir les disquaires, non seulement par acte encourageant, par prêt de main forte, mais parce que c'est vital pour la musique afin qu'on ne devienne pas des oies gavées de streaming jusqu'à extinction des sources. Et la période qui vient, plutôt que nous précipiter dans le dataréacteur-datadestructeur-databroyeur, peut nous amener à reconsidérer la place "physique" et par là même l'esprit tout entier. Donc, n'hésitez pas à vous rendre au Souffle Continu ou chez vos disquaires proches et, si cela vous est difficile, de leur commander ce que vous souhaitez qu'ils vous feront un plaisir de vous expédier. Il est temps de nous reprendre afin que, de toute évidence, le souffle continue.

Photo : B. Zon

1.5.20

FAITS DU TRAVAIL (VIRAL)


Scandaleuse,  la radio scandaleuse ment scandaleusement. Qu’elle s’appelle Info ou Inter, elle répète déjà depuis la veille  que le 1er mai célèbre « la fête du travail ». Le petit régent lui-même a repris cette terminologie. C'est bien pratique et insultant.

Doit-on une fois encore faire le rappel historique de l’origine du 1er mai, fête des travailleurs ? Rappeler qu’à l’issue de la grande grève de Chicago à l'usine McCormick le 1er mai 1886, suivie nationalement par 340 000 ouvriers, alors qu’August Spies, militant anarchiste, termine son discours avant la dispersion, la police charge et tue au moins deux ouvriers de McCormick [1] en en blessant plus d'une dizaine d'autres ; évoquer le meeting de Haymarket Square organisé trois jours plus tard par Spies et deux autres anarchistes, Albert Parsons et Samuel Fielden, toujours à Chicago, lorsqu’au moment de la dispersion, la police charge et qu’explose une mystérieuse bombe tuant un policier puis sept autres dans le chaos suivant [2] ; retracer l’arrestation de huit anarchistes tenus responsables sans la moindre preuve : Spies, Parsons, Fielden ainsi que George Engel, Adolph Fischer, Louis Lingg, Michael Schwab, Oscar Neebe, suivie de leur procès parce qu'ils luttaient pour la journée de huit heures, puis leur condamnation à mort [3] au motif énoncé – ordonné - par le procureur Julius Grinnel « Messieurs du jury : condamnez ces hommes, faites d'eux un exemple, faites-les pendre et vous sauverez nos institutions et notre société » ; et souligner enfin qu’en 1889, à Paris, la IIe internationale choisit le 1er mai comme fête des travailleurs pour obtenir la réduction horaire de la journée de travail, en hommage aux huit de Haymarket.

Non le 1er mai, n’en déplaise aux nostalgiques maréchalistes [4], aux sanglants productivistes et aux apprentis esclavagistes, n’est pas la fête du travail, mais son contraire, la fête des travailleurs pour la diminution du temps de travail et le retour à la vie. Et c’est bien du retour à la vie [5] qu’il s’agit aujourd’hui plutôt que du retour au travail comme seule aptitude humaine.

Là encore, l’impressionnante confiscation du langage redétermine par à-coups successifs et incessants les contours de nos vies, pour enlever nos vies elles-mêmes… comme un virus. 


[1] Selon les sources, les chiffres varient - on trouve les chiffres des ouvriers de MacCormick tués de 1 à 3 - d'autres morts sont parfois évoqués.

[2] Selon les sources : côté manifestants entre 4 et 7 morts et jusqu'à une centaine de blessés.
 
[3] Oscar Neebe sera condamné à 15 ans de prison, les peines de mort de Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fielden seront commuées en prison à perpétuité suite à un vaste mouvement international mais August Spies, George Engel, Adolph Fischer et Albert Parsons seront pendus le 11 novembre 1887 devant les réjouis capitaines d’industries réunis et leurs familles au grand complet sur invitation. Louis Lingg se sera suicidé dans sa cellule. 

[4] Le 24 avril 1941, le maréchal Philippe Pétain par la loi Belin renomme le 1er mai « fête du Travail et de la Concorde sociale » mettant en place la devise « Travail, Famille, Patrie » interdisant le vocable « la fête des travailleurs » au motif qu’il fut porteur de lutte des classes. 

[5] Différente de la télévie

17.4.20

L'INTELLIGENCE MINISTÉRIELLE

France Inter, 8h15, le 16 avril 2020

Léa Salamé : "Frank Riester, vous aimez Proust ?"
Frank Riester : "Qui n'aime pas Proust ?"

Eh bien, voilà une réponse inspirée et fort originale à une question puissante, qui a pu rassurer tous celles et ceux qui craignaient que le ministre de la Culture n'ait pas d'autre culture que celle de l'emberlificotage dont il a donné ce matin là une virtuose démonstration. D'ailleurs voici au hasard, pour soulager ses conseillers en communication, une suggestion de réponses toutes prêtes pour ne pas être pris au dépourvu, on ne sait jamais :

"Frank Riester, vous aimez Bukowski ?"
"Qui n'aime pas Bukowski ?"

"Frank Riester, vous aimez Charlotte Moorman ?"
"Qui n'aime pas Charlotte Moorman ?"

"Frank Riester, vous aimez Frida Kahlo ?"
"Qui n'aime pas Frida Kahlo ?

"Frank Riester, vous aimez Kurt Vonnegut ?"
"Qui n'aime pas Kurt Vonnegut ?"

"Frank Riester, vous aimez MC5 ?"
"Qui n'aime pas MC5 ?"

"Frank Riester, vous aimez les Sex Pistols ?"
"Qui n'aime pas les Sex Pistols ?"

"Frank Riester, vous aimez Yma Sumac ?"
"Qui n'aime pas Yma Sumac ?"

"Frank Riester, vous aimez Henri Michaux ?"
"Qui n'aime pas Henri Michaux ?"

"Frank Riester, vous aimez Cecil Taylor ?"
"Qui n'aime pas Cecil Taylor ?"

etc. c'est pratique, ça marche avec tout et ça rend bien service.













16.4.20

LEE KONITZ, SAXOPHONISTE COOL,
ÉTAIT AUSSI UN ALLUMÉ


On sait bien l'importance historique de Lee Konitz, son association avec Lennie Tristano, celle fondatrice avec Gerry Mulligan et Warne Marsh dessinant un jazz cool avant sa lettre officielle, sa participation aux séances Birth of the Cool de Miles Davis, cette façon si personnelle pour cet altiste capital de s'affranchir de l'influence de Charlie Parker à l'inverse des contemporains du Bird dans les années 40 pour exercer ensuite une influence déterminante, mais jamais appuyée, sur tout un courant du jazz. On sait souvent moins son goût immodéré pour toutes sortes d'expérimentations qui commencent par "Intuition", son enregistrement avec Tristano, première séance d'improvisation libre en 1949 (10 ans avant le Free Jazz) et se poursuivent par un goût perpétuel du jeu sous toutes ses formes. Prompt à toutes les expériences - il tâtera avant l'heure du saxophone électrique -, il ne perdra jamais de vue ses fondations et fera des standards une sorte de boussole libératrice qu'il soit en compagnie de Charles Mingus ou de Derek Bailey, de Martial Solal ou d'Albert Mangesldorff, d'Elvin Jones ou d'Anthony Braxton, de Chick Corea ou de Karl Berger, de Bill Evans ou d'Han Bennink, de Paul Bley ou de Bill Connors, de Paul Motian ou de Steve Lacy, de Dave Brubeck ou d'Ornette Coleman. Ou bien un solo absolu comme disait André Francis (le sublime Lone Lee sur Steeple Chase, album de chevet de bien des altistes). On le verra même en 1989 à Banlieues Bleues jouer en duo avec un électrophone passant un enregistrement de Charlie Parker soulevant un mécontentement d'une partie du public déboussolée lors de ce qui était pourtant une véritable histoire du jazz.

Né le 13 octobre 1927, Lee Konitz nous a quitté le 15 avril 2020 laissant une impressionnante discographie de toutes les couleurs couvrant une carrière de plus de 70 ans.

Texte écrit pour le site Les Allumés du Jazz

10.4.20

TELÉPRIX QUI CROYAIT PRENDRE
Réponses aux questions posées
par les Allumés du Jazz

Les Allumés du Jazz ont demandé à leurs membres, maisons de disques et labels discographiques, de répondre à quelques questions sur la façon dont ils vivent l'actuel confinement, ce qu'ils prévoient aussi. Voici notre réponse. L'intégralité des réponses, croissante chaque jour, se trouve sur le site des Allumés du Jazz.

Il y a bien sûr l’effet de sidération, le choc immédiat si fort, presqu’irréel, que cela fait passer au deuxième plan ce qui pourrait être une catastrophe pour une maison de disques aussi fragile que la nôtre. Les difficultés s'accumulent déjà. Les difficultés économiques trop habituelles - usantes - d'une chaîne très longue vont être décuplées pour les sociétés sans possibilité de trésorerie conséquente (euphémisme) et vivant sans subventions, ce qui est notre cas.

Le coronavirus n’est pas responsable de la crise (est-ce le bon mot ?) qui sévit depuis belle lurette dans le milieu sérieusement décentré de la musique.

Ceci posé il est vrai qu’après deux années sans possibilité de nouveautés, nos sorties des 27 mars et 24 avril représentaient beaucoup pour nous (trop peut-être). On les sentait un peu propice à penser différemment nos espaces trop fermés, panser nos plaies trop ouvertes. C’était sans doute incomplet.

Il faut donc une nouvelle fois reporter, mais cette fois au diapason de tout le monde. D’une certaine façon, ça crée par force une sorte de côté collectif pour un milieu qui l’est très peu. C’est tout à fait extraordinaire.

Pour l'heure et de façon trop isolée, nous réfléchissons comment, sans moyens un soupçon importants, tenter de transformer quelque chose lors de cet arrêt brutal et inattendu, quelque chose qui était devenu de plus un plus inaudible dans la submersion générale mettant à bas l’expression musicale en la diluant constamment pour qu’elle perde ces contours. C’est ce qui est à l’œuvre sur les plateformes de streaming. Une des armes les plus puissantes du nouveau capitalisme au forfait illimité est la destruction du langage. On ne parle plus, on ne s’exprime plus, on « communique » et connexion et communication deviennent le même mot. La musique en tant que langage est sur la sellette. La musique de corps et d’esprit est remplacée par une gigantesque play list.

Le coronavirus est allé encore plus vite que la 5G.

Or le premier réflexe qu’on a vu se mettre en branle, c’est le recours à Internet comme solution multilatérale. Les propositions sont innombrables : « j’ai un micro, donc je m’enregistre, une petite caméra (un téléphone) donc je me filme et je diffuse, peu importe d’avoir quelque chose à dire, je participe à la grande play list mondiale ». On est passé de la sono mondiale à la branlette mondiale. Le langage posant les armes devant les moyens high tec de communication, l’outil n’est plus de service mais dicte le comportement : « j’ai une mitraillette donc je tue ». Il n’y aurait plus de musiciens, de penseurs, de poètes mais seulement des animateurs de ce grand club planétaire qui tue l’ennui lorsqu’on n’est pas au travail. « Tu as été désigné par Duchmol pour mettre une photo de toi quand tu étais jeune », « Tu as été choisi pour montrer une photo de l’endroit où tu travailles » etc. et la liste est longue de ces défis à l’intelligence. « Intelligence » entendue ici au sens d’espionnage, de renseignement policier.  

On a même des concerts en ligne au chapeau. Des téléconcerts au téléchapeau. Et l’on voit s’afficher déjà comme un phénomène normal le carton de présentation qui fait frémir : Concert sans public [1]. De là à en prendre l’habitude, l’instituer, il n’y a qu’un pas. On réservera plus encore, plus tard, les scènes à la grande consommation ponctuelle ou à l’élite, c’est selon. Les télétravailleurs de la télémusique feront le téléreste. Et l’on entend déjà, on voit déjà, sur les chaînes d’information, les chaînes de radio effectuer leur sélection des meilleurs moments de la musique confinée. Là où on voit telle star que l’on espérait s’être endormie pour longtemps grignoter avidement la bande passante, telle autre en train de soigner sa popularité en montrant son beau chez-soi, là tel musicien proposant pour la cinquième fois un rendez-vous en ligne sur Youtube, dépité que personne n’ait répondu à l’appel les quatre fois précédentes.

Y a-t-il tant d’urgence à ce neuf à tout prix (à pas de prix), ne savons nous plus être patient, réécouter, découvrir ce que nous avions mis de côté, avoir des oreilles neuves pour des œuvres chéries ou d’autres que l’on avait négligées par manque de temps ou même de tempo ?

Bien sûr à sa dimension aidante, simplement aidante, l’Internet a sa valeur, ses possibilités de découvertes, d’articles neufs et d’archives valables, mais nous n’en sommes plus à ce détail près au moment où l’on bascule dans la folie de la grande surveillance.

À notre infime niveau, nous avons choisi de ne rien faire immédiatement. Notre défiance vis-à-vis du streaming pour des raisons humaines, écologiques, politiques, économiques se trouve soudain incroyablement renforcée par cet ahurissant spectacle. Notre distributeur nous a gentiment proposé une sortie digitale séparée de nos deux petits albums (que nous aimons beaucoup et qui ont réuni des gens magnifiques). Nous l’avons refusée. Notre sentiment est qu’à la fin de ce qui ressemble à un de ces scénarios de science fiction dont on a oublié l’auteur, il nous faudra plutôt regagner un autre chemin, un chemin très simple des relations humaines, de l’intelligence non artificielle, nous reprendrons alors la simple réalisation de nos albums en essayant de les partager au mieux dans un ensemble que nous aimons qui est celui des relations. Notre but n’est pas d’avoir des centaines de millions de vues, de clicks pour être précis, sur un clip mis en ligne sur Youtube, mais de vivre un partage dans un espace vécu. L’album dit « physique » (et on pourrait se laisser aller à ce que cette appellation signifie) pour l’heure semble en être la meilleure incarnation, un objet artisanal réalisé avec amour, un objet qui choisi d’être une île plutôt qu’un canot de sauvetage. Nous sommes des êtres physiques. Les disquaires véritables comme les libraires véritables ne sont pas de simples vendeurs ou vendeuses, mais des relations indispensables, nous les aimons, comme ils aiment les musiciens ou musiciennes et ce qu’ils et elles ont à dire. L’histoire de la musique, de la littérature, passe par eux. Pour demain aussi.

Nous n’avons pas le pied marin digital assez sûr pour nous hasarder dans l’océan enchaîné de la bande passante qui pourrait nous faire trépasser. Il est de toutes les façons quasi impossible pour des productions de notre type d'émerger et pouvoir s’y faire entendre (les relevés de ventes ont les zéros devant la virgule), et ce sera pire encore. Alors nous préférons les îles à d’hypothétiques canots de sauvetage. Nous avons la conviction que la crise actuelle rebattra les cartes de quelque chose devenu totalement illisible et incompréhensible. On peut bien sûr tabler sur le fait que l'ensemble de la production musicale se retrouve aux mains des Gafam, il y a une logique à le penser d'autant que la tentation est déjà grande. On peut aussi penser qu'il y a lieu de redéfinir notre propre champ, d'en reprendre le contrôle, de tourner le dos aux offres des exploiteurs criminels, les combattre, de savoir à qui on s'adresse en cessant cette vertigineuse fuite en avant où le sol se dérobe. C'est cette deuxième option que nous voulons travailler avec le plus grand nombre de gens possible en abandonnant autant que faire se peut  l'ersatz et le faux semblant mis en lumière par cette crise sans précédent.

Photographie B. Zon


[1] Merci Dominique

5.4.20

TRÈS À LA DOUZAINE

Je gagne ma vie avec mon intelligence.” 
Sylvester Stallone 





4.4.20

GILETS JAUNES ACTE IV - PLEIN CŒUR
Impressions


Photographie : Hélène Collon

Chronique d'un souvenir du temps d'avant. C'était il y a quelques heures, quelques semaines, un milliard d'années et peut-être demain. L'impressionnisme apparut... l'étouffant académisme royal, la figuration défigurée de l'empire boursoufflé renversée par l'impression profonde : l'autre idée du détail, la clé du mouvement, sa mise en lumière.

C'était le 29 février de l'ère précédente, de l'air précédent, à l'Atelier du Plateau, de l'autre côté des Buttes-Chaumont dans le 19e arrondissement parisien, Nicolas Flesch lit, chante, écartèle, associe son récit d'impressions de la journée du 8 décembre 2018, Gilets Jaunes Acte IV - plein cœur. Et comme rien ne se fait jamais seul, il a invité ses amis Antonin-Trí Hoang (clarinettes, saxophone, clavier, chant), Ève Risser (piano, clavier, chant), Jeanne Susin (clavier, chant, claquettes),  Thibault Perriard (batterie, chant).

Nicolas Flesch raconte une journée au milieu d'hommes et de femmes de la vie. "Les faits rien que les faits" sont ici, bien loin des torsions comprimées de l'appareil médiatique, autant de clés du mouvement, de ses racines lointaines et historiques, de ses bourgeons immédiats et futurs, qui se mettent à penser si fort et l'inerte se met à bouger. L'évidence des solitudes d'un monde agonisant fait parler le chaos désirable pour sensation de la vie à l'état naissant : la poésie soudainement rendue disponible. Ce 8 décembre est un champ de tournesols qui déborde ses 24 heures et autant de frontières en avant et en arrière. Le mystère de la rue y revêt son effet de réalité. Ses fièvres de cheval. On y gagne des forces pour vaincre ce qui nous épouvante si cruellement. Un champ de gilets jaunes, couleur tellement cherchée ici et ailleurs*, pour habiter enfin ce qui nous habite, nous remettre en question, en jeu, ouvrir la voie de l'impression des coups d'épaules, des coudées pôles. La fête des esprits.

La musique des camarades de Nicolas Flesch - Antonin-Trí Hoang, Ève Risser, Jeanne Susin, Thibault Perriard - est épatamment libre, libre musique libre, débarrassée de ses esthètes commissaires politiques, libre de l'explosion des formes et déformes, libre de son effervescence, de la confection insolite de malins collages, libre de la meilleure façon de garder la forme et d'en créer autant que souhaité, libre de sa danse. Musique enlacée qui grimpe aux grilles le moment venu, dans le jeu permanent de ses déplacements.  S'y glissent en ombres portées ou à plein chœurs, Brigitte Fontaine & Areski, Robert Wyatt, dans une puissante mémoire de folk songs, comparable à celle qui, par la simple vue d'un gilet jaune, indique les variations vibrantes, ce qu'est un corps véritable. Chercher à vivre et vivre à chercher... L'orchestre s'envole de ce qui nous déménage.

L'énumération des lieux, association du vécu et du perçu, rassemble l'essentiel morcelé, on se trouve projeté dans l'image, on salue, on est partie prenante de ces mouvements, des ronds-points de cet éclatant témoignage, de cette merveilleuse instabilité, perdant, enfin, le statut de spectateur. L'impression est la situation. Nos voix avant tout dans le temps premier.

Appeau à fleur d'appel, peinture de plein air, Gilets Jaunes Acte IV - Plein Cœur est un récit du temps pré viral, un récit d'énergie pour un demain impressionniste de tous les maintenant, qui saura où trouver la bonne couleur après que l'autre eut disparu.


* À lire sur le Glob 5 décembre 2018 :  Jaune et encore







21.3.20

LA GRANDE GRÈVE

"Vous savez, je crois qu'il faut vivre les histoires avant de les inventer"
Le personnage de Jerzy in Passion (Jean-Luc Godard - 1982)

Nous avions espéré une grande grève... œuvré même. Un moment rêvé où nos espoirs enfin librement nus ne seraient que vie puisant à sa source. Les tentatives furent nombreuses, insistantes mais incomplètes : arrêt des transports en commun, pauses douloureusement marquées des enseignants, des infirmières, radio en berne, danseuses et musiciens d'opéra en panne volontaire, avocats prêts à bondir, lycéens exaspérés, étudiantes agitées, femmes libres de leurs colères, gilets de détresse, conseils de quartiers, batailles de rue... un petit rouleau de vagues qui ne sut déchaîner le libre océan. Trop de police, trop d'entraves, trop de fourberie, de répression, trop d'autocratie, de duplicité politique, de télétravail, trop d'impostures, de vie à toute vitesse - sans vie, trop de semonces pour battre en retraite, trop d'indifférence souvent de nos pairs aussi. D'indifférence ou de peur, d'anesthésie et de tendance sécheresses des cœurs. Trop d'empêchements de vivre pour pouvoir inventer.

Alors sont arrivés d'autres signes, des fièvres renversantes, une forme de streaming immédiatement dévastatrice. Une sinistre mise en lumière d'une société qui court à sa perte, qui n'a même plus de quoi soigner les êtres. Mais les cuistres ne voulaient rien entendre et puis à contre cœur, ils se sont en partie résolus avec leurs sales habitudes, de contresens, de langage de guerre, de téléréalité et de flics en tous genres.

La grande grève ? Dans nos intérieurs, désobéir, s'organiser, s'occuper des siens et des autres, découvrir nos raisons mêmes, soutenir celles et ceux qui - si longtemps bafoués - s'exposent, s'occupent des malades, des anciens, des sans-logis. Il n'existe pas de télémendicité, mais les solidarités diverses peuvent soigner leurs pousses.

La grande grève ? Le sable des caresses du regard attentionné.

La grande grève ? Elle semble nous dépasser à ne pas savoir qu'en faire. Et l'on assiste immédiatement à la folie volontariste de faire à tout prix. À tous téléprix qui croyaient prendre. Et pour cela, du fond de nos intérieurs, c'est une autre colonisation qui s'opère, celle de ce territoire "découvert" depuis une vingtaine d'années : l'Internet, nouvel espace à conquérir d'un Manifest Destiny chauffé à blanc, divine expansion d'une civilisation dévorante. Première réaction, le surinvestir, en faire un lieu de travail, un lieu de famille, un lieu de patrie. Et nous y jetons sans réserves tous nos déchets, nos intégrales vaniteuses, nos inutiles inutilités, nos célébrations futiles, nos anniversaires, ceux de nos animaux qui s'en contrefoutent, de nos enfants qui s'en contrefoutent, de nos intimités déplacées dégageant l'intime. Et même ce texte. Même nos silences sont automatiquement souillés. En une journée de confinement, on a déjà la promesse d'une multitude de concerts en appartement en ligne, de "je vous offre un chanson par jour" en ligne (et lorsque dans l'offre, vous avez Andrew Lloyd Weber, vous comprenez bien la dimension de cette autre contamination), de "regardez comme j'ai un bel appart" en ligne, d'apéros en ligne, de poils de chats en ligne, de poils de cul en ligne, de "donnez-nous-notre-pain-quotidien" en ligne, de "je suis chez moi" en ligne, de tout un tas de fourbi en ligne. Déjà une promesse de saturation qui n'a plus rien à voir avec un raisonnable "ce qu'on a à dire", à dire en vérité, mais avec l'instauration de nouvelles cadences infernales auto-infligées. Mise en ligne, mise au pas. La connexion permanente ne serait-elle pas l'effacement des relations profondes, la communication outrancière, la fin programmée du langage ? Non à la 5G. Non aux grands travaux inutiles "virtuels". Stop ! Nous avons assez de ce que nous avons déjà fait, et de ce que nous ferons, en chair, avec de plus respectueuses préparations. 

La grande grève ? Nous avons soudain un véritable espace à vivre, à imaginer collectivement, non par des pansements numériques, mais par un profond sentiment de vie. Ce sentiment de vie non coté aux cours des marchés, fussent-ils ceux de la chose artistique.

Bien sûr qu'il n' y eut pas, hélas, de véritable record d'abstention lors des élections du dimanche 15 mars (un commentateur radio annonçait le matin même avant le bulletin météo : "beau temps pour aller voter"). Un véritable record d'abstention aurait été zéro bulletin déposé dans l'urne. Qui peut encore croire à cette méprisable carotte ?  Et comment y-a t-il pu avoir une seule voix pour Agnès Buzyn ex ministre de la santé reconvertie en quelques heures en fantoche éligible, qui à elle seule pourrait incarner, à vue d'œil, le nec plus ultra de la crétinerie politique, du mensonge sans même la moindre subtilité, d'une forme d'empoisonnement revenant à personnifier l'empoisonnement lui-même ? À elle seule ? Mais elle n'est pas seule, on pourrait citer Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse : "Nous n'avons jamais envisagé la fermeture totale des écoles (...) quand vous fermez les écoles de tout un pays, ça signifie que vous paralysez en grande partie ce pays (...) [La Corée et l' Italie], ce n'est pas notre modèle", le ministre de l'économie Bruno Lemaire promettant 1 000 euros à qui est volontaire au travail (allez vous descendrez bien dans le réacteur !), la ministre du travail Muriel Pénicaud, infatigable de bêtise, défendant bec et ongles ses différents records d'insanité : “Dans le bâtiment, beaucoup disent : ‘Ah on ne peut pas travailler parce qu’on est tous ensemble dans la même camionnette, à moins d’un mètre’ (...) Ok, eh bien pourquoi on n’y va pas en deux voitures ? On rembourse les frais, et on arrive sur le chantier, où souvent on n’est pas côte à côte". La liste de ces méphitiques n'est pas close. Ainsi leur grand chef et son "nous sommes en guerre" lorsqu'il s'agit de soigner des gens et non de restaurer la croissance, leur putain de croissance meurtrière. La recherche est celle de la paix des corps, en guerre on envoie les soldats au casse-pipe.

Les villes désertes furent désertées avant le virus, avalées par la broyeuse à fric des Wall Mart, des Amazon, des Carrefours, des Leclerc, des Vinci, des Google, des Netflix, etc. Réhabitons d'abord nos chez nous à partir de chez nous puis dans la grande décontamination, nos espaces, nos lieux d'accueils. Les souffrances des êtres ne sont pas acceptables, même à distance. Nos refuges temporaires peuvent être autant de préludes à nos défenses véritables contre l'injustice comme norme acceptée, contre les méthodes de gouvernement pour entretenir cette "évidence", contre une forme d'information (de communication dira-t-on aujourd'hui) qui laisse une place de peau de chagrin à ce qu'on a véritablement à dire.

Joe Biden, autre incurable, candidat à l'investiture démocrate pour les élections américaines, parle de Donald Trump comme d'un accident vite effacé lors d'une élection dont le but serait le retour à la normale (la normale des guerres indiennes, de la ségrégation, du Vietnam, des violences policières ?). Les palissades de l'oppression se dresseront encore, mais dans la conscience que le relief de nos vies vaut mieux que la platitude des écrans, nous devrons défaire avec force, vivre et inventer pour diminuer l'impact de tous les virus.

Après la grande grève ? Le retour à la normale serait une autre peste. Il nous reste le choix vivant de notre simple humanité à l'improviste, c'est beaucoup.



18.3.20

DANS NOS ZONES

Paradoxalement, même si les possibilités d'Internet sont celles qui permettent d' "endurer" le confinement, ce sont pourtant celles-ci qu'il faut urgemment apprendre à restreindre, diminuer selon les besoins, et non augmenter jusqu'à la ruine. Elles sont la pointe high tech du système ayant engendré et propagé le coronavirus. Les flux de streaming et d'échanges numériques à outrance sont une dévastation énergétique, écologique et humaine. Et ce message en fait partie. Prioritairement, pour commencer, stoppons les entreprises comme celle nommée dans l'exemple ci-dessus (Libération / AFP 17 mars 2020). C'est une question vitale de faire en sorte que la crise que nous traversons ne profite pas à ces exploiteurs au vertigineux et monstrueux palmarès.


15.3.20

LE MIRBEAU DU 15 MARS

En ce jour de "tout le monde à la maison", l'excellent texte écrit par Octave Mirbeau en 1888, jamais daté et aujourd'hui, éclatant d'actualité.




14.3.20

PRÉFÉREZ DISQUAIRES ET LIBRAIRES

Le coronavirus est une résultante du capitalisme mondialisé dont Amazon et autres plateformes humainement et écologiquement nuisibles (la liste est simple à établir) sont les acteurs infernaux. Donc en cas d'isolation temporaire, écoutez la musique et lisez les livres - confectionnés par des gens en quête d'échange et de beauté - sur disques (cd, vinyl ou K7) ou sur papier imprimé et relié sans avoir recours à ces monstres. Si vous n'avez pas d'autre choix pour vous les procurer que de les commander par La Poste, arrangez vous avec un disquaire, un libraire que vous appréciez qui se fera une plaisir de vous les adresser.

Message réajusté le 17 mars : il est en fait préférable (lire indispensable) de ne rien commander du tout en attendant. Surtout pas chez Amazon, mais pas chez les libraires non plus qui ont pris la sage décision de ne pas rivaliser dans la folie consommatrice. Écoutons et réécoutons les disques que nous avons, lisons et relisons les livres que nous avons et auxquels nous n'avons pas accordé assez de temps.

13.3.20

ASTÉRIX ET LE CORONAVIRUS

Si, comme un certain nombre de "reprises" de classiques de la bande dessinée, celle des aventures d'Astérix par Ferri et Conrad provoque un enthousiasme, disons, fort tiède (la température s'était sérieusement rafraichie après la mort de Goscinny), on relira Astérix et la Transitalique (éditions Albert René - 2017), où le représentant des puissants se nomme Coronavirus, sous un éclairage neuf.