Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

11.8.20

JEAN-FRANÇOIS PAUVROS ET ZOU
À VALENTON

À la révolution de 1789, à Valenton, on faisait du vin, on élevait des moutons et des vaches et les révolutionnaires l'avait renommé Val Libre. Aujourd'hui la ville est durement touchée par le chômage. 

Parvis du château de Valenton le 8 août 2020, fin de cuisante journée, Jean-François Pauvros (guitare) et Zou (dessin) s'installent à l'initiative et aux bons soins de l'équipe de la Bibliothèque de Valenton et d'alliés municipaux : Thierry, Marie-Jeanne, Amélia, Sandra, Annabelle, Samy. Réglages de guitares et de pinceaux. Place de village, place de vie sans âge. C'est aussi sommaire que l'entrée d'un livre. Plus loin, quelques résonances de zouk, plus près des rires d'enfants. Stand de brochettes africaines (délicieuses).  Il fait très chaud. Des femmes s'installent d'abord, attentives, et puis un petit monde se groupe autour de la scène. Airs de jeux, les enfants continuent de courir, sûrs, naturels. Ils sont le rythme. Le guitariste choisit la méthode en apparence douce, une sorte de hors cadre de blues, mélancolie au rasoir. Le dessinateur fait émerger - jeux de courbes, de vagues, de filets d'air - des fantômes, esprits mexicains, africains, jusqu'aux êtres délivrant leur conscience. Tout est noir, tout est rouge en ouverture de toutes les couleurs avoisinantes. Le ciel est fendu par deux passages d'oies sauvages, la fournaise est fendue par les éclats de réel où sous nos yeux et dans nos oreilles se mettent à courir des bribes de futurs. Alors que se forme sur la toile, sous les doigts de Zou, un corps de femme aux pensées multiples, Pauvros joue les "Mémoires de l'oubli".[1] La place de village à l'état sauvage, celui qui respire.



[1] « Memorias del olvido » In Buenaventura Durruti (nato 3164/3244)

 

À écouter : Jean-François Pauvros avec Antonin Rayon et Mark Kerr : À tort et au travers (nato 5569), Illustrations : Zou

Photos : B. Zon

 





26.7.20

PAPE EN FEU


C'est rigolo, dans un grand nombre de cas où, dans les médias, est citée cette étrange entité nommée "Le monde culturel", ("Le monde culturel se réjouit", "Le monde culturel s'inquiète" etc.), l'exemple immédiat c'est Olivier Py. Ainsi dans Libération du 23 juillet on peut lire : «"C’est un geste fort pour les territoires, et les artistes dans les territoires. Ce qui devrait en ressortir, c’est une certaine considération pour le national en région", s’enflamme Olivier Py». Le geste fort combustible suscitant cette profonde réflexion, c'est l'idée Grosses Têtes des futurs États Généraux des Festivals (cette fois-ci pas de "Grenelle", ni de "Ségur", comme ça se passera à Avignon , ils auraient pu titrer "Palais des papes de la Culture" ou "Benoît XII de la Culture"). Comme le bois des grandes orgues de la cathédrale de Nantes, la langue de bois semble facilement ignifiable.
Dessin : Honoré Daumier

22.7.20

LANGUE ET COLOS


On se demande quel est le bilan papier carbone de ces nouveaux "élus" écologistes, lorsqu'à leur écoute sur les ondes, leur langue semble tout aussi polluée des mots vides de la novlangue en cours, novlangue répondant sans doute "aux dispositifs moteurs des aspirations citoyennes dans les territoires."









(Dessin Honoré Daumier)



20.7.20

DAVID JISSE

"La parole est malade", titre qui résonne ô combien de nos jours, était une des chansons du duo David et Dominique, soit Dominique Marge et David Jisse. Ensuite, David s'est intéressé à d'autres musiques, de toutes expériences, devenant le compère de Luc Ferrari, le producteur d'émissions sur France Culture et France Musique pendant 30 ans, le très sémillant, l'inspiré et inspirant directeur de la féconde Muse en Circuit pendant 15 années, le créateur du festival Extension, le compositeur. Avec « Assis sur ma valise - Détour de chant » il unissait ces différentes galaxies musicales qui ont nourri sa vie et qu'il a su nourrir. David Jisse vient de nous quitter.

14.7.20

DOUBLE VACCIN

Où l'on est soudain saisit par une sorte d'angoisse en imaginant que le vaccin contre celui-ci sera encore plus difficile à trouver que celui contre son concurrent direct. Là aussi, nos recherches actives les plus pertinentes nécessitent une maximale, enthousiaste et bénéfique énergie.

9.7.20

ALORS PLEUREUSE ?

Roselyne Bachelot déclare sur France Inter (9 juillet 8h20) : "je suis très lacrymale". Faire pleurer un(e) ministre, tout un programme.

8.7.20

QU'EST CE QUE ÇA VEUT DIRE ?


Qu'est-ce que ça veut dire :
Que le fort désir d'un ministre de l'Éducation Nationale ait été de devenir ministre de l'Intérieur (selon la formule fourbement consacrée : "premier flic de France") ? Suffirait-il pour le consoler de l'appeler "premier prof de France" ou "premier sportif de France" ?

Qu'est-ce que ça veut dire :
Qu'un ministre de l'Action et des Comptes publics (bénéficiant de la présomption d'innocence - comme tout le monde ... euh... comme tout le monde ?) ait été si attiré par ce poste de "premier flic de France". 

Qu'est-ce que ça veut dire :
Que le nouveau premier ministre, avant même de former son gouvernement rende une petite visite "surprise" - en compagnie du préfet (du préfet !) - dans un commissariat à La Courneuve pour dire aux policiers (seulement à eux ?) : « Vous attendez de nous de la reconnaissance et du soutien. Ils seront sans faille » ?

6.7.20

NOMINATION


 Avec Roselyne et l'hélium, une Grosse Tête pour enfourcher le tigre.

3.7.20

CRACOUCASS

Le génie macronien : 
un mix Casse-Tête / Cache-Sexe. Il fallait y penser !

2.7.20

USAGE DÉFAUT

Thibault Lefèvre, France Inter, 2 juillet 2020, 8h10 : "Rue Sacco et Vanzetti, rue Louise Michel, Stade Paul Vaillant Couturier, à Valenton la plupart des noms des lieux publics témoignent de l'héritage communiste". Des journalistes s'y entendent pour mettre la gomme et générer confusion, intrication, balourdise et effacement jusque dans les moindres détails, à moins que tout simplement, ignorants, ils n'aient jamais rien entendu des préceptes de l'histoire.

20.6.20

21 JUIN, DÉFAITE DE LA MUSIQUE

Le ministère de la Culture nous annonce sans rigoler "une fête de la musique différente, solidaire et numérique" avec notamment : " Seuls ensemble, concert de Jean-Michel Jarre en réalité virtuelle (...) devant un public d’avatars ". Ou encore "Le bal ménager pour faire danser chez soi".

Voilà un nouvel étouffoir de taille, une belle clé d'étranglement : "la réalité virtuelle avec public d'avatars".

Pour sûr, la fête va battre son plein, un plein aussi tragiquement vide que le dernier discours du régent. Et puis au-delà de cette poudre de perlimpinpin sponsorisée, on se souviendra qu'il y a un an, Steve Maia Caniço, suite aux trop habituelles brutalités policières, est mort noyé pour avoir fêté la musique. Et pour ça, la réalité de notre mémoire n'est pas devenue virtuelle.

14.6.20

PENSÉE RAPIDE

Réflexion (rapide) après l'écoute de l'intervention ultra médiatisée du régent : "Si la nature a horreur du vide, elle ne doit vraiment pas l'apprécier".

Illustration : Harry Eliott (1882-1959)

MAURICE RAJSFUS

Rescapé avec sa sœur et grâce à sa mère, de la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942 alors qu'il a 14 ans (sa famille dénoncée par un policier voisin de palier), Maurice Rajsfus n'a eu de cesse de documenter la violence systémique exercée par la police et ses significations. Auteur de nombreux ouvrages tant sur la Rafle du Vel d'Hiv qui emportera ses parents, la Collaboration, l'histoire de la police française (il fut le premier à travailler sur la police de Vichy) et ses actualités (il est l'auteur de Je n'aime pas la police de mon pays), fondateur de l’Observatoire des libertés publiques en 1992, il tenait le bulletin Que fait la Police ? recensant des milliers de cas de violences policières. Il avait été témoin pour défendre le groupe de rap La Rumeur attaqué en justice par le Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy pour « diffamation publique envers la Police nationale » lors d'un procès qui ira de 2002 à 2010. Frédéric Goldbronn lui a consacré le beau film L'An prochain, la révolution. Maurice Rajsfus avait confié un extrait de "Jeudi Noir", relatant la terrible journée du 16 juillet 1942, pour sa mise en musique dans Chroniques de résistance de Tony Hymas. Cet homme, qui avait écrit "Dans un pays où la police parle bien plus de ses droits que de ses devoirs, quel espace de liberté peut bien subsister pour ses citoyens ?", nous a quittés à 91 ans hier 13 juin, journée de protestations contre les violences policières. Comme un signe de ce qu'il reste à poursuivre.