Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

17.1.20

MUR MUR

Hier dans l'autobus, une femme et deux hommes discutaient de la situation actuelle : "Nous sommes face à un mur" et l'autre de préciser l'air inquiet "Oui mais un mur qui avance".
Aujourd'hui 16 janvier, marchons qu'un "sans les murs" abreuve nos sillons.

14.1.20

LA DÉMO LUXE DES MOTS DES MOLLUSQUES

Un peu de zoologie : il existe plusieurs mollusques gastéropodes de la famille des buccinidés comme le bulot, le lambi, l’ormeau, le bigorneau ou le macron. Ce dernier a un sous genre : le macron livide (macron lividus).

12.1.20

INDIFFÉRENCE

Le chanteur Gilbert Bécaud avait à son répertoire une chanson nommée "Indifférence" dans laquelle il chantait “L'indifférence, elle te tue à petits coups.” Cette "paralysie de l'âme" (Tchekhov) finira par tous nous faire disparaître si nous ne prenons pas garde (et la situation présente est "idéale" pour se ressaisir) comme elle fait disparaître nombre d'espèces animales (ici le Galemys pyrenaicus).

11.1.20

PLAYLIST

Puisque la mode est aux playlists, voici celle du jour : des classiques hélas toujours de forte actualité :
• "Hécatombe" par Georges Brassens (1954)
• "Fuck tha police" par N.W.A. (1988)
• "Police" par Suprême NTM (1993)
• "Sacrifice de poulets" par Ministère Amer (1995)
• "L'état assassine" par Assassin (1995)
• "Fuck police brutality" par Anti-Flag (1996)
• "Pork and beef" par The Coup (2001)
• "La Meilleure des polices" par La Rumeur (2007)

10.1.20

QUESTION DE (H)AUTEUR

Hier dans les "beaux quartiers" parisiens, de sa fenêtre, de son balcon, la bourgeoisie photographiait d'en haut le petit peuple en colère. La même hauteur bourgeoise qui fut celle d'Émile Zola lorsqu'il écrivit, en 1871, ses textes orduriers contre les communards de la Commune de Paris publiés dans son ouvrage "La république en marche".
Au sol, contre le peuple, la violence de drôles de clowns de Paris... pas drôles.

4.1.20

LÉGION D'HORREUR

À propos de Jean-François Cirelli (nous avons une toute autre idée du black rock), souvenir d'un aphorisme congruent de Jean Yanne : « La Légion d'honneur, c'est comme les hémorroïdes, aujourd'hui n'importe quel trou du cul peut l'avoir »

22.12.19

LES HORIZONS D'OCTAVE ET ANNA (NOUS AUTRES)

Dans un rêve des nuits de nos jours, se sont croisés Anna Magnani et Octave Mirbeau. L'actrice avait clamé lors d'une interview dans les années 50 avec toute l'urgente ferveur qu'on lui connaît "Je veux m'exprimer", l'écrivain avait écrit le 1er mai 1892 :"Eh bien si l'heure que nous vivons est hideuse, elle est formidable aussi, c'est l'heure du réveil populaire. Et cette heure est pleine d'inconnu. La mansuétude des opprimés, des délaissés a duré assez longtemps. Ils veulent vivre : ils veulent jouir ; ils veulent avoir leur part de bonheur, au soleil. Les gouvernants auront beau faire, se livrer aux pires réactions de la peur, ils n'empêcheront rien de ce qui doit arriver". L'horizon des nous-autres, des acteurs et actrices de la vie, est un horizon d'expression, d'expression indispensable et nourricière.

20.12.19

IRV WILLIAMS



On se souvient du passage d'Irv Williams à la Black Dog Block Party (St Paul Minnesota) du 25 juillet 2010, dans un programme bien fourni où l'on pouvait également entendre Davina and the Vagabonds, Ill Chemistry, Fantastic Merlins, Kristoff Krane et Ursus Minor... Irv Williams avait alors 92 ans, sa carrière bien fournie (Sarah Vaughan, Johnny Hodges, Dizzy Gillespie, Ella Fitzgerald, Fletcher Henderson, Mary Lou Williams, Billy Eckstine) et ce son formidable (ce jour là, François Corneloup ne le lâchait pas des yeux et des oreilles) profondément partagé par toutes ces figures discrètes, mais si essentielles à l'histoire du jazz. À 100 ans, Irv Williams vient de nous quitter le 14 décembre.

Photographie : B. Zon

17.12.19

HARMONIES

Chanter, danser, crier, exprimer ses colères et ses angoisses, se solidariser, être ensemble et pleins d'affinités face à une machine gouvernementale sourde à l'humanité.

Photographie : B. Zon

16.12.19

ANNA KARINA ET JEAN WIÉNER


L'Alliance, deuxième long métrage de Christian de Chalonge ne sera sans doute pas le grand film immortalisant (quel drôle de mot !) la retentissante présence d'Anna Karina, elle qui - est-il utile de le rappeler ? - fut l'actrice étourdissante des films de Jean-Luc Godard qui percèrent l'épaisse pellicule du cinéma français : Le Petit Soldat, Une femme est une femme, Vivre sa vie, Bande à part, Pierrot le Fou, Alphaville, Made in USA, mais aussi de la si particulière Religieuse de Jacques Rivette ou encore de quelques bourrasques d'autres cinéastes très autonomes tels Tony Richardson, André Delvaux, Rainer Werner Fassbinder... Mais dans cet appréciable film plein de bestioles affolées par les mutations du monde, film qui coule fort bien dans sa rivière immanquablement 1971, doté d'une singulière musique de Gilbert Amy comme on n'en ose plus (guère) au cinéma, on assiste à la rencontre de celle qui vécut les vies de Marianne Renoir, Natacha Von Braun, Paula Nelson, Veronica Dreyer, Nana Kleinfrankenheim ou Suzanne Simonin avec Jean Wiéner, ici dans le rôle d'un scientifique annonciateur d'un dérèglement généralisé qui ne relève, de nos jours, plus du tout de la science-fiction : « Un léger perfectionnement dans les armes d'une espèce et le fameux équilibre est rompu, bonsoir tout le monde, l'homme disparaîtrait ».

Jean Wiéner fut un infatigable porteur de musique du XXe siècle dans un élan actif de plus de 75 ans, ouvrant toutes les portes qui lui étaient possibles. On le vit pianiste remarquable, compositeur inspiré, critique déterminé, organisateur bouillonnant. Défenseur de la musique contemporaine de son jeune temps (Arnold Schönberg, Erik Satie, Igor Stravinsky et ses amis du Groupe des Six) autant que de l'idée d'une musique populaire de haut vol (Concerto pour accordéon), compositeur facétieux à l'occasion (Brandebourgeoisement), accompagnateur décidé de chanteurs de nouvelles vogues (Charles Trenet, Maurice Chevalier, André Claveau, Mireille, Edith Piaf,  Cora Vaucaire, Germaine Montero, Michèle Arnaud), Jean Wiéner, pensant que le « gros apport du siècle, c'est la musique negro-américaine », mit sa pensée en pratique (Concerto franco-américain). Il  inventa les Concerts Salade ainsi définis : « On peut faire passer des choses difficiles et insolites en les proposant tout de suite après des œuvres admises à l’avance ».  On y jouait du ragtime, du Mozart, du Cole Porter, du Webern, des chansons autant que les œuvres nouvelles de Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Taillefer (le Groupe des Six). Avec Jean Cocteau et Blaise Cendrars, ce fut le Bœuf sur le Toit chahutant plus encore l'académisme où l'on put entendre de grandes nouveautés comme le Pierrot Lunaire de Schönberg ou le Billy Arnold’s Novelty Jazz band en 1920 (soit une des premières représentations du jazz en France) ; voisinage qui deviendra pendant 15 ans le fondement du duo de pianos Wiéner et Doucet (avec Clément Doucet). Yvonne George y fricotait allègrement avec Beethoven. En 1936, sous l'effet déclencheur du Front populaire, Wiéner devint communiste et entendit que sa musique s'en ressente, ce qu'il avait anticipé musicalement après la Première Guerre mondiale, époque « épouvantable socialement et sublime intellectuellement ».

Jean Wiéner, c'est aussi un fabuleux générateur de musiques pour un fort pan d'histoire du cinéma : Jean Renoir, Jean Epstein, Léo Janon, Paul Grimault, Pierre Chenal, Marcel L'Herbier, Julien Duvivier, Jacques Becker, Edmond T. Gréville, Georges Franju, Robert Bresson. Il ira jusqu'à croiser, au fond assez logiquement, la Nouvelle Vague avec Jacques Rivette (Duelle).

Pourquoi évoquer Wiéner lorsqu'Anna Karina tire tristement sa révérence (le 14 décembre) ? Simplement parce que dans cette photographie extraite de L'Alliance, Anna Karina observe le regard d'un homme d'un autre temps, un autre temps appartenant brusquement au même temps, celui où Le Pierrot Lunaire rencontre Pierrot le Fou. Wiéner scrute loin, il pense peut-être plus au futur qu'à son glorieux passé. Les deux regards de deux figures de moments saillants d'un siècle se lient sans exagération, indissociables des fragments émergés de la possibilité de renversements. Deux regards, deux chants même, qui participent d'une gigantesque résonance conjointe, celle de la confirmation affirmée des sentiments en mouvement.

10.12.19

ÉTAT DE PASSAGE


On nous rebat les oreilles de "la garantie du droit de manifester" (en ajoutant souvent une série de "à condition que..."). Mais il en faut de la détermination pour passer outre les check points dissuasifs. Aujourd'hui à Paris, place de la Madeleine, un mur empêchait tout passage rue Royale - tout de même très éloignée du lieu de la manifestation Place Vauban. Un policier y a repoussé vigoureusement une jeune fille a bicyclette qui a perdu l'équilibre en s'écriant "dans 5 minutes je vais m'énerver". Qu'est-ce que ça va être ? Ailleurs, autres check points, fouilles et bien sûr, surtout, le spectre de la violence policière qui a désormais atteint tant de gens. Mais, face a une telle dissuasion, la détermination clairvoyante reste très forte. La rue est à nous ! À nous à nous à nous !

Photographie : B. Zon