Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

14.5.24

CHRISTIAN ESCOUDÉ

Le météorologie musicale a ses résumés, voyons celui ci : dans la seconde partie des années 70, nous nous trouvions en une sorte de... disons... blindfold test ... dans l’interstice entre la vague 68 et la digue donda dondaine des années 80. En écho discographique, le jazz en France, où perduraient toutes sortes d’expériences, fut marquée par une floraison de nouvelles étiquettes dans un champ ouvert précédemment par Futura ou Palm (outre Rhin : ECM). On citera par exemple les  caractéristiques Owl, Jms et Musica. Musica était à Bordeaux par son créateur et producteur : Alain Boucanus. Les disques Musica firent leur apparition a un rythme effréné à partir de 1975, musiciens de plusieurs générations s’y côtoyaient : Bernard Lubat, Martial Solal, Jacques Thollot, Hamiet Bluiett, Jimmy Rowles, Al Haig, Archie Shepp, Philippe Petit, Chris McGregor, Georges Locatelli. Mais c’est sans doute le jeune guitariste Christian Escoudé - tendance bop manouche qui ne se refuse rien - que Musica contribuera à exposer le plus largement avec quatre disques clés : Réunion du Christian Escoudé Quintet (avec jean Querlier, Frank Abel, Alby Cullaz, Joe Benoti - décembre 1975), Les 4 Éléments du duo Jean-Charles Capon- Christian Escoudé (mai 1976), Libra du duo Michel Graillier-Christian Escoudé (juillet 1976), Gitane du duo Charlie Haden & Christian Escoudé (septembre 1978 - à noter que ce duo est sorti sous nouvelle étiquette éphémère de Boucanus : All Life et que la couverture mettait très inélégamment Charlie Haden en avant - Le Liberation Photo Orchestra n’était pas encore passé par là). Quatre points cardinaux, indications des directions que le guitariste empruntera avec succès. À cette époque, en l’entend avec Didier Levallet (il fait partie de Confluence), il joue en quartet avec Bernard Lubat (il y a un disque en Pologne), avec Steve Potts, Michel Portal puis John Lewis, Shelly Manne, Stan Getz, John McLaughlin etc. etc. etc. etc. jusqu’à Ancrage du Christian Escoudé Unit Five avec André Villéger, Ludivine Issambourg, Emmanuel Bex, Simon Goubert (Label Ouest - 2024). Cette fois-ci le terme de « dernier disque » ne sera, tristement depuis le 13 mai de cette année 2024, pas employé par erreur.

 

 


 

21.4.24

MICHAEL CUSCUNA

 

Il y a toujours quelque chose qui fait qu'un nom entre dans votre histoire pour ensuite devenir un repère déterminant. Par exemple les notes de pochettes des cardinaux albums d'Anthony Braxton pour la maison Arista dans les années 70 produits par Michael Cuscuna....

À 9 ans, Michael Cuscuna joue de la batterie, à 14, il assiste à des concerts d'Art Blakey, Miles Davis et John Coltrane. Ces chocs confirment sa grande passion et plutôt que de ne jamais pouvoir être vraiment musicien comme le sont ces types, il choisit de documenter, enregistrer, témoigner, stimuler de toutes les façons. Très vite il devient un incollable de l'histoire du jazz, celle passée, en train de se faire et en devenir. Il écrit pour Down Beat, a un show radio, s'intéresse aux développements du rock (son amusante interview avec Marc Bolan), travaille chez ESP, entre chez Blue Note, produit chez Atlantic... Dès lors, on va voir son nom associé à près de 3000 disques comme producteur, rééditeur hors pair (il va créer avec Charlie Lourie les incroyables Mosaïc Boxes), et rédacteur de centaines de ce que les spécialistes appellent des "liner notes" (coffrets Miles Davis par exemple). Plus encore que ses nombreuses productions de haut vol à 180° (Art Ensemble of Chicago ou Dave Brubeck pour Atlantic, Bonnie Rait pour Warner ou Charles "Bobo" Shaw pour Muse), c'est peut être son œuvre de fureteur et cette apothéotique obsession du détail (notablement une véritable opération de sauvetage de l'histoire de Blue Note), de celle ultra nourrie et nourrissante des hardiesses d'hier et des audaces d'aujourd'hui pour les libertés de demain, qui survivra à ce funeste 20 avril 2024.

 

 

15.3.24

LE RETOUR DU MACHI OUL

 


Machi Oul... le nom intriguait et le titre du deuxième album (en big band) Quetzalcoatl, nous rappelait que le souvenir des romans d'enfance (Le retour du serpent à plumes) n'était pas celui de fariboles. Les frères chiliens Manuel et Patricio Villarroel résidaient à Paris en 1970. Manuel forma le Matchi Oul Septet (avec un t) enregistré par Gérard Terronès, puis le Machi Oul Big Band (avec Patricio) enregistré par Jef Gilson. Des formations qu'on voyait à la télévision dans les émissions d'André Francis, et dans pas mal d'endroits. Le Souffle Continu, disquaire d'exception et rééditeur émérite, vient d'excellemment republier ces deux disques essentiels à la compréhension de ce qui se jouait - en tous sens du terme - au début des années 70, et fête l'événement, ce soir en présence des frères Villarroel et nombre des membres de l'orchestre, à la boutique, 22 Rue Gerbier, 75011 Paris à partir de 18h30.

9.3.24

AH DIS CHÉRI...
LES TROMPETTES DE JAZZ MAGAZINE

Être ou ne pas être soumis à la tentation des listes et l'illusion de complétude. La revue Jazz Magazine propose en son numéro de mars (768) "La plus belle histoire de la trompette" avec un choix de 85 trompettistes marquants. On regrettera (puisque nous y sommes invités) certaines absences notoires comme George Mitchell (capital), Red Rodney (hu ! hu !), Henry Lowther (tout de même), Bobby Bradford, Mongezi Feza, Marc Charig, Quincy Jones, Don Ayler, Manfred Schoof, Kenny Baker, Stuart Brooks, Guido Mazzon, Phil Minton, Kirk Knuffke, Cécile Baudry... et bien sûr tout près de nous, Nicolas Souchal, Rémi Gaudillat, Sylvain Bardiau (re-tout de même)... Ah les listes. Mais on est content que n'aient pas été oubliés, par exemple, Bernard Vitet, Alan Shorter ou Jac Berrocal (dont l'album réalisé avec Riverdog, Fallen Chrome, est recommandé).

1.3.24

SCOOP AU CŒUR DU TEMPS : JACQUES THOLLOT LE SAVOYARD MARSEILLAIS

 

Ce type d'article, fleurissant sur Internet et sensé encyclopédique, doit résulter de l'essorage de données que l'on appelle "intelligence artificielle". Ainsi, pour les connaissances futures des origines "exactes", Jacques Thollot le savoyard marseillais, né en mars, juin et octobre, en 1938 à Marseille et simultanément à St Cloud, puis en 1942, et enfin en 1943 à St-Jean-de-Maurienne, accompagne Claude Nougaro après avoir joué avec Albert Ayler. Ce doit être facile puisque tout le monde dans sa famille est musicien depuis le XIXe siècle (Roger Thollot compositeur célèbre, "Bon dieu, mais c'est bien sûr !"). C'est l'histoire du reblochon qui a bouché le port. Voilà quelques informations qui, n'en doutons pas, vont être reproduites à la hâte dans de futurs articles, accentuant ainsi une actuelle et certaine tendance (celle où le dare-dare a supplanté la connaissance).

 • Pour bien lire la description, cliquez sur l'image ci-dessus.

 

 

12.2.24

DAMO SUZUKI

 

Les chansons qui hantent... comme "Sing Swan Song" que le groupe Can enregistra en 1972 avec son chanteur Damo Suzuki dans leur disque Ege Bamyasi. Elle fut reprise en 2005 par le trio Denis Colin avec Didier Petit, Pablo Cueco et la chanteuse Gwen Matthews pour l'ouverture de leur album Songs for Swans. Temps de cygnes...

6.2.24

THIERRY DE LAVAU

 

Thierry De Lavau avait pris la parole, lors de la cérémonie funéraire de Gérard Terronès en mars 2017. Il y dessinait, de mémoire, la précise silhouette de tous les idéaux portés par le proverbial producteur. 

Cet anarchiste mélomane, avait aussi, comme Terronès mais dans un autre champ, été producteur, en fondant avec Yves Lecarpentier, V.I.S.A., maison qui vit les premiers pas de groupes comme Berrurier Noir, ou en 1984 du groupe islandais K.U.K.L. dont la chanteuse s'appelait Björk. Ses goûts prononcés pour les formes les plus jusqu'au-boutistes du rock avaient portes grandes ouvertes pour le jazz ou les musiques de ce que Gato Barbieri avait étiqueté comme Third World (Thierry est né en Guinée). Bien sûr on connaissait Thierry De Lavau pour être un des membres fondateurs de Radio Libertaire, mais c'est aussi parce qu'on le rencontrait dans les concerts et dans les manifestations (concert + manifestation, une équation à retenir), que les proximités s'établissaient tout naturellement. Ce sentiment d'être là où il fallait ! 

Tiens, ici quelques mots sur May Picqueray, que, jeune militant, il avait connue. Il parlait superbement de l'œuvre d'Aimé Césaire, pratiquait la plongée sous-marine, avait une conscience aigüe de l'écologie (fidélité à Élisée Reclus), aimait les enfants (plus récemment la joie d'être grand-père), s'occupait activement d'insertion et passa une dizaine d'agissantes années au merveilleusement invraisemblable studio Campus (Paris XI) avec son camarade Jean-François Pauvros, lequel l'avait rencontré dans une manifestation. Il photographiait aussi très très bien. Une idée de suite toujours à venir.

Passer à Traffic, l'émission débordant les cadres (toutes les façons de musiques du monde) qu'il produisait avec Agnès sur Radio Libertaire, était un grand plaisir parce que son ressenti, et celui d'Agnès, de "nos musiques" nous éclairait, mais aussi parce qu'on y découvrait beaucoup de choses nouvelles et que la musique y paraissait furieusement comme un essentiel de nos vies. Les conversations se poursuivaient lors de manifestations ou de concerts (à Sons d'Hiver dont il était un fidèle, ou au Farniente Festival à Saint Nazaire, par exemple).

Avec la musique comme élément nécessaire au développement de l'expression, à sa liberté, Thierry De Lavau a su traverser son temps, su écouter, su voir, su saisir activement en toute insoumission* . Il nous a quittés le 26 janvier 2024.

* avant que ce soit une marque déposée

  Photographie : Florence


 

4.2.24

WAYNE KRAMER

Wayne Kramer est mort ...

John Sinclair, poète, créa le White Panther Party (groupe américain blanc antiraciste) en réponse à une remarque de Huey P. Newton. Bête noire avérée de J. Edgar Hoover, Sinclair, à Detroit, fut le manager du groupe de rock MC5, saisi par le quelque chose de sauvagement neuf de sa musique. MC5 (MC pour Motor City, surnom de la très ouvrière ville de Detroit) fut créé à l'initiative de l'ébouriffant guitariste Wayne Kramer. "Lorsque j'étais adolescent, la pensée de passer le reste de ma vie dans une usine était vraiment déprimante. L'idée de devenir musicien m'a donc ouvert des perspectives que je n'avais pas envisagées autrement."
 
Sinclair avait partagé sa passion du free jazz avec Kramer et le profil de Coltrane figura sur le premier 45tours (1968) de l'explosif groupe. Suivant immédiatement, un premier album, l'impératif incendiaire "live" Kick out the jams, ouvrage défiant toutes les lois en lice dans la diffusion de la musique, scandalisant la critique. L'expression "album live", ici, n'était pas une option complémentaire, mais le nerf grandissime de la proposition.
 
John Lee Hooker y est salué dans une violente interprétation de "Motor City is burning" où le chanteur Rob Tyner hurle : "Ouais, baby, Détroit est en train de cramer, et il n'y a rien qui puisse empêcher ça. Détroit crame et la société blanche n'y changera rien", Sun Ra aussi avec "Starship" en conclusion de l'album. Au free jazz en vigueur, MC5 offrait une réponse du rock non moins vigoureuse et terriblement politique. Lors de la Convention Démocrate à Chicago en 1968, le rassemblement contre la guerre au Vietnam s'achève dans la brutalité policière après que MC5 joua plus de 8 heures. Deux albums en studio, marquants, puis séparation. "D'un point de vue esthétique, nous avons connu un énorme succès. D'un point de vue économique... il n'y a pas eu de succès. Il s'agissait de la musique du futur et malheureusement, le groupe n'avait pas de futur."
 
Wayne Kramer prit quelques chemins qui le conduisirent quatre ans en prison où il rencontra un copain de Charlie Parker, le trompettiste Red Rodney. Devenu charpentier tout en continuant une vie de musicien, passant de groupes en groupes (Was (Not Was), Gang War), Wayne Kramer demeura ce musicien à l'insubmersible différence. 
 
On l'entendra toujours, Wayne Kramer est vivant.

Photographie : Hugh Shirley Candyside

1.2.24

LE JAZZ COMPOSER'S ALLUMÉS ORCHESTRA ET SES MULTIPLES

 

L'une des nombreuses spécificités du Jazz Composer's Allumés Orchestra (mark II comme on dit dans les magazines de rock'n'roll) lors du concert du Mans le 27 janvier à Les Allumés du Jazz font Salon, était de compter en son sein, non seulement deux batteurs (comme chez le Grateful Dead, Ornette Coleman, James Brown, le Clarke Boland Band...) soit Bruno Tocanne et Samuel Silvant, mais aussi trois pianistes au claviers rouges (Miles Davis l'avait fait avec une autre couleur) Didier Frébœuf, Xavier Camarasa et Tony Hymas. L'orchestre comptait également deux violonistes : Sarah Colomb et Anne Foucher, trois clarinettistes : Catherine Delaunay, Jean-Brice Godet et Étienne Cabaret, quatre saxophonistes : François Corneloup, François Cotinaud, Florent Dupuit et Antoine Viard, deux trompettistes : Nicolas Souchal et Rémi Gaudillat, une flûtiste : Fanny Ménégoz (parfois deux, Florent Dupuit la rejoignant à l'occasion), une altiste : Élisa Arciniegas et un contrebassiste : Nicholas Christenson. Pour paraphraser Balzac : "Un trésor de souvenirs".

31.1.24

LA COLLE À 90° DU MINISTRE

Comment interpréter l'énigmatique conclusion du premier discours (30 janvier 2024) du nouveau premier ministre : "Rien ne résiste au peuple français" ?


30.1.24

LES ALLUMÉS DU JAZZ FONT SALON :
IN A SUGGESTIVE WAY

 

Batteur rime bien avec producteur et producteur avec lecteur : Aux Allumés du Jazz font Salon, Bruno Tocanne sur le stand d'IMR en pleine lecture du nouveau numéro du journal Les Allumés du Jazz (45). Comme sur d'autres stands, occasion aussi de découvrir des albums discographiques que l'on avait manqués, comme ce très bel album de Bruno Tocanne, In a suggestive way (IMR - 2012), au titre évocateur de lendemains possibles.

Photo : B. Zon