Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

25.12.07

WOODY NE RESSEMBLAIT PAS À MICKEY



Sur la guitare de Woody Guthrie était écrit "Cette machine tue les fascistes". Tous les observateurs s'accordent à dire que l'on n'a rien lu de tel sur celle de Carla Bruni.

24.12.07

RÉCEMMENT UN ENFANT PARLAIT
DE PRÉVERT : FLASH BEC




















LES OISEAUX DU SOUCI

Jacques Prévert

Pluie de plumes plumes de pluie
Celle qui vous aimait n'est plus
Que me voulez-vous oiseaux
Plumes de pluie pluie de plumes
Depuis que tu n'es plus je ne sais plus
Je ne sais plus où j'en suis
Pluie de plumes plumes de pluie
Je ne sais plus que faire
Suaire de pluie pluie de suie
Est-ce possible que jamais plus
Plumes de suie... Allez ouste dehors hirondelles
Quittez vos nids... Hein? Quoi? Ce n'est pas la saison des voyages?
Je m'en moque sortez de cette chambre hirondelles du matin
Hirondelles du soir partez... Où? Hein? Alors restez c'est moi qui m'en irai...
Plumes de suie suie de plumes je m'en irai nulle part et puis un peu partout
Restez ici oiseaux du désespoir
Restez ici... Faites comme chez vous.

17.12.07

ENVOL D'UN CORBEAU ROUGE


Janvier 1990, Cerillos (Nouveau Mexique), nous rencontrons Floyd "Red Crow" Westerman lors de l'enregistrement d'Oyaté grâce à Hanay Geiogamah. A partir des musiques composées par Tony Hymas, il prête sa voix sculptée par l'expérience aux premières personnes de Red Cloud (leader sioux - Mahpiya Luta - vécu au choix selon les époques, la filiation, les relations et la géographie comme le grand vainqueur de Fetterman, le grand absent de Little Big Horn, un patriote resigné ou un traître résolu trop vite au système des réserves) et Lone Wolf (leader Kiowa -Guipago -, fédérateur des tribus, otage de Custer, mort en détention à Fort Sill).

L'expérience de cet orphelin Dakota natif de la réserve Sisseton-Wahpeton de Lake Traverse dans le Dakota du Sud, se manifeste très tôt hors de toute résolution. A 7 ans, il rejoint les bancs de l'école de de Flandreau où, privé de retour dans une famille qu'il n'a plus, il apprend la guitare et rencontre Dennis Banks, l'une des futures "têtes" de l'American Indian Movement avec qui il restera ami toute sa vie. Il fait la route ensuite vers Denver, vivant de ses cachets de chanteur Country. C'est là qu'il rencontre Vine Deloria Jr, avocat lakota, auteur du livre qui tiendra vite lieu de manifeste pour toute une génération Custer died for yours sins ("Custer est mort pour vos péchés"). Floyd Westerman compose en 1969 une chanson à partir de ce titre intitulé à l'identique.

Ce morceau devient vite une sorte d'hymne pour l'American Indian Movement, né à Minneapolis et exécutant sa première action d'éclat lors de l'occupation d'Alcatraz en 1969 (la prison ayant été désertée, les Indiens estiment alors que conformément aux traités en vigueur, toute partie du territoire abandonnée leur revient). Banks et Westerman s'y retrouvent. Les luttes spectaculaires de l'AIM se multiplient dans les années 70 jusqu'à l'occupation du site de Wounded Knee faisant suite au meurtre de Raymond Yellow Thunder.

Floyd "Red Crow" Westerman est l'un des ambassadeurs du mouvement indien, il va de par le monde plaider cette cause. En 1982, il publie un deuxième album The land of your mother plaidant non pour les seuls Indiens d'Amérique, mais pour tous les peuples indigènes. Il participe aussi aux concerts de soutien des luttes de l'AIM et des droits des autochtones où l'on retrouve d'autres artistes comme Buffy Sainte-Marie, Bonnie Raitt, Harry Belafonte, Willie Nelson, Kris Kristofferson, Marlon Brando, Jackson Browne ou Stevie Wonder.

Dans les années 80, Floyd fait aussi l'acteur (ce qui ne sera pas toujours compris par ses pairs le taxant parfois vite d'Indien d'Hollywood). Il travaille avec Kevin Costner, Oliver Stone, Jack Sholder, Richard Attenborough... et ne fait pas mystère de l'aspect pratique de cette démarche (d'autres le suivront : faire l'Indien au cinéma étant une des rares activités lucratives du native american).

En 1990, suite à l'enregistrement d'Oyaté, il est présent sur la scène de Bobigny lors du controversé concert (précédant de quelques mois la sortie très bien accueillie du disque) à l'invitation de Banlieues Bleues (merci Jacques Pornon). Le concert est un moment fragile de grande ouverture. Une question de paroles.

Floyd "Red Crow" Westerman rejoint aussi les croisades humanitaires de Sting, geste souvent mal interprété. Il se consacre beaucoup à la jeunesse indienne.

En 2006, il publie son troisième album A Tribute to Johnny Cash.

En novembre 2007 Vernon Bellecourt, autre pilier de l'AIM passe, à Minneapolis, l'arme cette fois encore plus à gauche. Cet événement ravive chez Westerman la nécessité de s'exprimer sur la cause de ses gens, cause passée de mode. "Dans nos jeunes années, au début de l'AIM, nous traversions tout le pays avec Vernon dans une petite Volkswagen bleue. En une nuit, nous essayions d'atteindre Eagle Butte en partant de Minneapolis en nous arrêtant dans le motel d'une petite bourgade red neck. Vernon, Vine, Dennis et moi n'étions jamais fatigués, témoins de tant d'injustices. Notre engagement était tacitement sans fin."

Le 22 novembre dernier, lors du très national Thanksgiving, un groupe de 3500 personnes s'est retrouvé à Alcatraz pour dénoncer la célébration de ce qui fut à l'origine du massacre des Mashantucket-Pequots. Russell Means, Darell Standing Elk, Richard Oakes, autres personnalités quasi légendaires de l'AIM, ont chanté la chanson de l'AIM pour leur compagnon alors terrassé par une leucémie. Floyd Red Crow Westerman, 72 ans, s'est éteint en Californie le 13 décembre 2007.

16.12.07

SOLIDARITE FRATERNELLE AVEC LES TRAVAILLEURS DE LA FNAC (5)



Communiqué de Sud Fnac

"A LA FNAC AUSSI : LE PERE NOEL EST UNE ORDURE.

Tandis que le p-d-g de la fnac plastronne dans les médias à la tête d’une commission gouvernementale, précieux outil de lobbyisme pour mieux mettre en place sa politique économique interne, tout en annonçant par ailleurs des résultats mirobolants de l’entreprise qu’il dirige, son plan de dégraissage du personnel de la fnac connaît une nouvelle accélération.

Voracité.

La litanie de résultats clamée sur tous les toits depuis quelques mois déjà, conférence de presse aux invités soigneusement choisis à l’appui et communication massive en interne, assortie de quelques maigres commentaires et surtout d’une ambition (dévorante) affichée, confine désormais à la voracité :
- « un chiffre d’affaires de + 5,7 %, atteignant 3 milliards d’euros »
- « un résultat opérationnel en progression de 22,7% »
- « 2007, l’année qui aura vu le plus grand nombre d’ouvertures de magasin : 7 à l’étranger, 7 en France »
- « avec 10 milliards d’euros, la périphérie représente la moitié de notre marché total accessible en France. Soit la possibilité de doubler de taille ! »
- « D’ici à la fin 2007, nous allons également étendre notre accord de partenariat avec Système U pour développer dans certains de leur magasins un espace spécifiquement dédiés aux produits culturels »
- « notre réseau s’amplifiera encore en 2008 avec l’ouverture de 15 nouveaux magasins, dont 5 en France »
- « Recélant un potentiel de près de 100 millions d’euros d’ici à 2010, on comprend que le service d’assistance à domicile soit l’objet de tous nos soins. »
- « le credo de la fnac s’amplifie et se renforce au fil des innovations
technologiques et des nouvelles attentes des clients – notamment les plus jeunes ».

Cependant de tels résultats et ambitions ne sont pas obtenus sur le simple développement du chiffre d’affaires. Bien au contraire :
- mise en place, en 2004 et 2005, d’un double plan social dans la foulée de la décision de fermeture d’une filiale estimée insuffisamment rentable, les fnacs service, pourtant extensions du cœur de métier historique de l’enseigne, 231 salariés touchés,
- le plan social, en cours, des services administratifs (back-office) met en danger plusieurs centaines de salariés et en oblige d’autres à changer de métier et de salaires,
- les licenciements arbitraires se multiplient,
- les départs hors de l’entreprise s’enchainent, alors qu’ils rapportent (sous forme de primes) à ceux-là mêmes qui les organisent en propageant un discours catastrophiste qu’ils contribuent eux-mêmes à mettre en scène, complaisamment, en étant incapables de prendre la moindre initiative crédible,
- faut-il le rappeler encore, le pouvoir d’achat de la majorité des salariés continue sa baisse, faute d’augmentations collectives à la hauteur des résultats faramineux, donc, de cette entreprise.

Sans véritable surprise, ce constat, partiel, de la situation interne à la fnac a engendré un mécontentement grandissant ainsi que l’ont montré les mobilisations multiples et importantes du printemps dernier. Inquiète, la direction de la fnac a embauché un nouvel homme de « communication » interne qui a aussitôt diligenté une enquête auprès des salariés en juin. Face aux résultats peu reluisants, la contre-attaque s’est organisée par le biais d’une publication, début novembre, destinée à rassurer les salariés de cette entreprise à la dimension « sociale » autoproclamée. Reprenant une technique à la mode dès lors qu’il s’agit de faire avaler des couleuvres (communément appelées « réformes »), la direction pense que si sa politique économique, forcément la meilleure – pour son actionnaire principal, probablement, mais à court terme uniquement –, est peu acceptée par celles et ceux font réellement vivre l’enseigne, c’est qu’elle leur a été mal expliquée. D’où ce grossier outil de propagande d’entreprise reprenant les principaux points d’achoppement du projet du p-d-g, fort subtilement intitulé « L’agitateur ». Craignant, à juste titre, que cela ne suffise pas, elle enchaine donc avec de nouvelles décisions.

Nouvelle et double accélération :

Ainsi, les cadeaux de cette fin d’année pour les employés, annoncés officiellement :

- un nouveau marché de dupes, toujours sous l’intitulé « Gestion Prévisionnelle de l’Emploi et des Compétences » (GPEC), concernant directement les vendeurs des rayons travaux photos, disques et livres, a été annoncé mi-novembre et sans vouloir donner plus de précisions avant fin décembre. La précédente GPEC a donc tourné court en début d’année et révélé son vrai visage à travers la mise en place d’un plan social, touchant les services administratifs de la fnac, soit plus de 400 personnes en France. Cette même stratégie se met donc de nouveau en place touchant maintenant près de 3000 (?) employés (travaux photos + disques + livres), les responsables de ces secteurs connaissant déjà le nombre de salariés à évincer de leurs rayons, figurant parmi les objectifs agrémentant leurs primes de fin de mois.

Cependant cela n’est toujours pas suffisant pour la direction de cette entreprise.

- le 5 décembre, cette dernière annonce une nouvelle manœuvre à l’encontre des vendeurs disques et jeux vidéo. Il s’agit, d’ici la fin de l’année, de « redéployer » d’autorité un certain nombre de disquaires à la place des vendeurs de consoles et jeux vidéo et de déporter ces derniers au rayon micro-informatique. Par cette manœuvre grossière, la direction de la fnac entend réduire au karcher les effectifs de disquaires, déjà en forte baisse ces derniers mois, avec pour conséquence la dégradation de leurs conditions de travail se traduisant par la multiplication d’arrêts maladie, la difficulté d’assurer des présences en rayon à la hauteur des amplitudes horaires des magasins et, au passage, une flexibilisation des salariés se retrouvant baladés d’un rayon à l’autre au détriment de leurs connaissances de spécialistes et de leurs horaires, manière de contourner l’acquis social des 35 heures. Que dire alors d’un déplacement d’un rayon musique classique, par exemple, à un rayon jeux vidéo !

Et d’un rayon jeux vidéo à un rayon micro-informatique !? Là aussi, c’est grossièrement, et non sans cynisme, que la direction compte se débarrasser d’un certain nombre de vendeurs en les démoralisant par un tel traitement, et ce pour un moindre coût, et devançant même son propre calendrier pré-plan social annoncé mi-novembre. Soit une manière de premier « écrémage », dans l’esprit de celui opéré l’an dernier à la suite des effets d’annonce de D.Olivennes à propos de la suppression de 40% des postes de disquaires.

Ces quelques faits, non exhaustifs, pour mieux éclairer le versant dit « social » de la fnac, clamé haut et fort à qui veut bien l’entendre par un p-d-g dont le parcours de nettoyeur (Air France, Canal Plus, Fnac) ne se dément pas au fil des années, et dont la vision « stratégique » de l’évolution de cette entreprise, en marginalisant les départements disques et livres, remet en cause l’image même de l’enseigne et, par là, sa pérennité, comme l’analyse aussi la presse économique. Enfin, une telle précipitation et une telle brutalité ne sont sans doute pas sans lien avec une cession proche de l’entreprise par le groupe PPR."


15.12.07

LE BISON DE MUYBRIDGE


clic !

Le physiologiste Étienne-Jules Marey, affirme que le galop du cheval voit les quatre pattes de l'animal décoller du sol. Cette affirmation est, en son temps, très contestée. Pour en avoir le coeur net, le photographe anglo-américain Eadweard Muybridge vérifie et démontre en 1878 la théorie de Marey en décomposant puis recomposant avec vingt-quatre appareils photographiques ce galop du cheval. Il devient ainsi l'un des précurseurs du cinéma.

Muybridge émigre aux USA à 22 ans où il devient l'un des photographes importants du grand ouest cruel et fantasmé, documentant en partie la guerre des Modocs qui s'achèvera par la honteuse déportation des survivants de la tribu ainsi que la pendaison de leur chef Kintpuash (Captain Jack).

La pendaison de Captain Jack est un de ces moments de l'histoire qui fige le mouvement, insulte le temps, supprime le devenir.

Muybridge pour se sauver peut-être de cet atroce gel, n'a de cesse de se passionner ensuite pour le mouvement et Marey lui donne l'occasion de dépasser l'image arrêtée pour s'incarner en un des multiples inventeurs de la plus belle fuite en avant du siècle à venir : le cinéma.

En 1887, il enregistre aussi photographiquement (cliquer sur la photo ci-dessus) le galop du bison, animal qui subit, de par son association aux peuples indigènes du continent nord-américain, une éradication des plus violentes. Le tristement célèbre Buffalo Bill dépasse alors largement les records supposés de l'empereur européen Charlemagne au 9ème siècle qui chassa les bisons d'Europe avec fureur (bisons d'Europe et d'Amérique sont deux espèces actuelles distinctes, neuf autres espèces de bisons d'Europe, d'Asie et d'Amérique ont auparavant déjà péri, au cours des siècles, par la folie meutrière des hommes) jusqu'à l'extinction définitive.

Comme l'Indien, le bison a survécu au génocide. Il s'en est fallu de peu, d'une seconde de 24 images sans doute. Cette survie, le bison la doit en grande partie à son indépassable sens du tempo, sa connaissance de tous les secrets de l'histoire, son incapacité à feindre la parade lors de son exécution publique (il est en effet un impossible animal de corrida), sa grâce que seuls les imbéciles ne sauront jamais voir, son dégoût du sang, son sens de l'espace, sa compréhension de la préhistoire perpétuelle, et sa conscience que tout ce qu'il est ne sera que devenir préhensible : de la chair jusqu'aux os et du coeur qui battra fort lors de danses, jamais filmées, qui accompagnent le lever du soleil puis son coucher.

Le bison comprend le mouvement parce qu'il l'incarne. En cela, il est de tous les temps, hors du temps vide.

14.12.07

"IKE AND TINA TURNER"


paru dans Musiq 11, novembre/décembre 2007

Ike Turner s'est arraché le 12 décembre...

12.12.07

"MA FAC, PRISE D'ASSAUT PAR LA GENDARMERIE, LES CRS ET DES VIGILES PRIVES"



par Alice Verstraeten

Bonjour à tous,

Ma fac (Lyon II) s'enfonce tous les jours un peu plus dans le mépris des étudiants et dans un logique policière qui m'inquiète profondément.

Les médias ne nous suivent pas, ne relayent rien, s'auto censurent ou se font censurer.

Tout a commencé avec la Loi Pécresse de réforme des Universités, signée dans la précipitation cet été par le président de la fac, Monsieur Journès.Certains étudiants et enseignants s'opposent à cette loi.

Les étudiants ont choisi le blocage de l'Université comme mode d'action. On peut être pour ou contre, je ne suis pas sûre que ce choix ai rendu service aux manifestants et à leur image mais aujourd'hui, à la limite, peu importe. On a, pour l'instant, dépassé ce débat.

Depuis quelques jours, le président de l'Université a fait appel aux "forces de l'ordre": des vigiles privés, très jeunes, non assermentés, arrogants et dépassés par les événements, patrouillent dans la fac avec au bras un brassard orange marqué "sécurité". Ils apostrophent tout le monde, tutoient tout le monde, et nous demandent de justifier de notre présence dans l'Université en montrant notre carte "cumul" (une carte magnétique d'étudiant ou d'enseignant qui sert aussi de carte de bibliothèque et de carte... de paiement dans l'enceinte de la fac... ce qui, en soit, ne me plaît déjà pas beaucoup).

Il semble bon de rappeler qu'une Université est, selon la loi, un "établissement public à vocation scientifique et culturelle"...

Les étudiants qui manifestaient scandaient à l'encontre des vigiles, hier matin: "Voyous, racailles." Car certains d'entre eux s'amusent à retenir les étudiantes pour les draguer, d'autres en sont venus aux mains avec des étudiants de leur âge, une étudiante a été "étranglée" avec son écharpe pour qu'elle dégage un passage.

A l'entrée principale du campus de Bron, et rue Chevreul sur le campus des quais du Rhône, dès 7h30 le matin, tous les jours, les CRS arrivent pour déloger les étudiants qui protestent. 9 cars de CRS devant le campus de Bron, 9 cars de CRS devant le campus des quais de Rhône. Ils sont, régulièrement, soutenus par la gendarmerie mobile.

J'étais là, hier matin. Deux de mes étudiantes m'avaient dit avoir été "molestées" par les CRS la veille et voulaient que j'en sois témoin. Eh bien oui, ils les plaquent au sol, les jettent plus loin, les matraquent dans le ventre et sur la tête.

Sur les quais, hier, deux leaders syndicaux étudiants (un de Lyon 2, l'autre de Lyon 3) ont été désignés du doigt par des policiers en civil avant d'être poursuivis dans une rue adjacente par les CRS. Ce qui signifie, nous sommes d'accord, qu'un travail préalable "d'information" a été effectué et que ces arrestations sont ciblées pour détruire les mouvements syndicaux.

Les deux hommes sont en garde-à-vue et devraient être déférés à la Justice aujourd'hui même (donc: il existe désormais des comparutions immédiates pour les manifestants, vous serez prévenus). Dans un communiqué odieux et mensonger, la présidence de la fac dit qu'ils sont "extérieurs à l'Université" et que ces arrestations sont survenues après des troubles. Il n'y a pas eu de troubles autres que la manifestation pacifique, nous sommes plusieurs enseigants à en être témoins.

Un étudiant a été blessé et, une fois aux Urgences, a hérité de douze points de suture sur le crâne. Des étudiants ont été mis en joue au flashball.

Des policiers en civils sont toujours là, dont un homme sur mon campus: de "type méditerrannéen", il porte une grosse doudoune noire, un talkie walkie dans une poche, un appareil photo dans l'autre. Lui et ses camarades filment longuement les manifestants. S'ils ont effectivement été convoqués par le président de l'Université dans le seul but de permettre aux étudiants qui veulent suivre les cours d'entrer dans la fac, pourquoi filment-ils? Doit-on ajouter la DGSE à la liste des membres du personnel de l'université?

De notre côté, enseignants ou étudiants, ils nous empêchent un maximum de filmer. Ce qui siginifie que les images disponibles sur youtube et sur dailymotion ne sont pas à la hauteur de la réalité.

Face à cette situation, plusieurs enseignants, dont je suis, ont refusé de faire cours. Je refuse d'entrer dans une fac investie de forces de police, de gendramerie et de vigiles privés non assermentés. Je refuse de montrer des papiers d'identité pour me rendre sur mon lieu de travail. Je refuse de me faire bousculer par des CRS. Je refuse de me faire tutoyer avec mépris par des individus que je ne connais pas. Je refuse d'entendre un vigile insulter un de mes collègues (pourtant munis du sac en cuir typique de l'enseignant, pourtant plus honorable que moi dans l'allure avec ses cheveux blancs) en lui disant "J'vais t'fumer toi, j'vais t'fumer."

Nous ne sommes pas, que je sache, dans un état policier. Ou alors il faut nous le dire clairement, parce que cela signifie que les règles du jeu ont changé. Je croyais que l'on avait le droit de grève dans notre pays.

Je crois que ce qui m'inquiète le plus, c'est de recevoir des communiqués de la Présidence affirmant que la situation est désormais "normale".

SI CETTE SITUATION EST NORMALE, JE DEMISSIONNE.

D'autre part, pour permettre l'action des ces policiers, militaires et vigiles, toutes les sorties de sécurité sont bloquées. Certains enseignants et étudiants s'obstinent à faire cours dans une ambiance délétère et dangereuse. Ce qu'ils risquent purement et simplement, en cas d'incendie, c'est de brûler vifs dans des locaux qui sont déjà vétustes.

Je joins à ce message la "Lettre ouverte à la présidence de Lyon 2"rédigée par des enseignants (datée d'avant hier 5 décembre et déjà dépassée par les événements d'hier), ainsi que le dernier message de la présidence elle-même, pour que vous puissiez juger vous-même de la mauvaise foi, du mépris et des ronds de jambe du langage qui se banalisent dans notre environnement politique et médiatique.

Ce message est, bien sûr, à faire passer si vous en ressentez le besoin.


"LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE L’UNIVERSITÉ LUMIÈRE-LYON 2


Monsieur le Président,

Ne croyons pas que l’ouverture des locaux de l’université Lumière-Lyon 2 ait permis de rétablir une situation propice à une reprise normale du travail.
La présence policière aux abords de l’université, les contrôles d’identité aux portes d’entrée et les rondes de vigiles créent un climat de suspicion qui nuit au bon déroulement des enseignements. La fermeture, à clé, des issues de secours, dans un lieu qui accueille du public, fait porter sur les épaules de la présidence, sur celles des enseignants et des personnels administratifs, une lourde responsabilité en cas d’accident. Actuellement un grand nombre d’étudiants nous appelle de l’extérieur nous disant leur refus d’entrer dans l’université. Certains enseignants veulent faire valoir leur droit de retrait. Les salles de TD et d’amphi sont quasiment vides.

Pour permettre le prompt rétablissement des conditions propices à l’écoute et au respect mutuel :
Nous exigeons, monsieur le président, la levée immédiate de ces mesures pour que nous puissions assurer notre mission d’enseignants chercheurs et que l’université demeure un établissement public à caractère scientifique et culturel. Nous vous demandons aussi de vous engager, auprès de la commission pour la mise en place d’Etats généraux des universités et de la recherche, à lui apporter les moyens nécessaires à la poursuite de ses objectifs.

Ces deux points permettraient de renouer le lien entre les différentes catégories d’acteurs et de faire en sorte que la mobilisation des étudiants pour le devenir de leur université ne leur apparaisse pas vaine.

Bien cordialement


Philippe Abrahami, MCF Histoire de l'art et Archéologie
Gilles Armani, Chargé d’enseignement Ethnologie
Jean-Pierre Audureau, PRAG Sciences de l’Education
Jean-Yves Authier, PR Sociologie
Norbert Bandier, MCF Sociologie
Maks Banens, MCF Démographie
Jennifer Bidet, Monitrice Sociologie
Jean Blanchard, Chargé d’enseignement, Ethnologie
Géraldine Bois, ATER Sociologie
Thierry Boissière, MCF Ethnologie,
Julien Bonhomme, MCF Anthropologie
Estelle Bonnet, MCF Sociologie
Loïc Bonneval, Chargé d’enseignement Sociologie
Jacques Bonniel, MCF Sociologie
Dominique Bourgain, PR Communication
Cécile Bousquet, Chargée d’enseignement Sociologie
Ramain Bragard, ATER Ethnologie,
João Carlos Pereira, MCF Langues Romanes
Denis Cerclet, MCF Ethnologie
Pascal Chasson, Chargé d’enseignement Sociologie
Ali Cheiban, MCF Sociologie
Yannick Chevalier MCF Stylistique française LESLA
Catherine Chauvin, Chargée d'enseignement Sociologie
Monique Dalud-Vincent, MCF Sociologie
Jean-Hughes Déchaux, PR Sociologie
Keith Dixon PR Etudes Anglophones
Martine Faure, MCF Préhistoire
Sylvia Faure, MCF Sociologie
Cherif Ferjani, PR Langues et civilisations etrangeres
Carla Fernandes, PR Langues Romanes
Olivier Ferret, MCF Lettres
Agnès Fontvieille, MCF Langue et littérature françaises
Spyros Franguiadakis, MCF Sociologie
Isabelle Garcin-Marrou, PR, IEP
Jacques Gerstenkorn, PR Cinéma
Pierre Gilbert, Chargé d’enseignement Sociologie
Anne-Claire Gilson, MCF Langues Romanes
Colin Giraud, Moniteur, Sociologie
Olivier Givre, MCF Ethnologie
Yves Gonzalez-Quijano, Etudes arabes
Marie-Gabrielle Guérard, CNRS "Histoire et sources des mondes antiques" (UMR 5189)
Axel Guioux, MCF Ethnologie
Camille Hamidi, MCF Science politique
Gilles Herreros, MCF Sociologie
Claude Jamet, Icom
Fabienne Jullien, PAST Ethnologie
Ian Lamb, PRAG Anglais
Bernard Lamizet, PR IEP
Marie-Clémence Le Pape, ATER Sociologie
François Laplantine, PR Ethnologie
Gwenola Le Naour, MCF Science politique
Marie-Clémence Le Pape, ATER Sociologie
Vincent Mabillot, MCF Icom
Catherine Maisonneuve, Chargée d’enseignement Anthropologie
Isabelle Mallon, MCF Sociologie
Alexis Martig, Chargé d’enseignement Ethnologie
Sylvie Martin-Guarrigue, MCF Langues Romanes
Béatrice Maurines, MCF Sociologie
Maxime Michaud, Chargé d’enseignement Sociologie
Serge Molon, PRCE Lettres
Anne-Cécile Nentwig, ATER Sociologie
Lionel Obadia, PR Ethnologie
Claudia Palazzolo, MCF ASIE
Daniel Pelligra, Chargé d’enseignement, Anthropologie
Marylène Possamai, MCF Lettres
Bertrand Ravon, MCF Sociologie
Franck Rebillard, MCF Communication
Juliette Rennes, MCF Communication
Corinne Rostaing, MCF Sociologie
Olivier Rouault, PR Archéologie du Proche-Orient ancien
Max Sanier, MCF IEP
Jorge Santiago, PR Langues romanes
Mohammed Seffahi, IE Sociologie
Martin Soares, MCF Ethnologie
William Spano, MCF Icom
Daniel Thin, MCF Sociologie
Philippe Somnolet, Chargé de cours, ethnologie
Marianne Thivend, MCF Histoire
Anne-Lise Touboul, MCF Communication
Caroline Touraut, Chargée d’enseignement Sociologie
Alice Verstraeten, Allocataire Ethnologie
Aude Volpilhac, ATER Lettres Modernes"

"Communiqué de la Présidence de l’Université Lyon 2, 6 décembre 2007.

Ce jeudi matin 6 décembre, une tentative de blocage a eu lieu sur les deux campus de Lyon 2.

Sur le campus de Bron, afin d’éviter l’intervention des forces de police, des personnels ont réalisé un cordon de sécurité pour rendre possible l’entrée des étudiants et du personnel dans les bâtiments.

Hélas, cette organisation n’a pu fonctionner que vingt minutes, du fait du blocage.

Sur le campus Berges du Rhône un début d’affrontement a eu lieu entreles étudiants qui désiraient se rendre en cours et des étudiants bloquant l’entrée de l’intérieur puis de l’extérieur.

Cet état de fait a contraint la présidence à faire appel aux forces de police. Deux personnes, extérieures à Lyon 2, ont été interpellées pour coups et blessures et un étudiant ainsi que trois policiers auraient été blessés.

Chacun d’entre nous mesure la gravité de la situation actuelle et l’émotion ressentie face à ces événements est partagée. Aucun d’entre nous ne souhaite le maintien des forces de l’ordre mais leur présence est la conséquence du blocage.

Seule la fin du blocage permettra de poursuivre un dialogue dont la possibilité a toujours existé.

Le dispositif actuellement en place pour l’accès aux bâtiments est maintenu pour le vendredi 7 décembre. Il a permis, diversement selon les composantes, que la plupart des enseignements soient assurés. Nous remercions les personnels enseignants et administratifs qui y ont contribué.

Précisons que les conditions de sécurité des locaux, principalement sur le campus Portes des Alpes où des inquiétudes se sont exprimées, ont été validées par la commission de sécurité.

La présidence"


11.12.07

L’EXTERIEUR NUIT ?






Hasard du calendrier ou signe des dieux, la révision de l’intégrale de la série télévisée d’André Joanny « Aglaë et Sidonie »(1968) a coïncidé avec la lecture du troisième volume de la nouvelle série du magazine Jazzman (sous titre : Jazzman nouvelle génération, couverture : Chet Baker).

Et c’est bien le renard Croquetout (sous les traits d’Alex Dutilh ou l’inverse) qui s’est démasqué dans sa chronique de Back on Top, huitième album recommandable du groupe minnesotan Happy Apple. Croquetout, alias Frollot, alias Alex Dutilh s’est fendu d’une perfidie du style de celles qu’il affectionne particulièrement (voir dans ces mêmes colonnes) en se servant de sa critique pour tenter de régler son compte au directeur artistique extérieur de Youth oriented et The peace between our companies. Trop pressé sans doute, il s’est laissé aller à forcer le trait de façon grossière en négligeant le groupe, la musique et le disque. Croquetout, critique méritant, qui, à l’occasion peut montrer quelques traits intéressants, se vautre dès que l’envie de pouvoir se change en envahissante bile (cf sa pitoyable allusion stupidement raciste pour le disque Minneapolis de Michel Portal à qui l’on avait -l’extérieur encore- «offert des bisons » -grosses bêtes noires frisées-).

On sait que les premiers ingrédients nécessaires à une critique intelligente et de sens sont beaucoup d’écoute, de connaissance du sujet et de partage du questionnement.

Si Croquetout avait pris la peine de s’intéresser au groupe Happy Apple pour une autre raison que la liquidation de celui qu’il pense être leur directeur artistique passé, il saurait que le disque Youth Oriented ne consacrait pas les débuts du groupe, mais seulement les débuts du groupe chez Universal Jazz, maison pour laquelle Happy Apple enregistra deux disques avec le réalisateur extérieur qui les fit venir en France plusieurs fois sans que notre renard ne se déplace (l’odeur extérieure sans doute). Cela fait une grosse différence.

Il saurait aussi sans doute (car il aurait affiché sa curiosité) que The peace between our companies est un projet incomplet (initialement double) parti d’une grande ambition du groupe contrariée par une période difficile marquée par la suractivité d’un autre groupe : The Bad Plus. (D’ailleurs l’histoire de ce disque qui contient peut-être le plus signifiant éclair du groupe sans lequel il n’aurait peut être pas survécu, comme le faisait remarquer un musicien récemment - son nom n’apparaitra pas ici afin que l’appréciation de son travail – validée par la rédaction de Jazzman - ne tourne pas au vinaigre -, serait un excellent sujet d’article tant il contient de paramètres multiples et non une vision simpliste, et ultra dépassée). Il n'ignorerait pas non plus que chaque membre d’Happy Apple appartient à d’autres ensembles, ce qui a beaucoup à voir avec tout.

Le renard a ses raisons, mais si Croquetout avait soigneusement consulté les notes de pochettes et s’était penché réellement (et non comme un maître de cour) sur les instrumentistes, il saurait aussi que le bassiste se nomme Erik Fratzke et non Erik Fretzke. Il ne s’agit pas ici d’une faute de (petite) frappe puisque l’orthographe est déformée deux fois à l’identique, mais bien d’ignorance.

Croquetout, pris de démangeaisons, est allé vite en besogne et, a exécuté, non pas l’extérieur (son but manifeste) mais sa propre crédibilité en tant que critique en mettant en danger d’autres crédibilités (est-ce bien raisonable dans notre société musicale si malade – il est vrai que le notable n’en subit peut-être pas les effets). Que dire d’un critique qui utilise des disques pour ses basses besognes ? L’ambition d’Alex Croquetout : « En finir avec la Critique ? ou « après moi le déluge ? »

Lorsqu’il accuse : « Le trio avait manifestement besoin de s’émanciper de projets imposés de l’extérieur », il faudrait qu’il précise de quelle imposition. Il serait bien en mal, l’animal qui ne voit les choses que dans des cages, des box et non dans la richesse et la complexité des rapports. Comme si l’histoire de tous les êtres n’était pour rien pour le devenir de chacun, chacun néanmoins libre et responsable ; comme si le libre arbitre se jouait sans rien sous les pieds, sans équipes et équipées, sans herbe, sans surface de réparation. Alex Croquetout est un spécialiste de la négation du champ mental, pour lui la relation n’est qu’un (petit) four.

Lorsque j’étais petit, l’équipe de football de Chantenay-Villedieu était réputée bien jouer à l’extérieur. Ca faisait envie. Lorsque j’ai rencontré Happy Apple, ils avaient un fort désir de jouer à l’extérieur. Cela faisait envie aussi. Ca a permis un bout de chemin à plus d’un, c’est déja ça. En tout cas !

Dans le nouveau film de Noémie Lovsky, Bulle Ogier jette sa radio par la fenêtre pour envoyer les nouvelles à l’extérieur.

Croquetout pour qui « le plan musical » et le « plan artistique » sont des choses séparées (comme le sexe et l’âme pour les curés) ne connaît rien à Happy Apple (qui l’an passé encore sous la férule de l’extérieur, a joué avec Benoît Delbecq, et l’année précédente avec François Corneloup) ne procède même pas à une fouille en règle (le douanier perd la main). En confesseur hautain, il les voit prêts à assumer « une nouvelle étape » (combien d’étapes jusqu’à présent ?) qui serait cette fois « Totalement cohérente » (à l’inverse des sept opus précédents ?). Et pour seule conclusion d’un disque classé plénitude 4 étoiles (on s’arrête chérie ?) et en lien avec la garantie de cohérence : « Sans direction artistique extérieure ».

Happy Apple est depuis 1996, un groupe passionnant, huit disques ont fait part de son étonnante vie et ses multiples envies. On recommandera Back on top pour les mêmes raisons qu’on décommandera les saletés des Brigades Dutilh, parce qu’on veut VIVRE.

Alex n’est pas rieur à l’extérieur et, journaliste, il donne raison à B. Traven.

Croquetout, champion de la cohérence, devrait savoir que pour toute création (et donc tout disque), il n’est comme intériorisation intime que l’imagination, si justement nommée par le mime Will Spoor : « l’extérieur absolu ».

JR


Prochain épisode : « Les raisons de la haine d’Alex pour l’extérieur »

9.12.07

POUR UN DISQUE ACHETÉ :
UN JOYEUX NOEL OFFERT



Warum nicht !

Un disque des catalogues nato, chabada, hope street et cinénato acheté sur le site nato (qui vous renvoie automatiquement, lorsque votre choix est fait, sur le service vente des Allumés du Jazz) et hop ! un petit cadeau : le disque Joyeux Noêl réalisé en 1987 qui doit certainement plus à Phil Spector qu'à une vague approximation de Jules César

Avec : John Zorn, The Melody Four, Yves Robert, Norma Winstone, Michel Doneda, Beñat Achiary, British SummerTime Ends, Mike Cooper, Ray Warleigh, Cyril Lefebvre, Sandra Tavernier, Lol Coxhill, Tony Coe, Steve Beresford (paroles Andrew Brenner), Alan Hacker, Karen Evans, Tabley Bellows, Kiki et Nini etc...

Offre valable jusqu'au 5 janvier 2008.

TOUT CA N'EMPECHE PAS NICOLAS...




"On l’a tuée à coups de chassepot,
À coups de mitrailleuse
Et roulée avec son drapeau
Dans la terre argileuse.
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.

Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte.
Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte !

Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les Versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes.
Et les cent mille assassinats,
Voyez ce que ça rapporte.

Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte.
Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte !

On a bien fusillé Varlin,
Flourens, Duval, Millière,
Ferré, Rigault, Tony Moilin,
Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui vider l’aorte.

Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte.
Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte !

Ils ont fait acte de bandits,
Comptant sur le silence.
Achevés les blessés dans leur lit,
Dans leur lit d’ambulance
Et le sang inondant les draps
Ruisselait sous la porte.

Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte.
Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte !

Les journalistes policiers,
Marchands de calomnies,
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d’ignominie.
Les Maxim’ Ducamp, les Dumas
Ont vomi leur eau-forte.

Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte.
Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte !

C’est la hache de Damoclès
Qui plane sur leurs têtes.
À l’enterrement de Vallès,
Ils en étaient tout bêtes
Fait est qu’on était un fier tas
À lui servir d’escorte

C’ qui prouve en tous cas Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte.
C’ qui prouve en tous cas Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte !

Bref tout ça prouve au combattant
Qu’ Marianne a la peau brune,
Du chien dans l’ ventre et qu’il est temps
D’crier vive la Commune !
Et ça prouve à tous les Judas
Qu’si ça marche de la sorte

Ils sentiront dans peu nom de Dieu,
Qu’la Commune n’est pas morte.
Ils sentiront dans peu nom de Dieu,
Qu’la Commune n’est pas morte !"

Elle n’est pas morte !
1886 Paroles d’Eugène POTTIER


8.12.07

LE BOUT DU FIL



Vendredi 7 décembre, métro parisien, station Chemin Vert : sous l'affiche "Allemagne les années noires" (musée de Maillol Paris) ce graffiti mémorable :

"ÉTEIGNEZ VOS TÉLÉPHONES - ALLUMEZ VOS CERVEAUX"


Dessin : Otto Dix (exposition jusqu'au 4 février 2008)

6.12.07

HYMAS-CHEVILLON-BATES


images par Trufo


Beaucoup d'amis ce soir là, (comme un voyage en Chronatoscaphe) des gens qui venaient à Chantenay, au Dunois, des lecteurs et travailleurs de Jazz Ensuite, des Allumés du Jazz, des jeunes Asperantistes porteurs d'espoir, des filles du cinéma, des copains qui ne sortent pas souvent, une fée de la mythologie grecque, une chanteuse brésilienne, des anglais qui n'hésitent pas à prendre le train à chaque belle occasion, une Marseillaise, des gens qui savent écrire et d'autres qui savent lire, des musiciens, des compagnes et compagnons de manifestations, des amateurs de MC5 ou de Mauricio Kagel, des nièces et des neveux, un chasseur de Snark, un sudiste des bords de Seine, des historiens de l'eau, un vidéaste d'Oyaté, des gens qui ne trahissent jamais, qui se plaisent à être, des sourires inconnus, de la chaleur, des échanges, de l'écoute (pourquoi on a aimé la musique, pourquoi on l'aime encore , pourquoi on la souhaite toujours et qui plus est).


Ermitage, Paris le 26 novembre 2007

1.12.07

QUESTIONNARISER LA VOCABULARILITÉ



L'adresse télévisée de Napoléon IV à ses compatriotes, par le biais de questions dictées par avance à des journalichiens, lundi dernier, a été l'occasion d'un stage supplémentaire pour tous ceux non encore acquis à l'une des réformes importantes du Quatrième En Pire : celle du langage. Notre éradicateur de la pensée de 68 (et donc de celle de 69) entend bien mettre un terme à l'expression comme relais de la pensée pour instaurer en lieu et place le balbutiement pratique et auto-satisfait, dont la seule vertue est : de trouver du travail, faire ses courses, quémander des heures supplémentaires et le cas échéant (pour les intellectuels) comprendre les chansons de Johnny Hallyday.

Sur les événements de Villiers Le Bel, Napoléon IV a déploré "Nous avons eu 82 blessés". Qui est ce "Nous" : La police ? mais Napoléon n'est plus le chef de la police, l'armée d'occupation ? les forces de l'ordre bourgeois ? les gentils ? John Wayne et ses copains ? les bonnes gens appeurées ? la République ? ... ça se pourrait car l'Empereur a été élu par des "républicains". Mais alors qui sont les autres, rapidement et pratiquement nommés "voyous, trafiquants, criminels"? Celui qui invoque plus tard "la présomption d'innocence" pour son prédecesseur n'en a que faire pour ceux qui n'appartiennent pas à sa bande, ni à ses gens (ceux qu'il protège) et qui sont préjugés coupables à l'arraché (méthode impériale bien connue).

Notre vrp du nucléaire souhaite aussi "monnaitiser" les RTT. Une syndicaliste lors de son commentaire parlera plus tard de les "monnaitariser". Les termes "monnayer" et "payer" ont perdu toute réalité. Ce qui compte, c'est la transformation exprimée et systématique du temps en argent (sans hauteur s'entend) et pour notre adepte des "Grenelles" que les heureux gagnants de la loterie du labeur "remplissent leur caddies au supermarché" (plus le temps d'aller au magasin avec tout ce temps passé au travail, il n'est plus de distribution que "la grande distribution" dont les tenants sont ses amis). Pour George Bush, vaincre les terroristes après le 11 septembre 2001, c'était revenir à la vie normale c'est-à-dire à la consommation : le pouvoir d'achat comme pouvoir de chier.

Un commentateur parlera ensuite de "négociabilité". L'Empereur, qui refuse "la pensée unique" finira par proposer "une révolution véritable". L'Empereur tient du Maréchal.

La misérabilité de la pensabilité atteint des sommetisations de débilibilité.

27.11.07

NEXT : JOURNAL DE TOURNEE




Par François Corneloup

14 Novembre - CENON (CUB de Bordeaux) D Salle Simone Signoret

Hasard du booking, le premier concert de NExT en France a lieu dans ma ville ou quasiment.
Peu attentif en général aux signes du destin, sauf quand ils sont favorables, je prends tout de même note de ce détail. À part certains aspects importants de ma vie personnelle, je n’ai pas réellement d’ancrages dans cette ville au demeurant magnifique. Cette date marque peut-être une étape dans cet état des choses. Ce soir, les trois premiers rangs de l’assistance sont occupés par des enfants. NExT commence donc cette série de concerts sous le signe de la jeunesse et de l’avenir. Je crois que ce nom d’orchestre est le bon.


15 Novembre – NEVERS - rencontres de D’Jazz - théâtre



Après d’autres expériences orchestrales jouées aussi dans ce festival, la fidélité de longue date de Roger Fontanel me permet à nouveau d’amener NExT dans le joli théâtre de Nevers. Il semble que notre concert, plutôt réussi, ait suscité l’enthousiasme général. Peut-être aussi parce l’enthousiasme est très vivace dans l’orchestre lui-même… Ou encore, parce qu’il fonctionne et respire naturellement : Au deuxième jour de tournée, le groupe a déjà trouvé sa cohérence. Malgré, ou peut-être grâce à la disparité des parcours artistiques, la très grande disponibilité de chacun en est un facteur décisif. Sans forfanterie ni béatitude, mais avec une attention particulière, nous recevons ces vibrations positives et constructives comme précieuses en ces périodes de pragmatisme libéral et de cynisme politique. Rappel contextuel : Nous sommes au 2e jour d’un fort et légitime mouvement de grève des transports, des étudiants et d’autres qui ne supportent plus l’arrogance des classes dominantes. Cela ne facilite pas la tournée, mais l’ensemble des musiciens de l’orchestre, français comme américains, reste pourtant solidaire et acquis à la cause des grévistes. Nous savons tous que si personne ne réagit maintenant, les difficultés que nous rencontrons dans ce parcours ne sont rien à côté de celles qui nous attendent pour jouer et vivre dans les prochaines années. Télescopage de prospectives intéressant entre la tournée et la grève reconductible …NExT, déjà placé sous le signe du nouveau évolue également dans un contexte de revendication politique intense. Il y a dans tout cela une idée de changement, de mouvement qui nous stimule tous.

16 Novembre - ARGENTEUIL – Cave Dîmière

Daniel Marty nous accueille fièrement, et c’est mérité, à la porte de la Cave Dîmière flambant neuve. L’ancienne cave voûtée est en effet devenue un superbe complexe d’activités musicales composé d’une salle de spectacle confortable, des studios de répétition, un bar… Daniel nous expliquera plus tard que l’ensemble est pensé comme un lieu de passage et de croisement des styles et des activités musicales, concerts, pédagogie, répétitions. Pratiques amateurs comme on dit, mais structures professionnelles… Il s’agit d’un vrai programme culturel municipal entrepris avec sérieux. L’énergie pourtant spontanément dépensée du concert de la veille nous a entamés et nous commençons un peu en dedans. Mais la fatigue peut quelquefois avoir des vertus libératrices. Avec une grande souplesse d’esprit, l’orchestre compose avec cet état. L’écoute palliera ce léger manque de fraîcheur. Une secrète stratégie, enclenchée naturellement et sans concertation, comme issue d’une intelligence collective spontanée finit par opérer et non seulement le groupe parvient à trouver un second souffle mais les cadres s’ouvrent, deviennent soutiens et non finalités. De nouvelles combinaisons orchestrales s’organisent en temps réel et font surgir des sonorités inattendues. Un élan d’émancipation et d’invention relance l’orchestre. Maturation… 3e jour de grève. Nous rentrons dormir à Paris qui semble très animé malgré l’heure tardive. Le dysfonctionnement du trafic souterrain anime la surface. Paris s’agite de ces passants et de ces embouteillages nocturnes inhabituels. Mis à part quelques klaxons impatients, il règne dans les rues comme une fraternité secrète des piétons. La lutte politique intensifie la vie et ouvre les rapports humains.

17 Novembre – REIMS – Festival jazz 51



4e jour de grève. La sortie de Paris est laborieuse, mais notre solidarité reste intacte. Nous abordons enfin la campagne Champenoise sous un soleil d’automne plutôt généreux. Chico suit du regard les courbes des coteaux. Dean compte les rapaces postés aux abords de la route. Il me dit qu’il aime les oiseaux. JT et moi écoutons attentivement le Broadway Vol.3 du 5tet de Paul Motian. Tandis que Joe Lovano développe avec puissance son phrasé et que Lee konitz cisèle les harmonies comme il le fait depuis toujours, nous parlons de notre rapport à l’histoire. Le plus jeune musicien de NExT me dit en substance que le renouvellement d’une musique ne peut se faire sans la connaissance de son histoire et que la rupture n’est qu’un moyen de la relancer. Lors du trajet précédent JT nous avait donné un certain point de vue sur la batterie par l’intermédiaire du disque-leçon de Jo Jones. La jeunesse n’est-elle qu’une question d’âge? Le concert se déroulera dans la continuité de cet instant. Nous jouons trop longtemps, mais l’audience ne nous lâchera pas, jusqu’au bout. Le lendemain, nous faisons pour le coup un bon vertigineux dans l’histoire. La visite de la Cathédrale restera pour tous un moment fort. Nous dirons que cet épisode sera placé sous la question du temps qui passe et de ce que nous en faisons.

19 Novembre – ARGENTEUIL – Cave Dîmière – Master class

Pas de concert aujourd’hui mais une rencontre avec les élèves de la classe de Jazz de l’école de musique d’Argenteuil animée par le bassiste Jean-Luc Ponthieux. La meilleure façon de les rencontrer est encore de jouer avec eux. M’aidant de quelques gestes de direction d’orchestre simples, j’organise sur le tas et en temps réel un jeu collectif avec la quinzaine d’élèves présents. Le morceau de base sera « Luz entre deux eaux » qui est au programme du groupe. Différentes combinaisons apparaîtront au cours du jeu, notamment un duo entre le saxophoniste Ténor de la classe et Dean Magraw ou encore un trio Piano électrique et Batteries comprenant deux élèves et JT. Il sortira de ce carambolage pédagogique des sons inouïs, pleins d’enthousiasme. Tout le monde a bien profité de cet impromptu pour se jeter dans un inconnu musical jubilatoire.

20 Novembre – STRASBOURG – Festival Jazz d’Or Pôle Sud



6e jour de grève des transports. Grâce à Dominique, nous parvenons astucieusement à nous extirper des encombrements parisiens et filons dans la direction de Strasbourg dont nous ne verrons pas grand chose hélas puisque nous n’entrerons dans la ville que tardivement pour rejoindre l’hôtel. Ce concert nous révèle que le programme s’est installé dans la musique de l’orchestre. Je sens que nous arrivons au stade où il nous est à présent permis d’interroger un peu plus intimement les formes. Pas réellement de combinaisons inattendues comme au concert d’Argenteuil mais nous commençons à bousculer les conventions pour laisser apparaître de nouveaux développements musicaux. L’orchestre se libère mais en profondeur, dans son fonctionnement intrinsèque. Nous découvrons des chemins secondaires, parfois un peu chaotiques mais toujours avançant. Et ces chemins nous conduisent en des points que nous ignorions. Work in progress. Traffic jam-session…

21 Novembre – Minibus entre Strasbourg et Montpellier



Ce jour est un jour de transit, sans concert. Une journée entière à rouler. Le minibus est l’antichambre de l’orchestre. C’est un instant de nonchalance où chacun vaque à ses occupations ou inoccupations. La promiscuité induit des échanges sans trop être contraignante. Toutes sortes de conversations aux sujets divers et variés pas forcément musicaux se développent. Ces instants de vie commune forcée donnent au groupe un supplément d’âme. Nous nous découvrons les uns les autres. Une sorte de jeu de sièges musicaux mais avec une place pour chacun s’articule tout au long du parcours. Dormir au fond, monter devant pour tenir compagnie au chauffeur ou le guider… Les comportements s’harmonisent naturellement dans cet espace restreint. Un autre lieu d’improvisation collective…

22 Novembre – Montpellier – Studio Lakanal

Le Concert prévu n’aura pas lieu. L’université où nous devions jouer a été évacuée la veille par la police pour juguler les mouvements étudiants qui secouaient son fonctionnement. Nous regrettons de ne pouvoir jouer, mais sans l’avouer, nous voyons avec une certaine satisfaction la ténacité de ces étudiants refusant eux aussi la réforme des universités que le gouvernement veut imposer. Notre journée ne sera pour autant pas perdue puisque nous irons finalement dans un studio où, après quelques coups de fil, nous avons, avec Boris Darley, le maître des lieux, organisé au pied levé une séance d’enregistrement. Vers 19h nous ressortirons avec 27 mn enregistrées d’une musique qui ne renie pas l’énergie et la créativité du groupe. Il est vrai que nous sommes dans la dynamique de la tournée. Il n’y avait qu’à capter.

23 Novembre –Avignon – AJMI

Au pied du Palais des papes se trouve l’AJMI de Jean-Paul Ricard. Les papes ne viennent plus depuis longtemps au palais, mais Jean-Paul est toujours là et L’Ajmi tourne encore. Il y a eu des périodes difficiles, mais le pape n’est pas près d’être débarrassé de ce lieu d’expression musicale multi style et tranquillement subversif. La bonhomie de Jean-Paul cache en fait une détermination féroce. Nous y ferons un concert formidable, énergique, généreux, chaotique et volontaire. Tout le monde ressortira presque un peu abasourdi de cet instant de musique intense. Le palais a tremblé. Merci aux persévérants et tant pis pour le pape.

24 Novembre – Vitrolles – Moulin à Jazz



Mégret est parti. Hélas, ses électeurs sont toujours là. Le Moulin à Jazz et l’association qui l’anime doivent cohabiter dans le domaine de Fontblanche avec une association Boulistes et Chasseurs plus prompts à tirer qu’à pointer et surtout avant de discuter. Dès notre entrée dans le domaine, nous sommes donc accueillis par un personnage retors qui nous demande illico et sans sommation de déplacer notre véhicule qui gênera probablement quand les convives de sa soirée Beaujolais arriveront. Claude Gravier, l’organisateur du concert explique qu’il attend lui aussi un public nombreux pour notre concert. « Alors, il faut partager équitablement le parking ! » répond le chasseur. Je découvre avec soulagement que le beauf’ mégretiste, même dans les situations les plus extrêmes, peut finalement lui aussi faire preuve d’un certain sens de la démocratie. Claude nous expliquera que cet aimable comité d’accueil n’est que pure courtoisie. Il cache en fait un quotidien tout autre. Notre hôte et ses goûteurs de vin nouveau ont l’habitude de s’exercer au tir et vérifier le fonctionnement de leur artillerie sur les portes du moulin à Jazz ou l’éclairage du site - lequel est aussi dévolu à des activités culturelles autres que la pétanque ou le tir au pigeon - ou encore les pneus des voitures, histoire de se défouler en attendant l’ouverture de la chasse tout en faisant monter la pression sécuritaire en période préélectorale. Plus tard, nous rirons tous ensemble de ce léger incident diplomatique en mangeant l’excellent couscous que nous avait préparé la cuisinière de l’association. Avouons-le, ce couscous-là prenait un goût très spécial dans un tel contexte.
Commencée avec la grève des transports 10 jours plus tôt, la tournée française de NExT s’achèvera donc avec elle ce samedi soir. Nous aurions pu nous crisper sur les complications que cette coïncidence d’agenda eut pu engendrer. Mais la compréhension, mieux, le soutien, la solidarité en tout cas, morale que d’emblée NExT a signifiée à ce mouvement social nous ont permis de vivre la situation avec souplesse. Du reste, c’est aussi cet état d’esprit qui animait la musique elle-même. Je suis heureux de voir comment, sur un programme maintenant solide, joué par des musiciens d’une rare assurance technique, la musique de ce groupe conserve toute sa souplesse et sa mobilité. Chaque soir avant d’entrer en scène, j’étais partagé entre un sentiment de sérénité totale et la curiosité d’une musique à venir. L’assurance d’une entité orchestrale établie et la tension d’une aventure à vivre dans l’improvisation. Chaque soir, dans une musique désormais presque atavique, nous continuons à nous surprendre les uns les autres. La question n’est plus de trouver un équilibre ou un rapport de force entre le prévu et l’imprévu, le dedans et le dehors, le conservateur et l’iconoclaste, l’acquis et l’inné… Ce qui se joue maintenant dans cet orchestre est au-delà de ces oppositions binaires. Il s’agit de l’interaction entre ces facteurs. Nous cherchons simplement à vivre pleinement et entretenir un déséquilibre permanent générateur de mouvement. Au fond ce qui nous plaît le plus, c’est le mouvement. L’équilibre n’est plus maintenant qu’un postulat abstrait. Le mouvement, lui, est le signe concret du devenir.
Next…

Photos par François Corneloup

22.11.07

FRANCOIS CORNELOUP NEXT
À ARGENTEUIL


par Olivier Gasnier


Cave Dimière le 16 novembre 2007

Saluant un certain « marcheur français de Wounded Knee » en conclusion du programme distillé le 16 novembre dernier en la Cave Dimière du côté d’Argenteuil, François Corneloup, saxophones en bandoulière à tour de rôle, a pu donner pleine mesure de son sens de la danse et de la marche solidaire à la tête de son nouveau et cosmopolite orchestre. Manifestement, il est bon de se promener sur les bords du Mississippi et alentours, quand la Seine vient dérouter sa course au milieu des villes jumelles du Minnesota initiant ainsi d’inédites rencontres musicales entre Europe, Amérique et Afrique. Par chance pour nous, Corneloup a l’envie de la découverte et l’âme d’un voyageur - qui ne serait pas solitaire, possédant un vrai sens de la camaraderie – et a donc suivi ces inhabituels méandres fluviaux outre-atlantique, lui permettant de réunir là-bas une petite bande de musiciens-compagnons dont il pressentait la possibilité de faire un bout de chemin avec. En témoigne ici la présence de Dominique Pifarély, fidèle complicité et camaraderie donc, mais sans doute aussi présence (r)assurante, aux côtés de JT Bates, connu comme batteur illimité dans la natosphère, et du guitariste Dean Magraw, tous deux originaires de Minneapolis, soutenus par Chico Huff, discret bassiste philadelphien à l’expérience redoutable dont Jef Lee Johnson peut difficilement se passer. Et c’est un peu comme une parfaite alchimie qui opère entre ces cinq là, où les qualités des mélodies caractéristiques du saxophoniste peuvent s’appuyer sur une rythmique – basse/batterie/guitare – à la cohésion déjà bien assurée et au groove, c’est-à-dire sens de la danse, irrésistible (vertus hexagonales peu courantes) et sur l’intense exigence musicale personnelle de Pifarély, engagement exemplaire pour le groupe, qui en fait, est-il besoin de rappeler, un violoniste décidemment hors pair sur la scène jazz internationale.
Du coup, Corneloup, mettant à profit son expérience au sein du diabolique quartet Ursus Minor, parvient à combiner des dessins rythmiques qui plongeraient leurs racines dans la « Great Black Music » et son énergie fédératrice, pour mieux laisser place à la circulation aérée des idées de ses compagnons de route, qui ne s’en privent guère mais qui tiennent tout autant à maintenir le niveau d’échanges collectifs permanent. En découle une sensation festive aux effluves qui pourraient évoquer, hasard du calendrier des rééditions, les sessions milesdavisiennes d’«On the Corner» mais aux couleurs autrement métissées encore.

16.11.07

ATTRIBUTION DU PRIX DU CITRON DE LA CRITIQUE

















Le Prix du Citron de la critique revient une fois de plus à l'imbattable Alex Dutilh.

Comme à l'accoutumée, le dernier (le terme est impropre hélas car il y en aura d'autres) numéro de sa revue "Jazzman" nous offre pour deux disques un "Pour/Contre", rubrique qui est à la critique ce que les procès de Moscou furent à la justice. Le "Pour/Contre", comme "Le Débat" dans le même magazine, sont des figures permettant de simuler une critique libre en se lâchant avec méchanceté sur quelques boucs-émissaires dont la particularité est qu'ils ne peuvent rien contre le journal. Le petit coup de banderilles, donné à distance lorsqu'il est asséné par l'officier supérieur (historique), prend un sens tout particulier et désigne les cancres : ceux qui lancent des boulettes pendant les cours, jouent au fond du bus, lisent des illustrés pendant l'étude ou se mettent en colère contre le prof lorsqu'il expédie la Commune en 15 minutes pour faire deux cours sur les bienfaits apportés par Monsieur Thiers (bref ceux qui ont toutes les chances de faire quelque chose de leur vie).

Dans le nouveau numéro de Jazzman (le journal qui a enfin eu le courage de donner la parole à Guy Roux et Christiane Taubira), c'est François Corneloup qui pour sa participation au disque d'Hélène Labarrière Les Temps Changent fait les frais de ce traitement de vilain petit canard, non seulement parce qu'il joue du baryton ("Je m'interroge sur le choix de François Corneloup et le recours exclusif au baryton"), mais aussi parce qu'au contraire des trois autres qui "sont dans la surprise, l'accident, une sorte de joie ludique de l'évitement, il insère un son plus étal, un phrasé moins articulé, délibérement (probablement) car sa marque est plus souvent dans une belle énergie". Non content d'avoir en un chapelet (le Père Alex, est la version souriante - type superglue - du Frollo de Victor Hugo) de lieux communs les plus éculés ("joie ludique de l'évitement, accident, surprise") lapidé un remarquable musicien (qui n'a nul besoin d'accident - l'accident n'est d'ailleurs ni ludique, ni joyeux - pour créer la surprise) en émettant même le doute sur sa démarche (délibérement (probablement)), il insiste, l'accusant de semer la neurasténie et de plomber le plaisir possible. Pas garanti, mais possible car Alex Frollo, en bon apôtre du manque, n'estime le plaisir que dans sa possibilité, non dans sa jouissance.

Alors, pour notre très réactionnaire amateur de critique possible dont la qualité première serait l'évitement (on ne se touche pas), on citera un visionnaire du 20ème siècle dont on a bien ri, mais qu'on aurait dû écouter davantage : Fernand Raynaud lorsque celui-ci en disait long : "Chuis pas un imbécile, chuis douanier !".

On conseillera aussi l'écoute des Temps Changent , disque d'une musicienne qui sait se passer des petits poisons paternalistes et dont le disque est une véritable mine de concordances des temps (et François Corneloup, compagnon de longue date, y circule en vrai) pour qui aura su l'écouter quelques fois (ce qui ne peut être le cas des juges expédiant les affaires à la hâte)

On conseillera enfin, à ceux qui sont sur sa route (jusqu'au 24 novembre), le groupe Next de François Corneloup dont les débuts sensibles et puissants prouvent l'inconcevable évitement des corps et la beauté des sensualités essentielles.

2.11.07

MUSIQUE PAR ANNEAUX



Au cinéma, le recyclage de musiques existantes est désormais dominant et les musiques originales de plus en plus rares. On pourrait penser que l'utilisation de disques correspond à un besoin économique, c'est souvent vrai mais pas seulement car force est de constater que des productions

riches et en bonne santé utilisent aussi ce procédé (coûteux en droits) faisant appel à une mémoire facilitée. Les bandes originales de leur côté sont de plus en plus relayées à une fonctionnalité plus ou moins classe. Exit Erik Satie, Ennio Morricone, Jean Wiener, Henry Mancini, Dimitri Tiomkin, Bernard Herrmann, David Raksin, Nino Rota, Harrison Birtwistle, Georges Auric, Hans Werner Henze, Erich Korngold, André Prévin, John Barry, Antoine Duhamel, Joseph Kosma, Maurice Jaubert, Sergueï Prokofiev, Pierre Jansen, Max Steiner, Gato Barbieri, Alex North, Alfred Newman, Miklós Rózsa, Harry James, Duke Ellington, Frank Churchill, Quincy Jones, Arlo Guthrie, Shorty Rogers, Elmer Bernstein, Hanns Eisler, Jay Jay Johnson, Miles Davis, Art Blakey, Giovanna Marini, Isaac Hayes, Ralph Vaughan Williams, Lalo Schifrin, Marguerite Monnot, Jack Nitzsche, Mario Nascimbene, Herbie Hancock, Paul Dessau, Franz Waxman, Arthur Honegger ! Certes la découverte du silence (qui n'existait pas du temps du cinéma "muet "ultra sonore) fut une grande chose, mais très vite devint solution de facilité (avec belle caution moderniste). Le succès du microsillon et de la musique pop amena les producteurs de films à vouloir des b.o. des groupes en vogue qui très vite furent remplacés par leur disque ou ceux de leur voisins. Lorsque Stanley Kubrick vire l'excellent compositeur Alex North pour 2001 Odyssée de l'Espace pour le remplacer par les tubes "Deutsche Gramofon", il lance la mode du recyclage de la musique classique qui va très vite devenir la tarte à la crème bourgeoise du cinéma intelligent. La musique est porteuse de mémoire et au lieu de l'alimenter, le cinéma qui l'a dessaisie de ce rôle lui vole maintenant cette mémoire. En raccourci (presque) n'importe quelle musique sur n'importe quel film procure soit l'impression de (trop) coller, soit de créer une distance (la distance étant la solution à tous les problème des expressions actuelles), ce qui n'est pas mal mais... En supprimant le musicien original, le cinéma flingue la relation intime. La musique est devenue la putain du cinéma.

Il est même des réalisateurs comme Martin Scorcese ou très récemment Gus Van Sant pour réutiliser des musiques originales de films célèbres dans leur création : chez Scorcese et son Casino la musique de George Delerue pour Le mépris de Jean Luc Godard et chez Gus Van Sant dans son très recommandable Paranoid Park, la musique composée par Nino Rota pour Juliette des Esprits de Federico Fellini utilisée largement. Ce nouveau film de Gus Van Sant n'a pas recours ni dans la narration, ni dans le jeu des acteurs, ni dans la mise en scène à la distance d'usage. C'est même un film magnifiquement adolescent. Mais la bande musicale probablement fort judicieuse peut laisser perplexe. Si je vous raconte tout ça, c'est que pendant tout le film, le fantôme de Giuletta Massina fort étranger à la vie de Portland Oregon m'a tellement travaillé que j'ai pensé en vrac à ce qui est énoncé précédemment pendant tout le film, ce qui fut une gêne. J'aime les Pieds Nickelés, mais je me méfie des frères Ripolin.

26.10.07

DRÔLES DE ZÈBRES


par Sylvain Torikian
Rentré trop vite je n'ai pu dire tout le plaisir que j'ai pris au concert de Fat Kid Wednesdays hier soir.

Je n'insiste pas sur les magnifiques qualités instrumentales des laboureurs de l’Étoile du Nord.


Attardons nous plutôt sur le choix politique rare qui rappelle au grand jour l'extraordinaire période d'émancipation du free-jazz originel, avant tout sur l’approche chorégraphique digne des meilleurs chasseurs sioux.

En dehors d’ instants d’immobilité enjoués pendant lesquels ils reprenaient leur souffle et que la public applaudissait, ce fut tout au long du concert une continuelle stratégie d'encerclement sensuelle/énergique, soutenue par l'ininterrompue pulsation.

Ce fut la recherche du secret de l'exacte sonorité qu'ils ont daigné dévoiler.

Michael Lewis enveloppe le bison d’une tension contrôlée, JT Bates se penche pour écouter ce que les profondeurs de la terre lui intiment, Adam Linz scande sa ronde magique autour de la grande ourse.

Merci


18/10/2007

Sur le même concert lire aussi
photo :Mirtha Pozzi

22.10.07

SIMPLE ENDROIT



"Se retrouver dans un état d'extrême secousse, éclaircie d'irréalité, avec dans un coin de soi-même des morceaux du monde réel"

Antonin Artaud in "Le Pèse Nerf"

21.10.07

UN BON PASSAGE ZEBRÉ



Les impressions de l'ami Jean-Jacques Birgé sur le concert de Fat Kid Wednesdays au Zèbre (organisé par le futuriste trio Asperanto) mercredi 17 octobre nous touchent par la justesse de l'appréciation musicale, mais aussi par ce qu'elles racontent de la relation de la musique à ce qui l'entoure, à ce dont elle fait partie, parfois à son corps défendant. Nous avons faim de musique qui empêche de capituler.

Fat Kid Wednesdays est en tournée jusqu'au 2 novembre

Un moment volé par un spectateur enthousiaste : http://www.youtube.com/watch?v=l2Bfj_PczLg

17.10.07

ASSEZ





De leurs Grenelles
De leur environnement
De leur compassion
De leur indifférence
De leurs manipulations
De leur Attali
De leurs saloperies
De leur cambouis qu’ils ne touchent jamais
De leurs sondages
De leur nivellement
De leur morale
De leurs dieux
De leur Monopoly
De leur fric
De leurs mariages
De leurs divorces
De leurs interprètes
De leurs sourires
De leurs poignées de mains
De leurs élections
De leurs électeurs
De leurs résultats sportifs
Des jours sans fin qu’ils nous imposent
De leurs résidences d’été
De leurs sports divers
De leur ascendance
De leur descendance
De leur golf
De leurs clapets
De leurs chasses
De leurs cours
De leur capital
De notre douleur
De leurs bombes
De leurs bons du trésor
De leur ouverture
De leurs vergetures
De leur ordre
De leurs gardiens
De leur paix
De leurs guerres
De leurs ciseaux
De leurs mines
Et de toutes les maladies qu’ils nous laissent attraper
Pour nous réduire à rien.


J.R.

14.10.07

LES TEMPS CHANGENT


Bernard Laporte a perdu sa crête de coq, Cécilia Sarkozy s'est fait la malle en Suisse, un petit coup de grève jeudi prochain... Ce- n'est-qu'un début... tan-tan-tan-tan-tantan

Et deux bonnes nouvelles : le nouveau disque d'Hélène labarrière et son nouveau site helene-labarriere.com

10.10.07

NOS AMIS LES DISQUES




















Hélène Labarrière : Les temps changent

Les disques Amor Fati

Brother Ali : The undisputed truth

François Corneloup : U.l.m.

Dosh : The lost take

Mirtha Pozzi, Pablo Cueco : Improvisations préméditées

Jean-Jacques Birgé, Michel Houellebecq : Etablissement d’un ciel d’alternance

Jacky Molard : Acoustic Quartet

Jo Jones : The Drums by Jo Jones

Jacques Thollot : Cinq hops

Photo : Jacky Molard Quartet (télévision publique du Minnesota) Bryan Aaker


6.10.07

L'USINE ASSASSINE



« Le sentiment ou la conscience du droit est dans l’individu l’effet de la science théorique, mais aussi de son expérience pratique de la vie » écrivait M. Bakounine dans Lettres à un Français sur la crise actuelle.

Dans notre crise actuelle à nous (à moins que ce ne soit la même qui aurait changée de costume), le vocabulaire s'éteint au profit de sons automatiques. Lorsque le bonheur vient à manquer, fleurissent les sinistres expressions "Que du bonheur !" "Elle est pas belle la vie ?" pendant que les tenants imposent aux aboutissants laborieux d'autres mots insidieux nous privant de toute réflexion. Pas un dîner en ville où la bonne société progressiste ne critique le "libéralisme" sans pour autant jamais oser parler de "capitalisme" comme si le "libéralisme" n'était qu'une maladie curable de ce dernier dont on ne pourrait se passer. Le "développement durable" en est un autre. Un petit yoyo écolo, c'est beau. Il existe désormais une "société civile" à laquelle l'autre (mystérieuse) société fait appel de temps à autres. Les gens, eux, n'existent pas. Autre belle trouvaille l"altermondialisme" qui permet avec belle conscience de voir le Tiers Monde sans le regarder. Le "décomplexé" sur les langues de toutes les vipères des médias fait avaler toutes les couleuvres et "la rupture" garde la porte grande ouverte au pire toujours possible (avec le sourire). On saupoudre de "CAC40" ci et là et d'autres imbécilités comme "le Grenelle de l'environnement" (avant d'être l'endroit où le gouvernement gaulliste et les syndicats poignardèrent la classe ouvrière par leurs accords "minabilitaires", Grenelle était une commune qui devint partie de Paris lorsque la ville s'aggrandit), de "parler vrai" (pour être sûr de bien sculpter la langue de bois), d'"ouverture" (pour réduire le regard que l'on peut porter sur le monde à un cadre restreint n'allant pas plus loin que la pensée d'un Kouchner - par exemple) et les bonnes âmes de gauche regardent le monde dans leur planeur à la Yann Arthus Bertrand. Tant qu'on peut faire ses courses !

Un mot qui n'est plus guère prononcé, c'est USINE ("Ensemble de bâtiments ayant remplacé les manufactures depuis la fin du XVIIème siècle et destinés à la production industrielle. On y transforme généralement des matières premières ou semi-ouvrées en produits finis, ou en énergie").

"Vous aurez la voiture de la couleur que vous désirez, du moment qu'elle est noire". disait Henry Ford (industriel antisémite dont les usines ont travaillé à équiper le Troisième Reich Allemand). Depuis l'usine a réussi à en faire voir de toutes les couleurs en détruisant toujours plus corps et âmes de ceux qui y travaillent.

Jean-Pierre Levaray, ouvrier depuis 28 ans dans une usine de produits chimiques de la région de Rouen a fait le tour de tout le nuancier. Dans Putain d'Usine (livre important édité par l'exceptionnel éditeur L'Insomniaque et réédité par Agone) décrit son exploitation permanente : «Tous les jours pareils. J’arrive au boulot et ça me tombe dessus, comme une vague de désespoir, comme un suicide, comme une petite mort, comme la brûlure de la balle sur la tempe. Un travail trop connu, une salle de contrôle écrasée sous les néons – et des collègues que, certains jours, on n’a pas envie de retrouver. On fait avec, mais on ne s’habitue pas. On en arrive même à souhaiter que la boîte ferme. Oui, qu’elle délocalise, qu’elle restructure, qu’elle augmente sa productivité, qu’elle baisse ses coûts fixes. Arrêter, quoi. Qu’il n’y ait plus ce travail, qu’on soit libres. Libres, mais avec d’autres soucis. Personne ne parle de ce malaise qui touche les ouvriers qui ont dépassé la quarantaine et qui ne sont plus motivés par un travail trop longtemps subi. Qu’il a fallu garder parce qu’il y avait la crise, le chômage. Une garantie pour pouvoir continuer de consommer à défaut de vivre. On a remplacé l’équipe d’après-midi, bienheureuse de quitter l’atelier. C’est notre tour, maintenant, pour huit heures. On est installés, dans le réfectoire, autour des tasses de café. Les cuillères tournent mollement, on a tous le même état d’esprit et aussi, déjà, la fatigue devant cette nuit qui va être longue. »

À ses heures, il rêve d'une société fraternelle sans classes et sans Etat.

Avec le dessinateur Efix (qui avait contribué au Chronatoscaphe et a dessiné la couverture du numéro 20 des Allumés du Jazz), il a adapté son Putain d'Usine en bande-dessinée (éditions Petit à Petit). Efix a comme Levaray, connu l'usine, mais lui en est sorti. Le choix d'Efix comme dessinateur est une vraie trouvaille qui sort des réflexes automatiques de l'attendu "ce qui va avec quoi" (voir premier paragraphe). Son trait rond taquine le trait sombre du récit de Levaray et en confirme l'humanité.

Parce que plus fort que dans les brèves du Parisien, l'usine tue (suicides, accidents ou petit feu), parce que cette fabrique reste le plus violent révélateur des contradictions de nos vies, la bande dessinée d'Efix et Levaray et les ouvrages de ce dernier sont les indispensables boulons qui redonnent un peu de vérité à notre vocabulaire.

30.9.07

LA HONTE



C'est le bras tendu et la main plate (assorti d'un arrogant V pour victoire) que les habitants du Palais-Bourbon (Palais construit pour la fille de Louis XIV, Louise Françoise de Bourbon) ont voté le 19 septembre la loi sur la maîtrise de l'immigration du ministre Hortefeux prévoyant la possibilité de recourir à des tests génétiques dans le cadre du regroupement familial. Le Sénat a rejeté le 26 septembre l'amendement concernant l'utilisation de l'ADN parce qu'allant "au-delà des principes posés par la loi sur la bioéthique du 6 août 2004". Parmi les opposants à cette loi, le sénateur Charles Pasqua, ancien Ministre de l'Intérieur, auteur d'une loi très dure pour les immigrés en 1993, a estimé que cette fois, ca allait trop loin. Lors des journées parlementaires du parti gouvernant l'UMP, un député a ironisé sur "l'axe cathos/francs-maçons" au Sénat contre les tests ADN. La loi reviendra devant l'Assemblée Nationale du Palais-Bourbon. LE BRAS TENDU JUSQU'OU ?





Dans un article publié en octobre 2006 intitulé 1942-2006 : réflexions sur un parallèle contesté, l'anthropologue Emmanuel Terray concluait ainsi : "Si les événements suivent leur cours actuel, il est vraisemblable que les analogies iront jusqu’à leur terme et que, dans trente ou quarante ans, des cérémonies de repentance seront organisées pour déplorer et désavouer la politique d’immigration pratiquée actuellement. Plutôt que d’attendre un tel dénouement, ne serait-il pas préférable de renforcer dès aujourd’hui la résistance à cette politique, en attendant d’y mettre fin dès que l’évolution de l’opinion le permettra."

20.9.07

JEAN PERSONNE



"Chers tous,

Vous êtes nombreux à avoir vu "Sous la glace " en avril et en juin.
Peut-être, selon le jour de la représentation et l'alternance des enfants, avez-vous vu une représentation où l'enfant, le petit Jean Personne, était joué par le jeune Constantin Cristev. Les parents de cet enfant sont moldaves, son père est opposant politique (il a été torturé et emprisonné en Moldavie), toutes leurs demandes d'asile ou de régularisation ont été refusées. Les Cristev ont reçu un avis d'expulsion et ils font actuellement appel. Passons sur le fait que c'est une famille parfaitement intégrée, dont tous les membres parlent un très bon français: Vasili, le père, est là depuis une dizaine d'années, sa femme Claudia et Constantin l'ont rejoint il y a trois ans, et son deuxième fils, âgé de deux ans, est né en France. Constantin est un enfant exceptionnel, parfaitement trilingue, le meilleur élève de sa classe, d'une finesse et d'une gentillesse ; il a été un merveilleux comédien sur le plateau, et il a une capacité formidable à s'intégrer dans une équipe, avec tout l'humour et l'intelligence qu'on peut rêver. Vasili a été arrêté ce week end, placé en centre de rétention, et est comparu hier matin devant le Tribunal de Grande Instance de Créteil. La juge l'a assigné à résidence - ce qui est plutôt une bonne nouvelle, comparé au centre de détention. Vasili a quinze jours pour quiter le territoire français, il comparaît devant le Tribunal Administratif vendredi matin prochain, et c'est ce jugement qui décidera du fait qu'il puisse rester ou non en France. Ils ont besoin de tous les soutiens possibles, même si hélas ils sont loin d'être les seuls dans ce cas....


Une pétition est en ligne à l'adresse suivante, n'hésitez pas à la signer et à la diffuser.
http://www.educationsansfrontieres.org/?article8222


Anne Monfort