Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

31.8.20

LE PETIT MOMENT DE MUSIQUE CONTEMPORAINE


France Inter (radio de service public), dimanche 30 août 8h48, le journaliste présentateur Éric Delvaux introduisant le petit moment de musique classique, lance à Anna Sigalevitch (chargée du petit moment de musique dite classique du dimanche - la musique classique c'est le dimanche) : "Non ! Non ! Non ! Vous allez nous mettre de la musique contemporaine dès le matin ?" et il ajoute avec cet humour de téléachat "Pierre Boulez n'est jamais loin"... (Boulez est compositeur qui fut d'avant garde dans les années 1945-1950-1960, nous sommes en 2020). Un peu plus tard alors que sont diffusés généreusement des extraits de quelques secondes (vingt minutes avant, dans le même programme on a entendu un morceau intégral de Christine and the Queens), toujours rigolard, Delvaux ajoute un "j'essaie de suivre ...".. Le dernier extrait qui combine une création musicale de Georges Bloch à partir d'archives d'Elizabeth Schwarzkopf et Billie Holiday et voici notre speaker rassuré : "ben là on retrouve des codes qui nous sont familiers". Tout est dit !

29.8.20

ITARU OKI


En 1977, le trompettiste Itaru Oki (qui joue aussi ici du shakuhachi) avait enregistré le très beau "Mirage" avec Takashi Kako (piano), Keiki Midorikawa (contrebasse) et Masahiko Togashi (percussions) pour la maison de disque japonaise Trio records. À ce moment là on trouvait ce disque en import chez Dolo Music par exemple. Une musique superbement recueillie avec ses éveils doux et sa ferveur contenue. Itaru Oki, qui vivait aussi à Paris depuis les années 70 où on a pu l'entendre au fil des ans dans des contextes fort divers avec Noel McGhie, Opération Rhino, Noah Howard, Claude Bernard, Jacques Thollot, Alan Silva, Linda Sharrock, François Tusques, Raymond Boni, Claude Parle, vient de nous quitter, il avait 79 ans.

21.8.20

HAL SINGER

Avoir un morceau qui s'intitule "Chant Inca" sur un disque dont le titre est Soul Africa relève d'une fantaisie géographique qui pourtant sait ses sources. Le jazz en est capable. En 1974 au Chant du Monde (en l'occurrence bien nommé) sortait cet album co-signé Hal Singer-Jef Gilson. À cette époque ce type de disque avait les honneurs de la radio. On y entend aussi Jacky Samson, Frank Raholison, Del Rabenja, Gerard Rakotoarivony et Bernard Lubat (remarquable au vibraphone). Hal Singer, qui avait joué avec Roy Eldridge, Don Byas, Jay McShann et Duke Ellington, s'est installé en France en 1965. Comme trop d'oubliés du jazz, il a apporté sa marque, importante, celle d'un jeu hyper chaleureux ne redoutant pas l' emportement maitrisé. Il vient de nous quitter à cent ans passés. Un siècle de jazz, ce n'est pas rien.

18.8.20

TANT DE TEMPS


Quarte de rimes en haut dans le monde en bas
et de soirs au village, de potion magique,
d'Afrovision, d'âme debout de festivals, de disques, 
de free jazz, de cool jazz et de légionnaires terrassés.
Afrique en panorama, belles bulles d'air en septième sceau,
tripotées d'électroniques, de "Journeys from here to there", western spaghettis,
Monk et Rota,
Makhno, rock'n'roll, voodoo girl et family stone,
et miles électriques au kilomètre. 
Il n'y a toujours pas de soleil.
Décidément assurés, traits, voix, libertés
Irréductibles avec leur tralala,
leurs blue chabada,
Portes de la perception
urgences consciencieusement en couleur
Éclats de danse, éclats de rire 
24 images, éclats d'éclats 
manières de connaissance et source du Delta,
Tout le monde s'en va.  
 
 
Pour (sans sentiment exhaustif) : Hélène Châtelain, Tonie Marshall, John Cumming, Keith Tippett, Lee Konitz, McCoy Tyner, Albert Uderzo, Little Richard, Tony Allen, Bill Withers, Hall Willner, Richard Teitelbaum, Henry Grimes, Cynthia Robinson, Jacques Coursil, Phil May, Ray Manzarek, Jimmy Cobb, Giuseppe Logan, Manu Dibango, Suzy Delair, Max Von Sydow, Michel Piccoli, Maurice Barrier, Astrid Kirchherr, Christophe, Wallace Rooney, Jean-Loup Dabadie, Milton Glaser, Ennio Morricone, Peter Green, Bernard Stiegler, Steve Grossman ...  
 
Peinture d'Eugène Carrière


11.8.20

JEAN-FRANÇOIS PAUVROS ET ZOU
À VALENTON

À la révolution de 1789, à Valenton, on faisait du vin, on élevait des moutons et des vaches et les révolutionnaires l'avait renommé Val Libre. Aujourd'hui la ville est durement touchée par le chômage. 

Parvis du château de Valenton le 8 août 2020, fin de cuisante journée, Jean-François Pauvros (guitare) et Zou (dessin) s'installent à l'initiative et aux bons soins de l'équipe de la Bibliothèque de Valenton et d'alliés municipaux : Thierry, Marie-Jeanne, Amélia, Sandra, Annabelle, Samy. Réglages de guitares et de pinceaux. Place de village, place de vie sans âge. C'est aussi sommaire que l'entrée d'un livre. Plus loin, quelques résonances de zouk, plus près des rires d'enfants. Stand de brochettes africaines (délicieuses).  Il fait très chaud. Des femmes s'installent d'abord, attentives, et puis un petit monde se groupe autour de la scène. Airs de jeux, les enfants continuent de courir, sûrs, naturels. Ils sont le rythme. Le guitariste choisit la méthode en apparence douce, une sorte de hors cadre de blues, mélancolie au rasoir. Le dessinateur fait émerger - jeux de courbes, de vagues, de filets d'air - des fantômes, esprits mexicains, africains, jusqu'aux êtres délivrant leur conscience. Tout est noir, tout est rouge en ouverture de toutes les couleurs avoisinantes. Le ciel est fendu par deux passages d'oies sauvages, la fournaise est fendue par les éclats de réel où sous nos yeux et dans nos oreilles se mettent à courir des bribes de futurs. Alors que se forme sur la toile, sous les doigts de Zou, un corps de femme aux pensées multiples, Pauvros joue les "Mémoires de l'oubli".[1] La place de village à l'état sauvage, celui qui respire.



[1] « Memorias del olvido » In Buenaventura Durruti (nato 3164/3244)

 

À écouter : Jean-François Pauvros avec Antonin Rayon et Mark Kerr : À tort et au travers (nato 5569), Illustrations : Zou

Photos : B. Zon