Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

26.9.20

LE TOURBILLON DES VOIX

 

"Dans le temps, on se voyait. On pouvait perdre la tête, oublier ses promesses, risquer l'impossible, convaincre ceux qu'on adorait en les embrassant, en s'accordant à eux. Un regard pouvait changer tout."(Jean Cocteau in La Voix Humaine).

 

Roger Carel, Michael Lonsdale, Diana Rigg et Juliette Gréco viennent de nous quitter, quatre regards, quatre voix. Quatre empreintes si marquantes d'un temps où la voix fut un regard apte à se faire doubler, où la voix pouvait doubler toutes les files, les regarder en malice provocante, en plénitude incisive, en grand théâtre, en farce dessinée, en comédie de la vie, en pieds de nez nickels, en Swinging London, en haine des dimanches, en amours tendres, dans une sorte de capharnaüm de reprises d'œuvres à l'horizon où tout a parenté : Boris Vian, Astérix, Belphégor, Emma Peel [1] , Raymond Queneau, Bertolt Brecht, Marguerite Duras, James Bond, Jean-Paul Sartre, Jiminy Cricket, Yannick Bellon, Léo Ferré, Colette, Jacques Prévert, Nelly Kaplan, Stanley Kubrick, Jean-Pierre Mocky, Luis Buñuel, Miles Davis, Claude Chabrol, Aimé Césaire, Annick Nozati, Charlie Chaplin, Agatha Christie, Pierre Tchernia, Darryl F. Zanuck, Géraldine-Daphné, John Huston, Otto Preminger, Noël Coward, Kurt Weill, Mickey Mouse, Fritz le chat, Simone de Beauvoir, Arthur Hiller, Michel Piccoli, Un Drame Musical Instantané, Peter Sellers, Jean Eustache, Thierry Jousse, Igor Stravinsky, Orson Welles... Le tourbillon des voix n'a jamais cessé de regarder le tourbillon de la vie.
 


[1] Michèle Montel fût l'une de ces grandes voix du doublage qui a marqué la version française des Avengers (Chapeau Melon et Bottes de Cuir) en doublant Diana Rigg (Emma Peel), on la retrouve aussi dans trois fameux westerns décalés sous les traits de Faye Dunaway (Little Big Man), Vonetta McGee (Le Grand Silence) et Loredana Nusciak (Django)

 

 



18.9.20

LE RETOUR DE JEAN ROYER

 

Dans l'adaptation fort libre de "Notre Dame de Paris" par Alexis et Gotlib (Cinémastock in Pilote, 1974), Jean Royer, pudibond maire de Tours (grand réactionnaire chasseur de minijupes) prenait les traits de Claude Frollo, personnage du bien connu roman de Victor Hugo. Et bien le revoilà - en 2020 - se réincarnant sous les traits de Jean-Michel Blanquer.

16.9.20

LES COMPAGNONS DE LA LAMPE À HUILE

C'est sa marque. L'occupant du trône a fait sien, avec une assurance de liquidation napoléonienne, un vocabulaire mal nourri, à la raillerie offensante [1].  Foin de son « Je sais aussi qu'il m'est arrivé de blesser certains d'entre vous par mes propos » du 10 décembre 2018, le naturel galope, cocktail savonneux fait d'arrogance (« La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler ») [2], de mépris (« pognon de dingue dans les minima sociaux» ), d'outrage (« Gaulois réfractaire au changement »), d'humiliation (« un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien »), de sexisme (« majorité de femmes pour beaucoup illettrées »), de prépotence (« certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes »), de discrimination (« Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien »), de morgue (« ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes »), d'outrecuidance (« Le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même, d’accord ? Et à ce moment-là, tu iras donner des leçons aux autres »), de monocratie (« Vous pouvez parler très librement, la seule chose qu’on n’a pas le droit de faire, c’est de se plaindre »), de césarisme  (« Quand je parle, je ne veux pas d'autres expressions ») . 

On se remémore ses propos de janvier 2015 : « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires (...) l'économie du Net est une économie de superstars ». Le crâneur savantasse s'est à nouveau illustré sur ce sujet lundi 14 septembre depuis son palais de l'Elysée (celui où Napoléon 1er abdiqua le

[1] Voir "Le Naufragé du camembert" (11 mai 2020)

[2] Toutes les citations  fort connues sont exactes et leurs sources faciles à trouver

[3] Bertrand Binoche, « Écrasez l’infâme ! » Philosopher à l’âge des Lumières, La Fabrique, 2018

14.9.20

CONCERT DU 3 OCTOBRE
AU THÉÂTRE DUNOIS
PAUVROS, RAYON, KERR

 


Le mot concert a été emprunté à l'italien "concerto" signifiant "accord" - particulièrement appliqué à la musique - et dérivé de "concertare" : "projeter quelque chose en commun". C'est donc bien un concert que donneront Jean-François Pauvros, Antonin Rayon et Mark Kerr au théâtre Dunois (Paris 13e) le 3 octobre 2020 à 20 heures, le premier depuis la sortie de leur album À tort et au travers. Concertare voulait aussi dire : "rivaliser" et l'on sait très bien avec quoi on rivalise de nos jours. Concertons nous !
 
Réservation ici 
 
Dessin Zou (fragment)

10.9.20

GARY PEACOCK

 

Donner la priorité aux groupes d'Albert Ayler lorsqu'on pouvait jouer avec le quintet de Miles Davis (en y effectuant des remplacements de temps à autre néanmoins), c'est vraiment la grande classe visionnaire. C'était celle de Gary Peacock, contrebassiste apothéotique. Le genre de vision dont on a vraiment besoin de nos jours.

 
Photo : Sunny Murray, Gary Peacock, Albert Ayler, Don Cherry au Golden Circle, Stockholm, 1964 © Nils Edstrom/Ayler Records

7.9.20

APPRIS ÇA, À LA VILLETTE


Hier, dimanche 6 septembre 2020, heureux détour lors d'une promenade dans le Parc de Villette à Paris 19e où le Spat Sonore - avec Nicolas Chedmail (percussions vélocipédiques, trompe, trompette...), Denis Charolles (batterie, percussions, bicyclette), Julien Eil (saxphone baryton, clarinette basse), Jean-Brice Godet (clarinettes), Jean Jacques Birgé (électroniques portatives) - avait en quelque sorte pris le parti des arbres qui est, comme on le sait, celui des enfants.
 
Photos : B. Zon

5.9.20

PREMIÈRE DE (ANNIE) CORDY

En juillet 1977, Vital Michalon était tué lors d'une manifestation antinucléaire à Creys-Malville contre la construction du réacteur Superphénix.
La même année Annie Cordy enregistrait "Mon CRS" (pour CBS) avec ses édifiantes paroles :
"Moi j'aime un galonné
Des Compagnies Républicaines de Sécurité
Et quand je suis entre ses bras rien ne peut m'arriver
La Terre peut bien s'écrouler.
"

Ne jamais sous estimer la portée politique de la musique !

 

 

 

3.9.20

IL Y A 40 ANS

 

Il y a quarante ans, une chatte (plutôt) siamoise, qui avait pris le sien d'un cousin de Géronimo, donnait son nom - nato (je suis né en vieil espagnol) - à une maison de disques naissant ce 3 septembre 1980. 40 ans de chemins sans évidence, d'évidences sans chemin, de rencontres, de possibles impossibles et d'impossibles possibles, de rencontres, de nécessités, de rencontres, de bien entendus, de malentendus, d'apprentissage permanent, de surprises, de rencontres, de décadrages, de recadrages, de secondes, de minutes, de suspens, de traductions, de rencontres, de difficiles, de très difficiles, d'erreurs, de blessures, de lents demains, de sentiers entiers, de boussoles révoltées, de villages, de fragments, d'à venir, de beauté, de recherches, de trac, de manque de souffle, de manque de sous, de mots, de fables, de rires, de dessins, de sels d'argent, de bagarre, de bandes, de magnétique, de musique il va sans dire, de musiques il va immanquablement sans dire, de si grandes amitiés et de tant de gens à remercier...

31.8.20

LE PETIT MOMENT DE MUSIQUE CONTEMPORAINE


France Inter (radio de service public), dimanche 30 août 8h48, le journaliste présentateur Éric Delvaux introduisant le petit moment de musique classique, lance à Anna Sigalevitch (chargée du petit moment de musique dite classique du dimanche - la musique classique c'est le dimanche) : "Non ! Non ! Non ! Vous allez nous mettre de la musique contemporaine dès le matin ?" et il ajoute avec cet humour de téléachat "Pierre Boulez n'est jamais loin"... (Boulez est compositeur qui fut d'avant garde dans les années 1945-1950-1960, nous sommes en 2020). Un peu plus tard alors que sont diffusés généreusement des extraits de quelques secondes (vingt minutes avant, dans le même programme on a entendu un morceau intégral de Christine and the Queens), toujours rigolard, Delvaux ajoute un "j'essaie de suivre ...".. Le dernier extrait qui combine une création musicale de Georges Bloch à partir d'archives d'Elizabeth Schwarzkopf et Billie Holiday et voici notre speaker rassuré : "ben là on retrouve des codes qui nous sont familiers". Tout est dit !

29.8.20

ITARU OKI


En 1977, le trompettiste Itaru Oki (qui joue aussi ici du shakuhachi) avait enregistré le très beau "Mirage" avec Takashi Kako (piano), Keiki Midorikawa (contrebasse) et Masahiko Togashi (percussions) pour la maison de disque japonaise Trio records. À ce moment là on trouvait ce disque en import chez Dolo Music par exemple. Une musique superbement recueillie avec ses éveils doux et sa ferveur contenue. Itaru Oki, qui vivait aussi à Paris depuis les années 70 où on a pu l'entendre au fil des ans dans des contextes fort divers avec Noel McGhie, Opération Rhino, Noah Howard, Claude Bernard, Jacques Thollot, Alan Silva, Linda Sharrock, François Tusques, Raymond Boni, Claude Parle, vient de nous quitter, il avait 79 ans.

21.8.20

HAL SINGER

Avoir un morceau qui s'intitule "Chant Inca" sur un disque dont le titre est Soul Africa relève d'une fantaisie géographique qui pourtant sait ses sources. Le jazz en est capable. En 1974 au Chant du Monde (en l'occurrence bien nommé) sortait cet album co-signé Hal Singer-Jef Gilson. À cette époque ce type de disque avait les honneurs de la radio. On y entend aussi Jacky Samson, Frank Raholison, Del Rabenja, Gerard Rakotoarivony et Bernard Lubat (remarquable au vibraphone). Hal Singer, qui avait joué avec Roy Eldridge, Don Byas, Jay McShann et Duke Ellington, s'est installé en France en 1965. Comme trop d'oubliés du jazz, il a apporté sa marque, importante, celle d'un jeu hyper chaleureux ne redoutant pas l' emportement maitrisé. Il vient de nous quitter à cent ans passés. Un siècle de jazz, ce n'est pas rien.

18.8.20

TANT DE TEMPS


Quarte de rimes en haut dans le monde en bas
et de soirs au village, de potion magique,
d'Afrovision, d'âme debout de festivals, de disques, 
de free jazz, de cool jazz et de légionnaires terrassés.
Afrique en panorama, belles bulles d'air en septième sceau,
tripotées d'électroniques, de "Journeys from here to there", western spaghettis,
Monk et Rota,
Makhno, rock'n'roll, voodoo girl et family stone,
et miles électriques au kilomètre. 
Il n'y a toujours pas de soleil.
Décidément assurés, traits, voix, libertés
Irréductibles avec leur tralala,
leurs blue chabada,
Portes de la perception
urgences consciencieusement en couleur
Éclats de danse, éclats de rire 
24 images, éclats d'éclats 
manières de connaissance et source du Delta,
Tout le monde s'en va.  
 
 
Pour (sans sentiment exhaustif) : Hélène Châtelain, Tonie Marshall, John Cumming, Keith Tippett, Lee Konitz, McCoy Tyner, Albert Uderzo, Little Richard, Tony Allen, Bill Withers, Hall Willner, Richard Teitelbaum, Henry Grimes, Cynthia Robinson, Jacques Coursil, Phil May, Ray Manzarek, Jimmy Cobb, Giuseppe Logan, Manu Dibango, Suzy Delair, Max Von Sydow, Michel Piccoli, Maurice Barrier, Astrid Kirchherr, Christophe, Wallace Rooney, Jean-Loup Dabadie, Milton Glaser, Ennio Morricone, Peter Green, Bernard Stiegler, Steve Grossman ...  
 
Peinture d'Eugène Carrière


11.8.20

JEAN-FRANÇOIS PAUVROS ET ZOU
À VALENTON

À la révolution de 1789, à Valenton, on faisait du vin, on élevait des moutons et des vaches et les révolutionnaires l'avait renommé Val Libre. Aujourd'hui la ville est durement touchée par le chômage. 

Parvis du château de Valenton le 8 août 2020, fin de cuisante journée, Jean-François Pauvros (guitare) et Zou (dessin) s'installent à l'initiative et aux bons soins de l'équipe de la Bibliothèque de Valenton et d'alliés municipaux : Thierry, Marie-Jeanne, Amélia, Sandra, Annabelle, Samy. Réglages de guitares et de pinceaux. Place de village, place de vie sans âge. C'est aussi sommaire que l'entrée d'un livre. Plus loin, quelques résonances de zouk, plus près des rires d'enfants. Stand de brochettes africaines (délicieuses).  Il fait très chaud. Des femmes s'installent d'abord, attentives, et puis un petit monde se groupe autour de la scène. Airs de jeux, les enfants continuent de courir, sûrs, naturels. Ils sont le rythme. Le guitariste choisit la méthode en apparence douce, une sorte de hors cadre de blues, mélancolie au rasoir. Le dessinateur fait émerger - jeux de courbes, de vagues, de filets d'air - des fantômes, esprits mexicains, africains, jusqu'aux êtres délivrant leur conscience. Tout est noir, tout est rouge en ouverture de toutes les couleurs avoisinantes. Le ciel est fendu par deux passages d'oies sauvages, la fournaise est fendue par les éclats de réel où sous nos yeux et dans nos oreilles se mettent à courir des bribes de futurs. Alors que se forme sur la toile, sous les doigts de Zou, un corps de femme aux pensées multiples, Pauvros joue les "Mémoires de l'oubli".[1] La place de village à l'état sauvage, celui qui respire.



[1] « Memorias del olvido » In Buenaventura Durruti (nato 3164/3244)

 

À écouter : Jean-François Pauvros avec Antonin Rayon et Mark Kerr : À tort et au travers (nato 5569), Illustrations : Zou

Photos : B. Zon

 





26.7.20

PAPE EN FEU


C'est rigolo, dans un grand nombre de cas où, dans les médias, est citée cette étrange entité nommée "Le monde culturel", ("Le monde culturel se réjouit", "Le monde culturel s'inquiète" etc.), l'exemple immédiat c'est Olivier Py. Ainsi dans Libération du 23 juillet on peut lire : «"C’est un geste fort pour les territoires, et les artistes dans les territoires. Ce qui devrait en ressortir, c’est une certaine considération pour le national en région", s’enflamme Olivier Py». Le geste fort combustible suscitant cette profonde réflexion, c'est l'idée Grosses Têtes des futurs États Généraux des Festivals (cette fois-ci pas de "Grenelle", ni de "Ségur", comme ça se passera à Avignon , ils auraient pu titrer "Palais des papes de la Culture" ou "Benoît XII de la Culture"). Comme le bois des grandes orgues de la cathédrale de Nantes, la langue de bois semble facilement ignifiable.
Dessin : Honoré Daumier

22.7.20

LANGUE ET COLOS


On se demande quel est le bilan papier carbone de ces nouveaux "élus" écologistes, lorsqu'à leur écoute sur les ondes, leur langue semble tout aussi polluée des mots vides de la novlangue en cours, novlangue répondant sans doute "aux dispositifs moteurs des aspirations citoyennes dans les territoires."









(Dessin Honoré Daumier)



20.7.20

DAVID JISSE

"La parole est malade", titre qui résonne ô combien de nos jours, était une des chansons du duo David et Dominique, soit Dominique Marge et David Jisse. Ensuite, David s'est intéressé à d'autres musiques, de toutes expériences, devenant le compère de Luc Ferrari, le producteur d'émissions sur France Culture et France Musique pendant 30 ans, le très sémillant, l'inspiré et inspirant directeur de la féconde Muse en Circuit pendant 15 années, le créateur du festival Extension, le compositeur. Avec « Assis sur ma valise - Détour de chant » il unissait ces différentes galaxies musicales qui ont nourri sa vie et qu'il a su nourrir. David Jisse vient de nous quitter.

14.7.20

DOUBLE VACCIN

Où l'on est soudain saisit par une sorte d'angoisse en imaginant que le vaccin contre celui-ci sera encore plus difficile à trouver que celui contre son concurrent direct. Là aussi, nos recherches actives les plus pertinentes nécessitent une maximale, enthousiaste et bénéfique énergie.

9.7.20

ALORS PLEUREUSE ?

Roselyne Bachelot déclare sur France Inter (9 juillet 8h20) : "je suis très lacrymale". Faire pleurer un(e) ministre, tout un programme.

8.7.20

QU'EST CE QUE ÇA VEUT DIRE ?


Qu'est-ce que ça veut dire :
Que le fort désir d'un ministre de l'Éducation Nationale ait été de devenir ministre de l'Intérieur (selon la formule fourbement consacrée : "premier flic de France") ? Suffirait-il pour le consoler de l'appeler "premier prof de France" ou "premier sportif de France" ?

Qu'est-ce que ça veut dire :
Qu'un ministre de l'Action et des Comptes publics (bénéficiant de la présomption d'innocence - comme tout le monde ... euh... comme tout le monde ?) ait été si attiré par ce poste de "premier flic de France". 

Qu'est-ce que ça veut dire :
Que le nouveau premier ministre, avant même de former son gouvernement rende une petite visite "surprise" - en compagnie du préfet (du préfet !) - dans un commissariat à La Courneuve pour dire aux policiers (seulement à eux ?) : « Vous attendez de nous de la reconnaissance et du soutien. Ils seront sans faille » ?

6.7.20

NOMINATION


 Avec Roselyne et l'hélium, une Grosse Tête pour enfourcher le tigre.

3.7.20

CRACOUCASS

Le génie macronien : 
un mix Casse-Tête / Cache-Sexe. Il fallait y penser !

2.7.20

USAGE DÉFAUT

Thibault Lefèvre, France Inter, 2 juillet 2020, 8h10 : "Rue Sacco et Vanzetti, rue Louise Michel, Stade Paul Vaillant Couturier, à Valenton la plupart des noms des lieux publics témoignent de l'héritage communiste". Des journalistes s'y entendent pour mettre la gomme et générer confusion, intrication, balourdise et effacement jusque dans les moindres détails, à moins que tout simplement, ignorants, ils n'aient jamais rien entendu des préceptes de l'histoire.

20.6.20

21 JUIN, DÉFAITE DE LA MUSIQUE

Le ministère de la Culture nous annonce sans rigoler "une fête de la musique différente, solidaire et numérique" avec notamment : " Seuls ensemble, concert de Jean-Michel Jarre en réalité virtuelle (...) devant un public d’avatars ". Ou encore "Le bal ménager pour faire danser chez soi".

Voilà un nouvel étouffoir de taille, une belle clé d'étranglement : "la réalité virtuelle avec public d'avatars".

Pour sûr, la fête va battre son plein, un plein aussi tragiquement vide que le dernier discours du régent. Et puis au-delà de cette poudre de perlimpinpin sponsorisée, on se souviendra qu'il y a un an, Steve Maia Caniço, suite aux trop habituelles brutalités policières, est mort noyé pour avoir fêté la musique. Et pour ça, la réalité de notre mémoire n'est pas devenue virtuelle.

14.6.20

PENSÉE RAPIDE

Réflexion (rapide) après l'écoute de l'intervention ultra médiatisée du régent : "Si la nature a horreur du vide, elle ne doit vraiment pas l'apprécier".

Illustration : Harry Eliott (1882-1959)

MAURICE RAJSFUS

Rescapé avec sa sœur et grâce à sa mère, de la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942 alors qu'il a 14 ans (sa famille dénoncée par un policier voisin de palier), Maurice Rajsfus n'a eu de cesse de documenter la violence systémique exercée par la police et ses significations. Auteur de nombreux ouvrages tant sur la Rafle du Vel d'Hiv qui emportera ses parents, la Collaboration, l'histoire de la police française (il fut le premier à travailler sur la police de Vichy) et ses actualités (il est l'auteur de Je n'aime pas la police de mon pays), fondateur de l’Observatoire des libertés publiques en 1992, il tenait le bulletin Que fait la Police ? recensant des milliers de cas de violences policières. Il avait été témoin pour défendre le groupe de rap La Rumeur attaqué en justice par le Ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy pour « diffamation publique envers la Police nationale » lors d'un procès qui ira de 2002 à 2010. Frédéric Goldbronn lui a consacré le beau film L'An prochain, la révolution. Maurice Rajsfus avait confié un extrait de "Jeudi Noir", relatant la terrible journée du 16 juillet 1942, pour sa mise en musique dans Chroniques de résistance de Tony Hymas. Cet homme, qui avait écrit "Dans un pays où la police parle bien plus de ses droits que de ses devoirs, quel espace de liberté peut bien subsister pour ses citoyens ?", nous a quittés à 91 ans hier 13 juin, journée de protestations contre les violences policières. Comme un signe de ce qu'il reste à poursuivre.

3.6.20

À NOS COMPAGNES ET COMPAGNONS
DE MINNEAPOLIS-ST PAUL

Au fil des ans, depuis 1999 - date parfaite pour l'occasion -  nous avons noué moult amitiés avec musiciens, musiciennes, rappeuses, rappeurs, chanteuses, chanteurs, tenant-e-s de cafés, de librairies, de disquaires, d'associations, d'organisations humaines, collectives et combatives des Twin Cities (Minneapolis-St Paul), ce qui s'est largement entendu dans notre production discographique de ce XXIe siècle. Nous avons tant appris et saisi une plus juste appréhension de la société américaine, la puissance écrasante du modèle principal, ses failles, son histoire populaire, ses complexités, les résistances qu'il engendre ainsi que les solidarités généreuses qui peuvent exister dans ces villes. De nombreux échanges en ont résulté, persistants. L'imagination d'une Hope Street. Aujourd'hui, l'intolérable meurtre maintes fois répété là-bas comme ici, a été répété une fois encore et alors s'ouvre dans le fracas, d'autres visions, d'autres perspectives, d'autres réflexions d'autres partages ensemble. Nous pensons si fort à vous.

LE VIRUS DE LA HONTE


Le 25 mai Minneapolis : quatre policiers tuent, de sang froid, George Floyd après une arrestation due à une pécadille. Le meurtre est filmé.

Le 26 mai, Assemblée Nationale à Paris, le député Eric Ciotti soutenu par 29 députés, propose une proposition de loi pour empêcher la diffusion d’images de policiers. Le monde entier a déjà les yeux tournés vers Minneapolis - le film du meurtre est un témoignage accablant - où s'est déroulé un drame maintes fois répété là-bas comme ici. Les poseurs de lois ont parfois moins d'hésitation que les poseurs de bombes.

Le 2 juin alors que, depuis une semaine, l'Amérique s'embrase après tant de drames identiques répétés, la classe politique française reste silencieuse,  seul le ministre de l'intérieur Christophe Castaner déclare avec un soufflant aplomb qu'en France la police "protège dans ce pays les femmes et les hommes de tout y compris du racisme" et le lendemain il ajoute sans blaguer (c'est en tout cas l'impression que ça donne) "S’il y a fautes, elles doivent être sanctionnées et elles sont sanctionnées." Ignorant sans doute des cas de Mohamed Gabsi, Steve Maia Caniço, Bouna Traoré, Cédric Chouviat, Camara Gaye, Zineb Redouane, Rémi Fraisse, Malik Oussekine, Liu Shaoyao, Zyed Benna, Adama Traoré ou des violences policières - souvent filmées - réprimant le mouvement des Gilets Jaunes entre multiples saisissements. 

Pendant ce temp
s, un grand nombre de médias a micros et caméras perchés devant cet événement extraordinaire : la réouverture des terrasses de cafés avec reportage en direct, décrivant cette libération (le surveillant général a autorisé une petite récré à condition de consommer tout et n'importe quoi) accompagnée d'un ton grave pour des interviews d'une importance capitale : "Alors qu'est-ce que vous buvez ?", "À cette table les gens boivent même le champagne pour fêter l'événement".

Une certitude : le virus de la honte ne tue pas.

 

28.5.20

GEORGE FLOYD

À Minneapolis, lundi soir, George Floyd, à terre, menotté pour un délit mineur, et tué lundi soir par un policier assisté de deux collègues pendant qu'un troisième tient à distance les passants témoins du crime. Avant de mourir, on l'entend dire "je ne peux plus respirer". Quand et comment arrêterons-nous ici et ailleurs, cet infernal mouvement qui semble sans fin ?
Une fois encore, on entend, à propos des manifestations de Minneapolis les jours et nuits suivants, suite à ce meurtre d'homme noir, cette "bienpensance" qui voudrait séparer les "bons manifestants" des "mauvais", alors qu'elle est face à l'explosion d'une colère qui porte le poids de l'insistante injustice séculaire, le poids d'une oppression si étouffante qu'on ne peut plus respirer.

Vidéo témoin ici. 

Photographie : Kerem Yucel/AFP/Courrier International

11.5.20

LE NAUFRAGÉ DU CAMEMBERT


Le 11 mai, on nous le serine depuis des jours et des jours, « c’est le grand jour ». Pas un jour sans un « J moins 5 », « J moins 4 », « J moins 3 », éructé par les postillonneurs de l’information. Ils préviennent en faisant les gros yeux « que attention il ne faut pas prendre ce 11 mai tout à fait pour le grand jour » puis avec ce faux air complice salement sympa « que ça l’est tout de même quand même ». Une crapule cravatée assure même qu’il s’agit « d’une bouffée d’oxygène pour l’économie ». Confirmation qu’on n’a pas changé de monde, c’est toujours l’économie qui a besoin d’oxygène, pas les êtres. Le 11 mai ? De quel égrotant esprit est sortie cette date ? De quelle frime ? On l’oublie presque. Alors sur l’écran plat devenu notre seule ligne d’horizon, on s’excite, on prévoit des apéros, des fêtes. Mais que fêter le 11 mai ? Les milliers de morts victimes de l’ahurissant appauvrissement des systèmes de santé ? La reprise pour un monde d’après taillé dans les  recettes du monde d’avant mais en pire (et qu’en plus il faudrait faire un effort pour y parvenir) ? La tranquille infantilisation, le doux abêtissement d’un grand camp de vacances très contrôlé où pour passer le temps on se lance des « défis », oh pas des défis pour envoyer un tigre dans la cour de l’Elysée ou élaborer la plus belle barricade, non, des petits machins narcissiques, au mieux nostalgiques ? L’assurance de moins de plaisir, plus de flics ? L’aplatissement de toute créativité à la seule taille d’un écran ? Les chagrins qui ne peuvent plus être partagés ? L’oubli du reste du monde, de ses violences, de ses douleurs ?  La parade indécente des médicastres de la politique, des élus électoralistes et leurs interminables et si morbides laïus assortis de plans au mieux cafouilleurs sinon despotiques ?

De ces crâneurs et leurs impayables porte-paroles, il existe un champion : le régent. Et pour faire son intelligent, le 6 mai, il s’adressait au "monde de la culture" qui, paraît-il, attendait ce moment avec impatience. On redoutait tout de même l’ennui des plates interventions robotiques dont il est coutumier et on ne fut pas déçu. Ce fut un grand show fascinant à force de recourir aux plus grossières ficelles de l’artifice. Un équivalent théâtral d’une représentation de Florence Foster Jenkins privée de ses charmes amateurs. Panoplie d’automate au garage, attention on est dans le monde « culturel », allure faussement cool, ton platement copain, godichonnes gesticulations. À la droite de cet auto-fantasmé petit père de la nation, le ministre de la culture, dernier modèle avant les soldes, dans un rôle de stagiaire secrétaire empoté qui prend des notes, coi devant celui qui lui a chapardé les miettes de son rôle. Tout cela aurait pu faire un ridicule film muet, mais voilà c’est un parlant et le texte est à la hauteur du reste. Voulant peut-être faire dans la métaphore post maoïste – ça eut fait chic devant des intellectuels - le régent fait une sortie de route en évoquant (sans prendre la mesure de l’involontaire accident) Julius Evola, philosophe fasciste, auteur de Chevaucher le tigre, missel d’une nouvelle pensée d’extrême droite. « On rentre dans une période où on doit en quelque sorte enfourcher le tigre, et donc le domestiquer. Il ne va pas disparaître le tigre, il sera là. Et la peur sera là dans la société. Le seul moyen que le tigre ne nous dévore pas, c’est de l’enfourcher. » Dans les années 30, Evola invitait Mussolini à transformer l'Italie en « nation de guerriers ».  Invitation à traverser la rue à dos de tigre pour rejoindre « ces gaulois réfractaires » « qui ne sont rien » ? Intéressant d’imaginer le tutoriel de notre Clémenceau d’opérette monté sur l’animal réel, mais le régent n’a même pas Louis Rapière comme beau-frère pour se parfumer à la dynamite. Pensait-il peut-être à un modèle de félin en papier, papier dont on fera un jour les masques manquants, jugées inutiles puis obligatoires ?

Autre grand moment, c’est la vague citation de Simon Leys citant G.K. Chesterton citant Robinson Crusoe de Daniel Defoe. Ça en fait des rues à traverser pour parvenir au naufragé. Feignant une inspiration soudaine, les mains derrière la nuque, le régent lance un « Quand Robinson part, il ne part pas avec des idées de poésie. Il va dans la cale chercher ce qui lui permet de survivre. Du fromage. Du jambon. Des trucs concrets. » Des trucs concrets, pas de la poésie, vous avez compris ! Sauf que la citation de Leys est celle-ci : « Ainsi, pour Chesterton, l'un des plus grands poèmes jamais écrits se trouve dans Robinson Crusoé : cette liste de toutes les choses que Robinson réussit à sauver du naufrage de son navire: "deux fusils, une hache, trois sabres, une scie, trois fromages de Hollande, cinq pièces de viande de chèvre séchée..." La poésie est notre lien vital avec le monde extérieur, la ligne de sécurité dont dépend notre survie même et, en certaines circonstances, le dernier rempart de notre santé mentale. » . Bon dans la chèvre tout est bon, même le cochon. À condition qu’il ne soit pas trop vieux car le régent « pense en particulier aux créateurs de moins de 30 ans ».

Au milieu de ces impressionnantes considérations philosophiques, il y eut quelques promesses concrètes, telle celle sur l’année blanche des titulaires du régime de l’intermittence et que les droits « soient prolongés d'une année au-delà des six mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée. » soit jusqu'à fin août 2021, et «  l'exonération des cotisations pour quatre mois. ». Deux mesures minimales qui restent fort imprécises selon les spécialistes - et auraient dû être prises dès le 14 mars et faire l’objet d’un simple communiqué, pas d’un triomphalisme napoléonien.

Nota bene : il y a des artistes et techniciens titulaires du régime de l’intermittence du spectacle. Leur métier n’est pas d’être « intermittent » comme communément admis (parfois, sans prendre gare, par eux-mêmes) comme celui des artisans ou des ouvriers n’est pas celui d’être « assuré social ». Le langage mérite ses précautions.  [1]

Mais de toutes les façons, ajoute le régent goguenard, ces mesures n’auront peut-être « même pas besoin d’être appliquées » puisque grâce à de nouvelles activités financées par l’état on va « réinventer d'autres formes de colonies de vacances apprenantes et culturelles. ». Et voilà la nouvelle « utopie » qu’on va « réaliser ensemble » : l’art à l’école, une idée bien neuve. La tarte à la crème de la « réinvention », mot brandi à tout bout de champ pour dire qu’on ne sait pas trop quoi faire ou pour habiller de petites réformes bouffe.

C’est insultant pour celles et ceux qui apprécient depuis longtemps de confronter leur expression aux écoliers, aux prisonniers, aux malades, aux vieillards. C’est également insultant pour les autres qui pensent que ni la rage, ni l’insoumission, ni l’amour n’ont de mode d’emploi à dicter. Insultant aussi quant on a ni envie, ni disposition, ni connaissance,  pour que le champ de sa pratique et sa vision soit déplacé – réduit - de force ? Insultant encore pour les enseignants et enseignantes qui consacrent leur vie à ces tâches. Cela fait déjà un moment que l’on nous bassine avec « L’action culturelle » au point de la transformer en « animation culturelle » puis en animation tout court, comme devant les rayons de supermarchés ou des épiceries de luxe.  Alors certes, collaboration involontaire, l’emportement des « réseaux sociaux » a prêté le flanc en devançant l’appel « joyeuses colonies de vacances ». Quelle imagination de fertile déflagration faut-il pour imaginer (et le régent en a encore fait proposition) « un concert sans public » ? Pourquoi pas un concert sans musique ? Tiens c’est une idée ! Soyons modernes, entreprenants, il reste encore tant à détruire.

Le fromage coule chez notre naufragé de salon navigant depuis trop longtemps dans les eaux usées du langage. Dans les hôpitaux les gens meurent et le voilà, sans honte, qui fait l’intéressant devant les artistes. Artistes qu’il imagine représenter le monde « culturel » en négligeant d’oubli cruel – le régent a ses valeurs - une part fort conséquente de ce monde : les non « intermittents », les accompagnateurs, les travailleurs de l’ombre et bien d’autres encore sans qui aucune lumière ne peut prendre éclat. La veille le régent faisait le zouave engoncé, masqué et démasqué, devant des enfants d’une école pas très fan de ses blagues et conseils faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais.

Le 11 mai est une date de "libération" fabriquée par le régent-comédien, le même qui le 6 mars prévenait que « si on prend des mesures qui sont très contraignantes, ce n'est pas tenable dans la durée » avant de se rendre au théâtre en prétextant que « malgré le coronavirus, la vie continuait. »  Le 11 mai donc, l’épidémie est invitée à rejoindre toute autre épidémie visant corps ou esprits pour un retour à la misère « normale » empirée de nouvelles privations, nouveaux abattements loin de logiques curatives, toujours un peu plus totalitaires. Et là encore, défenses et bon soins libérateurs seront nécessaires. Puissent la force de nos expressions, de nos enfances, refuser toute domesticité et aider à mettre fin à un cauchemar où les apprentyrans disputent la vedette aux virus assassins.


[1] Sans vouloir ternir l’enthousiasme voulant que ces mesures aient été obtenues grâce à une pétition réunissant 200 000 signatures assimilée à une « lutte », il est probable que ce soit davantage l’adresse directe de quelques stars au régent qui les ait « permises » .




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10.5.20

VERS LE SOUFFLE CONTINU

Le Souffle Continu (20-22 rue Gerbier 75011 Paris) réouvre ses portes lundi. Comme il est important de soutenir les libraires, il est capital de soutenir les disquaires, non seulement par acte encourageant, par prêt de main forte, mais parce que c'est vital pour la musique afin qu'on ne devienne pas des oies gavées de streaming jusqu'à extinction des sources. Et la période qui vient, plutôt que nous précipiter dans le dataréacteur-datadestructeur-databroyeur, peut nous amener à reconsidérer la place "physique" et par là même l'esprit tout entier. Donc, n'hésitez pas à vous rendre au Souffle Continu ou chez vos disquaires proches et, si cela vous est difficile, de leur commander ce que vous souhaitez qu'ils vous feront un plaisir de vous expédier. Il est temps de nous reprendre afin que, de toute évidence, le souffle continue.

Photo : B. Zon

1.5.20

FAITS DU TRAVAIL (VIRAL)


Scandaleuse,  la radio scandaleuse ment scandaleusement. Qu’elle s’appelle Info ou Inter, elle répète déjà depuis la veille  que le 1er mai célèbre « la fête du travail ». Le petit régent lui-même a repris cette terminologie. C'est bien pratique et insultant.

Doit-on une fois encore faire le rappel historique de l’origine du 1er mai, fête des travailleurs ? Rappeler qu’à l’issue de la grande grève de Chicago à l'usine McCormick le 1er mai 1886, suivie nationalement par 340 000 ouvriers, alors qu’August Spies, militant anarchiste, termine son discours avant la dispersion, la police charge et tue au moins deux ouvriers de McCormick [1] en en blessant plus d'une dizaine d'autres ; évoquer le meeting de Haymarket Square organisé trois jours plus tard par Spies et deux autres anarchistes, Albert Parsons et Samuel Fielden, toujours à Chicago, lorsqu’au moment de la dispersion, la police charge et qu’explose une mystérieuse bombe tuant un policier puis sept autres dans le chaos suivant [2] ; retracer l’arrestation de huit anarchistes tenus responsables sans la moindre preuve : Spies, Parsons, Fielden ainsi que George Engel, Adolph Fischer, Louis Lingg, Michael Schwab, Oscar Neebe, suivie de leur procès parce qu'ils luttaient pour la journée de huit heures, puis leur condamnation à mort [3] au motif énoncé – ordonné - par le procureur Julius Grinnel « Messieurs du jury : condamnez ces hommes, faites d'eux un exemple, faites-les pendre et vous sauverez nos institutions et notre société » ; et souligner enfin qu’en 1889, à Paris, la IIe internationale choisit le 1er mai comme fête des travailleurs pour obtenir la réduction horaire de la journée de travail, en hommage aux huit de Haymarket.

Non le 1er mai, n’en déplaise aux nostalgiques maréchalistes [4], aux sanglants productivistes et aux apprentis esclavagistes, n’est pas la fête du travail, mais son contraire, la fête des travailleurs pour la diminution du temps de travail et le retour à la vie. Et c’est bien du retour à la vie [5] qu’il s’agit aujourd’hui plutôt que du retour au travail comme seule aptitude humaine.

Là encore, l’impressionnante confiscation du langage redétermine par à-coups successifs et incessants les contours de nos vies, pour enlever nos vies elles-mêmes… comme un virus. 


[1] Selon les sources, les chiffres varient - on trouve les chiffres des ouvriers de MacCormick tués de 1 à 3 - d'autres morts sont parfois évoqués.

[2] Selon les sources : côté manifestants entre 4 et 7 morts et jusqu'à une centaine de blessés.
 
[3] Oscar Neebe sera condamné à 15 ans de prison, les peines de mort de Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fielden seront commuées en prison à perpétuité suite à un vaste mouvement international mais August Spies, George Engel, Adolph Fischer et Albert Parsons seront pendus le 11 novembre 1887 devant les réjouis capitaines d’industries réunis et leurs familles au grand complet sur invitation. Louis Lingg se sera suicidé dans sa cellule. 

[4] Le 24 avril 1941, le maréchal Philippe Pétain par la loi Belin renomme le 1er mai « fête du Travail et de la Concorde sociale » mettant en place la devise « Travail, Famille, Patrie » interdisant le vocable « la fête des travailleurs » au motif qu’il fut porteur de lutte des classes. 

[5] Différente de la télévie