Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

27.3.19

TREIGNAC 2018
Photographies de Gérard Rouy

Pour sa XIXe (ça peut s'écrire comme un siècle) édition les 2, 3, 4 et 5 août 2018, le festival Kind of Belou à Treignac avait réglé ses invitations dans la cosmogonie de son ciel intérieur avec, en arrière plan, les significations confirmées de son poème invaincu. C'est très doux, c'est d'ici. Le blues des belous a sa sorte de bleu qui tire vers le rouge, qui tire vers le noir et n'en est que plus lumineux.
Pour l'ouverture au Café du Commerce, Jacky Molard (violon) et Hélène Labarrière (contrebasse) remplacèrent au pied levé La Guinguette à Pépée (Catherine Delaunay ayant été hospitalisée - elle va bien) et le chemin se mit de suite à trottiner au moment même où il était arpenté. Le lendemain, dans un temple aux ahurissantes écritures murales, in Busking, Hasse Poulsen (guitare) et la contrebassiste faisaient rouler la fortune des chansons dans les bouleversements du monde ordinaire. Le samedi, aux Rochers des Folles, Nathan Hanson - en solo absolu comme aurait dit André Francis, en solo magistral auraient ajouté quelques critiques éveillés - interrogeait la nature et le temps. Le soir, dans la rénovée Salle des Fêtes, Pacific 345, locomotive entraînée par Tony Hymas, pianiste familier des lieux, avec Nathan Hanson, Jacky Molard, Hélène Labarrière et le batteur Simon Goubert, ouvrait la ligne de l'harmonie débarrée et des proximités souhaitées. En des temps mixtes : de la forêt de la Berbeyrolle à Standing Rock, de Barcelone au Burkina Faso. Nuit du 4 août indeed. Le dimanche midi, la Fanfare des Belous, trop triste de l'absence de son excitatrice (Catherine Delaunay), donna un bel exemple d'autogestion, bravant l'annulation, en jouant sous la halle deux thèmes de la clarinettistes : "Clair de Lune", "Salomé" ainsi que la toujours très à propos "Bella Ciao". Soirée minnesotanne. Riverdog, jeune duo des Twin Cities constitué de Léo Remke-Rochard (électronique, voix) et Jack Dzik (batterie) faisait tinter les clés d'un présent d'antipodes, d'anti-castes : "Take the sidewalks, take the streets". Puis, le très bien nommé No Territory Band réunissant auteur du batteur Davu Seru, le clarinettiste Pat O’Keefe, les saxophonistes Nathan Hanson et Scott Fultz, le trompettiste Jake Baldwin et le vibraphoniste Levi Schwartzberg. Là encore, le désir d'être là -"là" - dans la nuit inespérée, celle des volontés énoncées et de la réunion des fragments de toutes les distances. Kind of Belou 2018, XIXe du nom, avait un ton, était un ton, un souffle parfumé, un amour naturel. Ce sont là quelques impressions remontantes - comme si elles émergeaient, pleines de vie, des ruines des siècles - en regardant, quelques mois plus tard, les photographies de Gérard Rouy, témoin de cette histoire-là comme il le fut de tant d'autres qui nous sont si chères.




2.3.19

LES FUNÉRAILLES DES ROSES

La chronique de Jean-Jacques Birgé (20 février in Mediapart) à propos du film Les funérailles des roses de Toshio Matsumoto réalisé en 1969 et jamais sorti en France (long métrage par ailleurs recommandé par le très cinéphile batteur de Riverdog, Jack Dzik) a expressément donné envie d'aller le voir au cinéma (Reflet Médicis - Paris V, toujours à l'écran). Quelle surprise éblouissante ! Mieux qu'une sorte d'impression de nouvelle vague multi-genres, le film revenant (à double titre) sur le mythe d'Oedipe dans le milieu des drag queens de Tokyo, porte l'affirmation tranquillement effrontée que le cinéma est une poésie qui, quand gorgée de tous les sens, peut littéralement TOUT exprimer pour n'être plus cet art de la défaite (ce qu'il représente trop souvent de nos jours). Vive les critiques aux bons panneaux de signalisation !