Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

19.6.17

LE PLUS GRAND CIRQUE DU MONDE ?


Ça y est, c'est fini. Ouf !
Les clowns n'étaient pas drôles, les numéros obscènes, la musique fade, les animaux malades, les jongleurs maladroits, la publicité mensongère et les trucs de prestidigitation grotesques. Basta.

18.6.17

VOYAGE DES MOTS


De l'influence de l'expression du cortège de tête lors des manifestations contre La loi travail (printemps 2016) sur les titres du Canard Enchaîné (14 juin 2017)

14.6.17

ESPÈCE D'OURS


Plus que quelques jours pour la très intéressante exposition "Espèces d'ours" au Muséum d'Histoire Naturelle à Paris. Elle ferme ses portes le 19 juin (le jour de l'installation totale de la Macronie). Il y est fait mention de la scandaleuse et horrible décision des hommes d'église qui, pour assoir leur pouvoir vers l'an 800, décidèrent d'éradiquer les ours ou de les ridiculiser (montreurs d'ours). Ce sale con de Charlemagne se plaça d'ailleurs en tête de la croisade anti-ursidés. Dans les temps qui sont les nôtres, on comprendra aisément la nécessaire solidarité à avoir avec cet animal éminemment libre.

Photo de presse pour l'exposition

12.6.17

BENNY GOODMAN TOGETHER AGAIN

Pour commencer une semaine qui s'affiche bien souvent comme un parcours difficile, l'écoute d'un très bon disque est un bienfait sensationnel (Pas de l'entendre dans l'absence du monde avec des câbles médicaux, mais de l'écouter comme un moment de confidence énergique). Ainsi on ne saura que recommander "Together Again" des retrouvailles en 1963 du fabuleux quartet des années 30 de Benny Goodman avec Teddy Wilson, Lionel Hampton et Gene Krupa. Le clarinettiste fut d'ailleurs l'un des premiers à briser la ségrégation dans son orchestre, manière fiable de lier la musique au monde.

Produit par Georges Avakian pour Blue Bird
Ingénieurs du son : Mickey Crofford, Ray Hall

11.6.17

METÉO

Sur un trottoir de Paris ce dimanche, deux femmes discutent et soudain l'une met la main sur l'épaule de son amie et pointe le ciel du doigt :
- "Oh des moutons dans le ciel !"
- "C'est bien normal en ce jour d'élections"

SOLIDARITÉ AVEC LES RÉFUGIÉS

Hier à Paris de la Place de la Chapelle (18e) à la Halle Pajol, manifestation de solidarité avec les réfugiés. Accueillir généreusement des gens qui ont, dans des conditions qui forcent le respect, fui la guerre, la pauvreté et le réchauffement climatique, tombe humainement sous le sens et devrait s'imposer comme l'évidence du monde à venir.
Photo : B. Zon

9.6.17

SANS FUITE

... ne pas perdre pied, ne pas perdre pied, ne pas perdre pied...
Photo : B. Zon

8.6.17

EN MAY PRÉNOMME CE QU'IL TE PLAIT

Sur France Inter, Alain Passerel présentateur du journal de 13h, le 6 juin dernier, annonçait : "Mathilda May accusée par le Labor d'avoir supprimé des postes de policiers ces six dernières années". Lapsus ou Cri du Hibou ?

5.6.17

LE VÉNÉRABLE W.

Est-ce parce que Barbet Schroeder a connu une enfance transportant les frontières (né à Téhéran d'un père suisse - géologue - et d'une mère allemande - physicienne fille de Hans Prinzhorn, ayant grandit en Colombie puis en France où il fit ses études) qu'il est un cinéaste aussi saillant et multiforme ? Au versant documentaire, ses Général Idi Amin Dada : Autoportrait (1974) puis L'Avocat de la terreur (2007) ont fortement marqué. Gageons qu'il en sera de même avec son remarquable Le Vénérable W. qui s'attache à la persécution des Rohingyas par les bouddhistes birmans de Maba Tha, partisans du moine Wirathu. Il y montre précisément l'infernale construction de la haine façonnable et ses irréversibles conséquences destructrices et assassines, réflexes sur lesquels (comme tous les réflexes moutonniers), réfléchir aujourd'hui n'est pas un luxe et contre lequel agir est une nécessité.

29.5.17

AIN'T THEY SWEET

Il n'est jamais trop tard pour apprendre à danser le charleston.
Le disque du jour (1958) :

28.5.17

GREG ALLMAN

The Allman Brothers Band, groupe formé par deux frères Duane et Gregg, combo dit de rock, d'un blues foisonnant d'archipels, embrassait les traces de fréquentations prolifiques (les séances de Duane pour King Curtis, Aretha Franklin, Laura Nyro, Wilson Pickett, Otis Rush, Percy Sledge, Boz Scaggs, Delaney & Bonnie, Herbie Mann...). Leur troisième album At Fillmore East est une merveille. Duane s'est tué en moto en 1971 éclatant cette fraternité explicitement puissante. Gregg continua le groupe avec une ombre fraternelle prégnante proposant le très réussi Brothers & Sisters popularisé en France en 1973 avec l'instrumental "Jessica" qui servit de générique de "Pas de Panique" de Claude Villers sur France Inter. L'esprit de Duane ne quitta jamais Gregg... qui ce 27 mai vient de s'éclipser.

27.5.17

I'M NOT YOUR NEGRO


Le film de Raoul Peck "I'm not your negro" est, par l'éloquence tellement précise et vivante de James Baldwin, une histoire en perspective de l'Amérique, sa maladie suprémaciste, sa dépendance au racisme, une réflexion affilée de ce qui constitue l'identité américaine même. "Le monde n’est pas blanc, ne l’a jamais été, ne peut pas l’être. Le blanc est une métaphore du pouvoir". Au cœur, l'image bouleversante de Dorothy Counts, à quinze ans, bravant seule une foule qui la moque, lui crache dessus, lui jette des pierres, marche vers le lycée où elle s'est inscrite. Selon les mots de Baldwin qui résonnent tant aujourd'hui "L'Histoire n'est pas le passé, c'est le présent."

25.5.17

ELLINGTON ALL STAR ROAD BAND

Comment saisir l'indicible émotion, transcrire la description du partage existant, imager la relation réciproque, la respiration émerillonnée qui transpirent lors d'un moment enregistré ? C'est sans doute la question que tout producteur (définition incertaine) d'albums phonographiques se pose (devrait se poser).

L'album All star road band (volume 1) de Duke Ellington * enregistré en juin 1957 par Jack Towers et produit par Bob Thiele est une irrésistible réponse, un éclat ! L'orchestre joue lors d'une soirée dansante à Carrolltown (Pennsylvanie). Entièrement à l'aise, il s'exprime pleinement sans besoin surjoué d'affirmation, mais avec un sens phénoménal de l'existence poétique, de ce qu'elle permet de libération et de fondamental imprévisible. Avec l'orchestre : les danseurs. L'œuvre est collective, parlante, et chacun s'y exprime, encouragé en permanence. Tout est rêvé, vécu, solidaire, entraînant, expérimental, plein, plein, plein et partout les étincelles naissent. La tradition ne s'oppose à aucune audace, le quotidien est sublime. Un petit monde de vaillance, de rire, de confidence et d'amour.

Mieux qu'un témoignage, le disque transfère tout cela jusqu'à une autre expression. Jack Towers su exactement où placer ses microphones ou peut-être se laissa-t-il simplement guider. Dansait-il lui-même ? Dans quel coin de la salle ou de l'univers Bob Thiele fumait-il la pipe pour piger cette intense bonne pioche ? Tout apprenti producteur (définition incertaine) de musique enregistrée concentrée en album (y compris après 37 ans d'exercice physique) se doit de connaître cette empreinte, y réfléchir.

*Avec Paul Gonsalves, Johnny Hodges, Russell Procope, Harry Carney, Jimmy Hamilton, Ray Nance, Britt Woodman, John Sanders, Quentin Jackson, Clark Terry, Harold "Shorty" Baker, Willie Cook, Duke Ellington, Joe Benjamin, Sam Woodyard

14.5.17

TOUJOURS PLUS FORT

Bon, c'est vrai que ça fait Monsieur Muscle, mais est-il vraiment obligatoire de faire toujours plus fort que son prédécesseur ?
Les assignations à résidence d'opposants, la criminalisation de l’action syndicale, les détentions arbitraires de manifestants, la nouvelle loi pour étendre l'utilisation d'armes à feu par la police, la répression policière accrue, son impunité en cas de crimes, la généralisation du renseignement pour les personnes, le projet de déchéance de nationalité, les suppressions de postes dans les hôpitaux, à EDF, Air France, SNCF, Alstom, le bradage d'aéroports, la loi travail, les suppressions de lits dans les hôpitaux, la prolongation des concessions autoroutières, la loi Rebsamen, la baisse des APL, la hausse phénoménale du nombre de SDF, l'amputation du budget de Pôle emploi, l'amnistie totale pour les banques, la diminution du budget de protection sociale, les 900 millions d’euros de réduction d’impôts pour les plus riches etc. etc.
Le fiston adoptif héritier qui a déjà participé à tout ce fourbi va-t-il faire encore plus fort que son tuteur ?


Photo : B. Zon

12.5.17

SI LUDWIG SE JOUE DE L'EMPIRE,
QUI EMPIRE NE PEUT SE JOUER DE LUDWIG

En 1804, Ludwig Van Beethoven entra en rage lorsqu'il apprit la proclamation de l'empire par Napoléon Bonaparte. Il composa d'ailleurs plus tard La bataille de Vittoria (titre français gêné aux entournures, l'appellation d'origine étant Wellingtons Sieg, op. 91), pièce célèbre parce qu'elle raillait l'Empereur et parce qu'elle est considérée comme la première œuvre de musique écrite introduisant dans la partition des objets sonores (canons, mousquets etc.) en plus des instruments de lutherie, ce bien avant Russolo. On s'étonnera donc qu'au XXIe siècle un Napoléon (pour l'instant) en herbe  (pyramidale) ait l'idée de s'auto-introniser au Louvre dans le domaine des rois, sur une symphonie de  de Ludwig Van Beethoven. Cocktail d'ignorance et d'imposture en forme d'annonce ?

3.5.17

JIDÉHEM

Jean De Mesmaeker alias Jidéhem n'est plus. Créateur de Ginger en 1954, il rejoint l'équipe de Spirou en 1957 et devient de suite l'inséparable compagnon de Franquin qui lui confie volontiers certains des premiers strips de Gaston Lagaffe. La complémentarité est idéale. Jidéhem dessinait les voitures comme personne et c'est encore lui qui les croque dans bon nombre d'aventures de Spirou et Fantasio. Dans un monde de BD bien trop mâle, il fait apparaître en 1964 Sophie, héroïne qui vivra une vingtaine d'aventures. Le patronyme de Jidéhem, lui, deviendra célèbre grâce à la création par Franquin d'un inutile businessman et ses contrats impossibles à signer. Signe des temps.

1.5.17

ARAM PÉCHINE

Ce matin de 1er mai sur France Inter à 8h55, le sketch honteux (aussi inspiré qu'un numéro raciste de Pierre Péchin) de Sophia Aram (qui s'empresse bien sûre de dire à la fin que ses enfants à elle ne parlent pas comme ça) ridiculisant la jeunesse qui cherche avec ses moyens parce qu'elle étouffe, qui réfléchit autrement que ses ainés, qui se révolte comme elle peut, qui n'accepte plus, qui pourrait aussi nous amener à repenser notre propre enlisement, en dit long sur les raisons même de l'état de délabrement où nous sommes arrivés et de ses responsables.

Image : Semeur à la volée par Vincent Van Gogh, peintre de conviction

30.4.17

EN PASSANT

Il est sans doute inutile d'ajouter de commentaires à la très orchestrée, auto-orchestrable, frénésie pré-deuxième tour électoral, tant celle-ci ressemble à tout sauf à un débat ou à une réflexion constructive sur le monde que certains des plus jeunes d'entre nous rêvent vraiment hors des sinistres déjà-vu. Avant de s'interroger sur qui sera encore vraiment là le 8 mai pour faire face à la suite, on notera simplement les intolérables commentaires ultra sexistes (sur l'âge, le physique, le vocabulaire "cougar" "poufiasse"...) à l'encontre de Brigitte Macron ou Marine Le Pen (comme ce fut le cas pour Ségolène Royal aussi - il y a suffisamment de choses à dire sur les deux systèmes incarnés par les candidats finalistes sans aller sur ce terrain nauséeux) ou les indignes insultes déversées continuellement envers les abstentionnistes dont bon nombre n'ont certainement pas à recevoir de leçon sur l'action réelle à mener contre le fascisme et l'ultra capitalisme pour s'y opposer d'esprit et de corps tous les jours et non tous les cinq ans.

27.4.17

NAGUI RÉGULATEUR DÉMOCRATE
Sans rigoler

Ainsi l'animateur radio-télé Nagui, celui qui estimait en juin 2016 que travailler dans la radio publique c'était « du bénévolat – on ne peut pas parler de salaire, c’est du défraiement », a censuré un des humoristes de son émission quotidienne, Pierre-Emmanuel Barré, au motif qu'il faisait dans un sketch l'apologie de l'abstention se concluant par « Je sais pas qui va gagner le 7 mai, mais je peux vous dire qu'il y aura 65 millions de perdants ». L'animateur s'est défendu « Mais non, ce n’est pas de la censure, surtout par rapport à la vraie censure qui risque d’arriver si Le Pen passe. Je suis sidéré qu’on banalise le fait que le FN soit au premier tour, qu’il n’y ait pas eu de manif ». Nagui, animateur habitué des manifs antifascistes donc (on cherche les traces pénélopiennes de sa présence à Bastille dimanche soir après l'annonce des résultats du premier tour). C'est tout simple et déjà éprouvé : pour éviter la censure : une autre censure. L'abstention qui a largement dépassé en nombre tous les autres votes n'est certes pas une masse homogène, mais ni plus ni moins que les autres groupes. Ses représentants n'ont pas de droit de cité. Marion Maréchal Le Pen, qui s'y connaît en extrême droite, disait récemment : « L'abstention ne bénéficie pas au Front national ». Pas très sensé ces histoires de censure !

26.4.17

ATTALI ES-TU LÀ ?
(Sans surprise)

Le pire livre jamais publié sur la musique s'appelle Bruits paru en 1977 et est signé Jacques Attali, conseiller des présidents François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande et du demi président Emmanuel Macron. Il fut le promoteur de la rigueur économique en 1983 (il présenta Hollande à Mitterrand), le chantre de la croissance libérée (époque Sarkozy), l'inspirateur des lois Macron passées au 49.3 (période hollandaise, rodage sous Sarkozy).
Dimanche soir, celui qui se vante aussi d'avoir été l'excitateur du MP3, dînait au chic restaurant parisien la Rotonde avec son copain le demi président Macron, alors que les fascistes affichaient un soutien de 7 658 990 personnes. Dîner bourgeois sur fond de chemises brunes : la pire musique !


Illustration : Ouin (Les Allumés du Jazz n°11- premier trimestre 2007)

24.4.17

PROBLÈMES DE CALCUL

Au moment de toutes sortes de calculs en tous sens des uns et des autres, calculs-amers, calculs-regrets, calculs-vengeurs, mieux que les pourcentages : le simple nombre des personnes, la relativité des chiffres.

(Et les enfants ne comptent pas pour rien)


LA CHIENLIT

Le Général De Gaulle ? Bien des candidats se sont d'une façon ou d'une autre réclamés de lui en le citant en exemple : Macron, Fillon, Mélenchon, Hamon, Le Pen, Dupont-Aignan ... La chienlit c'est le dénominateur commun !

23.4.17

PLACE VICTOR HUGO

Puisque Victor Hugo fut allègrement cité par les candidats à l'élection présidentielle, on le citera encore, quitte à se répéter, avec le très classique "Police partout, justice nulle part", hélas indépassé, ce soir encore tellement actuel à Paris (et sans doute ailleurs) ci-et-là à Bastille, Place de la République, La Chapelle, Place Stalingrad, là où les voix de la vie réelle et leur indispensable poésie - véritable sens pratique - ne sauraient laisser quelconque place à l'illusion catastrophique, aujourd'hui comme hier. Aujourd'hui comme demain.

DR HOLLANDENSTEIN

La créature Emmanuel Macron inventée par le Dr Hollandenstein a déclaré ce matin au Touquet : "Ce qui est important c'est de voter pour Kiksesoâ". La créature ne s'est pas trompée, à 20h Kiksesoâ est sélectionné pour la deuxième mi-temps d'un électoral-circus où Kiksesoâ se maintient en piste depuis des décennies (en piste sans t et avec deux s).

CE QUI DES LIVRES

“Derrière chaque livre il y a un homme.” (Ray Bradbury - "Farenheit 451")... et même plusieurs. Au 8ème Salon du livre libertaire 2017, ce dimanche, à l’Espace des Blancs-Manteaux à Paris, rencontre entre Philippe Carles qui y dédicaçait Free Jazz Black Power (co-écrit avec Jean-Louis Comolli) avec Jean-François Pauvros, Bernard Loupias et Jean-Noël Cognard.

16.4.17

EAST SIDE FREEDOM LIBRARY

Hier soir à l'Est Side Freedom Library (St Paul Minnesota), Davu Seru avait réuni quelques camarades pour un concert, peinture, discussion.  Le trio Nathan Hanson, Chris Bates et Davu Seru en route à partir des traces du meilleur de la création libératrice, de ses traditions bouleversées et ses perspectives de reviviscence, pendant que Stéphane Cattaneo impressionnait ses traits. Desdamona fut de la fête pour deux impromptus approfondis. Ensuite, comme une suite naturelle au concert, tout le monde discuta à partir des expériences de la Zad de Notre-Dame-des-Landes et de Standing Rock, sur les moyens de résistance, d'organisation d'une autre vie, des perspectives créatives d'un autre futur.

11.4.17

AVEC ARMAND GATTI : ICI, HIER, MAINTENANT, AILLEURS, DEMAIN POUR UNE DEUXIEME AVENTURE DE L'HOMME.
Par Francis Juchereau



Avec Armand Gatti : ici, hier, maintenant, ailleurs, demain
Pour une deuxième aventure de l'Homme.

Par Francis Juchereau

Le "toujours maquisard" limousin "Don Qui ?" est mort le 6 avril, à l'arrivée du printemps. Fils de prolétaires émigrés, Armand Gatti fit de sa longue existence (1924-2017) une extraordinaire aventure combattante et multiple : la recherche d'une possible deuxième aventure de l'homme, hors des chemins de la catastrophe en cours.
Issus du monde des paysans pauvres du Piémont, les parents de Gatti émigrent en Amérique après la Grande guerre. Brutalement de retour en Europe, ils trouvent du travail à Monaco alors que Mussolini instaure le fascisme à deux pas, en Italie.  C'est en 1924, année de la (première) naissance du futur maquisard-poète prénommé Dante. Sa mère, Laetitia, est femme de ménage et admire François d'Assise. Son père Augusto, balayeur-éboueur anarchiste, a connu l'indicible violence des tranchées en Italie du nord, puis l'impitoyable répression patronale dans le Chicago des années 20, au temps de Sacco et Vanzetti.
Dante Gatti naquit pauvre et apatride... à Monaco : paradoxe originel qui le fera rebelle. 
Sa vie durant, il préservera farouchement cette marque de fabrique qui lui permettra de ne pas succomber. Car l'homme, dit-il, a la possibilité de s'émanciper, mais seulement s'il refuse catégoriquement cette société marchande et spectaculaire qui le happe. Il y réussira à la seule condition qu'il résiste, qu'il se déprenne de ce monde qui le rend "petit" et précipite la catastrophe.  
L'argent, la richesse, le lucre n'auront pas prise sur la vie et la pensée de Gatti. Et celui-ci se tournera naturellement vers un humanisme cosmopolite. Il s'engagera en faveur de la vie aux côtés des hérétiques, des "vaincus", des pauvres, pour "un homme plus grand que l'homme", par delà les frontières de l'espace et du temps.
L'historien Eric Hobsbawm nomma "Âge des extrêmes" le "Court XXe siècle" (1914-1989). Durant moins d'une vie humaine, surgirent deux guerres mondiales, des génocides (des arméniens, des juifs... peu après des tutsis) et une gigantesque techno-science qui cachera derrière son étiquette "Progrès" des boucheries industrielles de l'homme par l'homme et des saccages de notre planète. Face à cette démesure-ci, des révolutions et des luttes de libération surgirent mais furent interrompues brutalement, ou s'avérèrent des impasses, ou furent terriblement dévoyée.   
Gatti déploiera avec ferveur sa passion existentielle à travers les tumultes de ce siècle. Il sera journaliste, cinéaste, dramaturge... et toujours poète. En 1968, le milieu culturel officiel (TNP, Avignon...) l'avait quasiment consacré.  "Sous les pavés, la plage", slogan culte de 1968, est une réplique issue de son théâtre à l'heure du succès. Mais bientôt une de ses pièces sur le dictateur Franco sera interdite par le pouvoir. Alors Gatti se place délibérément en marge des institutions culturelles et sort définitivement du cadre son théâtre comme le langage qui s'y crée. Ces vingt dernières années, il élabora au long de ses écrits et de ses "expériences" (une autobiographie "improbable", La parole errante et les 17 textes et pièces de La traversée des langages) une parole exploratrice porteuse d'une vison du monde différente et nouvelle. Cette expression, complexe et d'un lyrisme certain, qui cependant participe à une véritable révolution culturelle, passe aujourd'hui quasiment inaperçue (la plupart des médias ne se réfèrent qu'à ses pièces d'avant 68, éditées au Seuil).  Malgré cela, la grande presse qui a largement annoncé sont décès, flaire une postérité prometteuse à travers des titres comme, "la légende d'un siècle", "mort d'un révolutionnaire du théâtre", "figure du théâtre du vingtième siècle", "miroir éclaté des utopies".
Mais c'est d'abord sur la montagne limousine, accueilli par des paysans communistes et planqué dans un trou de maquis au cœur de la forêt de la Berbeyrolle près de Tarnac, que Gatti connaît, assure-t-il,  sa "seconde naissance".  Arrêté puis interrogé, il découvre alors la parole poétique comme arme (prosaïquement, les gendarmes notent sur le procès-verbal de son arrestation : "l'intéressé (...) simule l'idiotie").
 "Ô forêt  seul langage inventé par la terre pour parler au soleil", déclame-il au même endroit, soixante trois ans après, amorçant sous l'orage la lecture publique de son poème en hommage à Georges Guingouin, au Limousin et à la longue marche de toutes les résistances.
Et de finir le poème par ces mots : "Les lettres d'Antonio Gramsci, lues à haute voix aux arbres pendant les heures de garde, nous remplissaient de la conscience que les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin étaient une barricade, la même que celle de Madrid, le même combat, le même futur à chaque instant créé."
Laissons conclure le poète, devenu à son tour "notre mort".
Ainsi, sur une pierre, au trou de la Berbeyrolle , le Toujours maquisard Don Qui ? a voulu placer ces mots :
"Prolétaires du monde entier, descendez dans vos propres profondeurs. Cherchez-y la vérité. Inventez là, vous ne la trouverez nulle part ailleurs".  Nestor Makhno.
"Nous ne sommes rien, soyons tout". Nicole Gompers. 


Armand Gatti et le cercle Gramsci

Gramsci-Guingouin-Gatti, une conjonction extraordinaire en Limousin

Si le G du logo du Cercle représente naturellement la première lettre du patronyme d'Antonio Gramsci, il a, au fil de sa "carrière" plus que trentenaire, indissolublement incorporé celle des noms Guingouin, puis Gatti.
En  juillet  2005, Armand Gatti a rencontré pour la première fois le cercle Gramsci en venant tout un week-end à Ligoure fêter les 20 ans du Cercle, avec Hélène Châtelain[1]. Ce fut un moment mémorable où les salles du château résonnèrent des chants de la Chorale des résistances sociales et où ses murs nous permirent d'admirer le film tourné par Hélène à Los Angeles lors de la création dans cette ville de la pièce "Chant public devant deux chaises électriques"(à partir des derniers moments de Sacco et Vanzetti). Si cette rencontre, permise par Manée Teyssandier et nos camarades de Peuple et Culture Corrèze, fut un moment capital pour la vie du Cercle, elle marquera sans conteste aussi un moment important dans le parcours d'Armand Gatti et de son œuvre.
L'automne 2005 fut marqué par la mort de Georges Guingouin, survenue au moment même où Gatti, invité par le Cercle, venait faire une lecture à Gentioux, organisée sur le plateau de Millevaches notamment grâce à un des "anciens" du Cercle, Francis Laveix de Royère de Vassivière. Nous pouvons parler de ce moment en termes de conjoncture extraordinaire, car il marque à la fois un retour créatif de Gatti sur les lieux de son maquis et sa rencontre avec une vie nouvelle foisonnant alors sur le Plateau, laquelle fera beaucoup parler d'elle médiatiquement à partir de 2008 avec l'affaire de Tarnac.
En effet, aux lendemains de Gentioux, Gatti écrivit un grand poème en hommage à Guingouin,  "Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin", poème qu'il confia au Cercle. Grâce aux liens antérieurs liés par le poète avec l'éditeur limousin Jean Louis Escarfail (éditions Le bruit des autres), le Cercle put coéditer ce poème. Cette édition fut réalisée en vue d'une lecture mémorable du poème par son auteur devant la ferme de la Berbeyrolle (commune de Tarnac), ferme de la famille Hélie qui, en 1943, avait recueilli Gatti, devenu maquisard-poète dans la forêt éponyme.
Après cette lecture, Armand Gatti reviendra très régulièrement dans sa "Corrèze". Il sera notamment invité par Pierre Coutaud, maire de Peyrelevade, en vue de fonder un lieu de création international, université véritable ouverte à tous, porteuse d'une culture transformatrice issue des exigences nouvelles de ce siècle. Ce projet ne se réalisera pas en ce lieu et avec Gatti, mais Armand Gatti pourra entreprendre en 2010 avec l'aide d'Henry Roy, maire de Neuvic d'Ussel, sa dernière grande "expérience" qui réunit tout l'été un groupe de 30 stagiaires venant du Limousin, de différents lieux de France et internationaux. Cette pièce, "Science et Résistance battant des ailes pour donner aux femmes en noir de Tarnac un envol d'oiseau des hautes altitudes" fut un événement majeur dans la littérature et le théâtre selon Olivier Neveux, présent à Neuvic. Celui-ci écrivit à chaud : "les mots peinent à dire et décrire ce dont plusieurs centaines de personnes furent, cette fin d'été, les témoins. Comme si les catégories qui permettent l'analyse théâtrale s'avéraient sinon fausses du moins vaines, comme à côté. Quelque chose fut, en effet, à nul autre pareil".
Après 2010 et l'expérience de Neuvic, Armand Gatti reviendra fidèlement en Limousin, n'oubliant pas le Cercle. Le 13 novembre 2010, il fut l'invité d'honneur d'une soirée mémorable, salle Jean-Pierre Timbaud, sur le thème "création littéraire et engagement politique". Lors de cette soirée, son frère en poésie, le toulousain Serge Pey et sa compagne sarde, accomplirent une performance avec des portraits de Gramsci sur le texte de son poème Graffiti, puis Serge remit à Gatti un bâton de poète, recouvert d'un texte qu'il avait spécialement gravé.
En octobre 2012, Armand Gatti vint à Limoges plus particulièrement pour une soirée du Cercle sur "l'actualité de Gramsci" animée par Ramiz Keucheyan. Il participa tout simplement au débat, avec la même attention, le même intérêt et le même bonheur que celles et ceux venus ce soir là débattre et réfléchir ensemble à propos de la pensée d'Antonio Gramsci.







[1] accompagnés de Jean Jacques Hocquard, l'"amiral" de La Parole errante à Montreuil, d'Olivier Neveux universitaire spécialiste du théâtre d'A Gatti et d'Emmanuel Deléage, son assistant franco-américain, habitant Los Angeles.

Photo prise pendant l'expérience de Neuvic d'Ussel, en 2010 et lors d'un séjour avec Armand Gatti et Hélène Chatelain, Francis Juchereau et Christophe Soulié, dans le moulin d'Hélène, Berry - 2013. Merci à  Christophe Soulié

9.4.17

AU DRAP POT

L'overdose tricolore. Le fourbi où se retrouvent Hugues Capet, Jean le Bon, Saint Michel, Étienne Marcel, La Fête de la Fédération, celle de L'Être suprème, Le baron Jacques-Francois de Menou, Mirabeau, La Convention, Louis-Philippe, Adolphe Thiers etc. etc. jusqu'aux candidats à l'élection présidentielle 2017 (en tous cas tous ceux que les médias appellent d'un vocabulaire généralement accepté de tous : les gros candidats - tout un symbole), a sérieusement quitté la désuétude qui lui sied si bien pour devenir l'étendard partagé d'un patriotisme synallagmatique en une flagmania unificatrice d'image (pour qui n'aurait pas le son).

Dessin Tardi © Adèle Blanc-Sec

8.4.17

EDDY ET DOMINIQUE GAUMONT
ALWAYS PRESENT

Lors de l'émission d'Alex Dutilh "Open Jazz", diffusée en direct du disquaire Le souffle continu le 6 avril à l'occasion de la réédition des albums du Cohelmec Ensemble, le saxophoniste Jean Cohen a mentionné deux des frères Gaumont : Eddy (le batteur) et Dominique (le guitariste). Sur Internet, où l'on ne trouve pas plus de choses qu'à la Samaritaine (bientôt reconvertie en hôtel touristique), les Gaumont sont très absents (quasi totalement pour le premier) ni leur extraordinaire créativité, ni leur fin tragique n'inspirent les fondus de la toile. Pourtant ces deux comètes guyanaises (la Guyane territoire oublié) ont marché sur les crêtes de ce que l'on aime le plus jusqu'à s'y perdre. On les a entendu avec Michel Portal, Miles Davis, Jacques Thollot, François Tusques, Barney Wilen, Beb Guérin, le Black Artist Group... Dans Watch Devil Go de Jacques Thollot, "Eddy G, Always Present" a la dédicace facile à comprendre.

Photo Archives Gaumont

6.4.17

ARMAND GATTI

En novembre 2015, à Limoges pour la version intégrale de "Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin", Armand Gatti avait, heureux, rejoint sur la scène du Théâtre de l'Union, Tony Hymas, Frédéric Pierrot et Violaine Schwartz. Retrouvailles épanouies de ses mots avec la musique 63 ans après "Oubli signal lapidé" avec Pierre Boulez. L'intuition du vocabulaire rendue possible par Armand Gatti a ouvert, parmi les arbres, une source inspiratrice où s'enlacent les traits accrus de résistance, de poésie, de leurs transformations, des reflets des sentiments sur l'histoire des hommes, de leurs combats libérateurs. À 93 ans, le poète à la vie singulière aux nuances impressionnantes d'élan, l'homme qui portait toujours, ces derniers temps, un badge de Durruti sur le revers de sa veste, vient de nous quitter.

Photo : B. Zon

2.4.17

SOUFFLE CONTINUEL



S'il nous arrive de lutter contre les souvenirs, nous sommes aussi souvent en recherche du souffle qu'ils ont pu nourrir. Pas vraiment les souvenirs en formes d'ailleurs, mais ces moments que l'on voudrait embrasser au présent, toujours. Non pour regarder derrière, ni pour être sur ses gardes, mais pour obstinément espérer trouver l'insondable balance qui ferait de demain un autre jour véritable. Le portrait de Gérard Terronès photographié par Christian Ducasse en 1990 laisse passer la lumière pour dire cet instant où tout s'ouvre, cet instant où le souffle continue, fort de son histoire, de ses sentiers aventureux, de ses désirs. Vendredi matin, 17 mars, l'indésirable flash nous fait perdre l'équilibre, la nouvelle est impossible : Gérard est parti la veille.


Le soir, à Lomme, Jazz en Nord a invité Tony Hymas et Eric Lareine pour une soirée consacrée à Léo Ferré. Avant le concert, Claude Colpaert, qui vient d'apprendre la nouvelle, s'adresse aux spectateurs pour rappeler l'importance de Gérard Terronès, dire comment l'homme au chapeau avait généreusement aidé l'association à ses débuts, à quel point il souhaitait que ce genre d'initiative prenne racine. Le pianiste d'Eric Lareine a dû annuler pour raisons familiales et Tony le remplacera. En une heure de répétition avant le repas, avec Eric Lareine, ils font connaissance, potassent la musique, les mots ; tout le monde s'adapte, construit, ce qui compte c'est le poème, les conseils du vent, la boussole, ne rien perdre du Nord. Le pianiste joue d'abord seul, puis avec le chanteur vient le temps d'une rencontre intense de libertés intérieures, de libertés de mouvements, de libertés de langage, de langages, de libertés libertaires. On y danse.  "Muß es sein, es muß sein!" Nous sommes là pour être, suivre la seule partition fondamentale : le souffle.


"La dignité d'un homme seul, ça ne s'aperçoit pas. La dignité de mille hommes, ça prend une allure de combat".  René Char (Le soleil des eaux)

Dimanche 19 mars 14h, Paris, place de la Nation, Marche pour la Justice et la Dignité. Cela fait longtemps que les Marx Brothers, fussent-ils oubliés par Lénine (Léo Ferré "Paris Je ne t'aime plus"), ne modèrent ni la forge ni le vent. Ils marchent contre la brutalité policière, contre l'oubli de ses nombreuses victimes, contre l'infernal racisme, contre les fatalités programmées de l'inhabitable ancienne maison et ses rafistolages atomiques. Ils marchent aussi pour l'essentielle justice du verbe "être". La rue fait du bien, elle rend la beauté. On ne se terre plus. On y danse. Là, une banque à la vitrine endommagée avec un graffiti "Plus belle la vitre". Les équivalences poétiques disent tout. En arrivant Place de la République, on passe devant le Dejazet, souvenir de Léo Ferré et de Gérard Terronès qui tous les deux y ont forgé, y ont soufflé, lorsque cette scène était Théâtre Libertaire de Paris. La manifestation anti-répression sera réprimée. Peine perdue et uniforme, cela fait mal certes, mais ne suffira jamais à modifier nos paysages jamais essoufflés.


Plus tard, ce même 19 mars, on file à l'Atelier du Plateau. Catherine Delaunay et ses copains Yann Karaquillo, Sandrine Le Grand, Christophe Morisset, Pierrick Hardy, Guillaume Roy, Guillaume Séguron y jouent Jusqu'au dernier souffle, suite inspirée par les lettres des soldats français au front pendant la guerre de 14-18. Ces lettres l'ont bouleversée, c'est sensible et c'est partagé. Debussy (1910) et Berg (1913) sont en tête de chapitres. S'en suivent les mots, leurs peines, leurs dépits, leurs horreurs, leur amour. Eugène à la veille de son exécution "pour l'exemple" écrit à sa femme Léonie : "Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissés exténués et désespérés. (...) Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie. Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque jʼavançais les sentiments nʼexistaient plus, la peur, lʼamour, plus rien nʼavait de sens. Il importait juste dʼaller de lʼavant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. (...) Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de lʼétat major. Tous les combattants désespèrent de lʼexistence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier nʼa pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre. Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. Jʼai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour lʼexemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus dʼobtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif dʼaider les combattants à retrouver le goût de lʼobéissance, je ne crois pas quʼils y parviendront. (...) Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahis et la France va nous sacrifier. Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle". La musique composée par Catherine Delaunay et vécue par l'orchestre corrèle, elle chante avec ses humbles petits chahuts son refus de l'émergence du mal. Sa force agit, resitue le souvenir et ses possibilités d'une multitude d'actions contre l'inadmissible.


Intermède : On se demande bien pourquoi pendant trois jours, les médias veulent nous faire croire que Chuck Berry est l'inventeur du Rock'n'Roll. Ce n'est pas le cas, ce qui ne retire rien de son talent, un moment prodigieux. Mais pourquoi diable tout sacrifier aux raccourcis saccageurs, à l'histoire de vitrine, à la gomme du détail et des relations, à la disparition d'une humanité mouvementée, riche et complexe ? Entre deux passages de l'énergique "Johnny B. Goode", ils poursuivent le forcing pour nous faire avaler la farce électorale. Ce n'est pas très marrant.

Mercredi 22 mars à Nanterre, François Robin, joueur de veuze et flibustier des sons présente, devant un parterre divers, réceptif et heureux, La Circulaire, trio l'unissant à ses amis le chanteur Sylvain Girault et le flûtiste Erwan Hamon. La circulaire appelle la respiration, la nécessité du souffle pour le son continu nécessaire à la cornemuse (la veuze étant cornemuse de la région nantaise), le bourdon en haleine, les motifs répétitifs, les variations incarnées, la mise en rythme des sentiments où s'insère la poésie et l'histoire des gens : une façon à chaque tour de rejoindre un peu plus le monde par présages miroitant. Toutes sortes de voies se dévoilent par l'essentielle attention. Là aussi on peut danser.


Jeudi 23 mars, direction le Père Lachaise pour un dernier salut à Gérard Terronès. Trois jours avant, c'était le peintre Henri Cueco qui rassemblait avant de rejoindre la terre de Corrèze. Dans le métro, ligne 2, ligne injustement décriée car on y fait de belles rencontres, un graffiti : "Mon MC favori ? Bakounine". Comme un avant-propos en arrivant au cimetière du mur des Fédérés, là où les partisans de La Commune de Paris furent fusillés et jetés dans une fosse ouverte au pied du mur par l'armée de Mac Mahon et Adolphe Thiers. Nestor Makhno et Bernard Vitet, auteur de La Guêpe, paru en 1972 chez Futura, y sont aussi. La musique est Flamenco, Gérard Terronès aimait la marque espagnole. Noel McGhie prend le premier la parole émue, évoquant l'accueil chaleureux de Gérard Terronès lors de son arrivée à Paris en 1969, ce qu'avait apporté le Gills Club, la rencontre de nouveaux camarades comme Beb Guérin et Bernard Vitet. D'autres évoquent ensuite Massy, Futura, la rue Clothaire, Marge, Futura Experience, Radio Libertaire, Le Totem, le Festival des Musiques Mutantes, le free jazz, l'unité, Jazz Unité, le swing, les étincelles, le football, la Java, les convictions, l'équilibrisme, l'indépendance, la lumière, la pénombre, l'Amérique à Paris, le partage, la vie du jazz, le jazz de la vie... Mais aussi Gérard très jeune adolescent d'Agadir, dans une préhistoire du jazz racontée par son frère Noël, en jeune rocker fasciné par James Dean et Bill Haley. Rires, applaudissements, chagrin.Tant de vies touchées par celle d'un homme, tant de vies inspirées à l'un ou l'autre moment. Moment fort de retrouvailles aussi. Beaucoup d'amitié fraternelle ce jour.

Théo et Bernard, amis disquaires chez qui Gérard Terronès - qu'ils aimaient comme un oncle - appréciait avoir ses rendez-vous, offrent ensuite un moment de partage et de réconfort nécessaires dans cet endroit au nom si bien choisi, si déterminé : Le Souffle Continu.
 

Photographies : Christian Ducasse (Gérard Terronès), B. Zon (Hymas-Lareine, Marche pour la justice et la Dignité, La circulaire), Hélène Collon (Catherine Delaunay), PG 2395 (texture Rouge et Noir)

31.3.17

BARRE PHILLIPS DEUX FOIS LE 31 MARS


Vendredi 31 mars, spécial Barre Phillips avec la sortie musicale de théâtre et de cinéma avec les publications de "No Man's Zone" (Cinénato), musique composée en 2011 par Barre Phillips et interprétée en duo avec Emilie Lesbros pour le film de Toshi Fujiwara consacré aux suites de la catastrophe de Fukushima et "La vida es sueño" (Wan+Wan), opéra improvisé en 2015 par Barre Phillips et l'ensemble EMIR (Patrice Soletti - Laurent Charles - François Rossi - Emilie Lesbros - Lionel Garcin - Emmanuel Cremer - Anna Pietsch - Charles Fichaux) d'après l'ouvrage de Pedro Calderón de la Barca.

No Man's Zone
La vida es sueño

21.3.17

BERRY SCOPE

La tendance à tailler l'histoire pour faire l'éloge des gens est assez pénible. Oui Chuck Berry a écrit quantité de chansons formidables, oui il a créé quelque chose d'unique qui a fasciné bien des musiciens qui s'en sont servi (profondément mais assez brièvement) comme point de départ de leur création, mais non il n'est pas le créateur du rock'n'roll comme on l'entend dire partout depuis trois jours. Le terme et la musique existaient déjà lorsque Chuck Berry surgit avec "Maybellene" en 1955. "Rocket 88" enregistré par Ike Turner et Jackie Brenston date de 1951 (repris la même année par Bill Haley). C'est alors que le terme rock'n'roll apparait (par la voix d'Alan Freed) pour enfin nommer une musique qui elle existe depuis dix ans avec Louis Jordan.

17.3.17

GÉRARD TERRONÈS

Gérard Terronès nous a quittés hier. L'homme au chapeau à l'activité incessante et à la fabuleuse foi en la musique a été une telle influence pour tant d'entre nous. Du Blues Jazz Museum à la Java en passant par le Gill's Club, le Totem, Jazz Unité, les disques Futura puis Marge, les tournées, les nuits du jazz à Massy ou à la Mutualité... tous ces moments qui nous ont tant nourris. Les mots manquent, la tristesse est immense.
On a tellement envie de lui dire merci.



Photo : © Christian Ducasse

16.3.17

HENRI CUECO

"Dialogue avec mon jardinier" d'Henri Cueco paru en 2004 (Le Seuil) est un livre étonnant, délicieux, gracieux, espiègle, tranquillement extraordinaire : une représentation de la lutte des classes et de la nature des hommes transportées par l'observation et les idées d'un jardinier et d'un peintre. Henri Cueco, Corrèzien d'origine espagnole peignait comme il pensait ou l'inverse ou les deux en même détente entre l'homme et le paysage. Il participait aux Papous dans la tête sur France Culture, émission à la poésie facétieuse et impertinente de type Oulipo. Fondateur avec Ernest Pignon Ernest du Syndicat national des artistes plasticiens, Cueco croyait en une culture populaire. Il nous a quittés le 13 mars et nos pensées vont aussi vers son fils Pablo.

Peinture : © Henri Cueco, Paysage dans la main, 1978 - Musée du Vivant

12.3.17

AUX ÉLÈVES DES QUATRE MOULINS
ET DE KERZOUAR




Chers et chères amiEs d'une région d'un bout du monde,

À l'invitation des associations Nautilis et Penn Ar Jazz, de vos professeurs et proviseurs, nous nous étions rendus avec Tony Hymas et Christophe Rocher dans vos classes le 6 décembre 2016. Ce jour-là, Tony Hymas avait joué une pièce dédiée au chef Comanche Quanah Parker puis, avec Christophe Rocher, un morceau fraîchement créé ce jour même : "Standing Rock 2016", qui allait être joué sur scène au Vauban le dimanche suivant avec Hélène Labarrière et Beñat Achiary. Nous avions ensemble échangé à propos de la musique comme langage et des différentes expériences qu'elle reflète, commente ou stimule. 

Standing Rock est le nom d'une réserve indienne à cheval entre les états américains du Dakota du Nord et du Dakota du Sud où vivent les Lakotas (communément appelés Sioux). Cette réserve, la sixième des États-Unis d'Amérique en superficie, est aussi célèbre car elle fut la terre de Sitting Bull, qui y fut tué par la police en 1890, ce qui précipita les événements qui allaient se conclure tragiquement par le massacre de Wounded Knee où furent décimés entre 300 et 400 Lakotas par le 7e de Cavalerie. Cette réserve est également celle de Vine Deloria jr, activiste, historien et écrivain indien dont l'ouvrage Custer died for your sins, publié en 1969, eut une influence considérable sur la naissance de l'American Indian Movement et le renouveau indien. L'an passé, cet endroit qui compte à peine 10 000 habitants vivant souvent dans la pauvreté fut le théâtre d'une lutte exemplaire pour la vie, pour la nature, pour l'histoire et pour l'espoir.

Début avril, les habitants de Standing Rock ont commencé un combat pour empêcher la proximité de la traversée d'un oléoduc nommé Dakota Access Pipe Line (DAPL), entreprise de la société texane Energy Transfer Partners financée par 17 banques (dont 4 françaises). Le DAPL traverserait quatre états sur 1 900 km avant d’être raccordé à un autre oléoduc afin d'alimenter les raffineries du golfe du Mexique. Le trajet initial prévoyait de passer près de la ville de Bismarck, mais au vu de l'inquiétude provoquée (les risques de pollutions étant très élevés), il a été révisé pour passer à proximité (moins d'un kilomètre) de la réserve indienne. Son coût initial est estimé à 3 700 000 dollars.

Conscient du danger écologique majeur (il s'agit du transport d'un peu moins de 600 000 barils de pétrole par jour - les précédents accidentels sont nombreux), de la violation de sites ancestraux (les limites de la réserve sont par traité bien plus larges que celles effectives par confiscations successives), les membres de la tribu ont invité les représentants d'une centaine d'autres tribus indiennes de tous les Etats-Unis. Des milliers d'indiens, mais aussi de soutiens se sont ainsi retrouvés pour s'opposer aux travaux en cours. Cette lutte est rapidement devenue synonyme de la défense absolue de l'eau indispensable et d'une autre façon de partager nos vécus. Black Lives Matter, nouveau mouvement noir fondé après le meurtre de Michael Brown par la police de Ferguson, se montra également un soutien actif. Malgré la répression très violente (de la police et des services de sécurités privés) et les arrestations nombreuses, un gigantesque campement fut installé pour plusieurs mois. Le 5 décembre, alors que le camp devait être évacué par la force et que 2000 vétérans indiens avaient afflué à Standing Rock comme bouclier des opposants au DAPL, l'administration retirait in extremis le permis de forer. La nouvelle était d'importance mais provoqua une joie mesurée. On savait bien que le nouveau président élu, était forcément favorable au projet puisqu'y ayant des intérêts personnels. Une amertume aussi : cette décision prise quelques années auparavant aurait eu une issue toute autre. Ce n'est pas nouveau : le monde politique et ses relations vivent en un autre temps.
 
Le 6 décembre, jour de répit à Standing Rock, nous étions ensemble en pays de Brest à échanger sur tout cela, sur la relation que des gens de musique pouvaient avoir à ce type d'événement, ce qu'ils pouvaient modestement un peu éclairer. Nous avons tous appris les uns des autres ce jour-là, plus que par nos paroles. J'y ai souvent pensé.

"Ils nous faisaient beaucoup de promesses, plus que je ne peux me rappeler, mais ils n’en ont jamais tenu qu’une seule ; ils ont promis de prendre nos terres, et ils les ont prises."
Mah’piua Luta (Red Cloud - chef lakota oglala)


Le nouveau président, dès sa prise de fonction, ordonna la reprise des travaux et le camp fut évacué le 23 février 2017. Les occupants, encerclés par la police en surnombre, mirent le feu au camp avant de se retirer pour ne pas voir les bulldozers le détruire. Refus de cette humiliation-là après ces mois de vie exemplaire, ces mois de solidarité où la vie prenait un nouveau sens.

C'est naturellement que j'ai pensé à vous lors de ces récents épisodes. À cette journée où s'était doucement inscrite votre essentielle jeunesse, cette journée où même si j'étais le plus bavard, c'est vous qui m'avez appris, ce type de journée que l'on n'oublie pas car la vie est faite de ces moments d'échanges inattendus où se mêlent les souvenirs, les métaphores du réel, une altération salutaire, une douce insurrection naturelle. En quelques instants et toutes proportions gardées quelque chose de parallèle au camp de Standing Rock, qui nous laisse espérer la vie. La vie nôtre lorsque nous le voulons.

Cette semaine, les Lakotas et leurs amis ont marché sur Washington, ils y ont manifesté et planté quelques tipis à deux pas de l'arrogante Maison Blanche sur le National Mall. Façon de continuer l'action, façon aussi de ne pas faire taire l'histoire populaire.




Nous avons tant à faire ensemble.

Amitiés fraternelles,

Jean

Un grand merci aux professeurs d'anglais Marine Carval, Stéphanie Cohier, Lydie Le Lann et aux principaux Pascal Coignec, Olivier Hureau et Eric Salaun, aux collèges des Quatre Moulins à Brest et à celui de Kerzouar à Saint Renan ainsi qu'aux équipes de Nautilis et Penn Ar Jazz.

Photo : DR et B. Zon

10.3.17

COMPTES COURANTS

BNP Paribas (450 millions de dollars), Crédit agricole (120 millons de dollars), Société générale (120 millons de dollars) et Natixis (180 millons de dollars) : quatre banques françaises (parmi les 17) qui ont investi dans le Dakota Access Pipeline. Investissement destructeur de la vie, investissement contre l'histoire, contre le futur, investissement raciste aussi.


Mais les banques, comme les cimentiers, ne font pas de politique c'est bien connu !

4.3.17

MISHA MENGELBERG

La Free Music, celle qui dessinait de nouveaux axes libres se jouant de leurs propres définitions, de leurs propres attaches, a connu d'invraisemblables horizons grâce à des baladins hallucinants. Le duo Misha Mengelberg - Han Bennink en a éclairé de beaux jours tant leur complicité dépassait l'entendu. Avec Willem Breuker, ils avaient fondé Instant Composers Pool. Misha Mengelberg aimait les chats (il pensait qu'ils étaient les meilleurs pianistes), les échecs, et sa malice ingénieuse lui permettait bien des parcours, de Monk à Fluxus, de Dolphy à l'oublié Herbie Nichols, en osant toutes les pirouettes et toutes les réflexions où l'absurde dit vrai. Misha Mengelberg nous a quittés hier. 

 Photo : © Francesca Patella (Muziekencyclopedie)

3.3.17

ENFANTS CONTRE L'INFÂME

Au moment où l'imbu monde adulte opte pour l'extinction du simple sentiment de justice, où il parade avec des sacs de soldes de l'expérience humaine (énième démarque), où il encourage l'étouffement léthargique et la disparition des couleurs, au moment où des hommes exhibent la pire mistoufle intellectuelle dans le feuilleton d'un intolérable vaudeville électoral, il est des enfants comme ceux que l'on voit depuis quelques semaines dans les rues de Paris, de sa banlieue et d'autres villes de France, qui se lèvent vigoureusement pour la justice et pour la vie, avec bonheur. Comment ne pas saluer et accueillir pleinement ces sauveteurs véritables, embrasser ce qu'ils nous offrent ?






Peinture : George Demetrescu-Mirea

23.2.17

L'EAU C'EST LA VIE

"L'eau c'est la vie" est le slogan rassembleur des opposants au ravageur Dakota Access Pipe Line. Le temps est là pour l'insistance nécessaire. Les chevaux et la rivière aussi bien sûr. Ainsi l'image de ce jeune lakota de Standing Rock en lutte pour la vie photographié par Amber Bracken évoque celle de ce guerrier Piegan immortalisé par Edward Sheriff Curtis. Entre les deux, un siècle de silence, de courant et de résistance dont on ne peut détacher la vie. "L'eau c'est la vie".

Photos © Amber Bracken et Edward Sheriff Curtis

19.2.17

CLYDE STUBBLEFIELD


Clyde Stubblefield, batteur en profession depuis l'adolescence (avec Otis Redding ou Eddie Kirkland) devint (avec John "Jabo" Starks) en 1965 et pour six années fortes d'une affolante vibration, le funky drummer de James Brown. Sa marque fut si profonde qu'elle servit largement de fondation rythmique au hip hop. Le sample sur lequel repose "Fight the Power" de Public Enemy, c'est lui. Il jouera en direct avec Chuck D et Amir Thompson en 2011 ce "Fight the power" hymne des temps qui sont les nôtres. Clyde Stubblefield est parti hier, mais continuons à être funky and fight the power.


Photo : DR

18.2.17

MÉMOIRE SANS AMNÉSIE

L'air de Paris est si mauvais que je le fais toujours bouillir avant de respirer.” Erik Satie
 Photo : B. Zon