Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

8.12.17

SUNNY MURRAY

La batterie fut inventée pour et par le jazz signifiant pleinement toute sa révolution. Baby Dodds, Zutty Singleton, Gene Krupa, Walter Johnson, Jo Jones, Sidney Catlett, Cozy Cole, Kenny Clarke, Max Roach, Art Blakey en furent quelques gigantesques et décisifs signataires jusqu'à ce qu'en arrive un autre, Sunny Murray, à l'aube des années 60, pour révolutionner la révolution, autorisant tous les impossibles en une grande bourrasque à laquelle on doit tant.

Cette semaine, un grand musicien est mort.

Photographie de Ray Gibson pour la couverture du disque ESP 1032, 1966

6.12.17

JOHN HALLIDAY

John Halliday (1880-1947) dans Désir de Frank Borzage (avec Marlene Dietrich et Gary Cooper)

5.12.17

HISTOIRE D'O

Pour l'entrée de l'œuvre de 
Johnny Hallyday de son vivant dans la Pléiade,
signez la pétition.

26.11.17

ERIC KAMAU GRAVATT



Nos oreilles avaient été merveilleusement titillées par cette cymbale unique dans le "Unknown Soldier" (tite emprunté à Walt Whitman) de Weather Report en 1972. Dès lors Eric Kamau Grávátt inscrivait sa marque d'une unique félinité dans cette étourdissante coterie des grands batteurs de jazz. Puis après son séjour dans l'orchestre de McCoy Tyner, Eric Kamau Grávátt s'est absenté pendant de longues années. Le retrouvant à Minneapolis (grâce à Michael Bland), nous avions enregistré le trio Hope Street MN en 2001 avec Tony Hymas et Billy Peterson. À chaque fois qu'il est offert de l'entendre, comme ce soir du 26 novembre 2017 au Black Dog avec Steve Kenny (tompette), Dave Brattain (sax ténor et soprano), Will Kjeer (piano) et Ron Evaniuk (contrebsse), c'est cet intact émerveillement qui nous saisit à nouveau et tout le sens - qu'il nous est parfois donné de perdre - de ce qui nous a fait aimer cette musique.

Un très grand merci à Steve Kenny qui organise ces Saturday night jazz au Black Dog (184e ce soir) avec cœur et intelligence tant humaine que musicale et diachronique.

Photo : B. Zon

23.11.17

RED NIGHTS AT THE BLACK DOG

"Nous aimons le rouge comme nous aimons le noir"
Anonyme du XIXe siècle (toujours vivant)

Le jazz on peut l'aimer rouge, rouge une valeur de blues aussi simple que le “Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge” du peintre andalou Pablo Picasso, une valeur d'entrailles et de clairvoyance aussi : le jazz comme musique d'intérieur, de nos intérieurs inquiets, ravagés, révoltés, méditatifs, amusés, pleins de rythmes, d'amour où l'émotion n'est jamais paralysie.

En trois jours devant le red curtain du Black Dog, samedi 18 novembre et lundi 20, se sont succédés deux orchestres en une suite au hasard très objectif : le Red 5 du bassiste Chris Bates (ce soir contrebasse et basse électrique) avec Pete Whitman (saxophones ténor et alto), Chris Thomson (saxophones ténor et soprano), Steve Kenny (trompette), JC Sanford (trombone), Thomas Nordland (guitare) et Red Planet avec Dean Magraw (guitare), Chris Bates (contrebasse), Jay Epstein (batterie). Le bassiste ne sera pas la seule figure commune de ce coup double écarlate.

Les sciences fiction quotidiennes, la température, les amitiés, la conscience, l'éveil, les relations des galbes visibles et dansées, l'autre, une certaine fibre, sont quelques estampilles de la musique de Red 5 composée, impulsée, par Chris Bates. Red 5 ce soir sont 7, ce n'est pas toujours le cas, ce ne sont pas forcément les mêmes non plus. Chris Bates est un bassiste qui aime l'unité, pas l'unité de parade, mais celle des petites hauteurs de dignité qui se dessinent, des encouragements en profondeur, des mains sans cesse tendues, et de la diversité des voix. Avec Davu Seru, batteur nitescent, il fait la paire, celle-ci matérialise les traits constitutifs, les énoncés sensoriels. La confiance règne et ça se voit, se respire dans tout l'espace. À l'avant-centre les deux saxophonistes, Pete Whitman, le vétéran qui a un bon bout d'histoire dans l'anche (une histoire qui passe par Woody Herman ou Rosemary Clooney, Curtis Fuller ou Jack McDuff), Chris Thomson, l'un de ces jeunes loups qui ont chaviré le jazz des Twin Cities à l'arrivée du nouveau siècle (avec ceux de Fat Kid Wednesdays, Happy Apple...) ; de part et d'autre les trompette de Steve Kenny (cet intense musicien et metteur en scène de ces "Saturday night Jazz dirait "flumpette" : le vécu, le vécu) et trombone de  JC Sanford, protégé de Bob Brookmeyer, compositeur, partie prenante de projets prenants (John Hollenbeck, Alice Coltrane...) ; de l'autre côté du batteur, la guitare incisive de Thomas Nordland. Tout prend le temps, roule le bon temps, tout suggère, tout sollicite, tout bout. Abondamment en toutes formes de trajets. Les titres indiquent, simplement. "Dark Matters" aux accents ibériques, "Maliopolis" dédié  à la fois à Ali Farka Touré et aux amis de Minneapolis, une évocation afghane ou l'incontestable "I think we all feel". La musique contre l'engourdissement.

Deux jours plus tard, on retrouve Chris Bates avec un autre habitué des lieux - un habitant devrait-on dire - Dean Magraw. Jay Epstein complète le trio. Davis Wilson, le monsieur loyal du défunt club Artists Quarter est dans la salle. L'Artists Quarter, un club géré par des musiciens pour des musiciens, avait en Davis Wilson une présence, une voix dont tous les amateurs de musique des Twin Cities se remémorent pour son érudition, sa gentillesse et cette façon tellement signée de présenter les groupes. Dean le fait applaudir. L'histoire du jazz se fait aussi par des gens comme Davis Wilson. En deux parties de concert, dans un mouvement où jouxtent recueillement et révolte attentive, provenance et destination, les détails occupent une place immense. Chaque geste, regard, a le pouvoir de construire. Les trois hommes forment un trio d'une cohésion éprouvée, ultrasensible et munificente. D'entrée, "Let's cool one" de Thelonius Monk suivi de "Little Wing" de Jimi Hendrix ne portent aucune nostalgie, elles sont les choix fondateurs pour un récit bien présent d'un tranquille passage des lignes de partage. Tout alors rougeoie. La batterie de Jay Epstein joue les imperceptibles changements de ton, les jeux de sonorité dans le rythme. Elle motive. La basse de Chris Bates préfigure, détermine, pointe l'horizon, réactive et lors d'un solo qui est tout sauf un passage attendu, elle se prend d'un vertige doté d'une force morale époustouflante. Elle pénètre. La guitare de Dean Magraw a bien d'autres choses à apporter que de l'espoir, elle joue l'aurore, sans cesse, distincte et lorsqu'elle cite, il ne s'agit pas de clins d'œil, mais de minis havres de respiration qui mèneront jusqu'au vent. Elle souffle. Le dernier morceau est le plus long. Dean Magraw l'annonce en se mettant le doigt derrière l'oreille pour en augmenter le pavillon : "Vous vous souvenez où c'est l'Afghanistan ?" et dévoile le titre : "Mazâr-e Charîf", lieu de grande souffrance et lieu de vent, de vent incessant. Tous les voyants de Red Planet et sa musique de vent garde sont alors au beau rouge, tout interroge, tout témoigne, tout voyage, se perd, se suspend,  tout s'envole, se retrouve délice, s'embrasse, l'autre est là, chéri, aimé pour être entendu. Red Planet, trio rêvé, est un exemple de résistance constante et, humainement, intégralement complémentaire, jamais clamée, toujours présente, toujours vivante contre ce qui nous menace.

Oui c'est vrai : "Nous aimons le rouge comme nous aimons le noir". Merci à Red 5 et Red Planet de cette bienvenue mise à jour. Nous aimons la musique, c'est vrai.

Nota bene : et comment ne pas célébrer un trio qui se présente en jouant "Shopping for Clothes" des Coasters ?

Red Planet avec Davis Wilson

Photos : B. Zon

20.11.17

QUAND UNE MINISTRE FUME

 C'est la ministre de la santé (pardon des "solidarités et de la santé") Agnès Buzyn qui offre une suite à notre petit article Cata clopes du 19 janvier 2017. Suivant la proposition d’une sénatrice socialiste (le parti des cendres), elle envisage d’interdire la cigarette dans les films produits par le cinéma français. On ne perdra pas son temps à expliquer, au mieux l'évident ridicule de la censure de représentation, au pire sa palpable tentation fascisante, tant l'argumentation est simple (quid de la représentation filmée, à l'avenant, de la torture, de la guerre, de la misère, des boissons sucrées, des milliardaires etc.). On dira pour faire court que ce qui nous pompe vraiment l'air et pour lequel on devrait couper - pour raison de santé mentale évidente -  tous les crédits, ce sont les apparitions nauséabondes et fumeuses des ministres et autres imbus de souveraineté.

En illustration : la couverture de Thollot in Extenso. Ce n'est pas la cigarette qui a tué Jacques Thollot, mais ça, un(e) ministre ne peut le comprendre.

19.11.17

BEN RILEY

Quelques moments importants avec Sonny Rollins, d'autres cruciaux avec Thelonius Monk, de très nombreux forts heureux avec Johnny Griffin, Ben Riley a marqué son temps. Jouer de la batterie est vachement mieux que de sauter en parachute (kaki).

Photo © http://bensidran.com
Sidran - Riley - Griffin

17.11.17

RIVERDOG ET GOYA 4TET À KHYBER PASS

Hier soir à Khyber Pass, au fameux restaurant afghan de St Paul (Minnesota) et son si mélomane hôte Emel Sherzad, lors de ses affables et vibrants jeudis musicaux : deux orchestres, le Goya Quartet et Riverdog dont c'était la quatrième apparition publique. Vibrations de témérité, de liberté, de présage, une façon de franc parler, une vision du monde.
 Dessin réalisé par Andy Singer pendant le set de Riverdog :




Photos : B. Zon

16.11.17

LE FUTUR DU JAZZ
DE KAMASI WASHINGTON
À FIRST AVENUE


Pour Davu Seru

Minneapolis, aube des seventies, un ancien garage à autobus situé sur First Avenue devient un club de musique simplement intitulé The Depot, puis plus simplement encore First Avenue (après s'être nommé Uncle Sam's quelques temps). Pour son inauguration du 3 avril 1970, le hangar accueille le premier concert de l'extravagante tournée américaine Mad Dogs and Englishmen du chanteur britannique Joe Cocker. Mais ce n'est ni pour cet instant de folle déraison, ni pour les groupes en devenir parvenant au(x) sommet(s) qui s'y sont précipités (comme en atteste le récemment publié et remarquable ouvrage de Chris Riemenschneider First Avenue: Minnesota's Mainroom - éditions MNHS) que First Avenue s'inscrira dans l'histoire, mais parce qu'il fut, dans les années 80, le lieu d'éclosion du Prince minnesotan, lequel n'y joua pourtant que 9 fois - certes marquantes. Qui dit l'histoire, qui fait l'histoire, qui vit l'histoire ?

Ces questions plein la tête, on ira écouter le 9 novembre 2017, à l'endroit qui ouvrit ses portes à la démence du rock, à la place qui vit naître les révolutions d'un Prince, le saxophoniste ténor Kamasi Washington avec son orchestre : Patrice Quinn (chant et danse), Rickey Washington (flûte et saxophone soprano), Ryan Porter (trombone), Jamael Dean (claviers), Miles Mosley (basses), Tony Austin, et Robert Miller, batterie. Ces questions plein la tête parce qu'il est difficile d'arriver vierge quand la publicité serine à qui veut l'entendre (et même aux autres) que Kamasi Washington EST "le futur du jazz". Alors on a le choix : se foutre de la publicité pour apprécier ce qu'on appréciera (du moins, c'est ce que l'on croit car finalement ce n'est pas si facile), ou bien choisir l'expérience proposée (simuler l'expérience ?) d'un futur qui ne ferait guère frémir Tony Newman et Doug Phillips (les savants aventuriers d'Au cœur du temps) tant l'impression future serait passée.

La salle (bondée comme la veille pour le même orchestre) est conquise d'emblée et l'exprime. Le groupe est très compétent, le pianiste impressionne, le saxophoniste s'impose sans laisser-aller avec un beau son très plein. Tout semble très épanoui, tonique, raffiné, joyeux même. Mais, le niveau de débordement immédiatement fixé, d'une joie très contrôlée, est très soigneusement identique à chaque morceau. On pourrait s'attendre (bien sûr un seul concert ne fait pas règle) par la publicité (encore elle) clamant aussi haut et fort que le jazz de Kendrick Lamar, c'est Kamasi Washington, à trouver un public différent des salles de jazz habituelles. Pas vraiment, il ressemble dans sa majorité à l'affluence usuelle des concerts de célébrités de jazz : bourgeoisie moyenne plus vraiment toute jeune et en majorité blanche. Le jazz comme substitut respectable du hip hop et le futur en retraite.

Les applaudissements à tout rompre d'un solo avant qu'il ne soit joué (mais après présentation indicatrice : "Vous allez entendre un solo par mon ami qui est un génie") sont-ils réellement une marque de futur dans la mesure où l'appréciation de l'action se déroule avant qu'elle n'ait lieu ? Acclamer le futur comme garantie de bonne conduite. À une époque où même les petits boulots nécessitent une formation accélérée, on peut contempler les images d'images en défilé accéléré et l'instauration d'un climat de confiance, lorsqu'on ne sait plus quoi inventer, évitera toute velléité de présence d'esprit révolutionnaire. Le tromboniste, un ami d'enfance, est présenté à plusieurs reprises comme "Soul brother number one". James Brown risque-t-il sa place dans le jardin du futur ? Rickey, le père de Kamasi est aussi sur scène ; ici la famille ne pâtit pas amateurisme.

Les titres sont définitifs ne souffrant d'aucune critique possible : Harmony of difference, "Desire", "Humility", "Knowledge", "Perspective","Integrity". L'esprit chagrin honteusement méfiant devant tant de bonnes intentions se remémore Love Devotion Surrender de John McLaughlin et Carlos Santana doté d'une version gobe-mouche de "A Love Supreme".  Kamasi Washington, plus subtil, s'assure que la démarche de chaque morceau est parfaitement comprise avant de les jouer. Titre culminant et présenté comme tel, "Truth", avec explication détaillée sur la construction de la pièce faite de cinq mélodies qui fonctionnent bien entre elles, en harmonie, catachrèse du monde rêvé, du monde de demain. Le public exulte, "Ça alors ! mais c'est merveilleux, on y avait pas pensé". C'est très bien agencé pourtant l'esprit chagrin se dit que cette vérité là, "Une métaphore pour dire combien nous sommes tous si beaux", très calculée, très travaillée, très arrangée devrait s'appeler "Ma vérité", cinq mélodies soigneusement choisies pour se marier, aucune renégate, dissonante, rechignarde ou "foutant le bordel" (pour citer le président de la République Française qui a sa vision de l'harmonie).

Noël Coward (auteur en 1931 de la chanson "Mad Dogs and Englishmen") estimait les réponses plus indiscrètes que les questions, alors il en est deux où trois qui prêtent le flanc. Est-il vraiment nécessaire, pour appuyer l'effet "communion complète", que Patrice Quinn lorsqu'elle ne chante pas (c'est souvent) élève avec insistance ses bras au ciel après avoir joint ses mains ? Puis pourquoi diantre s'évertue-t-elle ensuite à jouer de la guitare virtuelle (air guitar), instrument figuré par Joe Cocker (élaboré sous l'effet de quelques substances ravageuses) et largement éprouvé/éprouvant devant les caméras filmant sur la même scène, presque 50 ans auparavant, Mad Dogs and Englishmen ? S'il peut être pratique de justifier cette incursion d'un cliché très passé dans ce futur sans présent par ce qu'écrivait Friedrich Nietzche “Le futur appartient à celui qui a la plus longue mémoire", ce type de détail devient tout de même fort compromettant.

D'autres questions ne se gêneront donc pas pour affluer pendant ces deux heures d'amour universel sans cesse proclamé où la stricte mise en place, fusse-t-elle celle d'un kaléidoscope parfaitement figuré, remplace les foldingues fibres enjoliveuses d'un temps où on absolvait avec une certaine facilité créatrice fondée sur un bouillant héritage récent.

Exemple : la série d'albums réalisés entre 1969 et 1972 par Pharoah Sanders : Karma, Jewels Of Thought, Black Unity, Thembi, Village Of The Pharoahs, Wisdom Through Music se voulait-elle expression d'un futur envisagé comme le présent de Kamasi Washington ? La contemplation, la béatitude semblaient alors moins un moyen d'entrer dans le futur qu'une fuite inconsciente pour trouver une porte de sortie. On chantait l'amour à tue-tête en cherchant ses clés face à une société qui redressait ses murs. Il s'agissait, traumatisés par les échecs du grand soulèvement, de perpétuer les instants de jouissance avant qu'il ne soit trop tard et tous les messages étaient bons, même danser sur "le master plan du créateur" qui avait pourtant de quoi faire rigoler. La représentation du futur s'auto-dévorait et le splendide et plurivalent héritage de Coltrane se trouvait dilapidé dans les réminiscences dérivées de A love supreme, du type "Elevation" ou "Love is everywhere". On ne boudait pas (trop) notre plaisir, même si les contresens, rapport à Coltrane, ou du moins la mise en sommeil (relative) de la partie la plus, cette fois, intimement questionnante de son œuvre gigantesque ("Je ne sais pas ce que je cherche. Quelque chose qui n'a jamais été joué") (1) ne permettait guère de faire face à la réorganisation du monde telle que l'on ne l'avait pas souhaitée.

Vinrent, dans un monde de plus en plus dangereusement unifié, d'autres bouleversements musicaux, d'autres signaux tranchants, d'autres improvisations se saisissant du présent constant, d'autres mad dogs, d'autres visions dont le jazz n'était plus vraiment ou peinait à être (ou ne voulait plus être). L'esprit chagrin prendra donc acte de l'annonce tonitruante de son retour plein de bonnes intentions avec Kamasi Washington. Qui sait ? L'harmonie étant affaire de progression, le meilleur reste toujours avenir.


 (1) L'héritage de Coltrane offrit moult directions : du hippy jazz de Charles Lloyd, en passant par l'indépassable territoire coltranique de ses ex compagnons ou le rock ambitieux garanti non hippy de Magma, jusqu'à la prise en compte, pour un autre développement, des éléments les moins voyants mais les plus intérieurs par Evan Parker. 

Photo : B. Zon





13.11.17

CARTOUCHE 8 PISTES

 On a vu le retour du LP (dit disque vinyle) qui n'avait d'ailleurs pas exactement disparu, celui de la cassette (aux US et UK principalement), on apprend qu'il y a même un regain d'intérêt pour la cartouche 8 pistes (apparue en 1964 et dont la popularité était liée en partie au développement automobile avant de disparaître en 1982). On attend - dans cette partie du monde non virtuelle - le renouveau du 78 tours (qui ne devrait plus tarder) avant le retour en grâce du CD.

Photo : B. zon

8.11.17

DEAN MAGRAW ERIC KAMAU GRAVATT
7 NOVEMBRE 2017 AU BLACK DOG

Salut à Sonny Sharrock, à Coltrane, à Johnny Hodges, à Billy Strayhorn, à Monk, aux travailleuses et travailleurs de l'endroit, rappel aussi, "Power to the people", que le pouvoir est au peuple... c'était hier soir au Black Dog avec le duo Dean Magraw - Eric Kamau Grávátt, un moment de défis doux pour que tout se fasse : perles de réalité et tendre hardiesse.

Photo : B. Zon


7.11.17

DENNIS BANKS PAR ROGER RENAUD


DENNIS BANKS

par Roger Renaud

La presse française s'est complétement abstenue du moindre commentaire sur la disparition de Dennis Banks : l'histoire en sérieuse perte de perspective. Suite à notre article du 2 novembre, François René Simon nous a adressé ce texte de Roger Renaud. La photographie de Milo Yellow Hair (de dos), Russell Means et Dennis Banks est de Guy Le Querrec lors d'une rencontre à Kili Radio sur la réserve de Pine Ridge où nous étions aussi invités le 26 décembre 1990 lors du Big Foot Trail.

Comme en ce moment, encore plus que de coutume, je me tiens peu au courant de
l' "acte alité", c'est seulement à l'instant que je viens d'apprendre, par l'intermédiaire d'un ami, le décès survenu il y a quelques jours de Dennis Banks, l'un des fondateurs de l'American Indian Movement et, sur un plan purement personnel, l'une des très belles rencontres de ma vie. Il n'est pas dans la tradition indienne nord-américaine de célébrer les morts et de se retourner sur eux. La mort en même temps qu'une fin est considérée comme un don; c'est une vie qui, en même temps, s'éteint et se multiplie, qui, en l'occurrence, d'une naissance à un décès, s'efface comme évènements mais se multiplie comme parole.

Dennis appartint à cette génération exceptionnelle (Leonard Crow Dog, Russell Means, John Trudell, Clyde et Vernon Bellecourt, etc. et derrière, invisibles au monde médiatique euroaméricain, mais essentiellement présentes et devant, au premier rang de l'essentiel, d'un point de vue indien : tant de femmes) qui fonda à la fin des années 1960 et fit entendre au début des années 1970 l'American Indian Movement. Génération exceptionnelle, non certes par simples mérites personnels, mais par conjoncture historique : ils avaient grandi dans une résistance indienne, qui, contrairement à ce qu'on imagine souvent, n'avait à aucun moment baissé pavillon mais qui, par la force des choses et parce qu'elle n'avait ni les moyens ni le savoir de se faire entendre au-dehors, était tout intérieure : ils ont rongé le monde tout autour de nous ; ils ne le rongeront pas du moins au-dedans de nous. Mais ils avaient aussi, de diverses façons, appris à grandir au sein du monde euroaméricain, dans ses écoles, dans ses villes, dans ses armées, dans ses prisons. Ils en parlaient la langue et ils savaient comment y agir. Ce qu'ils firent avec éclat. Ils purent et surent exprimer combativement dans l'insupportable présent modelé par le monde qui avait supplanté les leurs ce qui de ces derniers s'était maintenu dans un exil du temps. Ils contribuèrent à remettre dans le courant de l'histoire une indianité qu'on avait tellement voulu rendre muette qu'elle avait pris l'habitude de se taire, au point qu'on avait pu la croire effectivement muette, alors qu'elle n'était que silencieuse, préférant plutôt que de parler en vain à des sourds ne parler qu'à elle-même, aux vents et au fantôme bien vivant de l'Aigle-Tonnerre. Et non pas pour se laisser emporter par ce courant de l'histoire et se mêler à tous les naufrages et vociférations qu'il charrie, mais pour le détourner, pour le chevaucher, pour le conduire, in the Indian way, non comme animal chose qu'on croit diriger où l'on veut, mais comme animal allié avec lequel s'invente un trajet.

Dennis fut de ceux-là : aux côtés de Russel Means,retournant violemment, comme la lame d'un couteau qu'on déplie, toutes les blessures de l'histoire pour s'en faire non pas une plainte, certes, mais une arme,Dennis était plutôt, dans le même engagement, une sorte d'élégance lucide : vous ne m'avez pas touché, je me tiens là où vous ne m'avez pas touché, c'est mon arme (et les deux armes, celle de Russell et celle de Dennis sont bien sûr complémentaires).

Et tel était encore Dennis la dernière fois que je le vis, non pas en chair et en os mais sur une vidéo tournée il y a deux ans par un ami avec Edith Patrouilleau servant d'interprète. Octogénaire, militant autant qu'il y a 40 ans, n'ayant pas d'un dixième de degré baissé la garde, pour autant pas donneur de leçons comme trop d'Indiens occidentalisés d'aujourd'hui, mais toujours insoumis, tellement insoumis qu'il n'avait aucunement besoin de le démontrer, plutôt l'humour, plutôt le bonheur de vivre. On ne cède rien, cela va tellement de soi. Mais on ne cède pas non plus le bonheur de vivre (fier) à la nécessité d'avoir à combattre pour lui.

Pas de photo, donc, et pas de regrets. Today is a good day to live and we'll try tomorrow should be another good day also.

Roger Renaud

Photographie : © Guy Le Querrec/Magnum 

Remerciements à François-René Simon 

5.11.17

LES COLONISATEURS
DES TERRITOIRES ENFANTINS


Le simulacre démocratique en est rendu là : prendre en otage les enfants, kidnapper ces sources vivifiantes de la révolte en les déguisant au passage en repères adultes de la société présumée pour qu'ils nous prennent à leur tour, ainsi modifiés en tristes nous, en otage.


Même triste sujet : se rappeler aussi des propos de Geneviève Fioraso, ministre française de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (5 février 2014 in Les Échos) 

2.11.17

DENNIS BANKS

À Minneapolis au mois de juillet 1968, fut créé l'American Indian Movement qui sut redonner vie et vue actives aux peuples indiens vivant aux Etats-Unis, occupés sur leur propre terre après l'un des grands génocides de l'histoire de l'humanité. L'Ojibway Dennis Banks fut l'un des créateurs de l'AIM avec Clyde et Vernon Bellecourt, Alan Morsette, George Mitchell, George Mellessey, Herb Powless, Harold Goodsky, Eddie Benton-Banai. Dennis Banks nous a quitté à 80 ans le 29 octobre. Saluons l'extraordinaire inspiration, le souffle neuf, il y a 49 ans, qui vit sortir de l'ombre, à laquelle ils avaient été si violemment condamnés, ceux que l'on avait nommés indiens.

Photo © Ilka Hartmann

1.11.17

MUHAL RICHARD ABRAMS

Muhal Richard Abrams ! 
Tous ces gens qui s'en vont, tous ces signes, ces gens-signes, le grand chant des signes.

30.10.17

LES SPHÈRES DU BLACK DOG
SATURDAY NIGHT JAZZ


Samedi soir , 28 octobre, au Black Dog (St Paul Minnesota),181e concert des Saturday Night Jazz, le trompettiste Steve Kenny en est le programmateur, il s'y produit parfois, mais ce soir il a invité deux formations : le trio Nathan Hanson, Sylvain Kassap, Marc Anderson et le quartet Ellen Lease-Pat Moriarty avec Chris Bates et Davu Seru. L'ambiance est celle des beaux soirs, espace plein, battements d'ailes et conversations vibrantes. Doan Brian Roessler qui devait jouer avec le premier groupe est venu comme spectateur, un accident l'empêchant temporairement de prendre sa basse. Le clarinettiste Sylvain Kassap est en tournée avec The Bridge à partir du 30. Les ponts n'empêchent pas les passerelles : dès jeudi à son arrivée, il a joué à Khyber Pass - le restaurant afghan de St Paul que chaque amateur de musique se doit de connaître - avec le saxophoniste Nathan Hanson pour un duo porteur d'un sens que chacun aura eu à cœur de déplier à l'écoute de ces délicats forgerons d'un lieu d'essence, de motivations et de sentiments. 

Ce samedi, le duo devient trio avec le percussionniste Marc Anderson. De suite, mais très doucement, très humainement, se déploient en confiance l'importance des correspondances, des observations méticuleuses et d'une lucidité généreuse. Attentifs et vaillants ! L'espace devient vaste pour ces porte-parole d'un temps qui libère les entraves sans recours aux ornements prophylactiques d'usage, d'un temps de pertinence intime où l'on ne craint ni la danse,  ni les reliefs déchiquetés traversés en liberté. La salle est concentrée, elle se fait résolument complice et, dans le fond, Steve Kenny exulte en cris et bonds. 

Changement de plateau, Davu Seru installe sa batterie, Chris Bates sa contrebasse, on apporte le piano sur scène pour Ellen Lease et le saxophoniste alto Pat Moriarty organise ses partitions. La paire Ellen Lease-Pat Moriarty partage tout depuis 30 ans, dont une vision de l'histoire du jazz comme un recueil d'impressions. Pat Moriarty aime follement Steve Lacy, Jimmy Lyons, Ornette Coleman. Ellen Lease a fait sa route d'émois avec Chopin, Ravel, Basie, Mingus, Bill Evans, Gershwin. Elle est précise et libre, incroyablement libre. Pour tous deux, Monk est un oasis de ressources, "A Round with Sphere" composé par Ellen en est la preuve flagrante. Chris Bates et Davu Seru bouillonnent d'immédiate allégresse et la musique du quartet - comme toutes les musiques vivant de sens - prononce très vite la vie nouvelle. Ici le rapport à l'histoire n'a rien à faire des nostalgies déboussolées, il creuse sans pansement le sillon qui permet de faire trace ensemble. Il existe des façons non dogmatiques de ne pas s'embarrasser des dogmes. Les résonances croisées comme autant de facettes mises en relief dessinent précisément une singulière figure de la cohésion forte, très forte. La ferveur vit de joie, d'énergie et de vitalité, elle ne cherche pas les raccourcis. Ça passe dans la salle. Pour le dernier morceau, Pat Moriarty propose à Nathan Hanson et Sylvain Kassap de les rejoindre pour un titre dédié à Abdullah Ibrahim "le grand pianiste sud africain", les sourires se lisent partout, c'est quasi orgastique. 

Ce soir s'est jouée encore une si précieuse fois, cette qualité fondatrice du langage musical de dénicher plénitude, énigmes et possibles.

Photo : B. Zon

27.10.17

LES OCTOBRE DE ZYED, BOUNA ET RÉMI


Rémi Fraisse tué le 26 octobre 2014 (non lieu pour les gendarmes)
Zyed Benna et Bouna Traoré tués le 27 octobre 2005 (relaxe définitive des policiers)
À la lumière de tant d'autres relaxes, de tant d'autres non lieux pour tant d'autres crimes...
à la lumière aussi des lourdes condamnations pour les participants au mouvement social
... la justice comme injure insupportable

IDENTITÉ DU PÈRE NOËL (FLASH)

L'enquête sur l'identité réelle du Père Noël a fait un grand pas le 26 octobre en Guyane où un des suspects principaux a fini par avouer "Je ne suis pas le Père Noël". 
Une cellule psychologique a été mise en place pour les 
20 743 128 de Français qu'il aurait entraînés en traîneau avec lui le 7 mai dernier (on dit même que certains l'auraient été contre leur gré).

25.10.17

FATS DOMINO

"You were my thrill
on Blueberry Hill"

24.10.17

LES CHATS DE VEIX
DERNIÈRE CABINE

Ceux qui connaissent la petite commune de Veix (Corrèze) savent que la population féline y égale (sinon surpasse) la population humaine. Or depuis que la cabine téléphonique a été mise hors service, les chats semblent avoir disparus. Coïncidence momentanée ? Sont-ils allés téléphoner ailleurs (on sait ces animaux peu enclins au téléphone portable)? Guettons tout de même afin de voir si l'un d'entre eux ne reviendra pas mettre une lettre dans la boîte postale avant la suppression de la poste.

14.10.17

KLOOK'S CLIQUE

Le disque (de jazz) idéal existe-il ? Bien sûr que non et pourtant il arrive que certaines écoutes révèlent des qualités immanentes à la musique vécue comme jazz de façon marquante. Des écoutes de disques trop souvent oubliés qui n'ont certes rien révolutionné, de simples séances de gens très heureux de jouer et qui livrent tout leur cœur. "Klook's Clique" (Savoy) de Kenny Clarke par exemple avec un John LaPorta au jeu fichtrement délicieux et Donald Byrd, Ronnie Ball et Wendell Marshall très agréablement inspirés. 6 plages à la lumière douce, très bien ordonnées, exemplairement enregistrées en 1956 par Rudy Van Gelder. On écoute, on est bien. Une sorte d'idéal.

11.10.17

HR DE L'AIR !

Grâce à Muriel Pénicaud et l'élite de l'encadrement managériale, promenons-nous dans les bois.
12 septembre : "Contre l’entreprise-France des DRH en marche! "
Texte et pétition sur Médiapart, lien ici :


8.10.17

PAUVROS RAYON JOBLOT


Hier soir, au beau lieu la Parole Errante à Montreuil-sous-bois, lors de la soirée "Concerts de soutien aux luttes en cours", le trio Jean-François Pauvros, Antonin Rayon, Benoît Joblot joua un impressionnant set de secousses, de commotions d'où émergeaient une poésie combattante, une respiration rebelle qui sut gagner un auditoire dont une partie se mit à danser et exécuter d'étranges et belles figures libres.


Photo : B. Zon

6.10.17

ZÉRO DE CONDUITE

Comme on ne peut pas avoir de postes "là-bas", 
                              on n'a qu'à foutre le bordel !

ANNE WIAZEMSKY

Anne Wiazemsky nous avait aimablement recommandé Tonie Marshall pour l'enregistrement de Deadly Weapons (avec Steve Beresford - John Zorn - Davis Toop). Les deux avaient joué ensemble dans Qui trop embrasse de Jacques Davila

22.9.17

THOLLOT IN EXTENSO
SORTIE LE 22 SEPTEMBRE 2017

"Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage."
Henri Michaux (in Tranches de Savoir)

16.9.17

LES ÎLES ET PRESQU'ÎLES
DE JEAN AUSSANAIRE

16 avril 2016, les Allumés du Jazz, sous la houlette de leurs disquaires Cécile et Juliette, organisent dans leur boutique du Mans comme à la presque habitude, leur très avenant Disquaire day. Et pour plus de faits et de fête, quelques amis musiciens (Pierrick Lefranc, Jean Aussanaire, Catherine Delaunay, Tony Hymas et les groupes Le bénéfice du doute - Timothée le Net, Mael Lhopiteau - et Ensemble Luxus  - François Cotinaud, Jérôme Lefevbre, Pascale Labbé) s'ébattent toute la journée, dehors ou dedans. Amicale atmosphère de très bonne camaraderie et musique qualificative. Vers 15h, Jean Aussanaire, seul avec son saxophone alto puis soprano, joue dans la cour. C'est immédiatement saisissant, mais doucement saisissant et s'affirme sans heurt. On se trouve bien de cette écoute et on réalise petit à petit, en quelques pièces, dont une de Steve Lacy, cette sorte d'énoncé de tendresse, mais une tendresse intrépide où s'entrelacent la vie des hommes, leurs regards directs et le lieu de leurs secrets. Une alchimie d'une grande beauté à la précision la plus adaptée : l'ampleur réelle pourrait bien se nicher, sans nier le souffle des hymnes au long cours, dans une certaine simplicité au milieu d'un monde tourmenté. Ce concert offert par Jean Aussanaire dans la cour des Allumés du Jazz restera un de ces grands moments de musique, plantes exceptionnelles qui surgissent sans crier gare et perdurent à jamais dans la mémoire. Sur le chemin du retour, lorsque chacun donne ses impressions, Tony Hymas confie : "Jean Aussanaire is a hell of a player".

Un sacré musicien, c'est sûr ! Oscillant entre la douceur tourangelle et l'appel de la mer, Jean Aussanaire, véritable navigateur, a toujours bourlingué dans un grand jeu de liberté, de franche détermination n'excluant aucune conciliation. Le devenir lui sied si bien.

Quelle maladie traîtresse a pu avoir l'audace imbécile de l'arracher à la vie ce soir du 14 septembre 2017 ? Lui qui avait compris que les sources, quelles que soient leurs géographies, ne sont jamais isolées, qu'elles peuvent être jointes et se rejoindre. Que ce soit avec Cache Cache, trio de dix ans pour terminer le siècle précédent, avec ses amis Olivier Thémines (l'étonnant Veine de tuffeau), Jean-Luc Cappozzo, Mico Nissim, Jacques Bolognesi, Jacques Mahieux, Sébastien Boisseau, Ed Sarath, Clément Gibert, Luigia Salvi, Hélène Labarrière, Jacky Molard (Brest Babel Orchestra), Bernard Santacruz, Bruno Tocanne (il était membre d'Over the hills), Eric Brochard (la musique créée ensemble pour Finis Terrae de Jean Epstein), MOB, quartet consacré à la musique d’Ornette Coleman, l'étonnante fanfare de poche TouUt (avec Camille Secheppet et Daniel Malavergne - que de bons souvenirs à Livioù ou Douarnenez !). On n'oubliera évidemment pas bien sûr le Workshop de Lyon, auquel il était si heureux d'appartenir, groupe substantiel depuis 1967 qu'il rejoignit en 2003. Ce qui le conduira aussi à intégrer l'Arfi et participer activement à quelques uns de ses groupes et inventions comme La Marmite Infernale, Arfolia Libra ou, à partir d'un tableau de Bruegel, la création, avec Jean Méreu, Bernard Santacruz et Laurence Bourdin, du spectacle A la vie, la mort. 

On pourrait aussi citer des danseurs, des sculpteurs, des comédiens, des œnologues, évoquer aussi les festivals qu'il a organisés à Rochecorbon (ville de tuffeau), Noizay ou dans sa chère Belle-île-en-mer (Notes à Belle-Île).

Dans le numéro 35 des Allumés du Jazz, Jean Aussanaire avait écrit "Du bénévolat aux institutions" article où il s'inquiétait de la dérive qui a saisi l'ensemble du monde musical : "La structuration, la reconnaissance, le professionnalisme ont gagné tous les étages de notre petit monde, et alors ?  Est-ce que les musiciens jouent plus ?".

La citation attribuée parfois à Platon, parfois à son élève Aristote : " Il y a trois sortes d'hommes : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer" a beau être le lieu commun des préfaces maritimes, on l'aimerait réelle afin que Jean Aussanaire, musicien fendant l'onde d'une insigne humanité et merveilleux compagnon, se retrouve dans cette troisième voie se dessinant de toutes les façons dans nos cœurs.


Photo B. Zon ( Le Mans, 16 avril 2016)











12.9.17

EN ROUTE...

" Nous ne céderons rien, ni aux esclavagistes, ni aux crétins, ni aux vampires"

28.8.17

LA TERRE EST ORANGE COMME UN FANTÔME

Dimanche 27 août, métro parisien, ligne 8 dite Orange (couleur qui, d'après Kandisky, "ressemble à un homme sûr de ses forces et donne en conséquence une impression de santé"), un jeune homme monte dans la rame, une enceinte à la main. Très vite il prévient qu'il ne demandera ni argent, ni ticket restaurant, ni rien du tout. Il réclame à peine l'attention, prévient seulement qu'il aimerait bien partager quelque chose en ces temps où l'humanité disparait derrière les robots, où l'on ne se regarde plus, ne s'écoute plus. Son sourire marque l'intelligence. Il règle vite sa petite enceinte et commence à rapper. Son flow est beau, le texte est fin, la musique est intéressante, le beat est juste et son corps se meut avec grâce. Il parle de la dislocation des esprits et des corps. Pas besoin de rassurer, ni de faire peur, partager seulement, il nous invite, on est chez lui, il est chez nous, nous sommes chez nous. Les visages habités se réveillent, se révèlent, quelque chose passe en élans suspendus. Seuls ceux qui sont restés sur leurs téléphones l'ignorent, regardent ailleurs, nulle part. La vie est-elle jeu de semblance ? Une jeune fille va vers lui "je peux ?", il dit "bien sûr" et puis elle l'enlace, le sert dans ses bras un bon petit moment. Il semble heureux nous salue, descend du métro et disparaît presqu'iréel. On a un peu le cœur serré à l'idée qu'on ne le reverra plus, l'incroyable douceur d'une amitié fulgurante fragile et ouverte à l'amour, pour vivre autrement hors du cataclysme producteur.

Plus tard, au Temps du Corps (ça ne s'invente pas), l'Atelier Tampon en vadrouille propose un concert du trio John Dikeman, William Parker, Hamid Drake. Dans la lumière orangée, la musique commence comme une dessin sur le sable qui pénètre la mémoire pour y grandir au fur et à mesure de l'arrivée de la mer. L'énergie du saxophoniste est fulgurante soutenue en connaissance de cause en une sorte de demande et d'offre permanente de solidarité sans esquive. L'adhésion grandit dans la salle au fur et à mesure de cette verve mobilisatrice. L'obscurité est en ligne de fuite. Tout s'allume, tout brille, se qualifie pour une extrême vitalité. L'acte de révolte montre ses sens. Le deuxième set se termine par un Ghosts d'Albert Ayler gorgé de soul. Les fantômes sont renommés instables pourtant se sont-ils bien entendus pour que tout le concert tende vers ce moment d'une exquise furie, ce poing tendu, cette indication pleine de corps et d'esprit.

Cela fera grand bien de se souvenir des mots et gestes du rappeur anonyme autant que de l'éclat du trio, dans les temps prochains... quand l'orange pourrait virer au rouge.



1.8.17

TONY HYMAS, HÉLÈNE LABARRIÈRE,
SIMON GOUBERT, JACKY MOLARD

DE CONCERT À LA CNT


« La mort ne tue pas l’idée, elle ne lui enlève pas ses formes sensibles, l’idée de la révolte et l’idée de la liberté s’accrochent au jazz, elles s’incarnent dans tous ces corps de musique qui leur donnent forme sensible. »
Philippe Carles et Jean Louis Comolli (extrait de « Free » in Buenaventura Durruti – 1996)

Pourquoi jouer ? Pourquoi produire l'imprévisible, partager le sentiment réputé insaisissable, révéler l'alchimie des petits secrets travaillés ? Pour quoi ? Pour qui ? Ce ne sont certainement pas les numéros numérisés du cirque électoral fraîchement épuisés qui auraient pu atténuer la permanence de ces très tarabustantes questions. Nous avons aimé le jazz parce qu'il n'était pas une langue d'emprunt, mais le passage possible de nos transes, grandes ou petites, un endroit où se rejoignent rythme, profondeur, écho quand la respiration permet la distance nécessaire, qu'elle déjoue les manières brusques du cours du temps, qu'elle les  transgresse par la poésie (l'enfance qui se souvient) pour envoyer au diable plis et replis de la vie. Manifestement ! Nous la désaimons avec peine, la craignons même, lorsqu'elle s'éloigne de son propre bouillonnement dans le catalogue des simulations de la conformité. Inadmissible pour les praticiens d'une musique à l'histoire dynamitant les frontières.

L'invitation faite à Tony Hymas, Hélène Labarrière, Simon Goubert et Jacky Molard par la CNT tombait à pic pour confirmer que ces premiers jours d'été pouvaient être des jours de printemps. Multiples ! Que la Parole Errante, endroit voulu par Armand Gatti et ses compagnes et compagnons où se tenait le festival du syndicat les 23, 24 et 25 juin, soit l'endroit où, pour reprendre le mot de Paul Celan, on ne faisait pas la différence entre un poème et une poignée de main, avait toute logique. Dans une fourmillante suite de rencontres, débats, expositions, projections de cinématographe, stands de livres, de disques ou films, concerts, scènes de théâtre, une certaine idée du jazz qui n'est qu'une idée forte de la musique en accord avec l'action des êtres, une idée d'une parole vivante et ses accents de drôles de régions personnelles put prendre place.

Tony Hymas joua d'abord seul au piano, en un set, sa traduction de Léo Ferré en commençant par "Les anarchistes", marque de salut mutuel. L'amour n'est sans doute pas pour rien dans l'idée originelle de la musique. La musique, longanime, peut aussi faire l'amour, jouée pour la liberté de celle ou celui qui l'écoute. Ensuite Hymas revint avec Hélène Labarrière (qui participa en mai 1997 à une autre journée mémorable organisée par la CNT), Simon Goubert puis Jacky Molard. Ces quatre-là ne sont pas réunis exceptionnellement par exception, mais par le partage constant en divers partages souvent éprouvés, partages de l'expérience des contrastes, de l'équilibre des expériences "personnelles" et "artistiques", de la parole vivante, son besoin de réconfort et ses coïncidences. Le blues des "Évadés de la nuit" introduit par un fracassant solo de la contrebassiste gagna toute l'assistance et le trio y forgea toute sa cohérence, celle qui chuchote : "Tant que nous-autres serons en vie". Le trio joua aussi "Don qui ?" thème écrit par Tony Hymas à cette occasion et dédié à Armand Gatti, souvenir inoubliable d'un week-end à Limoges d'échanges nourris entre le pianiste et l'écrivain à propos de la musique et de la vie. Jacky Molard fit son entrée sur un "Cant dels ocells" qui fut bien ce jour-là une forme de chant du monde se fondant petit à petit dans "As Crechas", thème du violoniste. "Himno de Mujeres Libres" qui ne saurait être un hymne passé, précéda "Standing Rock 2016" suite de Tony Hymas honorant la fantastique résistance contre un oléoduc monstrueux, symbole achevé du monde haïssable, qui prit naissance l'an passé dans la réserve lakota qui fut la terre de Sitting Bull. Un débat sur le sujet eut d'ailleurs lieu une heure avant le début des concerts.  "El paso del ebro" se glissa dans l'énergie d'un rappel très libre, chant de la guerre d'Espagne sans doute, de la révolution espagnole certainement, mais aussi chant séculaire offert un jour au témoignage du poète Federico Garcia Lorca et, ce 25 juin chant de nos amours. Ces moments furent aussi réels que merveilleux.

Et l'on aurait mauvaise grâce à ne pas souligner aussi qu'il furent grandement possibles par la gentillesse, l'efficacité, la conscience de toutes les militantes et militants de la CNT présents et leur formidable accueil. L'un d'eux nous rappela d'ailleurs cette citation d'Herbert Marcuse : "L'art ne peut pas changer le monde mais il peut contribuer à changer la conscience et les pulsions des hommes et des femmes qui pourraient le changer".  Ce jour-là tout le monde avait une bonne raison de se trouver là.

À très bientôt donc !


Un très très grand merci à Thierry, Didier et toutes et tous rencontrés avec bonheur ce 25 juin.

25 juin 2017, Festival de la CNT, La Parole Errante, Montreuil-sous-Bois
Tony Hymas (piano)
Tony Hymas (piano), Hélène Labarrière (contrebasse), Simon Goubert (batterie)

Photo : Martial Roche

31.7.17

JEANNE MOREAU

Elle ne fit qu'une brève apparition chez Godard (Une femme est une femme) mais elle rencontra en éclatante complicité nombre de réalisateurs qui secouèrent le cinéma tels Luis Buñuel (Le journal d'une femme de chambre), Orson Welles (Le procès, Falstaff), Rainer Werner Fassbinder, (Querelle), Michelangelo Antonioni (La notte), Joseph Losey (Eva, Monsieur Klein), François Truffaut (Jules et Jim), Jacques Demy (La Baie des Anges), Jean-Pierre Mocky (Le miraculé), Jean Renoir (Le Petit Théâtre de Jean Renoir), Tony Richardson (Mademoiselle). Elle réalisa elle-même (encouragée par Orson Welles, comment résister ?) deux films très sensibles pleins de charme (Lumière, L'adolescente). Charme qu'elle dispensa magnifiquement aussi comme chanteuse. Pour Jeanne Moreau, actrice primordiale de l'histoire du cinéma, notre mémoire ne flanchera pas.

26.7.17

À EN PERDRE SON LATIN

C'est tout de même terrible à quelle point la confiscation (façon de gouverner par le vide) peut nous atteindre. Déjà, on ne pouvait plus mettre les initiales de Post Scriptum en bas des lettres sans avoir l'impression d'y ajouter le sceau des traîtres, mais maintenant on ne peut plus dire qu'on est simplement "en marche" sans avoir le cerveau qui peste. C'est très pénible lorsque l'on aime les promenades et la randonnée. On dira donc qu'on est "en route" ou "en chemin" tout en restant discret, des fois que quelque politicien tortionnaire du vocabulaire nous prive de ce qui nous reste pour exprimer nos mouvements.

17.7.17

MARTIN LANDAU

Bien sûr on se souviendra de Martin Landau aux côtés de Barbara Bain dans la série Mission Impossible (fin des sixties) et son apparition dans North by Northwest (alias La mort aux trousses) d'Alfred Hitchcock (1959), mais on aura plus de mal pour la mémoire d'un film peu vu de Raul Ruiz, adaptation de L'île au trésor en 1985, avec un casting abracadabrant où se retrouvaient outre Martin Landau, Anna Karina, Melvil Poupaud, Jean-François Stévenin, Jean-Pierre Léaud, Vic Tayback Lou Castel, Pedro Armendáriz Jr, Yves Afonso et la chanteuse Sheila.

10.7.17

ELSA MARTINELLI

Elsa Martinelli est Hilda dans Le Procès d'Orson Welles (1962) d'après le roman du même nom de Franz Kafka (1925).
Film d'époque... laquelle? La nôtre hélas.

9.7.17

SIMPLE RAPPEL

On ne dira jamais assez ce que la lutte contre l'Aéroport de Notre-Dame-des-Landes (et son monde) a ouvert et réouvert d'inspiration, de vie, de relations, de complexité non feinte, de simplicité embrassée, de conscience des esprits et des corps.


Rappel pratique : Cette réalité ne doit jamais nous échapper.


 à lire sur le Glob : 
Notre-Dame-Des-Landes: Nécessaire à musiques







7.7.17

COME TOGETHER

57 ans après les Beatles, s'affiche à Hambourg une autre image de la jeunesse : l'image nécessaire d'une jeunesse nécessaire.








28.6.17

GERI ALLEN 1957-2017

De passage à Minneapolis, il y a quelques années, Geri Allen avait fait un saut à Paisley Park où elle avait enregistré de façon impromptue avec Michael Bland, Sonny Thompson et Matthew Garrison. Les participants en furent très joyeux. Geri Allen, on l'a bien sûr entendu avec Ornette Coleman, Tony Williams, Dave Holland, Jack DeJohnette, Joseph Jarman, Frank Lowe, Charlie Haden, Paul Motian ou Maurice Chestnut (grand souvenir en janvier 2011 à Sons d'Hiver) et dans une série de fort beaux disques qu'elle a signés depuis le très sensible Printmakers (1984) au titre si bien trouvé avec Anthony Cox et Andrew Cyrille.


Photo / DR Geri Allen

19.6.17

LE PLUS GRAND CIRQUE DU MONDE ?


Ça y est, c'est fini. Ouf !
Les clowns n'étaient pas drôles, les numéros obscènes, la musique fade, les animaux malades, les jongleurs maladroits, la publicité mensongère et les trucs de prestidigitation grotesques. Basta.

18.6.17

VOYAGE DES MOTS


De l'influence de l'expression du cortège de tête lors des manifestations contre La loi travail (printemps 2016) sur les titres du Canard Enchaîné (14 juin 2017)

14.6.17

ESPÈCE D'OURS


Plus que quelques jours pour la très intéressante exposition "Espèces d'ours" au Muséum d'Histoire Naturelle à Paris. Elle ferme ses portes le 19 juin (le jour de l'installation totale de la Macronie). Il y est fait mention de la scandaleuse et horrible décision des hommes d'église qui, pour assoir leur pouvoir vers l'an 800, décidèrent d'éradiquer les ours ou de les ridiculiser (montreurs d'ours). Ce sale con de Charlemagne se plaça d'ailleurs en tête de la croisade anti-ursidés. Dans les temps qui sont les nôtres, on comprendra aisément la nécessaire solidarité à avoir avec cet animal éminemment libre.

Photo de presse pour l'exposition

12.6.17

BENNY GOODMAN TOGETHER AGAIN

Pour commencer une semaine qui s'affiche bien souvent comme un parcours difficile, l'écoute d'un très bon disque est un bienfait sensationnel (Pas de l'entendre dans l'absence du monde avec des câbles médicaux, mais de l'écouter comme un moment de confidence énergique). Ainsi on ne saura que recommander "Together Again" des retrouvailles en 1963 du fabuleux quartet des années 30 de Benny Goodman avec Teddy Wilson, Lionel Hampton et Gene Krupa. Le clarinettiste fut d'ailleurs l'un des premiers à briser la ségrégation dans son orchestre, manière fiable de lier la musique au monde.

Produit par Georges Avakian pour Blue Bird
Ingénieurs du son : Mickey Crofford, Ray Hall

11.6.17

METÉO

Sur un trottoir de Paris ce dimanche, deux femmes discutent et soudain l'une met la main sur l'épaule de son amie et pointe le ciel du doigt :
- "Oh des moutons dans le ciel !"
- "C'est bien normal en ce jour d'élections"

SOLIDARITÉ AVEC LES RÉFUGIÉS

Hier à Paris de la Place de la Chapelle (18e) à la Halle Pajol, manifestation de solidarité avec les réfugiés. Accueillir généreusement des gens qui ont, dans des conditions qui forcent le respect, fui la guerre, la pauvreté et le réchauffement climatique, tombe humainement sous le sens et devrait s'imposer comme l'évidence du monde à venir.
Photo : B. Zon

9.6.17

SANS FUITE

... ne pas perdre pied, ne pas perdre pied, ne pas perdre pied...
Photo : B. Zon

8.6.17

EN MAY PRÉNOMME CE QU'IL TE PLAIT

Sur France Inter, Alain Passerel présentateur du journal de 13h, le 6 juin dernier, annonçait : "Mathilda May accusée par le Labor d'avoir supprimé des postes de policiers ces six dernières années". Lapsus ou Cri du Hibou ?