Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

22.12.17

ROSWELL RUDD

 Quelques notes après une soirée d'écoute de disques de Roswell Rudd. 

Une des très bonnes surprises de l'an 2004 - pour qui s'intéresse à la musique dans ses façons enregistrées - fut la réédition par l'épigraphiste Daniel Richard de l'album - sans titre - de Roswell Rudd publié sur America en 1971. Second album du tromboniste après Everywhere en 1966 (Impulse) et avant une renversante série dans les années 70 : Numatik Swing Band  avec le Jazz Composer's Orchestra (JCOA), Flexible Flyer (Arista), Inside Job (Arista), The Definitive Roswell Rudd ‎(Horo), Blown Bone (Philips). Et ça n'allait pas s'arrêter là.

Roswell Rudd disposa, à l'aube des années 60, une expression absolument inusitée, une sorte de coup de foudre du trombone, au milieu de la bataille menée saxophones, trompettes, pianos ou batteries battants pour atteindre la nouvelle chose. Nouvelle chose certainement re-déclarée en 1966 avec la musique du film de Michael Snow New York Eye And Ear Control avec Albert Ayler, Don Cherry, John Tchicai (qui figure aussi sur le disque America), Gary Peacock et Sunny Murray, mais présente les années précédentes dès Four for Trane d'Archie Shepp ou le New York Art Quartet. Le trombone de Roswell Rudd a marqué par à-coups successifs la nécessaire révolte, l'extraordinaire sursaut rugissant d'énergie des consciences et son indispensable réalisme. Compagnon de Shepp (quelques uns des albums marqueurs du saxophoniste), de Gato Barbieri (The Third World), de Charlie Haden (Liberation Music Orchestra), de Carla Bley qui aimait à la présenter comme le plus grand, Rudd alla judicieusement se coulisser dans les années 2000 jusqu'au Mali avec Toumani Diabate (Malicool) ou en Mongolie avec The Mongolian Buryat Band (Blue Mongol).

Avec Steve Lacy rencontré à la fin des années 50, au travers de formations diverses jusqu'aux années 2000 (Monk's Dream produit par Daniel Richard), le tromboniste exprima plus encore peut-être exhaustivement sa farouche et permanente vigueur. Tous deux, par épisodes réguliers pendant quatre décennies, ont fait surgir en une paire constellaire une admirable mise au point. La réécoute de Trickles (avec Kent Carter et Beaver Harris - Black Saint) et Regeneration (avec Misha Mengelberg, Kent Carter et Han Bennink - Soul Note) suffira à convaincre de l'oreille juste et de ses sentiments hardis.

... et le souvenir ému en 1978 d'une soirée au Riverbop où Roswell Rudd jouait dans le quartet d'Enrico Rava avec Jean-François Jenny-Clark et Aldo Romano et où Steve Lacy et Michel Portal, à leur invitation, vinrent se joindre à eux pour un set étincelant.

Roswell Rudd nous a quitté le jour de l'hiver.

2 commentaires:

jjbirge a dit…

Triste nouvelle. Son Numatik Swing Band fit partie en 1973 de mes disques préférés un peu après la découverte d'Escalator Over The Hill...

Gérard Rouy a dit…

Et son interprétation, entre autres, de We Shall Overcome dans le premier Liberation Music Orchestra, reste une splendeur.