Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

20.6.18

PRÉFÉRENCES DE PIERRE LANDRY

En 2015, alors que le trio SDS (Guillaume Séguron - Catherine Delaunay - Davu Seru) était de passage à Tulle pour quelques concerts corréziens, nous étions passés à la splendide librairie Préférences tenue par Pierre Landry. Catherine le connaissait. Nous sommes restés plusieurs heures en discutant de livres et d'auteurs autant que de questions relatives à l'édition et, comme ce libraire véritable était parfaitement bilingue, avec Davu de littérature américaine et afro-américaine.

Il y a eu des idées issues de cette conversation qui nous sont restées (l'éclipse) jusqu'à les penser en projet musical. Un après-midi inoubliable. Pierre Landry n'est plus.

Le Glob du 10 avril 2015:
GUILLAUME SÉGURON, CATHERINE DELAUNAY, DAVU SERU OU LES AVENTURES DE PÉTRICHOR EN BRETAGNE ET LIMOUSIN

16.6.18

PARCOURS SOUPE



Le bebop, le rock'n'roll, le free jazz, la free music, le punk, le hip hop (par exemple) furent tous d'incroyables gestes libérateurs, des secousses affolantes, des signaux indispensables au monde, laissant augurer d'incroyables lendemains. Forts (ou affaiblis, c'est selon) de nouvelles habitudes intellectuelles et/ou économiques, ils établirent souvent à leur corps défendant de nouvelles cloisons dans l'espace clos des réalités. Gestes d'école sécurisés, fins de non recevoir, mish mash, vigueur moins fondamentale, dés-hardiesse, théorie guidée, précisions superflues là où l'origine nous plongeait dans un déchirement que l'univers aurait semblé inapte à contenir tout entier. Mais chemin faisant, l'infusion reste toujours possible. Chemine.

13 juin 2018, à la Brêche,  partie de l'EHESS (École des hautes études en sciences sociales) occupée, se retrouvent lycéens, parents d'élèves et autres soutiens contre les iniques arrestations ayant fait suite à la brève occupation du lycée Arago le 22 mai dernier, protestation contre Parcoursup, nouvelle trouvaille discriminante de l'Éducation Nationale Macroniste. Films, discussions, tombola, crêpes, salades, buvette et musique pour une fête précédent l'audience  au tribunal du 15 juin. Retour sur un moment de musique de cette tonique soirée.

Il est déjà tard lorsque s'installe le groupe de circonstance Parcours Soupe : Antonin-Tri Hoang (saxophone alto), Ève Risser (clavier), Francesco Pastacaldi (batterie) rejoints - fait de situation - par Jean-François Pauvros (guitare). Le transformateur du clavier implose - frustration de quatre à trois -  et deux rappeurs de groupes ayant précédé refusent obstinément sans méchanceté, mais avec une probable et prononcée influence dionysiaque oblitérant un utile discernement, de céder le micro, imposant un enchaînement dont la seule issue est de se déchaîner. De prévisibles, les positionnements (rien de ce qui est prévu du rien n'est prévu ne se passe comme prévu) vont alors basculer dans une perte d'orientation, où émerge tant bien que mal le bruit d'abord confus puis assuré ouvrant le rideau soudain vers une sorte de configuration convulsive et visionnaire. En quelques minutes, après une cavalcade d'impossibles où l'incapacité de s'entendre - Dionysos ne lâche pas le morceau - ne peut mener qu'à l'impossibilité de s'écouter, Ève Risser se saisit d'un antimachiste micro pour une partie vocale faisant passer Dean Jones et Phil Vane pour des émules de Jean Sablon. Hoang, Pauvros et Pastacaldi forgent enfin l'indescriptible bienvenu, la poésie revêche sans à bout, pleine de souffle. Éclate alors en folle densité une héroïque compression de ce que nous n'arrivons souvent plus à assumer : les malentendus d'une lutte des classes déclassée, les lambeaux des mirages de l'expression libre tranquillisée, la rage des saluts à bons entendeurs. Faramineuse représentation dans le nœud - est-il insurmontable ? -  de ce qui nous cloue encore lorsqu'on se libère dans la "longue et douloureuse nostalgie qui règne dans le présent" (Bakounine). Vacillent les certitudes rapides et s'allument les lueurs irréductibles. L'irréductible dans un vieux dictionnaire, c'est l'écoute vigoureuse mieux que la prise de pouvoir avec ou sans objet.

Quelques minutes de musique de chair totale comme on la rêve sans cesse et par là même qu'on la redoute, en filiation directe du monde épineux, une extraordinaire perception de l'éclatement des frontières de nos irréalisables. Nous avons mieux que des coulisses à partager.

Photo : B. Zon

5.6.18

KLOOK GÉNÉRATION

Le batteur Kenny Clarke (ou bien "Oop bop sh'bam a klook a mop" simplifié en Klook) a inventé vers 1940 une manière inédite d'établir une pulsation. Ce n'est pas rien. Ce nouveau battement a permis de déterminer une nouvelle et bouillante musique, le be bop. Tout cela a été possible car les esprits étaient agités et tournés vers la recherche au delà de cadres établis devenus invivables. Langston Hugues avait écrit : « Le bop est issu de la police qui cogne sur la tête des noirs. Chaque fois qu’un flic frappe un noir avec sa matraque, ce sacré bâton dit : ‘bop, bop, be-bop !’ ».

Le be bop n'est plus la nouvelle musique, mais les "sacrés bâtons" sont toujours là et frappent à tout va quiconque cherche à sortir d'un cadre se réduisant sans cesse. De nouvelles pulsations s'imposent, soyons des Klook.

Photo DR



2.6.18

SIGNE DÉTEINT

Tout les jours, un signe nouveau (au moins) : aujourd'hui le trajet de la manifestation parisienne pour le retrait du projet de loi asile-immigration qui devait aller de République au Sénat en passant par Bastille a été raccourci de République à Bastille sur ordre de l'auteur de la loi même. Jusqu'où (et pourquoi) s'abstraire de comprendre ces signes pour ce qu'ils sont ?

1.6.18

KIND OF BELOU
2 au 5 août 2018

Que sera Kind of Belou cette année pour sa 19ème édition ? 
Le programme du festival de Treignac vient d'être annoncé : 

2 août 19h
Kind of Belou aime la propice convivialité et l'invitation de la Guinguette à Pépée au classique Café du Commerce de Treignac en est la plus douce des attestations. Le 2 août à 19h... première manifestation de la 19e édition de l'annuelle et chaleureuse rencontre des belous avec Catherine Delaunay, Pascal Van den Heuvel, Sébastien Gariniaux
Chronique de leur étonnant disque 



3 août 21h15 
 Busking ! Mais oui Busking ! Tant de musique a été ainsi transmise, humée, touchée même. C'est ce qu'évoquent Hélène Labarrière et Hasse Poulsen dans leur duo ainsi sobrement et précisément nommé. Quelle histoire ! Une démarche, une façon d'être au monde... et à Treignac au festival Kind of Belou le 3 août prochain.  
Chronique in disques amis

4 août 12h
André Francis avait inventé l'expression "solo absolu". Et l'on se délectait de "solos absolus" de Lol Coxhill, Sam Rivers, Evan Parker, Steve Lacy ou Anthony Braxton. À Kind of Belou (Treignac - Corrèze) cette année le 4 août, il y aura bien, avec Nathan Hanson, saxophoniste qui vient d'effectuer une tournée seul dans le Minnesota, un solo dont l'absolutisme aura pour frontière un ravissant déjeuner sur l'herbe. L'absolutisme champêtre et sans privilèges du 4 août.

4 août 21h30
Kind of Belou à Treignac est un lieu d'expériences heureuses, alors on ne s'étonnera pas, le soir du 4 août (mais oui !), d'y voir une formation qui est le fruit de diverses expériences heureuses : le trio Tony Hymas, Hélène Labarrière, Simon Goubert devenu quartet avec Jacky Molard au festival de la CNT à la Parole Errante l'an passé, l'autre trio avec Tony Hymas, Catherine Delaunay, Simon Goubert au Magasin Général de Tarnac ou au Café du Commerce de Treignac toujours l'an passé ou récemment le duo Hymas/Goubert jouant pour les Réfugiés à Campus. Tout ce petit monde de beaux nous-autres se réunira dans la Pacific 345, locomotive imaginaire qui tombe à pic .

5 août 12h
"Une sorte de belou" ... quoi de mieux qu'une fanfare pour exhaler ce terme (exploré dans la quatrième partie du texte "La révolution de belous") ? Après leur première apparition il y a deux ans, la joyeuse Fanfare des Belous sous la houlette généreuse de Catherine Delaunay, revient à Treignac le 5 août prochain. Cet ensemble est ouvert à toutes et même à tous quelque soit le niveau musical (avec répétition les jours précédents : contact Kind of Belou)

5 août 21h15
1ère partie
Depuis le 8 mai, sont dévoilés ici les concerts de la 19e édition de Kind of Belou. Le 5 août en première partie du No Territory Band de Davu Seru, on pourra entendre sur la scène de la nouvelle salle des fêtes de Treignac - première française - Riverdog, jeune groupe des Twin Cities (avec Léo Remke-Rochard et Jack Dzik). Le chien aboie et la rivière coule où se reflètent conjointement bien des attraits musicaux.
2ème partie 
There’s a Hole in the Wall in the Bucket est l'éloquent titre de l'album de l'étonnant groupe de Davu Seru, No Territory Band, au nom non moins éloquent (et combien substantiel) dont la sortie digitale a été fêtée hier soir au Black Dog (Saint-Paul - Minnesota). La première française aura lieu le 5 août à Kind of Belou (Treignac - Corrèze) où sera cette fois fêtée la sortie dite physique de l'album. Éloquence hors frontières ! Bien sûr !
• Avec Pat O’Keefe, Nathan Hanson, Scott Fultz, Jake Baldwin, Levi Schwartzberg