Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

25.12.12

ANTONIN-TRI HOANG, BENOÎT DELBECQ CHEZ MONSIEUR CLAUDE

Les photographies, portraits peints ou dessinés, bustes, de Claude Debussy montrent un être, certes habité, mais peu souriant à l'allure un brin austère. Pourtant on sait que ce musicien révolutionnaire (fils de révolutionnaire tout court) était doté d'un sacré sens tant de l'humour que du plaisir. Son anticonformisme était sans doute moins extravagant que celui de son ami Erik Satie, mais il rivalisait d'indiscipline avec le petit maître d'Arcueil. Son idée du mouvement de la mer n'était pas si vague, mais bien la traduction d'un soulèvement musical unique.

C'est peut-être par leur idée bien vivante du sens des vagues - pas difficile d'entrevoir ci et là un peu d'écume héritée de Katsushika Hokusai, un même soin à préciser la multitude - que le duo Antonin-Tri Hoang, Benoît Delbecq rejoint le plus simplement du monde la perspective du créateur de "La mer".

Idée lumineuse, perspective juste, le musée Claude Debussy a justement eu la bonne idée, le 22 décembre, d'inviter le duo à son adresse du 38 rue au Pain à Saint-Germain-en-Laye, lieu de naissance du compositeur. La demeure de bébé Debussy (la famille déménagera deux ans après la naissance du petit) se fit alors, 150 ans plus tard, le promenoir de deux amis, parcours alimenté d'entités en consonance, de bonheur bien compris, pour une musique qui commence souvent par un baiser et s'achève, opulente, sur la grève.

À l'issue du concert alors que l'assistance rappelle de bon coeur, deux saint-germinoises au diapason de la décoration échangent leurs impressions : "Ça surprend au début et puis... ils sont doués, ah oui alors, ils sont doués". Antonin-Tri Hoang et Benoît Delbecq reviennent pour un blues d'une favorable chaleur, ravissant particulièrement les enfants. Les plus attentifs auront pu vérifier que le buste de Claude Debussy, aussi présent sur la petite scène, esquissa alors un sourire.



23.12.12

NOTRE DAME DES OISEAUX DE FER

L'imagination émue, le sens profond du printemps, l'alerte de l'imminente folie des hommes, la plus belle qualité alliant poésie, musicalité et la vie réelle non frelatée comme source d'inspiration ont permis la création de la chanson "Notre Dame des oiseaux de fer" par le Hamon Martin quintet et le parolier Sylvain Girault (aussi chanteur*) présentée comme "Une simple chanson contre le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes en Loire Atlantique." Si tout être a une chanson comme le dit un proverbe Navajo, alors "Notre Dame des oiseaux de fer"** est celle qui accompagne nombre d'entre nous chaque jour (et ce n'est pas une image), relie nos réels désirs de liberté, d'égalité et de fraternité, les sentiments qui, contre le monde hideux et la lâcheté des imbéciles, sont monnaie courante à Notre-Dame-des-Landes.

* à écouter : son Batteur de grève gorgé de textes respirés chantés en coeur avec comme orchestre l'inspiré duo Julien Padovani et Jean-Marie Nivaigne

** in Du silence et du temps (chronique dans les disques amis)   

Hamon Martin quintet : du silence et du temps, Coop Breizh (2010)
Sylvain GirO : Le batteur de grève, Coop Breizh (2011)

22.12.12

EN ÉCOUTANT LES SOEURS GOADEC

En 1972-1973, les conversations allaient bon train entre les fans de David Bowie, ceux de T Rex, de Led Zeppelin, de Kevin Ayers, ceux qui ne juraient que par les musiques noires, ceux qui ne voulaient pas se défaire d'Hendrix, ceux qui voulaient tout péter avec les Stooges, ceux qui voulaient tout arrondir avec Yes, ceux qui planaient avec le rock allemand, ceux qui étaient initiés au jazz de Michel Portal ou Don Cherry et qui narguaient les lecteurs de Rock'n'Folk avec leur numéro de Jazz Magazine, ceux qui tâtaient déjà de la free-music, mais il y avait aussi un groupe qui faisait beaucoup parler, Les Soeurs Goadec. Leur groove enraciné, swing et puissance émotionnelle défiaient largement ceux des précédents.  Réécouter aujourd'hui Maryvonne, Thasie et Eugénie Goadec est la même claque vive et salutaire, la même envie de se lever et de regarder le Monde des pieds à la tête.

Alors, comme le temps est aux cadeaux, et bien, offrez à vous et à vos proches Enregistrement Public par Les Soeurs Goadec enregistré à Bobino (Paris) ou au fameux festival de Kertalg en 1973, poussez les tables, les chaises et les emmerdements et dansez. Vous aurez des vitamines toutes belles pour affronter les salopards qui espèrent déjà ruiner tous nos espoirs pour 2013. 

Les Sœurs Goadec Enregistrement Public (Le Chant du Monde - distribution Harmonia Mundi). Alan Stivell est présent sur le dernier titre.

13.12.12

NOTRE-DAME-DES-LANDES
UNE FOIS DE PLUS
PAR CATTANEO

On participe sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à des événements peu banals, qui ne sont pas sans rappeler ceux qui se déroulent dans la jungle de Palombie ; d’étranges nids s’accrochent dans les arbres, où la vie s’épanouit et fait éclore une forme de subversion subtile : la poésie.

Stéphane Cattaneo le 13-12-12

9.12.12

PINOCCHIOS D'OR

Dernière minute
Les Pinocchio d'or ont été décernés tous genres confondus au triumverat Hollande-Ayrault-Valls (avec une mention spéciale non seulement pour poursuivre l'oeuvre de leurs prédécesseurs, mais aller plus vite en besogne)

Leurs acolytes ministres (ou en Français traduit : objets décoratifs) se contentent de l'ordre de la boule de Noël.

5.12.12

LA LIBERTÉ GUIDANT LE PEUPLE
À NOTRE-DAME-DES-LANDES

Le Cardinal François IV ne peut guider que des ministres faits ou défaits pour vérifier que les vieux élans sont bien réduits à un seul cadre : un nouveau musée comme espace rassurant, galerie d'un temps d'arrière. Les barricades ? Histoire d'un passé à seulement contempler de loin, mais La liberté guidant le peuple s'est échappée, laissant simplement à Lens un autographe de Delacroix que des prestidigitateurs aux tours éculés de politique, ont pris pour l'original. Elle s'en est allée à Notre-Dame-des-Landes fuyant les effets de manche faciles à transporter, faciles à transpercer, fuyant la mort de tous ces beaux écrits lus dans les écoles pour ne jamais comprendre.

 La liberté guide le peuple à Notre-Dame-des-Landes avec ses rayons de pluie prodigieux, ses battements d'amour, ses éclairs infinis, ses arbres du temps qui parlent sans cesse à qui sait les entendre, qui sait vaincre la monotonie de fausses nuits trop obligatoires. Le temps est bien-là des sacoches en bandoulières, pour se défaire enfin des attaches inutiles et vivre de plein pied.

 Perdu dans un sinistre labyrinthe, le Cardinal se bute dans des murs sans printemps, comme Louis Philippe qui pensait que la liberté ne valait que 3000 francs.

Photo : B. Zon

30.11.12

COMMENTAIRE SUR UNE DÉCLARATION DE MANUEL VALLS, MINISTRE DE LA POLICE À PROPOS DE NOTRE-DAME-DES-LANDES

L'image est calée à droite sans hasard.

Petit retour et commentaires sur une déclaration du ministre de la Police
le 19 novembre à St Nazaire, soit deux jours après la manifestation géante anti-aéroport à Notre-Dame-des-Landes

Le texte :
"Il n'y a pas de place pour la violence, pour la confusion, je ne confonds pas d'ailleurs ceux qui peuvent manifester au nom euh, euh d'une certaine idée de ce qu'est pour eux l'avenir de la société : euh un monde sans aréoport, euh sans exploitation euh, sans énergie euh nucléaire euh, certains le défendent ! Ce n'est pas notre conception. Il y a là euh une mouvance euh ... anarcho-autonomiste avec d'ailleurs beaucoup d'étrangers qui viennent, qu'on retrouve sur un certain nombre d'autres manifestations, toujours les mêmes ! Et donc là aussi euh, je le dis clairement euh l'État euh sera très déterminé. Et nous ne laisserons pas impressionner par des groupes qui n'ont rien à voir avec l'idée qu'on puisse se faire euh de la liberté de manifester et d'émettre une opinion"

Cette déclaration précède celle du vendredi 23 novembre où le même "garant de la sureté de l'État" parlait à propos de la résistance à Notre-Dame-des-Landes de "kyste", vocable également utilisé dans les années 30 par les antisémites pour désigner les juifs.

Commentaires :

Il n'y a pas de place pour la violence
Il est un principe simple à Notre-Dame-des-Landes : bâtir, non des constructions inhumaines, mais des ouvrages réellement fraternels et lorsque ceux-ci sont détruits par les ordres de ceux qui au nom du progrès sont toujours prêts à confisquer la terre des autres (mais ne céderaient jamais leurs propres biens), le principe reste simple : rebâtir. C'est ce qui est défendu








Les forces de ces ordres, suréquipées, surarmées (merci au contribuable), n'ont eu de cesse de se rendre sur le site de la ZAD (Zone à défendre) pour casser ce qui avait été construit, saccager des plantations, couper les arbres, démolir les maisons, gazer les opposants souvent à tirs tendus (photo ci-dessus), leur tirer dessus à coup de flash ball, balancer copieusement des grenades assourdissantes (qui selon la législation ne devraient être utilisées qu'en cas de danger ultime) à qui mieux mieux et faire un impressionnant nombre de blessés (cf courrier d'un médecin généraliste au Préfet et nombreux témoignages). "Je ne confonds pas d'ailleurs ceux qui, pour des convictions, s'opposent à ce type de projet, y compris dans la majorité, avec des casseurs", a-déclaré le 25 novembre notre ministre de la casse. Car la casse est bien son fait, sa spécialité affichée : la casse de ceux qui esquissent quelques pas pour montrer un avenir possible hors de la destruction du clan des "nous" en classe affaire, la casse du vieux mot "socialiste", la casse à hauts risques qui consiste à stimuler régulièrement les 6 421 773 électeurs de Marine Le Pen pour assurer les transitions tranquilles : de Sarkozy à Strauss Kahn et de Strauss Kahn à Hollande. Le beau peuple de Notre-Dame-des-Landes, lui, expérimente en réalité ; c'est la vie !

la confusion
Exemple de confusion entretenue : proposition samedi soir 24 novembre de bien tardive ouverture de dialogue qui "permettrait de mettre tous les dossiers sur la table" ponctuée par la porte parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, précisant qu’il ne s’agissait «aucunement de revenir sur le projet d’aéroport». C'est le "droit de manifester à condition que ça ne se voit pas" de Sarkozy-Hollande, le trop connu "cause toujours tant que ça ne gêne pas nos plans".

un monde sans aréoport
 Un arrêt aux porcs serait effectivement, dans ce cadre bien mieux venu qu'un aéroport.

sans exploitation euh, sans énergie euh nucléaire euh, certains le défendent !
Qui pourrait trouver à redire à un monde sans "exploitation" ?  Mais il est compréhensible que ça ne fasse pas l'affaire des exploiteurs de la classe affaire méprisant les autres vivants, alertés. Mépris très comparable à celui de Michel Debré, ministre de la défense, qui en 1971 parlait des paysans du Larzac comme vivant de façon "moyenâgeuse".

Ce n'est pas notre conception
Et le "nous" devint scie. Le revoilà cet étrange "nous" et son accusatrice désignation. Le "nous" des (n)antis moyen-âge sans doute. Quant à la conception, elle avance ou elle recule... comment veux-tu... comment veux-tu qu'elle immacule.

Il y a là euh une mouvance euh ... anarcho-autonomiste
Un petit stage chez Michèle Alliot-Marie, experte en vocabulaire à des fins terrorisantes (Ultra gauche, autonomes etc.) pour parfaire les connaissances en intox serait nécessaire. À moins qu'il ne s'agisse d'une mauvaise traduction de l'anglais ou d'une confusion (Il n'y a pas de place pour la confusion) de retour de Corse, on notera un meilleur entraînement au rayon bidonnade chez le premier ministre qui s'adressait ainsi le 27 novembre : "J'ai dit aux dirigeants du parti (EELV) qu'ils devaient choisir. Il est impensable qu'ils s'associent à des anarcho-autonomes qui font de la casse à chaque sommet international". Restons entre gens du même monde, au sommet n'est-ce pas, les "nous" de la classe affaire.
Si les gendarmes responsables de blessures graves ne risquent évidemment aucune condamnation, les dernières comparutions immédiates ont vu de façon scandaleuse des peines affligées à un agriculteur, un boulanger et un jardinier, soit le nec plus ultra du terrorisme international. Dans l'éditorial du 28 novembre de Témoignage Chrétien, Jérôme Anciberro écrit : "Quand un ministre de l’Intérieur socialiste évoque le spectre de « l’ultra-gauche » devant des cabanes perchées dans les arbres et quelques potagers collectifs, il est temps, sans doute, de se poser de sérieuses questions. " Il est certes grand temps.

avec d'ailleurs beaucoup d'étrangers  
Et revoilà nos pro-européens désireux de décupler le transit international, qui fustigent les étrangers. La vieille ficelle employée aussi bien par Laval, le plombier Marcellin ou l'ex empereur Napoleon IV et son ultra Alliot-Marie, a tout de même des allures usées. Notre premier policier, si méfiant des étrangers, né à Barcelone, l'était lui-même avant d'avoir 20 ans en 1982, année de sa naturalisation. "Les étrangers sont juste les amis que vous ne connaissez pas encore" disait Margaret Lee Runbeck. L'ex-étranger ministre d'un président au nom de nation étrangère ignore tout de la fraternité et de l'affection, mots absents de son dictionnaire. Un stage à l'étranger lui ferait tous les biens.

toujours les mêmes !
Vinci, Bouygues, Eiffage, PS, UMP etc. en effet toujours les mêmes...

Et donc là aussi euh, je le dis clairement euh l'État euh sera très déterminé. Et nous ne laisserons pas impressionner par des groupes qui n'ont rien à voir avec l'idée qu'on puisse se faire euh de la liberté de manifester et d'émettre une opinion"
Et donc là aussi, disons le clairement, nous connaissons la détermination de l'État à essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Nous ne nous laisserons pas impressionner par des groupes comme Vinci  qui n'ont rien à voir avec l'idée qu'on peut se faire de la liberté de créer.

Photo 2 : détail d'une image de Fabrice Elsner (20 minutes) Notre-Dame-des-Landes le 23 novembre 2012

Merci à Céline X


27.11.12

À NOTRE-DAME-DES-LANDES :
BATAILLE POUR LA VIE

La fameuse phrase d'Emma Goldman ( "Si je ne peux pas danser, je ne veux pas prendre part à votre révolution ") prend, ce samedi 24 novembre, toute sa saveur lorsqu'un fort groupe d'opposants à la construction de l'inutile et nuisible aéroport sur la commune de Notre-Dame-des-Landes et environs, improvise ce que l'un me dit être une ridée et l'autre une gavotte. En attendant d'approfondir ma connaissance des danses bretonnes (nous sommes en Bretagne malgré le décret du 30 juin 1941), ce qui emporte, c'est cet incroyable engouement, cette montée d'éveil communicatif qui arrache et constitue la faramineuse antidote au bleu vide, déprimant, hagard et brutal : "Et dans trois ans, les oiseaux n'décolleront pas ...". Les gendarmes n'y comprennent rien, les voilà bien perturbés, eux dont les pitoyables instruments sont matraques, flashball, lacrymogènes, carapaces et grenades assourdissantes utilisées à foison. Avant cette danse, une femme a chanté "Gloire au 17ème", chanson relatant la mutinerie d'un régiment ayant refusé en 1907 de réprimer la révolte des vignerons du Languedoc. Invitation claire ! Et puis avant encore et après, la batucada, à peine impressionnée par les tirs fréquents de grenades lacrymogènes ou assourdissantes par les gendarmes, marche dans la forêt tambours et percussions frappés d'amour énergique.  Le tempo est splendide, la poésie peut tout exprimer. En ce lieu dangereux, ce lieu d'espérance aussi, ces moments de musiques trouvent instantanément et en toute simplicité cette vérité tant recherchée en des temps où la musique ne sait plus toujours sa place.

À Notre-Dame-des-Landes, la musique est à sa place comme sont à leur place tous ceux qui défendent la terre par leurs gestes qui construisent, plantent, rapprochent, comprennent, rient, échangent, résistent. Comme le week-end précédent, on y ressent cette gentillesse rare et cette facilité humaine. Mais cette fois-ci, c'est à l'épreuve d'une démonstration de destruction sous couvert d'autorité publique, une opération de casse et de répression. La violence est là par les gendarmes et ces "casseurs", ces "étrangers"(1), dont les discours de la porte parole du gouvernement, du préfet ou du ministre de l'intérieur (2) nous rebattent les oreilles sont bien leurs hommes en uniformes, personne d'autre et la "dérive criminelle" avec laquelle ils espèrent influencer le badaud n'appartient qu'à eux.
 
Gens de Notre-Dame-des-Landes, habitants, nouveaux habitants, voisins ou visiteurs partagent tous quelque chose qui dépasse de très loin les visions (3) étriquées de ministres ou de promoteurs absents de la vie. Toute la journée de samedi a été, face à la violence policière, illuminée par cette puissante solidarité de personnes venues de partout pour soutenir cette résistance qui a, plus que valeur de symbole, valeur de fondation. Il faut voir comment s'opère cette aide permanente, ces infirmeries improvisées, ces cantines généreuses, alors que dans les bois les détonations couvrent les bruits de machines détruisant quelques cabanes et coupant des arbres. L'argent du contribuable a de drôles de services. Vinci, parti socialiste, gouvernement : casseurs de rêves, casseurs de vie.

Le dimanche midi, tous sont invités à un pique nique, défiant la zone militarisée, et les intimidations policières (relevés d'identité, routes barrées, présence des gendarmes dans les chemins) n'y changent rien. C'est une multitude qui se donne rendez-vous, ceux de la veille, ceux de la manif à Nantes et bien d'autres. Une fois encore, l'étonnante créativité, marque de Notre-Dame-des-Landes, est à l'oeuvre.

Plus que suspecte tout de même cette insistance du gouvernement à aller vite sur ce dossier quand tous les recours ne sont pas épuisés, lorsqu'une manifestation d'ampleur exemplaire a parlé le 17 novembre (4), lorsque le projet est dénoncé de plus en plus pour sa folie destructrice, son coût, sa nocivité, sa casse, par des spécialistes de toutes sortes, lorsque la carotte de l'emploi si souvent agitée n'aboutit de toutes façons qu'à la satisfaction de quelques bétonneurs, lorsque nous sommes à l'orée de l'hiver, lorsque tant d'autres dossiers autrement plus urgents pour la société font plus que traîner en longueur.

À l'issue de la journée de samedi marquée par la résistance in situ, par la manifestation de Nantes, mais aussi par de nombreuses mobilisations partout en France, le premier ministre sortira brièvement de sa surdité, annonçant un ajournement des travaux de six mois avec un message d'une clarté dont seuls les politiques ont le secret : finalement on va tout de même négocier, mais sans rien changer. Cette"petite brèche dans la cuirasse", pour reprendre l'expression d'un habitant de Notre-Dame-des-Landes, on la doit à cette lutte exemplaire, une lutte qui ne saura évidemment se satisfaire de paroles en poudre.










Collectage des grenades tirées 
dans la nuit du samedi au dimanche 


(1) SOYONS TOUS LES ÉTRANGERS DE NOTRE DAME DES LANDES  
(2) LE KYSTE CONTRE MANUEL VALLS 
(3) LES NOUS DU PREMIER MINISTRE CONTRE LES NOUS-AUTRES DES PREMIERS VIVANTS 
(4) LES AILES DE NOTRE-DAME-DES-LANDES


Photos : B. Zon

23.11.12

LE KYSTE CONTRE MANUEL VALLS

 "Il est hors de question de laisser un kyste s'organiser" déclare Manuel Valls ministre de la police à Lorient ce 23 novembre alors qu'à Notre-Dame-des-Landes ses policiers détruisaient l'œuvre sans pareille du week-end dernier. C'est à 6h30 qu'a commencé l'attaque de trois points de résistance y compris celui de la Châtaigneraie, un terrain privé pas encore exproprié où s'étaient élevés quelques châlets le 17 novembre. Bâtiment sublimes contre la domestication de l'esprit.

Hier, le premier ministre nous indiquait en quelque sorte (1) le choix entre deux mondes, le sien, orwellien-de Vinci, du développement et de l'emploi fictifs ou l'autre, pour lui si incompréhensible qu'il faut le châtier, celui des 40 000 reconstructeurs d'un autre type le 17 novembre, de l'indispensable poésie, qui entend bien que le système dans lequel nous ne vivons qu'à peine puisse cesser avant que n'expire l'espèce humaine.

Aujourd'hui le nouvel Ernest Picard impose sans honte dans la même déclaration un seul modèle : «Regardons le monde tel qu’il est et les difficultés qui sont celles de notre pays». Quel monde ? Celui des balles perdues, des couteaux sous la gorge, de la souffrance solitaire dont la charge première est de nier la vie de ses enfants.

C'est bien à une démonstration de cruauté à laquelle nous avons eu droit ce matin, où s'inaugure sans cesse l'égorgement de l'espérance humaine. Nous aiderons de toutes nos forces à la résurrection de ce kyste.

                                                                    Cette chronique est dédiée à Vital Michalon

(1) Notre billet d'hier



22.11.12

LES NOUS DU PREMIER MINISTRE CONTRE LES NOUS-AUTRES DES PREMIERS VIVANTS

"Nous avons choisi notre destin. Nous ne nous laisserons donc pas dicter une vision du monde qui n'est pas la nôtre" insiste le premier ministre Jean-Marc Ayrault dans une interview à l'hebdomadaire du groupe Lagardère Paris Match, parue aujourd'hui 22 novembre, à propos de la résistance à la construction de son aéroport de Notre-Dame-de-Landes où il n'habite pas.

Question pour un champignon : Qui est ce "nous" ?

Trois propositions de réponses :

1) Le triumverat HAV (Hollande-Ayrault-Valls) ? 

2) Les grands élus auxquels il est fait référence ailleurs dans l'article ("avec d'autres grands élus") ? Il y aurait donc des petits élus (qui comptent pour du beurre comme ceux qui étaient à la manif de Notre-Dame-des Landes par exemple) et des élus de grande taille qui peuvent décider ce qu'ils veulent. Note : le premier ministre n'est plus un grand élu, il n'est même pas élu du tout, seulement nommé suivant une tradition royale.

3) L'ensemble des gens qui ont voté pour le Cardinal dans un rituel salement compliqué qui n'intéresse pas les enfants, ce qui fait 18 000 668 de personnes au second tour sur une population de 65 436 552 ? L'assurance que ces 18 000 668, dans leur vote, auraient inclus l'aéroport de Notre-Dame-de-Landes ou bien la non renégociation du traité européen ou l'augmentation de la TVA ou le fait de persécuter les Roms (ou bien ! ou bien !) semble pour le moins précaire. Il semblerait qu'au moins 9 000 000 (c'est ce qu'ils disent) n'aient pas élu (naïvement) le Cardinal pour ces motifs, mais seulement pour chasser l'Empereur en oubliant qu'il y avait déjà de sérieuses boutures (ça n'aide pas à avoir une vision). Ce qui nous amène aux questions relatives au destin.

Deuxième groupe de questions pour un champignon : 

Quel est le destin dont il est question ? Le nôtre est-il vraiment assimilable à celui de la société Vinci, de la haute finance et de nos gouvernants ? Qui représente qui ?

Suggestion du jour : et si on profitait de l'occasion afin de discuter davantage de "vision du monde"?

Indice 1 :
Ievgueni Ivanovitch Zamiatine a publié, en 1920, un roman intitulé Nous autres (interdit de publication par Staline deux ans plus tard) où un être du futur nommé D-503 conçoit un vaisseau spatial,  l'Intégral, afin de convertir les civilisations extraterrestres à une vision du bonheur imposée par l'État.

Indice 2 :
Autre vision, celle de Buenaventura Durruti alors qu'il était dans le groupe Nosotros : "C'est seulement en se libérant de la peur que la société pourra s'édifier dans la liberté".

Indice 3 :
Par simple esprit ludique comparons le "Nous ne nous laisserons donc pas dicter une vision du monde qui n'est pas la nôtre" en tête d'article avec une autre citation, célèbre celle-ci : "C’est l’un des droits absolus de l’État de présider à la constitution de l’opinion publique". Son auteur Joseph Goebbels était passé maître ès manipulation.

Photo : B. Zon

20.11.12

LES AILES DE NOTRE-DAME-DES-LANDES


Prélude

Il existe un beau dessin de Franquin où un petit village et ses environs sont soudain menacés par des pelleteuses qui ressemblent à des monstres. Le dessin date déjà (années 70) mais a si souvent parlé, il est maintenant situé à Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes.

Un Ayraultport qui vient de loin et ne va nulle part

Le projet de nouvel aéroport pour Nantes pour remplacer celui qui existe déjà (qui n'est pas saturé et sert aussi les usines Airbus qui ne se déplaceront pas) est une sorte de serpent d'air qui s'agite depuis l'ère gaullienne des années 60. Le maire de Nantes devenu premier ministre en a fait une affaire personnelle : un Ayraultport coûte que coûte, projet confié (offert) à la société de bâtiment et travaux publics Vinci (chiffre d'affaire 38 milliards d'euros - troisième groupe mondial de la construction et responsable de l'actuel désastre de Khimki (1)). Et peu importe les économies imposées à tous (ou presque, le PDG de Vinci qui ne s'appelle pas Léonard vit par exemple fort confortablement avec un salaire de près de deux millions d'euros par an sans compter les pourboires), ce projet inutile, dispendieux et ruineux (il n'est qu'à voir ce qui est arrivé aux entreprises du même type en Espagne dans la dernière décennie) écologiquement nuisible et générateur de violence est le haut symbole de la réussite capitaliste du nouveau pouvoir d'accord en tous points avec l'ancien. Pour les naïfs, on ressert le vieil argument qui tourne à vide : "ça créera de l'emploi". Ce n'est pas faux, ça en a créé un. Bernard Hagelsteen préfet de la region Pays de loire et du département de Loire Atlantique de 2007 à 2009 en charge de la mise en route du projet est désormais en poste chez ASF, filiale autoroutière du groupe Vinci (non non ce n'est pas lui qui contrôle les tickets dans la petite guérite !)

Haut de Pologne

Il semblait que la règle des puissants était de ne parler publiquement des affaires intérieures quand on était à l'extérieur qu'en cas d'extrême gravité. Avec le projet d'Aéroport de Notre-Dame-des-Landes, serions-nous dans ce cas ? Vendredi 16 novembre à Varsovie en visite accompagnée de 22 chefs d'entreprises dont les patrons poluants d'Areva, Total et EDF, le Cardinal François IV sortait anormalement, à propos de la manifestation prévue le lendemain à Notre-Dame-des-Landes, de sa réserve présidentielle en annonçant (dans un style très proche de l'ex Empereur Napoléon IV) : "Moi je respecte le droit de manifestation, je euh fais en sorte que tous les recours puissent être euh traités avec une justice indépendante, mais, en même temps euh, il y a aussi euh, la force du droit, euh et euh la primauté euh de la volonté, non seulement de l'État mais aussi des élus, et au-delà même des alternances politiques. Il n' y a pas là aussi de manquement à quelque engagement que ce soit puisque euh lorsque j'ai été interrogé comme candidat pour l'élection présidentielle,  j'ai toujours dit que j'étais favorable à cette euh plateforme aéroportuaire. Donc il y aura une manifestation, j'espère qu'elle se passe bien que euh il y ait euh le respect euh des uns comme des autres et que euh ensuite euh au-delà des procédures qui peuvent encore être engagées, il y ait euh cet investissement qui puisse être fait". Soit 147 mots ("euh" compris) pour dire : "Salut les gogos, les manifs ça va tant que ça ne sert à rien, mais derrière on fait de toutes façons nos petites affaires, on peut même vous faire croire que vous avez voté pour ça !". Le cardinal se pense déjà empereur, son premier ministre et son fort répressif ministre de la police font l'affaire et les trois font l'aéropaire.

César ferme-la !

Où aller le 17 novembre sinon à Notre-Dame-des-Landes. En route ! Sur l'autoroute (groupe Vinci), nous dépassons de nombreux véhicules emportant des CRS. Aïe ! Pourtant on ne les verra pas du week-end, pas du tout, nulle part (même les ULMs survolants le site n'étaient pas de la préfecture comme une mauvaise information l'a laissé croire, on a si peu l'habitude). Les CRS et autres gendarmes mobiles resteront cantonnés probablement dans leurs camps d'Aquarium, de Babaorum, de Laudanum et Petibonum en attendant de futurs méfaits des tueurs de salamandre de feu. Car l'opération militaro-policière déclenchée à Notre-Dame-des-Landes a été sérieusement appelée par les têtes pensantes (oui enfin... bon !) dirigeant ce petit monde de bignolons : "Opération César" ! Comment imaginer accorder quelque crédit que ce soit à des gens qui n'ont jamais lu (ou compris, ce qui est plus plausible encore) un album des aventures d'Astérix et Obélix. Un des tracteurs de la manifestation portera donc le plus simplement du monde un calicot-retour "opération Astérix" !

Solidarité n'est pas un vain mot. 

Arrivés sur les terres de Notre-Dame-des-Landes avec bien des difficultés pour se garer tant il y a de monde (30 à 40 000 personnes), nous sommes immédiatement immergés dans une atmosphère bien différente de celle des trop habituelles manifestations où l'espoir se noie souvent dans les mouchoirs en fin de parcours. Tout a l'air neuf, partagé, tout a l'air beau, tout a l'air d'avoir toujours vécu, d'avoir de l'air. Les gens sourient, se parlent, se taquinent, les enfants parmi nous et nous parmi eux. Les cœurs battent pour une liberté là reconnue, les tambours aussi. Des clowns sortent des fourrés, des petits orchestres s'improvisent, les chiens courent comme des fous, heureux comme jamais. Les vaches rient et les chèvres soufflent un coup ! Tiens ici, des pingouins révoltés ! Le temps qu'il fait n'est pas celui de Louis Philippe, la pluie ne fait pas peur, on saute dans les flaques les bottes les premières, la gadoue réjouit, sol humide non propice aux constructions aéroportuaires. Là un chapiteau, des meubles assemblés devant nous avec des bribes de bois ; une quantité impressionnante de matériaux divers est acheminée par tracteurs dans la forêt pour reconstruire, reprendre, se saisir de la beauté du monde, l'accompagner, construire, ensemble. Les maisons se montent alors que des petits groupes chantent la chanson d'Hamon-Martin "Notre dame des oiseaux de fer", chanson témoin belle comme le temps des cerises sous le regard d'un cheval. Les barricades s'élèvent superbes, témoins de l'élan incroyablement salvateur rappelant qu'elles sont à des moments clés, la plus belle construction de l'homme, barricades de Paris huit fois au moins, de Lyon, de Barlin, de Barcelone, de Notre-Dame-des-Landes. Pas de prix fixé pour la nourriture, crêpes, galettes, thé, soupes. Relais, coup de mains. Plus on est différent, plus on se ressemble. Pas de chefs, seulement des compétences et une organisation étonnante, bourgeonnante, si loin de la sécheresse bureaucratique privée de tout imaginaire de ceux qui (le croient-ils ? le croyons-nous ?) nous dirigent sans aucun sens des directions. Des ruines du monde d'avant s'échappent les évidences que l'on ne perçoit plus , il était temps de parler aux arbres de la forêt de Rohanne, de les laisser nous dire aussi. Chapeau bas à tous les habitants résistants, à tous les zadistes (2) les ayant rejoints depuis longtemps, vivant ci-et-là, dans les arbres. Ensemble ils ont tenu le choc face à la brutalité d'un état qui se vante de privilégier la concertation, mais qui en réalité frappe à tout va, comme il frappe ailleurs les roms, pour impressionner le mouton électeur qui a peur d'une ombre qui n'est même plus la sienne, une ombre qu'on lui dessine sur mesure. "L'Etat sera ferme et il y aura en temps utile, comme le préfet de région l'a rappelé, des évacuations parce que nous devons être déterminés" a dit le 19 novembre le ministre de la police. Il ne sait même plus ce que signifient les mots "ferme", "temps" et "utile", il ne comprend qu'"évacuation" ici comme devant chez lui lorsqu'il chasse les SDF qui ne font pas beau dans le décor et déplaisent à Madame. Il dira sans doute aussi "les fous de la forêts" comme ce fut dit de résistants essentiels en Limousin dans les années 40. La dignité est une lointaine histoire pour l'imbu de pouvoir glissant dans l'abîme d'une mort sans beauté.

Merci et à nous de faire demain

La dignité, oui ! Les habitants membres de l'Acipa et les zadistes, nous l'ont offerte ce 17 novembre pour vivre vraiment, en profondeur. Le chemin, ils l'ont déjà trouvé. La lutte qu'ils ont mené depuis longtemps a permis ce miracle ponctuel, ce poème réel. On a parlé de violence -médiocre médias -, sur place les gens se sont seulement défendus face à la violence insupportable des confiscateurs (imaginons raser pour "utilité publique" les habitations des 40 gouvernants les plus haut placés ou des 40 premières fortunes de France ou des officiers de police qui supervisent les expulsions ou des cadres de chez Vinci  : que diraient-ils ?). Un  des membres fondateurs de l'Acipa, il y a 12 ans, nous a dit avant de partir "ça fait chaud de voir tout ce monde, on y croit, on peut gagner". En un sens (le principal), ils ont déjà gagné. Désormais, c'est aussi à nous de les rejoindre de toutes nos possibilités, ici et ailleurs, à nos postes, dans nos voyages, car demain la lutte sera plus rude encore, pour faire mieux que défaire un inutile aéroport, mais bien établir un champ libre sur le tracé des sources, un champ qui ne s'éparpille pas brusquement, le champ de toutes nos articulations assoiffées de justice immédiate.

(1) La forêt de Khimki est une forêt de bouleaux de 1 000 hectares située dans la banlieue nord de Moscou et menacée par un projet d'autoroute à péage confié à Vinci. Opposants et journalistes ont fait l'objet de graves passages à tabac.
(2) Zadiste, occupant de la ZAD (Zone à défendre)

Site de la Zad
Site de l'Acipa
Blog du collectif de lutte contre l'aéroport de Notre Dame des Landes  

Photos : B. Zon et Z. Ulma

15.11.12

SOYONS TOUS LES ÉTRANGERS
DE NOTRE DAME DES LANDES

Il ne faut pas faire de raccourcis historiques trop simples, c'est vrai ! Il y a des questions d'échelle à respecter, c'est vrai aussi. Mais les échelles ont les barreaux qui montent. Si les dernières élections ont permis un astucieux sauf conduit pour sauver la politique menée précédemment - on change de look, pas de cap (c'était entendu) -, elles ont surtout permis d'entretenir la remontée permanente des idées les plus nauséabondes. Parmi elles, la constante désignation d'un ennemi pour justifier la faillite d'un système. Cet ennemi, il est étranger. Pratique, on ne le connaît pas, il fait facilement peur. Un jour il est rom (et une sénatrice socialiste approuve sans vergogne les persécutions qu'il subit), le lendemain il peut être ... anarchiste. Alors qu'à Notre Dame des Landes, se prépare, dans la violence d'état, l'installation d'une épouvante aéroportée (les avions ne véhiculent-ils pas des étrangers ?) qui n'a aucune justification raisonnable, que ce chantier a été confié par PPP (partenariat public privé, qui signifie que le contribuable paie double) à la sinistre entreprise Vinci (là on n'est moins regardant sur l'utilisation des travailleurs étrangers) responsable de saccages archi connus tels actuellement l'autoroute Moscou-St Petersbourg (pas regardant non plus pour les marchés étrangers et encore moins sur les méthodes criminelles utilisées pour faire taire les opposants au projet dévastant la forêt russe), médias, hommes de gouvernement (qui ont doté l'entreprise Vinci d'une protection de 1200 gardes mobiles avec une opération militaire intitulée "César II") et badauds d'extrême droite s'en donnent à cœur joie. 

Quelques exemples glanés ces derniers jours au hasard de la presse et de la radio. :

"Vous avez été rejoints dans ce combat contre l'aéroport de Notre Dame des Landes par des gens venus d'ailleurs, parfois même de l'étranger, certains parlent d'anarchistes" (Claire Servajean dans le Journal de 13h de France Inter 14 novembre).

"Des groupes violents gravitant autour de projets comme la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin ou l’aéroport de Notre Dame des Landes en France" (Manuel Valls, ministre de l'intérieur dans sa conférence de presse du 5 novembre)

"La vermine anarchiste professionnelle dont une grande partie d'étrangers ne mérite que condamnation" (Un lecteur de Presse Océan dans un commentaire internet du 8 novembre)

"Je condamne toutes les violences. (...) Il est absolument inadmissible, quand on s'oppose à un projet qui a fait l'objet de toutes les décisions, (...) donc dans un Etat démocratique, que des forces ultra-minoritaires et violentes venues parfois de différents pays d'Europe s'opposent à un choix légal et parfaitement démocratique" (Jean-Marc Ayrault, premier ministre dans sa conférence de presse du 14 novembre)

"Là, vu l'ampleur, il est grand temps de frapper un grand coup d'une opération de type militaire!
Je pense que nos services de renseignements connaissent d'où viennent les étrangers et les anarchistes! Il n'y a pas que dans les banlieues que les zones de non droit existent .... Les nouveaux barbares verts qui coupent les arbres? Vite des condamnations pour la " racaille" professionnelle!" (Un lecteur de Presse Océan dans un commentaire internet du 9 novembre)

"Solidarité avec les forces de l'ordre" (Frédéric Cuvillier, Ministre des transports, questions au gouvernement le 31 octobre 2012)

"Ce sont toujours des étrangers qui commandent. Le banditisme n'est pas l'expression du patriotisme blessé, c'est le complot étranger contre la vie des Français"
(Non ! Celui là date de 1944 ...)

Comme à Carnet Plogoff, au Larzac, nous pouvons faire la différence (et il est grand temps !) : Manifestation à Notre Dame des Landes samedi 17 novembre à 11h

Dessin : Cattaneo

30.10.12

CATTANEO VOUS INVITE
À NOTRE-DAME-DES-LANDES

On s'amuse, on chante, on rit : 
c'est la vie de bandit ! 
par Cattanéo 

 "Vous souvenez-vous d'Occupy Wall Street ? J'étais par chance au cœur de ce mouvement à NYC l'année dernière, m'enivrant de liberté, de créativité, de solidarité (et d'un tas d'autres mots se terminant par té, au rang desquels on peut citer : l'hilarité, la convivialité, l'amabilité (et toutes ces sortes de joyeusetés)) ; ainsi, tel un envoyé spécial pour le compte de la subversion internationale (vivent la révolution et les pommes de terres frites !), j'inondais le monde en général et La Roche Bernard en particulier de mes compte-rendus sur la situation (assortis parfois, il est vrai, de considérations plus personnelles (comme certains désastres émotionnels si je me souviens bien, mais passons), qui, aussi relative qu'ai été mon audience (dans sa dimension numéraire, s'entend), n'ont pas peu contribué à tenir informer les populations de ces évènements si importants. Noble tâche ! J'ose croire que je m'en suis acquitté avec ardeur et efficacité. Or, il se trouve que pas très loin de chez moi il y a Notre-Dame-des-Landes ; c'est un joli bocage situé au nord de Nantes, qu'on veut ravager pour y construire un aberrant aéroport. Ça se situe de l'autre côté de la frontière administrative : on n'est plus en Bretagne depuis que Pétain a fait ceci ou cela, je ne me souviens plus très bien (et je m'en fiche pas mal : on est tous des frères), mais en Pays de La Loire. Ces derniers temps on y croise des centaines de CRS et gendarmes mobiles, qui y expulsent les habitants, détruisent leurs habitations, gazent le tout aux frais du contribuable. Cependant, s'il y a un esprit de résistance "à la bretonne" qui est bien vivant, bien serein, bien déterminé c'est ici, dans ce patelin. Je le sais, j'y étais hier. Je ne veux pas tout dire de ce que j'ai vu et entendu sur la route D81 qui relie Fay-de-Bretagne à Vigneux-de-Bretagne, ni même de ce que j'y ai fait ; je peux en revanche vous révéler que nous nous préparons à vivre un épisode magnifique, plein de fougue et de panache. Les flics qui ont survolé par hélicoptère cet après-midi la Zone A Défendre n'ont pas manqué de faire le point sur les forces en présence, aussi m'autorisé-je à vous signaler que plusieurs barricades ont été érigées, des vraies avec fossés, gravats, pneus, palettes, troncs, réserves de projectiles tels pierres, piles ou canettes. Sur plusieurs rangs successifs, elles coupent la route au sens littéral du terme et constituent le point névralgique d'une zone n'étant plus complètement sous le contrôle de Vinci, la police, l'état : ils ne passent plus. Aucune trace des bleus - ou si peu - pendant tout ce weekend et l'air, curieusement, s'en trouve comme purifié, enrichi des fragrances de l'automne. Singulière expérience que l'érection (très agréable aussi) de ces barricades champêtres, tranquilles, et joyeuses : elles promettent un gymkhana insensé et périlleux aux flics qui voudront les prendre d'assaut, et se montent dans la bonne humeur, la tranquillité, l'évidence par des femmes et des hommes jeunes, animés d'une puissante pulsion de vie : on n'est pas dans le no future ici, c'est exactement le contraire. Ces gens sont le futur. Nous sommes le futur. Une Manifestation de Réoccupation est programmée pour le samedi 17 novembre, en compagnie d'une partie du "mouvement social", dit-on : Attac, la Conf', le NPA... Ce sera un rendez-vous important pour reconstruire des bâtiments collectifs et passer l'hiver, réorganiser durablement la vie des habitants, donner une suite au mouvement, comme il est coutume de le dire. En attendant, on a envie de voir vivre ces barricades, de les voir prospérer, animées par la musiques et les chants Par nos amours, nos rêves. Nos incendies. Il faut les défendre et cesser de nous plaindre. Se souvenir du Larzac et Plogoff, la Commune de Paris... Ces choses sont vraiment arrivées. Et demain, elles se produiront encore. Je le sais, j'y serai. Si vous venez, vous me repérerez aisément : je serai à côté d'une grande banderole peinte par mes soins où l'on peut lire : QUE LA FÊTE COMMENCE !"

23.10.12

RUSSELL MEANS


Nous l'avions rencontré et interviewé en 1990 à Wounded Knee, monté sur son cheval dans le froid, très en colère contre les parcelles de la réserve occupées par les Euro-américains. Russell Means était bien autre chose qu'une icône - traduire "image rapide" - de la contestation indienne, sanctifiée par Andy Warhol. Le Lakota Oglala, né à Pine Ridge en 1939, devint en 1970 le premier représentant de l'American Indian Movement (fondé en 1968) qu'il avait contribué à créer avec l'Ojibway Dennis Banks. Ils furent tous deux inculpés pour l'occupation du site de Wounded Knee en 1973. Le parcours de l'auteur de Where White Men Fear to Tread est complexe, nourri d'actes de bravoures et de contreverses. Il a survécu à 9 tentatives d'assassinat, mais pas à un cancer de la gorge qui l'a emporté hier.

SADE ET DIDIER VARROD

Dans sa chronique au journal (7-9*) de France Inter ce matin, Didier Varrod a évoqué Sade (la chanteuse) "qu'on avait pas réussi à oublier". Personne ne lui avait demandé un tel effort, à moins qu'il n'eut une aventure personnelle douloureuse avec l'interprète de "Diamond life" (mais comme nous n'étions pas prévenus, cette demande de solidarité soudaine avec ce "on" serait alors abusive). À moins tout simplement qu'il ne s'agisse, sans queue ni tête, de
"tout juste un peu de bruit comme à la radio"**. 

* Journal où la mort de Russell Means n'avait aucune place
** Brigitte Fontaine et Areski

À lire dans le nouveau numéro des Allumés du Jazz (30) : Les mots pour ne pas toujours le dire (pages 15 à 17)
Sur le blog 29-04-028 : Finstacio

21.10.12

CATTANEO ET BENOÎT DELBECQ
ÉPATENT LA GALERIE DUFAY BONNET


À deux pas de chez Agnès Varda, dans un quartier qui porte la trace de Georges Méliès et une rue nommée d'après l'un des inventeurs de la photographie, Louis Daguerre, un de ces passages au charme tout parisien : la Cité Artisanale abrite la très agréable Galerie Dufay Bonnet. C'est dire si l'envie d'images se bouscule en cette partie de Paris. Ce samedi 20 octobre, une fine pluie conduit curieux et amateurs vers la petite galerie pour une performance, le mot n'est pas heureux, on lui préférera tout de même celui de concert car c'est bien de concert que Cattanéo (pinceaux) et Benoît Delbecq (claviers) agissent. Les deux hommes se connaissent depuis belle lurette, depuis le temps où les immigrés réfugiés à l'Église St Bernard virent un violent assaut policier. L'auteur du fameux Slim, bien connu des lecteurs des Allumés du Jazz, est un adepte des bains de musique qu'il pratique en s'ébrouant avec une joie salvatrice. Les prestations en public, il aime depuis ce jour où tout tremblant, il fit son baptême du feu en duo avec Moebius qui lui offrit là 1000 années d'assurance. On l'a vu aussi pendant son exposition au Black Dog de St Paul (Minnesota) en trio avec Nathan Hanson (saxophones) et Brian Roessler (contrebasse), ce qui tombait en plein enregistrement du disque de Benoît Delbecq Crescendo in Duke, et valut de bien entendu à l'une des images de Cattaneo "Black Dog at the winter's door") de figurer dans le livret de l'album. Les belles histoires sont constituées de sources et de petites rivières. Et c'est à une jolie cascade de sons et de couleurs que nous avons pu assister en ce jour anniversaire de la naissance d'Arthur Rimbaud. «Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens.» disait celui-ci. C'est sans doute de ça dont il s'est agit lors de ces 40 minutes chavirant doucement, nous rendant présents au monde, témoins par passages de couleurs qui se plient de sourire lorsque se font et se défont de petites mélodies entêtantes qui vibrent de plaisir. Le corps du peintre se prend à danser.
Il l'a bien cherché !

Exposition Cattanéo jusqu'au 23 octobre à la Galerie Dufay Bonnet, Cité Artisanale, 63 rue Daguerre 75014 Paris - 
tél : 01 43 20 56 06.
PROLONGATION EXCEPTIONNELLE DE L'EXPOSITION JUSQU'AU 10 NOVEMBRE 2012

À lire :
Cattaneo a la ligne
In a sentimental mood par Stéphane Cattaneo
À écouter :
Benoît Delbecq : Crescendo in Duke  

Photo : B. Zon

18.10.12

JEAN-FRANÇOIS CANAPE

La revue Jazz Magazine avait mis en couverture le trompettiste Jean-François Canape le 1er mars 1994, ce qui n'avait pas plu à tout le monde, mais faisait tellement de bien. Nous évoquions récemment l'importance de groupes français comme Le Cohelmec, Canape en était. Trompettiste volontiers facétieux - ses voisins du XIVème se souviennent du son de sa trompette surgissant d'une fenêtre sur cours aux douze coups de minuit à la Saint Sylvestre et ces même voisins de réclamer chaque année : "trompette ! trompette !" ou de cette soirée au Havre avec Yves Robert, Louis Sclavis, Beñat Achiary, Michel Doneda en 1984 où il nous fît rire aux larmes - il s'est tranquillement imposé comme un pilier du jazz en France avec le Machi Oul Big Band, Gérard Marais, Jacques Mahieux, Didier Levallet, Michel Godard, Sylvain Kassap, André Jaume. À l'un des titres de son premier (et unique) disque en leader K.O.N.P.S. "Est-il rien sur terre ?", on répondra  volontiers "trompette ! trompette !". Mais la trompette de Jean-François Canape vient de se taire, ce qui ne nous empêchera pas de le redire.

13.10.12

RODRIGUEZ
(COMING FROM REALITY
AND OTHER FACTS)

Est-ce que j'aurais eu moins d'amour pour les disques de Rodriguez si je n'avais vu le film du réalisateur suédois Malik Bendjelloul, si je n'avais entendu cette histoire d'un type de Working Class Hero autrement plus vrai que celui prétendu par John Lennon, si je n'avais su son impact sur toute une jeunesse lorsque lui n'en savait rien, si je n'avais perçu, grâce à lui, la possible objectivité du hasard, si je n'avais senti son incroyable dignité de travailleur, de père et de musicien, si je n'avais été si touché par ce premier contact ?

Toujours est-il que, chaque jour, depuis que j'ai vu Searching for Sugar Man puis acheté de suite l'intégralité de la discographie du chanteur de Detroit, c'est à dire Cold Fact (1970) et Coming from Reality (1971), j'écoute ses albums aux titres précis. J'ai l'impression dans mon coeur, dans mon corps, qu'en cette période de doute prononcé, ce temps de violence sans nom souvent privé d'amour, de confusion entre la substance collective et l'esprit individuel, ses chansons aux paroles toujours si tangibles me sauvent à chaque fois. C'est une impression de plénitude d'une musique qui a traversé tout le spectre de la vie, a vaincu les cynismes et les banalités affligeantes, le vide imbécile et prétentieux, la dictature technologique, l'anti-rythme policier, les politiques misérables, la rouerie médiatique et autres aliénations modernes. L'insuccès premier de Rodriguez a permis le succès de son humanité. Alors lorsque j'entends "Sugar man", "Crucify your mind", "This Is Not A Song, Its An Outburst : Or the establishement blues", "Rich folks hoax", "I wonder", "I think of you" ou "Sandrevian lullaby - lifestyles", je crois encore, in extremis, à la musique comme langage fort ; soudain toutes les autres belles choses que j'ai entendues, toutes à l'heure, hier ou il y a longtemps, se rassemblent, alors quelque chose bouge. "Combien de temps pouvez-vous vous réveiller dans cette bande-dessinée et planter des fleurs ?"*

* "Cause" (Sixto Rodriguez in Coming from reality)

12.10.12

ILL CHEMISTRY EN TOURNÉE (NOTES)

Tous les garçons s'appellent Mathieu
Mathieu de La Sirène à la Rochelle, Mathieu du Rocher de Palmer à Bordeaux (Cénon - c'est oui), Mathieu de Neonovo à Paris, trois personnes accueillantes, souriantes, très efficaces, de véritables acteurs d'égal à égal sans qui aucune fondation n'est possible.
Le chant de la Sirène
En Français, le mot sirène signifie autant cette créature mi-marine dont le chant est irrésistible que celui de cet appareil au bruit infernal monté sur les véhicules de pandores qu'on préfère voir rester dans leur boîte. Desdamona a une chanson "Song of sirens" (qui figurera sur son prochain album) qui joue de cette ambigüité, une chanson qui alerte. Le chant de Desdamona est irrésistible.
 Le peuple étincelle
Difficile de trouver meilleur nom pour que tout le monde s'y retrouve. Le peuple étincelle est le nom du nouveau groupe de François Corneloup, un combo (François Corneloup, saxophone soprano - Fabrice Viera, guitare - Michaël Gyre, accordéon - Eric Dubosc, basse acoustique - Fawsi Berger, percussions) qui cherche à l'endroit que tant ne veulent plus voir et saisir. À Bordeaux, le peuple étincelle accueillait la marche des manifestants pour l'emploi, mais une syndicaliste a pris le micro pour dire que "la musique c'était bien beau, mais qu'il y avait des choses plus urgentes". Ensuite la musique a repris sa place, le groupe de Corneloup a invité Ill Chemistry. Il n'était pas difficile de comprendre où était la véritable étincelle, pas difficile non plus de saisir les liens millénaires de la musique et des luttes d'émancipation (il y avait beaucoup de musique pendant la Commune de Paris et Durruti jouait aussi un peu de guitare). Nous recommandons à cette syndicaliste sans musique de lire l'entretien avec John Holloway dans le nouveau numéro (30) des Allumés du Jazz, il y situe très bien les liens entre la persistance musicale et la chute possible du capitalisme.
Save my people
Au Nouveau Casino, Carnage a introduit ce titre de son nouvel album Respect the name dans le répertoire d'Ill Chemistry avec un bouleversant sentiment d'expérience. À Bordeaux, à la manif, Le peuple étincelle s'est joint à ce titre le transformant en hymne le plus signifiant de ce qui se passait dans la rue, le soir la salle a repris la chanson de deux jours au voyage rapide sonnant soudain comme un standard. Un chant de lutte.Une étincelle !
Disques et geste collectif
Vendre des disques à la fin des concerts n'est pas seulement un acte commercial, c'est aussi un instant de rencontre autour d'un objet pas anodin et qu'on aurait tort de banaliser. Au Rocher de Palmer, on vit même des très jeunes gens sans fortune se mettre à plusieurs pour acheter le disque d'Ill Chemistry (avec des commentaires balayant bien des clichés imposés).
Transmission
Pendant toute cette semaine, les occasions n'ont pas été rares de signifier des actes de transmission comme à Bordeaux entre Carnage et le jeune rappeur Moon Thomas (invité par deux fois par Ursus Minor lors de rappels au Tamanoir d'Aubervilliers l'an passé ou à Sons d'Hiver en février dernier). Vivons !
Kino Chemistry
David Unger, réalisateur de deux films importants sur la résistance Germaine Tillion à Ravensbrück et Les quatre fusillés du Kremlin-Bicêtre a réalisé un court métrage (on préférera au mot "clip") sur la chanson "Hold On" d'Ill Chemistry. Le film figure bien sûr Desdamona et Carnage ainsi que les tatoueurs de la boutique Hand in Glove à Paris ainsi qu'un acte de création comme jalon ; autre moment d'échange d'expériences diverses, de compréhension de repères et de constitution. 
 Marches
C'est vrai qu'il y a beaucoup de marches à gravir, beaucoup d'escaliers en tous sens avec plus ou moins d'esprit, beaucoup de petit perrons petits patapon et de grands efforts, ou de nécessité de souffle. Mais qu'est ce que ça fait respirer !
Merci aux équipes du Rocher de Palmer, de La Sirène, du Nouveau Casino, à Neonovo, à Samuel Thiébaut et Oléo, à Didier Petit, à Raphy et son gang de pâtissiers, aux trois Mathieu, à Marianne T, au Souffle continu, aux tatoueurs de Hand in Glove, à Jérémie, à Julia Robin, à Claudine et à tous ceux qui ont transformé cette tournée en un endroit de rencontres véritables.

Photos : B. Zon

11.10.12

LE POING DRESSÉ DE KIM,
CELUI DE DESDAMONA


Le film de Ken Loach Land and Freedom se conclut sur l'image de Kim, jeune fille qui, alors qu'elle vient de perdre son grand-père, prend connaissance de son histoire de combattant du POUM pendant la guerre d'Espagne. Elle lit lors de l'inhumation, quelques lignes de William Morris :

"
Come, join in the only battle wherein no man can fail,
Where whoso fadeth and dieth, yet his deed shall still prevail.
"


("
Venez rejoindre la seule bataille dans laquelle aucun homme ne peut échouer, 

même lorsqu'il s'affaiblit ou meurt, son acte continue de prévaloir.") 

Alors elle serre le poing et le tend.

Par une sorte de rencontre inattendue de
réminiscences soudainement rassemblées, cette image (peut-être la plus marquante du film, celle qui ouvre) rejoint une autre, concise, de Desdamona tendant le poing pour "the Siren Song"  lors des concerts récents avec Ill Chemistry. Acte libérateur, héritage réel du désir d'être libre, aptitude à transmettre l'activité qui engendre, si physique, si morale, cette mise en relief de l'être offre une entité à saisir, une parole à la fois momentanée et soutenue qui par son propre éclat révèle l'autonomie. Ensemble !



 Photo : B. Zon (Desdamona à Bordeaux), extrait du film Land of Freedom

25.9.12

LUC BARNIER

Tonie Marshall, de retour d'enregistrement de Deadly Weapons, nous avait signalé à Liria Begeja et Luc Barnier, respectivement réalisatrice et monteur d'un très beau film intitulé Avril Brisé, d'après le livre d'Ismaël Kadaré. La rencontre avec Liria et Luc avait été des plus aimables, leur désir de musique si bien exprimé que nous nous étions sentis libres de tout avec des indications minimum, mais précises, humainement précises. Avec eux le cinéma semblait une réalité qui valait la peine - l'impression que l'on a pour mettre "nos musiques" dans le panorama - la peine dans les difficultés et ce frémissement de beauté qui soudain vous saisit. Cette belle latitude fût une expérience extraordinaire. Lors de la mort d'Alan Hacker, la radio anglaise a joué - parmi d'autres participations du clarinettiste (toutes classiques) - un morceau de cette musique créée par Steve Beresford.

Luc Barnier, qui a oeuvré sur tant de films, m'a fait découvrir beaucoup sur le métier de monteur, sur le cinéma, sur les images, les sons, les gens, m'entraînant dans d'autres aventures avec Jacques Perrin, Mehdi Charef, Muriel Edelstein, Patrick Blossier, Tonie Marshall. Le festival du film de Minneapolis, en 2005, avait consacré une rétrospective à Benoît Jacquot en l'invitant. Il avait si bien parlé de Luc. Il y a 5 ans, il montait un très sensible film de Liria Begeja sur l'enregistrement de Nucular d'Ursus Minor, non encore publié. Luc Barnier est parti le 16 septembre après une longue lutte contre la maladie, une longue lutte qui a donné beaucoup au cinéma, qui nous a donné beaucoup.

Jean

22.9.12

LE VENT S'EST LEVÉ
(POUR LITTLE CROW)


Le vent s’est levé ce soir… la chaleur myope s’est éclipsée devant le grand panoramique du souffle. 

Le vent s’est levé alors que les tambours jouent à l’intérieur, de Pete Leggett ou Davu Seru rejoignant ceux de Pete Hennig les semaines précédentes… là où d’autres tambours étaient frappés lorsqu’était frappé tout un peuple 150 ans auparavant. Quand l’emplacement du Black Dog, café de la ville de St Paul, s’appelait encore Kapozia, village dakota où se joua tant des bouleversements tragiques. Kapozia, la cité de Little Crow, celle de son père Big Thunder, celle où l’on cru que l’on pourrait s’arranger de l’arrivée des pionniers d'Europe-Américaine sans trop de dégâts ; Kapozia à quelques kilomètres d’un autre village sioux nommé Black Dog du nom d’un de ses chefs. Ce soir le vent souffle par rafales. La porte du café s’ouvre par trois fois. George Cartwright semble souffler contre la sorcellerie du temps qui passe, pour éveiller les esprits. Le groupe s’appelle Merciless Ghost, les notes de basse de Josh Granowsky sont profondes, très profondes. Avant que le soleil ne se couche, Todd Harper avait annoncé l’automne et ses tendresses, son lieu de réflexion, ses « favorite things» en permanentes mutations soulignées par Aaron Kerr, mais à la même reconnaissance. Deux semaines plus tôt, il dessinait machinalement les gestes de Donald Washington Brad Bellows et de leurs compagnons. Le drive de Chris Bates avec le batteur ! Remède contre la nostalgie, contre l’épouvantable fardeau, loin du poids de la nuit, proche de ses caresses, de ses sons et des voix qui parlent depuis si loin. Celles qui inspirèrent peut-être ou sans doute Nathan Hanson la semaine précédente, qui joua pleinement à l’endroit. Le corps total. 

Il y a 150 ans, l’inévitable se produisit à l’issue terrifiante. Aujourd’hui, l’histoire des dépossédés s’écrit toujours avec peine, mais la musique appelle toujours. « Nous sommes nombreux, mais nous sommes un » (Little Crow). Le vent s’est levé ce soir… 

 




















•Donald Washington (saxophones ténor et soprano), Brad Bellows (trombone à pistons), Chris Bates(contrebasse), Pete Hennig (batterie) - Black Dog le 7 septembre
Nathan Hanson (saxophone soprano), Pete Hennig (batterie) - Black Dog le 14 septembre
Todd Harper (piano), Aaron Kerr (violoncelle), Peter Leggett (batterie)  - Black Dog le 21 septembre
Merciless Ghost : George Cartwright, (saxophones ténor et alto) Josh Granowsky (contrebasse), Davu Seru (batterie) - Black Dog le 21 septembre

Photos du Black Dog : B. Zon - dessin Todd Harper

17.9.12

APRÈS LE CNM, l’AN 01 ?
Communiqué des Allumés du Jazz
du 13 septembre 2012

Après le CNM, l’An 01 ? Communiqué des Allumés du Jazz du 13 septembre 2012 Le projet Centre National de la Musique, serait abandonné, on s’en réjouira. L’association de préfiguration de ce Centre National de la Musique, elle, continuera à être entendue, on se demande bien pourquoi et au nom de quelle compétence. La sinistre aventure du Centre National de la Musique, entreprise de normalisation faisant émerger un dérisoire concept de « filière musicale », mot béquille dont chacun se gargarise à foison comme s’il signifiait quelque chose, aura atteint un triple but : confusion, désarroi et faux-semblants sont devenus les pénibles atours de nos activités. Comment considérer une industrie qui a été incapable d’imposer le prix unique du disque ou la tva réduite à 5,5%, pour faire de ce disque un objet comparable au livre (qui lui bénéficie de ce régime depuis 30 ans) ? Comment considérer une industrie qui n’a eu de cesse de s’emparer des plus petits dénominateurs communs, brocardant la musique pour des profits toujours plus forts, la minimisant à l’extrême, la staracadémisant, pour en faire au mieux un objet-cadeau de la technologie soudain plus juteuse ? Comment pardonner une industrie, si peu soucieuse de création, qui soudain s’en prend à des gamins-pirates pour excuser son infinie négligence ? Décidément non ! Comme nous l’écrivions dans notre communiqué du 1er juillet *, nous n’avons rien à voir avec cette supposée « filière musicale », nous avons à voir avec le monde, ses joies et ses souffrances, avec tous ceux qui œuvrent en ce sens. Là est notre « corporation » ! Là est l’endroit où notre petitesse est grande, où nous pouvons être reconnus, défendus, aidés. L’abandon du Centre National de la Musique génère un concert de protestations effarouchées ou faisant mine. On y reconnaîtra peu de musiciens. Impossible de nous associer à ces cris si peu musicaux et vaguement criminels qui prétendent que « La France est en retard sur les autres pays qui eux n'ont pas peur du marché, l'avenir de la culture c'est le marché ». Pour nous, cet abandon est la moindre des choses. Mais la moindre des choses ne permettra rien de plus tant que nous ne serons pas considérés pour ce que nous sommes : de véritables artisans amoureux de leur authentique métier et conscients de ce qu’il peut encore pour le monde. À ce titre, nous souhaitons être entendus, véritablement entendus. Les Allumés du Jazz * « Il n’existe pas de filière musicale »

5.9.12

DEAN MAGRAW DAVU SERU
ET ÉMILIE LESBROS AU BLACK DOG

Le duo Dean Magraw - Davu Seru frappe par son sens de la progression des traces passagères, cette façon de dégager constamment le filigrane, de faire d'une esquisse un souffle qui vous prend comme le vent. Les lignes sont mobiles, les grains fins d'épaisseur, quelque chose se soulève qui entrouvre le devenir. La musique de Dean Magraw et Davu Seru respire largement. Chaque premier mardi du mois, le duo joue au Black Dog et chaque fois partage ce mouvement élargissant et jamais deux semblables. Émilie Lesbros était hier soir dans la salle et c'est bien naturellement qu'elle s'est glissée dans le deuxième set, en cette suspension fine en harmonie accomplie, empruntant elle aussi le plus bel air, celui de l'existence.

Photo : B. Zon

4.9.12

LA CITÉ DE L'INDICIBLE PEUR

 Lorsque vous passez par Salers (Cantal), vous apercevez sur l'une des devantures de pâtisseries fabriquant le savoureux biscuit intitulé "carré de Salers" (et non "pavé de Salers", autre spécialité locale, mais taillée dans le bovin rouge, descendant de l'auroch), trois photographies de Bourvil se délectant du fameux sablé. À la dérobé, ces photographies évoquent vaguement La cuisine au beurre (film familial de Gilles Grangier de 1963). Mais comme l'on n'est pas plus en Normandie qu'en famille ... C'est en circulant le soir dans la petite cité médiévale que quelque chose titille, une impression de connaître un peu l'endroit, quelque chose d'indicible...
Quelques temps plus tard, lors d'une de ces soirées que l'on termine en regardant le DVD d'un film chéri, une émulsion empreinte, et que votre main tombe sur La cité de l'indicible peur de Jean-Pierre Mocky, le goût du carré de Salers rapplique au rythme des petits bonds de Bourvil qui y joue le rôle d'un drôle de flic comme on aimerait en rencontrer.  La cité de l'indicible peur, long métrage librement adapté d'un roman de Jean Ray et dialogué par Raymond Queneau, à l'harponnant casting (Francis Blanche, Jean Poiret, Véronique Nordey, Jean-Louis Barrault, Jacques Dufilho, Victor Francen, René Louis Laforgue, Raymond Rouleau, Marcel Perès, Roger Legris...) a en effet été tourné dans la ville de Tyssandier d'Escous en 1964. Bourvil était à Salers pour un de ces grands films "mine de rien".
 À la sortie du film, ce ne fût pas du gâteau pour le réalisateur, son métrage fut amputé et rebaptisé La grande frousse par les producteurs pris de trouille, ce qui ne l'empêchera pas d'être boudé par la critique et le public (comme dirait Shakespeare "C'est de ta peur que j'ai peur"). Il faudra attendre 1972 pour le revoir sous sa forme d'origine (titre et montage). Le retrouver aujourd'hui, avec son entraînante ritournelle de Gérad Calvi "Fatalitas", constitue une ronde de petits chocs, de subtilisantes danses, de motifs allusifs, de résonances ambivalentes, de poésie éprouvée. On ne saurait se passer de ce biscuit rieur, qui indique bien là, sans crier gare, comme d'autres fictions de Mocky, un trou de serrure où l'on aperçoit la sortie vers un mieux de liberté.

Photos : B. Zon (sauf extrait de La cité de l'indicible peur)