Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

6.12.19

EN MARCHE OU PAS

Dans l'édition n°33 d'octobre 2014 du journal Les Allumés du Jazz, Albert Lory revenait sur cette envahissante tendance du langage moderno-entreprenarial à désormais terminer toute question par "Ou pas". 
 À Montpellier, le 3 décembre, le roi (dont les visées impériales prennent du plomb dans l'aile) a déclaré : «Quand il faut prendre la mer, les désaccords restent derrière, parce qu'il n'y a qu'un équipage, un seul, qui arrive au port, ou pas». Le faux choix fauché. En marche ou pas camarade, ou pas camarade, ou pas ou pas ou pas ! Plutôt que de souscrire à cette promotion de la noyade pour tous, nous emprunterons d'autres canaux, d'autres canots où les phrases ont d'autres terminaisons heureuses dépourvues de sentences de roquet à la houpa.



4.12.19

JEAN-FRANÇOIS PAUVROS, GUY GIRARD, LE SOUFFLE CONTINU, CHARLIE PARKER, 1894 ET LA GRÈVE

Le Souffle Continu : disquaire parisien dont le nom résonne de tous nos désirs. Hier, 3 décembre, Guy Girard y présentait le DVD Jean-François Pauvros (La Huit) réunissant 7 films dont le cervantesque guitariste est le sujet (avec pour cœur le formidable Don Pauvros de la Manche*). Pour l'occasion, il projeta quelques exquises et inédites surprises parkeriennes venues de 1984 **. Et l'autre 1984, nous y sommes, alors Jean-François Pauvros, in vivo, a joué une suite intitulée "Vive la grève". Le Souffle Continu hier soir était plein de vie, de gens heureux... heureux aussi que le 5 décembre le souffle continue dans la rue. "Now's the time" comme dirait Charlie Parker.

Photo : B. Zon

* Sur le Glob à lire : Don Pauvros de la Manche
** Où l'on retrouvait Siegfried Kessler, Joëlle Léandre, Louis Sclavis, Annick Nozati, Jac Berrocal, Jean-François Pauvros, Daunik Lazro


17.11.19

LEURRE DES BRAV

Dissout après le meurtre de Malik Oussekine en décembre 1986, le bataillon des voltigeurs motocyclistes de la police a fait sa réapparition cette année 2019, en mars sous l'impulsion du préfet Didier Lallemant, cette fois sous l'acronyme de BRAV-M (Brigade de Répression de l'Action Violente Motorisée). Étrange bravitude - comme dirait une ambassadrice des pôles à gratter - à moins que le M ne soit pour "Maudit".
 

Photo : B. Zon

12.11.19

"J'ACCUSE"




La moulinette de l'histoire aime a retenir quelques noms qu'elle starifie, ignorant volontiers les sources véritables. Ainsi le nom d'Émile Zola est systématiquement accolé à "L'affaire Dreyfus" par le fait principal d'un seul verbe. Émile Zola - dont la dite moulinette évite soigneusement de mentionner son mépris pour La Commune - avec tout son talent a, dans son fameux texte de 1898 J'accuse, bien peu (euphémisme) mentionné les textes qu'il a abondamment copiés. Ceux de Bernard Lazare, journaliste anarchiste qui a publié en 1896 Une Erreur judiciaire. La vérité sur l'affaire Dreyfus. C'est également Lazare qui a alors utilisé l'expression "J'accuse" deux ans avant sa reprise par Zola. Aujourd'hui c'est un jeune étudiant ayant tenté de mettre fin à ses jours en s'immolant par le feu qui a écrit "J'accuse". Qui est là pour reprendre le terme ?

11.11.19

QUELLE PAROLE APRÈS LE FEU ?

Des actrices accusent des réalisateurs de cinéma de viol et le relais médiatique fonctionne. Ce n'est pas trop tôt !
Mais lorsqu'un étudiant démuni, qui s'immole par le feu accuse trois présidents de la république française de l'avoir "tué" *, les mêmes médias n'en font guère cas et a minima ne s'enquièrent même pas d'aller interviewer les accusés en question sur la façon dont ils reçoivent cette accusation. Les véritables liberté, égalité et fraternité auront effet pour toutes et tous lorsque nous sortirons des compartiments alloués.

* Lire ici

10.11.19

QUESTION ENERGÉTIQUE

Intéressante question posée hier soir 9 novembre à la sortie du Studio 104
de la Maison de la Radio : "Le troisième courant est-il une énergie pour le futur ?"




9.11.19

IMMOLATION D'UN ÉTUDIANT

Nouvelles de Macronie : Il y a dix jours, deux femmes mourraient de faim dans un appartement à Nîmes. Hier 8 novembre, un étudiant s'immolait par le feu devant le Crous de Lyon après avoir expliqué son geste : « Cette année, faisant une troisième L2 [deuxième année de licence], je n’avais pas de bourse, et même quand j’en avais, 450 euros/mois, est-ce suffisant pour vivre ? » et de poursuivre : « J’accuse Macron, Hollande, Sarkozy et l’UE de m’avoir tué, en créant des incertitudes sur l’avenir de tous-tes, j’accuse aussi Le Pen et les éditorialistes d’avoir créé des peurs plus que secondaires ». Brûlé sur 90% de son corps, il a été hospitalisé in extremis.
Jusqu'où ne pas voir, ne pas entendre, ne pas comprendre ?

6.11.19

VISE LA DEVISE

La tournure fascizoïde gonfle sa forme à chaque annonce : le premier ministre de la République Française annonce des quotas d'étrangers triés pour "s'ajuster en temps réel aux besoins de nos entreprises" (mais à qui sont ces "nos entreprises" ?), et la suppression des soins pendant trois mois lors de leur arrivée. Suggestion de nouvelle devise nationale : "Travaille ou crève".

4.11.19

ANNONCE

Laforêt a disparu : 
avertissement de taille

31.10.19

L'ÂCRE PARFUM DES IMMORTELLES
DE CENDRES ET DE BRAISES




Est sorti cette semaine L'âcre parfum des immortelles de Jean-Pierre Thorn, film frémissant à fleur de bien des peaux marquées de petites victoires, de déroutes cinglantes, de bonheurs et de douleurs inoubliables ? Il y a tant de premières personnes. Rien n'est nostalgique dans ces préhensibles plongées d'histoire, ces plongées gorgées d'amour.
 
Films en suite avec la vision de De cendres et de braises de Manon Ott quelques jours après L'âcre parfum des immortelles de Jean-Pierre Thorn, le second ayant son empreinte mémorielle dans le premier. En la cité des Mureaux, Manon Ott filme en noir et blanc - et l'on est surpris et heureux de constater qu'ici le noir et blanc fait bien mieux que d'être un accessoire désespéré - l'héritage de ce que fut la classe ouvrière, ses desseins, ses hasards, ses souffrances et les vies qu'on s'y invente. Seuls les habitants ont la parole et partagent leur persistance de rêves confrontés à d'implacables analyses. La judicieuse et pénétrante musique d'Akosh S est à la hauteur du propos poétique d'un très beau film.

20.10.19

RÉSONANCE MAJEURE AU THÉÂTRE BERTHELOT


Au fond, ce dont nous avons besoin, bien au-delà de pâteuses guerres de styles asthéniques, c'est d'une résonance majeure. Au théâtre Berthelot (Montreuil-sous-Bois 93), c'est bien ce sentiment qui nous a emportés deux soirs de suite les 19 et 20 octobre 2019.

On peut croire au Fantôme (Alexandre Du Closel, Morgane Carnet, Jean-Brice Godet, Luca Ventimiglia), groupe qui d'un tissage de notes généreuses, de prononciations aux accents détaillés, de différences douces, de songes hérités de tempêtes et de petits secrets du fond des âmes, fait parler la poésie commune. L'émotion surgissant de tant de détails. En seconde partie le quartet de Steve Potts (avec Jobic Le Masson, Peter Giron et John Betsch) à l'héritage au long cours : swing et invention en lumière douce, liberté dans l'altérité. Assembler ces deux groupes dans la même soirée au Théâtre Berthelot à Montreuil (93) dit plus que bien des "manifestes", une forme d'ancrage dans une affranchie nature débarrassée des gênes d'entournures.

Avec le retour d'un soir de Perception, les fondateurs du fameux groupe (1970-1976) Didier Levallet et Yochk'o Seffer convient les allègres Antonin Rayon et François Laizeau à retisser un morceau d'histoire. Moment précieux et éphémère d'une défiante vitalité, à la faconde joyeuse ("Music is the healing force") abolissant les distances. Préalable historiquement indispensable aux perceptions fulgurantes du trio Sophie Agnel-John Edwards-Steve Noble délivrant une musique d'une extraordinaire présence charnelle, celle qui fait de la vie une fête. 

Un résonance majeure donc et que le Souffle Continu !


 • Chapeau bas à Jean-Pierre Bonnet, l'équipe du Théâtre Berthelot et au disquaire ci-dessus précité.

Photo : B. Zon

9.10.19

MAINS D'OEUVRES

Hier matin, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), le maire William Delannoy a ordonné l'évacuation de Mains d'œuvres manu-militari. Mains dœuvres est un lieu de regroupement d'artistes et d'associations depuis 2001. 70 personnes y travaillent. Manifestons notre solidarité ici aussi devant ce qui représente trop bien une certaine "vision" d'un avenir bien proche où CRS et huissiers remplacent les artistes.

Photos : LP/G.B et Stéphane Lagoutte. Myop pour Libération

7.10.19

TOME ET TOMS TOMS




À propos de Ginger Baker, ex batteur de Bob Wallis et Graham Bond, on entend déjà parler beaucoup (un peu) de Cream (avec le très inspiré Jack Bruce et le plutôt soporifique Eric Clapton, le journaliste de France Inter cite "Sunshine of your life" - sic !), moins de ses disques de jazz en trio avec Charlie Haden et Bill Frisell (le premier est une perle de contrastes), de sa mise en lumière du légendaire batteur Phil Seamen avec Air Force, et sans doute moins encore du fait - et c'est peut-être le plus remarquable -, de son obstination à se relier aux musiques africaines dès la séparation de Cream en 1969. Avec ses drum choir, Remi Kabaka et Fela Ransome-Kuti, bien avant la mode...

L'évocatrice association Tome et Janry avait réussi à relever le défi d'une reprise possible des personnages de Spirou et Fantasio tels que définis par Franquin, après les tentatives de Fournier (pas mal, mais pas la bonne pointure pour le dessinateur par ailleurs très poétique de Bizu) et le bref essai (catastrophique) de Nic & Cauvin. Mieux qu'une reprise, la paire au nom et à l'énergie hannabarberesque, avait su réhabiter les personnages en les replaçant dans une lecture progressive quasi métonymique. De ce duo aussi soudé que les héros qu'ils dessinaient, on ne se demandait qu'à peine lequel était le dessinateur et lequel le scénariste. Le scénariste était Philippe Tome, il s'est éteint avant hier à 62 ans.

• couverture de The Africa 70 Live de Fela Ransome-Kuti et Ginger Baker (Regal Zonophone)
• case de Machine qui rêve, dernier album de Spirou et Fantasio par Tome et Janry © Dupuis- 1998

5.10.19

MARCHE POUR CHRISTINE RENON

Matin du samedi 5 octobre 2019, sous la pluie (qui n'est jamais un problème lorsque les gens sont déterminés), de la Mairie jusqu'à son école rue Méhul, marche pour honorer Christine Renon, directrice d'école à Pantin qui s'est suicidée. Beaucoup de monde, de tristesse, de colère, d'émotion pour cette femme très appréciée. À Rodez, deux jours plus tôt, le régent-président de la République Française lançait un : "Moi j'adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible".

Photo : B. Zon

3.10.19

BRAHMS, PORTAL, PLUDERMACHER, VINCE STAPLES

On peut terminer une journée avec les Sonates pour Clarinette et Piano de Johannes Brahms écrites en 1894 et interprétées au studio 106 de la Maison de la Radio en 1969 pour la série "Premiers sillons" par Michel Portal et Georges Pludermacher (Harmonia Mundi) et commencer la suivante par Summertime 06, premier album en 2015 de Vince Staples (ARTium). Deux images des vivants aux données significatives, l'une à l'immense tendresse du "tu intime" pour "voir s’ouvrir encore les beaux yeux", l'autre regardant dans le désastre du monde le lointain feu revenant.

- Faites plaisir à votre disquaire, vous vous ferez plaisir.

28.9.19

CHRISTINE RENON

La très attendue mort d'un pendable pendard devenu monarque présidentiel par deux fois (la seconde par la grossière manipulation de ce qu'il est convenu d'appeler "l'opinion public", bréneuse opinion en l'occurence), n'a pas seulement permis d'occulter le ravageur incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, mais aussi le suicide, sur son lieu de travail, de Christine Renon, directrice de maternelle à Pantin, dont le corps a été retrouvé le 24 septembre. Avant de se tuer, le 21 septembre, elle avait envoyé une lettre  (consultable ci-dessous) qui n'a pas eu droit aux commentaires de nos politiciens en "marche ou crève", trop occupés à leurs louanges de crocodiles.

 

25.9.19

SCREAMING AGAINST STREAMING

Histoire de ne pas prendre trop de retard, en matière de pollution (et de droits de l'homme), ne pas seulement faire comme si nous avions des préoccupations de 1970, mais s'intéresser aux étourdissants ravages naissants et rapides des technologies du XXIe siècle (utilisées par ce message).
Photographie : samedi 21 septembre 2019 - Paris

Photo : B. Zon

22.9.19

CE QUI SE MANIFESTE



Lors de la manifestation du 21 septembre 2019 catégorisée comme "marche pour le climat" à laquelle s'associèrent celles des Gilets Jaunes interdits de manifester ailleurs, certains participants se sont dit : "déçus de la tournure que ça avait pris alors qu' [ils étaient] venus marcher pour le climat" ou bien "que ce n'était pas ça manifester alors autant rentrer chez soi". Pourtant, il s'est bien manifesté quelque chose lors de ce déploiement qui s'est lui-même débordé comme le monde peut encore le faire lorsqu'il ne se satisfait plus d'être un simple sujet pour écran à plate réflexion. Les fragments de réel s'assemblent tant bien que mal comme autant de collections populaires face à la violence d'un système tellement incarnée par sa police, un système qui transforme "la démocratie", "l'écologie" comme autant d'arguments publicitaires facilement "likable" pour que jamais n'existe le moment juste, celui dont "ils" s'escriment à brouiller l'origine. Ce n'est pas seulement la forêt qui brûle, c'est aussi sa langue, celle qui dit la souffrance de tous les êtres. Alors lorsque quelque chose se manifeste, le temps n'est pas à la déception du programme du jour et puis s'en retourner, mais bien au contraire à entendre le moment de sorties simultanées comme une formidable élocution propre à dépasser la très polluante contagion des compromis.




Photo : B. Zon

11.9.19

ROBERT FRANK

C'est impressionnant comme la disparition de certains photographes tels Henri Cartier-Bresson, David Seymour, Robert Doisneau, Robert Capa, Martine Franck, Robert Capa, Tina Modotti, Roy de Carava et, il y a deux jours, Robert Frank, photographes qui ont su visiblement exprimer et faire s'exprimer l'humanité dans son cadre, indique soudainement à quel point le cadre change à ce moment là.

22.8.19

LE MONARQUE, VICTOR HUGO,
ET LE BULLETIN MÉTÉO

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"Quelques ondées sont encore à craindre" entend-on par la voix de la speakerine du bulletin météorologique lors des émissions matinales de France Inter, radio nationale, en début de semaine. Si les ondées, seules, sont "à craindre", alors le reste de l'actualité devra être très cool. La semaine précédente, la même nous prévenait : "Le soleil est en guerre avec la pluie" et son alter ego, présentateur des informations lui passait auparavant le micro en prévenant : "Pas très sexy la météo aujourd'hui !". Sur les mêmes ondes, l'hiver dernier : "Le froid embusqué à Strasbourg." Le climat, c'est la guerre. Le réchauffement climatique, une bonne inquiétude à la mode, mais en théorie seulement. Depuis Charles X,  bourgeoisie et aristocratie recomposée ont progressivement imposé l'idée qu'il n'y aurait qu'une sorte de beau temps se situant au delà de 25° à l'ombre avec un ciel sans nuage. Certaines inventions comme le réfrigérateur ou même la télévision ont accentué cette conception de séparation de nos corps des conditions météorologiques en en rejetant toutes les variations (à l'exception de la neige utile pour confectionner des décors de Noël). Pas de bonne humeur sans beau fixe. Le beau temps est devenu le botox du mode de vie général. On ne vit plus avec le temps, on le craint ou on le maudit s'il ne correspond pas à l'image exacte. La moindre averse, le moindre refroidissement et c'est le début de l'apocalypse : la vigilance orange. Au printemps dernier, alors que la journée s'annonçait pluvieuse, un autre speaker radiophonique prévenait : "La journée va être déprimante". On peut gouverner tranquille. Ravageur idéal, le préjugé de beau temps a sinistrement triomphé de la raison humaine devenant l'allié principal de la déferlante touristique à l'objectif sournois s'appuyant en résumé sur ces termes souvent entendus : "Je me tue au travail toute l'année, ce n'est pas pour avoir un temps pourri en vacances". Si l'on vivait toute l'année, un mois d'averse serait autrement vécu. Du pain et des jeux remplacés par du bulletin météo. Pour un peu de sens libre, nous devrons bien réapprendre à nous conjuguer par tous les temps.

La restauration monarchique, l'empire et toutes les filiations bourgeoises se mettront en quête de transformation de villes et village sympathiques en casemates pour villégiature ensoleillée. Infernales et rentables. Biarritz est un cas typique. Modèle haut de gamme. Napoléon 1er aima s'y baigner en 1808 et Napoléon III opéra la transformation de cette charmante localité en capitale du "beau temps", faisant bâtir en 1854 un monumental palais attirant toutes les têtes couronnées d'Europe (dont Bismarck qui viendra faire un tour avant la Guerre de 1870 - ça donne une idée). Victor Hugo alertait dans le tome II de En voyage : "Rien n’est plus grand qu’un hameau de pêcheurs, plein des mœurs antiques et naïves, assis au bord de l’océan (...) Rien n’est plus petit, plus mesquin et plus ridicule qu’un faux Paris". Emmanuel Macron, qui en 2016 n'était pas encore monarque, passa ses vacances à Biarritz et, comme l'endroit lui plu, le choisi pour organiser son G7 du 24 au 26 août 2019, pas la réplique de la compagnie de taxis parisiens créée en 1905, mais l'arrogante réunion des 7 pays plus ou moins les plus riches de la planète pompeusement qualifiés de "démocratie". Depuis son élection relative le consacrant autocrate pour cinq années, il affiche son goût pour les demeures royales ou impériales : Versailles, d'après lui "un lieu où la République s’était retranchée quand elle était menacée" 1 - sale temps pour La Commune -, ou le château de Chambord qu'il occupe plus souvent que François Ier. Pour son groupe des sept, le petit souverain, à la perversité d'une imagination appauvrie, a donc convié à Biarritz ses copains ou rivaux (en la matière c'est la même chose) : Donald Trump, Boris Johnson, Giuseppe Conte, Justin Trudeau, Angela Merkel, Shinzo Abe, tous à la tête de pays dit "riches". Pas vraiment le cas d'une partie importante de leurs habitants. Ces métayers du monde sont tellement certains d'être aimés du peuple qu'il faut tout de même 13200 policiers et gendarmes pour les protéger. Les touristes sont priés de quitter les lieux et les habitants d'obtenir un laisser passer dans "la ville qui sera certainement l'endroit le mieux protégé de la planète" selon son maire Michel Venac. Il parait que "la lutte contre les inégalités" est un des thèmes centraux de cette réunion dans la ville impériale. On s'étouffe. Le 18 décembre, lors d'une manifestation en opposition à la tenue de ce G7 à Biarritz, une jeune femme est blessée par un tir de flash-ball (triple fracture de la mâchoire). Des interpellations préventives ont déjà eu lieu, 300 places en cellule sont déjà réservées pour les 4 prochains jours et 17 procureurs sont de service. "Police partout justice nulle part", toujours Victor Hugo. 

L'escobarderie est énorme. Le beau temps pourrait faire place à l'orage. Toujours dans son tome II de En voyage, Victor Hugo s'interrogeait sur la remarque d'un bayonnais qui lui avait dit à son arrivée en gare, alors qu'il cherchait comment se rendre à Biarritz : "Monsieur, il est facile d’y aller, mais difficile d’en revenir."

1 Le retour des Versaillais




21.8.19

KIND OF BELOU ORCHESTRA
Photographies Gérard Rouy

Il est des lieux alternateurs de tempéraments vigoureux, des situations où le sol et les gens qui l'habitent offrent tous leurs reliefs dans la rencontre avec un réel rendu inapte à nier l'utopie d'un instant. À Treignac pendant 4 jours du 31 juillet au 3 août, le Kind of Belou Orchestra s'est constitué physiquement, amicalement et musicalement : Catherine Delaunay (clarinettes, cor de basset, lèvres, rires), Morgane Carnet (saxophones ténor et baryton, lèvres, rires), Nathan Hanson (saxophones ténor et soprano, lèvres, rires), François Corneloup (saxophone baryton, rires), Didier Petit (violoncelle, chant, lèvres, rires), Tony Hymas (clavier, lèvres, rires), Étienne Gaillochet (batterie, chant, lèvres, rires) rejoints par Anna Mazaud (chant) et D' de Kabal (chant-rap). Le jour du concert (3 août) c'est en riant quelques minutes que l'orchestre pénètre sur scène. Tous les sentiments sont permis jusqu'à la gravité tellement actuelle lorsque D'de Kabal dresse la liste des dernières et intolérables férocités policières avant que le groupe ne salue le résistant Addi Bâ 1. On y danse aussi, beaucoup, sans mise en garde, sans garde à vue, on se donne la réplique jaillissante, la poésie veille et on rit encore. Autant d'influences, de sources différentes, de parcours émotionnels, de questions turbulentes, de façons expressives, d'accents colorés, de débats en charades, de petits trésors et de secrets sans gêne historique alors mis en commun, quand un "est un autre"2 et tous ensemble. Vieux motto et pensée moins furtifs qu'il n'y paraît : un autre monde est possible "quand tous les belous s'y mettront". Des jours très heureux pour une musique aux larges et humaines aptitudes, une musique pour se lever... naturellement.

Gérard Rouy qui fut témoin de l'effervescence de la musique libérée au tournant des années 60/70, présent lors de cette vingtième édition de Kind of Belou a photographié quelques instants de cette effervescence là.

Merci aux insulaires treignacois et treignacoises de Kind of Belou, du Treignac Project et d'autres caravanes avec qui et par qui tout cela fut vécu et vit encore : Thierry Mazaud, Isabelle Vedrenne, Thierry et Isabelle Collet, Christelle Raffaëlli, Jean Agier, Jean-Paul Peyrat, Mona Guillerot, Joël Vaujour, Martine Fourniaud, Sam Basu, Liz Murray, Sylvia Cornet, Philippe d'Hauteville, Peter Marvel, Flavien Barouty et l'irrésistible Café du Commerce.

1 Répertoire détaillé et présenté ici
2 Artur Rimbaud 

  
  
 
 

Photographies © Gérard Rouy