Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

21.8.19

KIND OF BELOU ORCHESTRA
Photographies Gérard Rouy

Il est des lieux alternateurs de tempéraments vigoureux, des situations où le sol et les gens qui l'habitent offrent tous leurs reliefs dans la rencontre avec un réel rendu inapte à nier l'utopie d'un instant. À Treignac pendant 4 jours du 31 juillet au 3 août, le Kind of Belou Orchestra s'est constitué physiquement, amicalement et musicalement : Catherine Delaunay (clarinettes, cor de basset, lèvres, rires), Morgane Carnet (saxophones ténor et baryton, lèvres, rires), Nathan Hanson (saxophones ténor et soprano, lèvres, rires), François Corneloup (saxophone baryton, rires), Didier Petit (violoncelle, chant, lèvres, rires), Tony Hymas (clavier, lèvres, rires), Étienne Gaillochet (batterie, chant, lèvres, rires) rejoints par Anna Mazaud (chant) et D' de Kabal (chant-rap). Le jour du concert (3 août) c'est en riant quelques minutes que l'orchestre pénètre sur scène. Tous les sentiments sont permis jusqu'à la gravité tellement actuelle lorsque D'de Kabal dresse la liste des dernières et intolérables férocités policières avant que le groupe ne salue le résistant Addi Bâ 1. On y danse aussi, beaucoup, sans mise en garde, sans garde à vue, on se donne la réplique jaillissante, la poésie veille et on rit encore. Autant d'influences, de sources différentes, de parcours émotionnels, de questions turbulentes, de façons expressives, d'accents colorés, de débats en charades, de petits trésors et de secrets sans gêne historique alors mis en commun, quand un "est un autre"2 et tous ensemble. Vieux motto et pensée moins furtifs qu'il n'y paraît : un autre monde est possible "quand tous les belous s'y mettront". Des jours très heureux pour une musique aux larges et humaines aptitudes, une musique pour se lever... naturellement.

Gérard Rouy qui fut témoin de l'effervescence de la musique libérée au tournant des années 60/70, présent lors de cette vingtième édition de Kind of Belou a photographié quelques instants de cette effervescence là.

Merci aux insulaires treignacois et treignacoises de Kind of Belou, du Treignac Project et d'autres caravanes avec qui et par qui tout cela fut vécu et vit encore : Thierry Mazaud, Isabelle Vedrenne, Thierry et Isabelle Collet, Christelle Raffaëlli, Jean Agier, Jean-Paul Peyrat, Mona Guillerot, Joël Vaujour, Martine Fourniaud, Sam Basu, Liz Murray, Sylvia Cornet, Philippe d'Hauteville, Peter Marvel, Flavien Barouty et l'irrésistible Café du Commerce.

1 Répertoire détaillé et présenté ici
2 Artur Rimbaud 

  
 
 
  
 
 

Photographies © Gérard Rouy













































































































17.8.19

PETER FONDA, (NOT SO EASY) RIDER

La famille Fonda est l'une des plus avisée du jeu des sept familles du cinéma. En 1971, Peter Fonda réalisait le western indiscipliné The Hired Hand (L'homme sans frontières) qui eut quelques problèmes avec la société productrice laquelle a viré le film au bout d'une semaine. Malgré ça (ou grâce à ça), le film est devenu un petit classique qui a inspiré pas mal de gens et non des moindres.

9.8.19

JEAN-PIERRE MOCKY

Jean-Pierre Mocky in Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma de Jean-Luc Godard que l'on aperçoit comme une sorte d'ombre (celle d'un doute ?)

Ça devait arriver, comme un défi au défi d'être et ne plus être : Jean-Pierre Mocky n'est plus. Il y aura bien sûr un concert de louanges de gens qui ne regardaient plus ses films depuis longtemps ou qui même ne les revoyaient plus, des hommages aussi crétins et niais que celui de la ministre Muriel Pénicaud rendu à l'auteure Toni Morrison partie quelques jours plus tôt, des simagrées que Mocky aurait volontiers mises en scène d'un trait de couteau.

Jean-Pierre Mocky a réalisé 66 longs métrages, 43 téléfilms (à la Hitchcock), quelques courts métrages, joué comme acteur en quelques participations bien pointées (avec Georges Franju - dans un film qui est aussi le sien, Jean-Luc Godard, Jean Cocteau, Michelangelo Antonioni). Le compte n'est sans doute pas bon car d'autres films étaient en train de pellicule ou de papier (on parle d'un film sur les Gilets Jaunes et d'un autre sur la campagne de l'actuel locataire de l'Elysée). Au-delà d'anecdotes plus ou moins sidérantes, de moments de télévision somme toute anecdotiques, il a incarné, au sens le plus direct du terme, une vie de cinéma. Les spécialistes proclamés dissocieront certainement ses films remarquables - ses grands films mêmes - de ses bricolages fauchés. Si les moyens diffèrent d'un film à l'autre et que les trois dernières décennies furent celles d'une redoutable adversité, d'une certaine solitude pourtant très entourée (une impressionnante fidélité des acteurs et actrices dans tous les cas de figure), il s'agit bien d'un même élan, d'une même énergie, d'un même défi avec des traitements un peu différents au vu des moyens. Jean-Pierre Mocky est une nouvelle vague à lui tout seul, qui naît en 1959 avec Les dragueurs (qui fait rentrer l'expression dans le langage courant) pour s'échouer le 8 août 2019. À la différence de l'autre nouvelle vague qui naît en même temps, celle de Mocky est sans rupture avec le cinéma d'avant - ou de sa continuité. Il se montre accueillant avec ses réfugiés (Bourvil, Victor Francen, Charles Vanel, Micheline Presle, Michel Serrault, Élina Labourdette, Francis Blanche, Denise Grey, Jean Poiret, Michel Simon, Michel Galabru, Raymond Rouleau, Jacqueline Maillan, Alexandre Rignault ...) autant qu'avec les nouvelles figures (Véronique Nordey, Charles Aznavour, Jacques Charrier, Michael Lonsdale, Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Carole Laure, Eddy Mitchell, Stéphane Audran, Patricia Barzyk, Philippe Noiret, Eva Darlan, Alberto Sordi, Jacques Dutronc, Dominique Lavanant, Andréa Ferréol, Jean-François Stévenin, Emmanuelle Riva, Anne Deleuze, Catherine Leprince, Bernadette Lafont, Béatrice Dalle, Richard Bohringer, Jane Birkin, Sabine Azéma...). Pourtant chez Mocky, tout explose, rien de pathétique, les acteurs figurent ce qu'ils sont sans se soucier d'intérioriser (mais peut-être est-ce parfois leur petit chagrin : on se souvient de Fernandel et Heinz Rühmann assez paumés en 1965 dans La Bourse ou la Vie), l'incarnation est purement cinématographique (d'une autre façon que chez Robert Bresson, mais in fine toute aussi forte). Certains acteurs et actrices spécifiquement mockystes en portent les repères : Jean-Claude Rémoleux, Marcel Pérès, Jean Abeillé, Sylvie Joly, Antoine Mayor, Marcel Pérès, Dominique Zardi, Roger Legris, Rudy Lenoir, Sophie Moyse, Jacques Legras, Roland Blanche, Olivier Hémon, Eric Dod, nos amis Jac Berrocal ou Violeta Ferrer ou même Noël Roquevert (du cinéma "d'avant").

Si on se délecte de voir et revoir La Cité de l'indicible peur, Les Compagnons de la marguerite, Un drôle de paroissien, Solo, L'Albatros, L'Ibis rouge, Le Témoin, Litan, Y a-t-il un Français dans la salle ?, Le Miraculé, À mort l'arbitre, Bonsoir, Noir comme le souvenir, Grabuge, Le Deal, Le Renard Jaune...,  on sera tout autant saisi par l'ascendant cinématographique de n'importe quel film de Jean-Pierre Mocky. Dans cette "espèce d'encyclopédie du genre humain", selon ses propres mots, le chahut est total, les charges dépourvues de cajoleries, l'invention risquée, l'ailleurs implacablement là, le fantastique révélateur, la marge explosive, le décalage agressif, le romantisme sans réplique, les marmites bouillonnantes, les bourgeois à vomir. L'enfance y reprend tous ses droits. Les autorités hypocrites en prennent pour leur grade. "Je ne veux pas avoir une morale, je ne suis pas meilleur que les autres, par conséquent je ne peux pas dire aux gens 'faites ci ou ça', par contre je peux, à travers des fables où un personnage fait ce que moi, je voudrais faire, indiquer des façons d'arranger certaines choses" confiait-il en 1989.

Ce franc-tireur, pour reprendre une expression commode - comme le sont quelques autres gens de cinéma : Jean-Luc Godard (au bout du conte, sorte de marginal de la Nouvelle Vague), Jean-Louis Comolli ou Jacques Rozier, comme l'était Agnès Varda - qui achetait des cinémas (Le Brady, l'Action École) pour projeter ses films et faire la nique aux "emmerdeurs opportunistes" a inventé en toute autonomie un cinéma du déménagement permanent du même endroit, un irrécupérable et salutaire non conformisme.
















 


5.8.19

PRÉSENTATION DU RÉPERTOIRE
DU KIND OF BELOU ORCHESTRA


KIND OF BELOU ORCHESTRA
Treignac le 3 août 2019
Orchestre sans chef avec :
Catherine Delaunay (clarinettes)
Morgane Carnet (saxophones)
Nathan Hanson (saxophones)
François Corneloup (saxophones)
Didier Petit (violoncelle)
Tony Hymas (clavier)
Étienne Gaillochet (batterie, chant)

Invités :
Anna Mazaud : chant
D’ de Kabal : rap

À 20 ans, "On a des réserves de printemps / Qu'on jetterait comme des miettes de pain / À des oiseaux sur le chemin" (Léo Ferré)

Il y a 3 fois 20 ans, Miles Davis enregistrait Kind of Blue[1], album promu à un raisonnable succès qui s'entendit jusque dans le massif des Monédières, territoire des Belous, peuplade fervente de résistance qui a le sens du blues, n'en déplaise à Jules César qui provoqua un incendie pour se débarrasser des druides.

Belou, c'est un appel de berger, un individu solitaire, un joli bébé, un petit mouton ou une bête sauvage, une amoureuse, un buveur de bière, un voyou ou même un dieu chevauchant les nuées. Des Belous, il en est donc de plusieurs kind, au fond toutes complémentaires.

Il y a 1 fois 20 ans, au pied des Monédières à Treignac, naissait le festival Kind of Belou et voici venu, 20 ans après, comme diraient les trois mousquetaires qui cette fois seront 7, à moins qu'on ne les compte par 9, le Kind of Belou Orchestra qui résoudra l'équation sans se priver d'en poser d'autres : comment mettre 20 ans dans un orchestre, comment y mettre une définition, un paysage, des danses d'ici et d'ailleurs, des visions d'antan, des souvenirs futurs, des luttes d'ici et maintenant ?

Répertoire

The Vikings
Composition : Mario Nascimbene (1958) - Arrangement : Catherine Delaunay
Des Vikings en pays belou ? Drôle d’introduction. Certes, il y a des Vikings dans le Kind of Belou Orchestra qui viennent du Minnesota ou bien qui vont revoir leur Normandie après chaque séjour corrézien. D’aucun pourrait y voir quelques excités de la trompe songeant à déferler sur Fort Lalatte en riant très fort [2]. Mais plus simplement, il s’agit peut-être de l’emprunt d’un beau cri de ralliement pour les rêves enfantins.

Move
Composition : Jef Lee Johnson (2005) - Arrangement : Tony Hymas
Jef Lee Johnson, musicien de Philadelphie, est venu pour la première fois à Kind of Belou en 2006 avec Ursus Minor et y est revenu en 2012, quatre mois avant de nous quitter [3]. En 2015, à Treignac, Ursus Minor enregistrait sa composition « Move » avec la chanteuse Ada Dyer. [4]
« Time is never still and so you know you got to move »

Bruyères corréziennes
Composition : Jean Ségurel - paroles Jean Leymarie (1936)
Arrangement : François Corneloup
En 1936, le Front Populaire fait rêver la France un trimestre, en Espagne anarchistes et antifascistes font échec au coup d’état nationaliste, une porte de beauté s’ouvre mais le rêve tournera court, annonciateur d’un cauchemar gigantesque. Adolf Hitler présente la Volkswagen et l’Allemagne nazie se militarise à l’extrême. En Corrèze, Jean Ségurel rêve aux Monédières, sorte d’île tranquille pleine de bruyères bientôt confrontée à l’infernal tumulte.

All belous
Incl. « Les Fiancés d’Auvergne », André Verchuren (1961), « All Blues » Miles Davis (1959)
Arrangements : Catherine Delaunay - Nathan Hanson
En 1959, Miles Davis écrivait un « All Blues » à la capacité fort enveloppante d’évoquer tous les blues, ou mieux, de saisir le blues de chaque occasion. André Verchuren en eut-il vent lorsqu’il composa « Les Fiancés d’Auvergne » deux ans plus tard ? Les deux thèmes partagent une phrase commune et Treignac en sera enfin le lieu dépositaire. 

Give chance a chance to surprise you
Composition, paroles : Étienne Gaillochet (2019)
Comme plusieurs membres du Kind of Belou Orchestra, Étienne Gaillochet a joué en plusieurs points limousins signifiants (Treignac, Tarnac, Tulle, Limoges…). La logique beloue ne lui échappe donc pas. Donner à la chance la chance de nous surprendre pourrait bien être un motto avéré de l’histoire limousine.

La Paloma
Composition : Sebastián Iradier (1863) - Arrangement : François Corneloup
« La Paloma » est l’un des thèmes les plus populaires de l’histoire, bien avant son premier enregistrement phonographique en 1899. Il en existe plus de 2 000 versions où le bel oiseau blanc se pose ci et là au gré du vent, des tempos des bateaux filant dans l’océan ou de mortelles randonnées quand le souvenir perdure « n´oublie pas je t´aime ».

Free style avec  D’ de Kabal
Paroles : D’ de Kabal - Composition et arrangements collectifs (2019)
« Ma colère est mienne, est une et indivisible, incassable, incorruptible ». D’ de Kabal a rencontré Tony Hymas et François Corneloup dans le Zugzwang [5] d’Ursus Minor en 2003. Étienne Gaillochet a été le batteur du groupe de D’de Kabal : « Ma colère ». D’ a passé une année avec les élèves du collège Lakanal à Treignac. Un moment de carrefour qui ne rond point.

Addi Bâ
Composition : Tony Hymas - paroles Sylvain Girault (2013)
Addi Bâ, tirailleur d'origine guinéenne, devint chef du premier maquis vosgien, et fut fusillé le 18 décembre 1943. Son portrait figure dans Chroniques de Résistance, l’album de Tony Hymas, pensé et réalisé à Treignac avec ses compagnons : Nathalie Richard, Frédéric Pierrot, Elsa Birgé, Desdamona, François Corneloup, Journal Intime, Pete Hennig. Un album dédié aux résistants du passé, du présent et du futur.

Sung in Vain
Composition : Nathan Hanson (2009) - Auteur : Kid Dakota
« No melody could ever reach him ». Composée par Nathan Hanson et Kid Dakota pour un album saluant Leonard Cohen[7], la chanson « Sung in Vain » se défie elle-même car la mélodie en a touché plus d’un et une au point d’ailleurs de devenir un standard de la Fanfare des Belous. 

La semaine sanglante (version beloue 2019)
Composition : Jean-Baptiste Clément sur un air de Pierre Dupont (1871)
Arrangement : Tony Hymas
Il est de belles chansons qu’on espérerait n’avoir plus aucune actualité. Ce n’est pas le cas avec « La semaine sanglante », écrite par Jean-Baptiste Clément au lendemain de l’écrasement de la Commune de Paris. La version beloue reprend quatre couplets avec une légère modification du texte final.

Belou, blue, blues
Composition : Catherine Delaunay (2018)
Dans son énumération des « Hommes sans visage, bas les masques », le Sous Commandant Marcos[8] disait être « gay à San Francisco, noir en Afrique du Sud, asiatique en Europe, chicano à San Isidro, anarchiste en Espagne, palestinien en Israël, indigène dans les rues de San Cristóbal, (…) féministe dans les partis politiques, communiste dans l’après-guerre froide, prisonnier à Cintalapa, pacifiste en Bosnie, Mapuche dans les Andes (…), artiste sans galerie ni portefeuille, maîtresse de maison un samedi soir dans n’importe quelle colonie de n’importe quelle ville de n’importe quel Mexique, guérillero dans le Mexique de la fin du XXe siècle, journaliste bouche-trou dans les pages intérieures, (…) femme seule dans le métro à 22 heures, paysan sans terre, éditeur marginal, ouvrier au chômage, médecin sans cabinet, étudiant non conforme, dissident du néolibéralisme, écrivain sans livres ni lecteurs, et, pour sûr, zapatiste du Sud-Est mexicain ». Se risquerait-on à dire qu’un Belou pourrait avoir été ou pourrait être gilet jaune sur les ronds-points, gilet noir au Panthéon, zadiste à Notre-Dame-des-Landes, jeune fêtard à la fête de la musique à Nantes, immigré à Lampedusa, indien au Brésil, résistant en Corrèze, Communard à Paris, juif dans le ghetto de Varsovie, bluesman dans le Delta du Mississippi ? En tout cas, les Belous, le blues, ils connaissent. Catherine Delaunay, bien à l’écoute de leurs sentiments, en a composé un pour la treignacoise Fanfare des Belous.

**********

Une fantaisie issue de la complicité fraternelle
du festival Kind of Belou et des disques nato.



[1] Kind of Blue, Miles Davis (Columbia, 1959)
[2] The Vikings, Richard Fleischer (1958)
[3] Thisness, Jef Lee Johnson (Hope Street – nato 2005)
[4] What matters now, Ursus Minor (Hope Street – nato 2016)
[5] Zugzwang, Ursus Minor  (Hope Street – nato 2003)
[6] Chroniques de résistance, Tony Hymas (nato 2014)
[7] How the Light gets in, Fantastic Merlins with Kid Dakota (Hope Street – nato 2010)
[8] Depuis les montagnes du sud-est du Mexique (éditions Les Ecrits Des Forges)

Photo : B. Zon

15.7.19

KIND OF BELOU ORCHESTRA
3 août 2019

À 20 ans "On a des réserves de printemps / Qu'on jetterait comme des miettes de pain / À des oiseaux sur le chemin." (Léo Ferré)

Il y a 3 fois 20 ans, Miles Davis enregistrait Kind of Blue, album promu à un raisonnable succès qui s'entendit jusque dans le massif des Monédières, territoire des Belous, peuplade fervente de résistance qui a le sens du blues, n'en déplaise à Jules César qui y provoqua un incendie pour se débarrasser des druides.

Belou, c'est un appel de berger, un individu solitaire, un joli bébé, un petit mouton ou une bête sauvage, une amoureuse, un buveur de bière, un voyou ou même un dieu chevauchant les nuées. Des Belous, il en est donc de plusieurs kind, au fond toutes complémentaires.

Il y a 1 fois 20 ans, au pied des Monédières à Treignac, naissait Kind of Belou et voici venu, 20 ans après, comme diraient les trois mousquetaires qui cette fois seront 7 à moins qu'on les compte par 9, le Kind of Belou Orchestra qui résoudra l'équation sans se priver d'en poser d'autres : Comment mettre 20 ans dans un orchestre, comment y mettre une définition, un paysage, des danses d'ici et d'ailleurs, des visions d'antan, des souvenirs futurs, des luttes d'ici et maintenant ?

• Kind of Belou Orchestra : Treignac le 3 août 2019

Catherine Delaunay (clarinettes)
Morgane Carnet (saxophones)
Nathan Hanson (saxophones)
François Corneloup (saxophones)
Didier Petit (violoncelle)
Tony Hymas (clavier)
Étienne Gaillochet (batterie, chant)

+ invité(e)s surprises

Le 3 août, à la Salle des Fêtes de Treignac
(monument historique)

10.7.19

HOMÉOPATHIE

Le petit empereur dit que la médecine homéopathique ne serait plus remboursée... alors dans ce cas n'optons plus pour une colère homéopathique, mais pour sa version embuquée.


Gravure: Édouard Vaumort, 
(date de naissance inconnue -1886)

9.7.19

MATHÉ

Le temps d'une histoire est le titre de l'un des ouvrages de Mathé Peyrecave dite Mathé, il y a aussi Un Rayon de soleil dans la tourmente, Exforme, chairs exclues, Les Histoires du pépé David, des histoires de gens, au plus près. Mathé, vous ne pouviez pas la manquer, avec sa pipe et son rire, à l'endroit par exemple des concerts des galaxies reliées à Jacques Thollot, ou Jac Berrocal. Elle était fortement discrète et impressionnament présente, actrice d'une vie où se mêlent musique, peinture, mots et autres folies libératrices. Les pipes les plus joyeuses finissent par se briser. Le temps de Mathé fût celui d'une histoire.

8.7.19

PROCÈS FRANCE TÉLÉCOM
36e JOUR d'AUDIENCE


36ème jour d'audience du procès France Télécom par Jean Rochard, Skuury et Claire Robert
À lire, écouter et regarder en cliquant ici sur le site Solidaires.

Dessin : Claire Robert



26.6.19

22 JUIN, TRAFFIC À CAMPUS


Samedi 22 juin, l'été vient d'arriver et à Campus Terrain d'Entente dans le 11e arrondissement parisien : réjouissant concert de soutien aux réfugié-e-s. Atissou Loko, truculent percussionniste fondateur d'Adjabel ouvre la soirée invitant l'accordéoniste Scott Taylor, suit le trio d'occasion-fait-le-larron Jean-François Pauvros, Sylvain Kassap, Olivia Scemama ou une certaine transformation physique et poétique : île vue de loin puis par touches de multiples transgressions, soudain, sans crier gare, au cœur de nos intimités, puis le trio Al Akhareen avec la flûtiste et chanteuse Naïssam Jalal, le rappeur Osloob et Dj Junkaz Lou, une franche façon de traverser ce que peuvent encore être, avec grâce déterminée, nos idéaux de résistances. Le solo de Naïssam Jalal dédié au terrible voyage à travers la Méditerranée transmit une émotion difficile à contenir. Trois expressions donc, figurant bien Traffic, la très exploratrice émission de Thierry de Lavau et Agnès Rougier, tous les mercredi à 22h30 sur Radio Libertaire, émission qui cite volontiers comme précepte cet extrait de "Free jazz / Black power" de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli : "Aucune musique n’est socialement inactive, idéologiquement insignifiante, ni sans effet sur le normage culturel des comportements"

Photo : Thierry De Lavau

25.6.19

CANICULE

Canicule, 
conseil des autorités : 
"n'ouvrez à personne"

23.6.19

LES DÉSACCORDS DE FRANCE MUNIQUE


La fête de la musique fut imaginée en 1976 par Joel Cohen, musicien américain spécialiste de musique ancienne (luthiste) qui travaillait alors à Paris comme producteur pour France Musique. En 1982, le ministre de la culture Jack Lang et son directeur de la musique Maurice Fleuret reprennent l’idée, l’officialisent et l’événement aura lieu tous les ans le 21 juin, jour du solstice d’été.

Les jours dédiés ont ceci de particulier que leur sujet rejoint bien souvent, dès le lendemain des festivités les 364 autres jours de l’année, la cohorte des traitements anonymes, lorsque ce n’est pas l’oubli ou la disgrâce. La musique ne fait pas exception et l’on continue de constater avec quel acharnement les occasions ne manquent pas de lui faire sa fête.

Ce 20 juin 2019, dernier jour du printemps donc, pas grand chose à fêter, pas même la fuite du roi à Varennes (1). À 17h28, un groupe de musiciennes et musiciens et autres gens de musique se pressent pour la seconde fois (2) devant la Maison de Radio France, suite aux suppressions brutales d’émissions sur France Musique et bidouillages attenants, avec force slogans, chants et instruments, pour dire leur réprobation, leur écœurement et leur colère (3)(4). Deux jours plus tôt, le 18 juin, date fortement ancrée dans les mémoires, la Maison Ronde est le théâtre d’une grève très largement suivie. Le communiqué de l’intersyndicale explique : « Les 60 millions d’euros d’économie à réaliser annoncés sont la conséquence du désengagement de l'État et du plan de la Direction, dont le choix d'investissements massifs dans le numérique/web (à hauteur de millions d’euros) au détriment de la production radiophonique (…) Radio France a déjà fait les frais de plans d'économies successifs, qui ont conduit à des salaires bloqués depuis 7 ans, de nombreux départs non remplacés et la politique de redéploiements au profit d'activités nouvelles, qui ont désorganisé bon nombre de secteurs. » (5) La casse du service public, de l’hôpital à l’éducation nationale en passant par la radio, va de pair avec les rognures permanentes infligées à la liberté d’expression. Bâillons : enfants de la patrie.

À 17h40, tout un symbole, l'économiste multi-cartes Jacques Attali sort de l'édifice pour rejoindre sa voiture avec chauffeur. Conseiller du président François Mitterrand (époque Fête de la Musique), promoteur de la rigueur économique en 1983, puis conseiller des présidents Nicolas Sarkozy (pour qui il fut le chantre de la croissance libérée), François Hollande (entré en "grande" politique par les soins recruteurs d'Attali qui plus tard lui inspirera les lois "Macron" passées au 49.3) et Emmanuel Macron (dont il fut le co-géniteur politique), cet ex-directeur de la dispendieuse Banque européenne pour la reconstruction et le développement, fait partie de la très boursoufflée et ravageuse mistoufle intellectuelle qui encombre les plateaux de télévision et de radio à propos de tout et de rien depuis des années. Ce spécialiste de la manigance infinie et des photocopies à répétition est aussi un « spécialiste de musique ». Il a publié en 1977 un inepte livre sur le sujet intitulé Bruits (Presses Universitaires de France) que d'aucuns ont pris au sérieux malgré sa pensée courte et son truffage de contrefaçons (une habitude) et d'erreurs (au hasard : naissance du free jazz en 1969). En janvier 2007, au Midem de Cannes, il se fit le promoteur du MP3 et de la gratuité de la musique, pour lui art consommé de l'entrepreneuriat individuel. Voilà donc un deus ex machina de la République, sinistre clown blanc ultralibéral, incarnation du pouvoir broyeur, pour quelques minutes à peine, face à des artistes récalcitrants, refusant l'idée d'art mouliné par la machine économique. Trop gentils ou pas assez physionomistes, ils le laisseront regagner son automobile. Ce 20 juin, pas de fuite à Varennes.

On parle de nouvelle grille des programmes, le terme a effectivement une odeur de brûlé et des allures prisonnières lorsque le mot "rentrée" a des relents de "sortie". Il est ainsi prévu de supprimer À l'improviste, émission hebdomadaire créée en septembre 2000 et animée par sa productrice, Anne Montaron. On a pu y entendre une extraordinaire ruche de musiciennes et musiciens de tous horizons adeptes de l'improvisation : Joëlle Léandre, Michel Doneda, John Butcher, Barre Phillips, Catherine Jauniaux, Claude Tchamitchian, Ève Risser, Serge Pey, Didier Petit, Jacques Di Donato, Seijiro Murayama, Didier Lasserre, Hélène Labarrière, Beñat Achiary, Daunik Lazro, François Corneloup, Sarah Murcia, Kamilya Jurban, Camel Zekri, Erik M, John Edwards, Sylvain Kassap, Denis Charolles, Valérie Philippin, Claudia Solal, Ramon Lopez, Sylvain Lemêtre, Benoît Delbecq, Paul Rogers, Noël Akchoté, Dominique Pifarély, Valentin Clastrier, Mark Sanders, Raymond Boni, Catherine Delaunay, Xavier Charles, Elise Dabrowski, Géraldine Keller, Edward Perraud, Vincent Courtois, Jean-Jacques Avenel, Steve Beresford, Vincent Peirani, Hasse Poulsen, Jean-Marc Foussat, Charles Pennequin, la Marmite Infernale, pour n'en citer que quelques-uns, tous en situation de création réelle dans les studios de Radio France - et tant à venir. L'émission se faisait également régulièrement le témoin de nombre de festivals à la verve créative. Le legs est conséquent, la documentation phénoménale. À l'improviste fait partie des très grandes émissions de l'histoire de la radio made in France, ces émissions qui ont su être l'écho complice de la vie musicale même, son excitation et non sa contrainte. Bien plus qu'une tranche horaire dédiée à un style de musique, elle est une force inspiratrice pour n'importe quelle musique et c'est bien ce qu'auraient dû comprendre les directeurs et directrices de cette Maison qui ne tourne vraiment plus très rond. Ainsi ne l'auraient-ils pas imbécilement supprimée, mais l'auraient-ils mise davantage en valeur, en vis-à-vis de l'ensemble du monde musical. Ce sont mille À l'improviste qu'il faudrait créer, mille émissions capables de transformer l'aboutissement en geste premier, de relever des indices de vie féconde, de doute superbe, d'assortir poésie et action.

   Interlude pas si rigolo :
• France Inter 21juin, 6h45, au micro de Sophie Parmentier à l'occasion de la fête de la musique, Lauren Douvret, qualifié de "musicien-policier" [sic] : « On utilise vraiment aussi la musique comme outil essentiel à des règles, c’est-à-dire que le musicien répond à des règles : une partition, un chef, une hiérarchie, du coup c’est ce qu’on essaie de leur montrer [aux jeunes] , de la même façon, il y a des lois, il y a des règlements dans leurs écoles, mais également dans le pays et du coup également le respect de ces règles, et des autres, des plus grands et des chefs… ».

La musique est un langage, une terre, un cœur, un poumon, une source mobile, un héritage, une saine provocation. En sa forme entière, elle ne saurait tolérer petits arrangements lâches ou accords attaliques pour quelque annexion honteuse que ce soit, quelque bâillonnement, quelque expulsion, quelque ordre policier.  À l'heure où elle vit tant de souffrances, priée à chaque instant de s'insérer dans les rangs d'une forme de dictature technologique stérilisée, tous les À l'improviste qui portent bien leur nom sont et seront autant d'oxygène verdoyant, d'enthousiames portés sur le triomphe de la vie.


(1) 20 juin 1791, fuite de Louis XVI à Varennes
(2) Grince Musique
(3) Pour le maintien de la création musicale à l'antenne de France Musique Pétition sur Change.org
(4) Lettre ouverte à propos de la suppression de cinq émissions sur France Musique in Les Allumés du Jazz
(5) Crise à Radio France : un rapport dément les chiffres de la direction par Laurent Mauduit in Mediapart, 16 juin 2018

Photo : David Jisse

21.6.19

21 JUIN

Aujourd'hui 21 juin, c'est la fête de la Bière, un événement initié en 1982.

5.6.19

ET MAINTENANT LE CNC !


À chaque jour la Macronie s'exerce à sa folie destructrice. Tiens le cinéma, ils n'y avaient pas encore pensé ! C'est chose faite avec cette perle de la députée Céline Calvez : « Il faut trouver un dispositif qui finance des films mieux vus et mieux vendus à l’international pour consolider notre soft power. » Pourquoi ne pas liquider le cinéma lorsqu'on a déjà abattu le langage ?

Articles détaillés parus dans Politis et Libération : lien pour les deux sur le site des Allumés du Jazz ici :

• Gravure : Louis Monziès (1876)

28.5.19

GRINCE MUSIQUE

Matinée du 28 mai vers 11h, musiciennes, musiciens, gens de musique et autres personnes partageant cet amour, révoltés par la récente et inique décision de la direction de France Musique de supprimer cinq émissions, se sont retrouvés face à la Maison de la Radio (bien dit "public" sous haute surveillance face à la colère et la joie - se retrouver - des manifestants). Le directeur Marc Voinchet ne daigna pas descendre, malgré la demande d'une "délégation"... Les CRS arrivèrent à la toute fin en même temps que la chargée de communication de Radio France experte en langue de bois. À suivre...

À lire


Photo : B. Zon

27.5.19

GENTIL COCO ?

Si l'on se réfère à ce qu'on entend depuis hier soir sur les ondes, les élections ont avec les perroquets ce point commun qu'on peut leur faire dire ce qu'on veut. Mais les plumes sont nettement moins belles.

17.5.19

DORIS DAY


Pour Pierre-Jean Bernard, Young at Heart

C'était à l'école publique en classe primaire dans un petit village de l'ouest français, pour l'arbre de Noël, les instituteurs avaient projeté le film Un pyjama pour deux (Lover come back - Delbert Mann, 1961). L'émoi fut total pour le jeune enfant, une sorte de révélation douce de la complexité des relations amoureuses. Les parents étaient furieux après les instituteurs, jugeant le film immoral (sic) pour l'âge à peine de raison de ses spectateurs et s'exprimaient alors dans une sorte de confusion les antagonismes légués par la seconde guerre : gaullistes contre communistes avec l'anti-américanisme comme dénominateur commun (mais ici les seconds avaient choisi le film made in USA pour choquer les premiers - le monde n'était donc pas si simple qu'il en avait l'air). C'était bien avant 1968 et Doris Day (par la voix de Claire Guibert - qui doublait aussi alors Marilyn Monroe, Ava Gardner, Vivien Leigh, Linda Darnell...) imprima sa marque au milieu d'un grand chahut grandissant chaque jour. Une marque enfantine, par une sorte de simplicité fulgurante, un envoi de traduction de longue durée.

Il y eut mieux à découvrir que la girl next door, d'autres films vus un peu plus tard comme Pillow Talk de Michael Gordon (1959) dans la veine du précité ou The man who knew too much d'Alfred Hitchcock (1956). Le réalisateur de L'ombre d'un doute trouvait "parfaite" Doris Day (née Doris Kappelhoff en 1922) dans ce film où, pour la première fois, elle chante "Que sera sera", son deuxième générique (repris dans les télévisuelles Doris Comedies). Doris chantait donc et mieux que bien. Un accident d'automobile l'avait contrainte à abandonner la danse. Elle deviendra la chanteuse du grand orchestre de Les Brown dans les années 40 où elle offrira une version inégalable de "Sentimental Journey", son premier générique. Découverte d'une discographie (une trentaine d'albums sous son nom) intégralement plus qu'honorable où l'excellence dispute souvent aux perles tel Duet petit chef-d'œuvre avec André Prévin et son trio. L'introduction de "Close your Eyes" avec Red Mitchell est une de ces ineffaçables sensations musicales. Une tonalité de velours où s'amorce imperceptiblement comme un vent qui nous fait mieux entendre la vérité du fantasme. Jazz indeed ! Une bonne filmographie de 39 films entamée avec Michael Curtiz (trois films dont Young Man with a Horn - 1950, où elle retrouve sa vie de chanteuse de big band). Dans le vivifiant The Pajama Game (Pique-nique en pyjama - Stanley Donen 1957) elle est leader syndicale, dans Storm Warning (Stuart Heisler, 1951) elle se bat contre le Ku Klux Klan. On ajoutera un thriller bien troussé avec Rex Harrison (Midnight Lace, David Miller - 1960), de nombreuses comédies assez ou pas mal réjouissantes (Teacher's Pet avec Clark Gable- George Seaton 1958, Send me no flowers avec Rock Hudson et l'épatant Tony Randall - Norman Jewison 1964, The Glass Bottom Boat {La blonde défie le FBI} Frank Tashlin 1966) et quelques comédies musicales de haut vol comme Calamity Jane (David Butler 1953), figure à laquelle elle a plaisir à s'identifier et film où elle expose le sagace "Secret Love", son troisième générique.

Si tout cela concourra à façonner une artiste immensément populaire, cela n'ouvrira pas grand accès à la légende (même si un groupe de féministes londoniennes en fait son héroïne dans les années 80, même si elle est citée dans "Dig it" des Beatles ou dans Up your Sleeve du groupe Alterations). Elle s'évaporera avec l'impossible image d'une Amérique innocente disparaissant dans l'horizon fuyant. Pourtant la lecture de l'autobiographie Doris Day: Her Own Story (co-écrite avec A.E. Hotchner, lequel a aujourd'hui 102 ans) révèle une complexe vie d'artiste souvent bien sombre : femme battue et abusée par son premier mari, le dément tromboniste Al Jorden, un second mariage sans bonheur avec le saxophoniste George Weidler, quelques aventures difficiles (avec un acteur nommé Ronald Reagan), un troisième mariage avec le producteur Martin Melcher (son manager) qui trouva la mort dans un accident automobile la laissant face à un océan de dettes (motif moteur des séries télévisées Doris Comedies). L'envie de tout plaquer, l'impossibilité de tout plaquer. De drôles d'ombres projetées (Charles Manson), des images fugitives titillantes comme cette relation avec Sly Stone (qui reprendra "Que Sera Sera" avec The Family Stone). En 1967, elle refuse à Mike Nichols le très convoité rôle de Mrs Robinson dans The Graduate en 1967 (pas envie d'être à poil). En juillet 1985, elle se trouve aux côtés de Rock Hudson lorsqu'il annonce publiquement qu'il est atteint du sida. Son fils aimé, Terry Melcher (fils d'Al Jorden doté du patronyme du troisième mari), compagnon de Candice Bergen et incidemment premier utilisateur de protools en studio (pour un album des Beach Boys), devint producteur des Byrds, de Brian Wilson (qu'il présente à Van Dyke Parks), des Mamas & the Papas, des Rising Sons (Taj Mahal et Ry Cooder). Le projet d'enregistrement de Charles Manson se limitera à deux chansons (pour des raisons évidentes). Melcher produira en 1985 le bref retour à la télévision de sa mère, Doris Day's Best Friends, émission dévolue à la passion de cette dernière pour les animaux qu'elle finit par préférer aux hommes leur consacrant, pendant plus de 40 ans, l'essentiel d'une existence qui s'est achevée à 97 ans le 12 mai 2019.

Reste l'image enfantine, au pas ralenti demeurée intacte, une sorte d'étroite affinité un peu inventée, un brin réelle ("I was there", chanson de Steve Beresford et Andrew Brenner dans Eleven Song for Doris Day 1 ou quelques échanges avec Martin Daye en 1992 pour un bref espoir déraisonnable soustrait au temps ou encore ces citations de la version de "Que Sera Sera" de Sly Stone par Jef Lee Johnson dans les concerts d'Ursus Minor de l'an 2005). Reste aussi quelques films toujours plaisants à revoir, et surtout une voix merveilleuse de séduction métaphorique, la voix superbement posée d'une femme nommée jour : une harmonie ouverte en pleine lumière.

1 Eleven Song for Doris Day, Steve Beresford, his piano and Orchestra featuring Deb'bora, Terry Day et Tony Coe (Chabada 0H7 - 1985)

15.5.19

COMMUNIQUÉ DES ALLUMÉS DU JAZZ
À PROPOS DE LA SUPPRESSION DE CINQ ÉMISSSIONS À FRANCE MUSIQUE


à Madame
Sybile Veil, présidente-directrice générale de Radio France
et Messieurs
Marc Voinchet, directeur de France Musique
Michel Orier, directeur de la musique et de la création culturelle à Radio France,
ancien producteur de musique membre fondateur des Allumés du Jazz
Frank Riester, Ministre de la Culture de la République Française


France Musique dans l’angoissante concordance des temps.

Ce n’est pas la première fois que France Musique - station de radio à qui il est arrivé d’être exemplaire - supprime des émissions de qualité, éconduit des talents de premier plan (la grève de 28 jours en 2015 [1] reste fraîchement dans les mémoires). Mais la suppression de cinq émissions d’un seul coup, cinq émissions porteuses d’une réelle diversité hors sentiers rebattus dont les musiques se voient soudain contraintes de traverser la rue pour trouver des auditeurs, est cette fois dramatiquement indicatrice de l’éprouvante direction d’une certaine vision de l’avenir proche – musical ou non - à laquelle on aurait aimé que France Musique, plutôt que de se fondre dans l’effondrante manœuvre,  offre son meilleur contretemps.  

"A l'improviste", "Le Cri du Patchwork", "Le Portrait Contemporain", "Tapage Nocturne", "Couleurs du Monde Ocora" sont autant de réussites concrètes, de symboles d’une création belle et bien vivante, et l’objet de ce texte ne devrait pas être seulement de demander leur maintien, mais de réclamer la multiplication de ce type d’émission où il est facile de reconnaître ce pour quoi la musique existe, ce pour quoi elle nous parle. Anne Montaron, Clément Lebrun, Arnaud Merlin, Bruno Letort, Françoise Degeorges en sont les productrices et producteurs respectifs : de magnifiques artisans inventeurs, fervents d’exploration, à l’écoute du monde, de tous les mondes.

La concordance des temps inquiète : suppression d’émissions hardies en ces instants où l’on arrête les journalistes qui filment de trop près [2] , où l’on coupe au montage les moments qui embarrassent la bonne tenue de célébrations à la gloriole programmée [3], où chaque semaine qui passe, la liberté d’expression est davantage entamée. La musique n’est pas qu’une bande passante.

La concordance des temps inquiète encore lorsque nous est servi comme excuse de ces amputations ce « Nous sommes soumis à une forte pression budgétaire concernant le coût de la grille » [4]. Pour lire ensuite le cocasse « Il faut faire aussi bien avec moins de moyens.» [5] Cette recommandation eut été plus à propos lors des délirants chantiers de rénovations des bâtiments de Radio France sur lesquels beaucoup a déjà été dit et écrit. La musique se voit présenter l’addition. « Quand le bâtiment va tout va » dit l’adage, mais qu’est-ce qui va vraiment lorsqu’on va s’écraser sur le mur des grands travaux inutiles ?

Et lorsque de l’hôpital à l’école, le service public est sans cesse abîmé (la suppression des cinq émissions est contemporaine du projet de loi de « transformation de la fonction publique ») : concordance des temps plus qu’inquiétante.

On a beau nous expliquer qu’en remplacement on verrait « créer à la rentrée un grand rendez-vous, plus dynamique que des émissions planquées à 23 heures, inventer un vrai carrefour de la création, avec des passerelles entre les artistes », on perce rapidement l’esquive facile avec un vocabulaire plus passoire que passerelle. Comme si "A l'improviste", "Le Cri du Patchwork", "Le Portrait Contemporain", "Tapage Nocturne", "Couleurs du Monde Ocora" n’avaient pas magnifiquement déjà établi les jonctions intelligentes sans besoin de compression césarienne. Ou bien s’agit-il simplement de se plier à la loi de la diffusion régie par les algorithmes et la grande vague du streaming ou s’ajuster sur des projets aussi fumeux que le Centre National de la Musique ou bien faire Radio Classique au rabais, ou peut-être tout cela à la fois.

Notre sentiment alors n’est pas celui de l’indignation, mais bien celui de la colère face à cette braderie de la quintessence incarnée par ces cinq émissions. Il s’agit donc bien pour nous toutes et tous, que nous appartenions ou non au monde musical, d’insister sérieusement pour obtenir le maintien de ces programmes à qui il ne peut être fait de reproche. Il ne s’agit vraiment pas de détail, mais bien en ces temps aussi troublés que troublants, de la marque essentielle d’un attachement indéracinable à l’esprit libre.

Et puisque la station France Musique est née d’une idée du poète Jean Tardieu, nous vous recommanderons Madame et Messieurs de méditer sur ces quelques lignes de sa plume : « Les hommes cherchent la lumière dans un jardin fragile où frissonnent les couleurs. » [6]






[1] Communiqué des Allumés du Jazz du 9 juin 2015
[2] Exemple : l’arrestation de Gaspard Glanz (Taranis News) lors de la manifestation du 20 avril 2019
[3] Lors de la Cérémonie de remise des Molières le 13 mai 2019, une quinzaine d'intermittents en Gilets jaunes on interrompu le spectacle pour remettre leurs propres récompense. Les images de cette intervention ont été coupées au montage lors de la diffusion deux heures plus tard sur France 2.
[4] Marc Voinchet in Télérama le 14 mai 2019
[5] Id
[6] Monsieur Monsieur de Jean Tardieu (1951 Gallimard)