Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

19.8.08

ET PUITS


L'excès de zèle, masque de l'ignorance, nuit souvent, tel celui qui voudrait supprimer le "s" terminal au mot "puits" sous prétexte qu'il serait au singulier. L'orthographe n'obéit pas qu'à des règles et c'est tant mieux. Et si les augustes moines copistes sont à l'origine d'un certain nombre de choix arbitraires ayant conduit aux aléatoires redoublements de consonnes et consort, là n'est pas le pire des hommes en bures. "Puits", donc, est attaché à son "s" si singulier comme la marge à la page. On pourrait croire qu'il indique les richesses possibles de ce trou en terre ("s" pour "Puits de science"), ou bien, trop prude ou trop machiste, qu'il refuse la féminité des profondeurs (la femelle du puits n'est pas la puite). Mais les excroissances du mot nous mettent le "puz" à l'oreille et l'eau à la bouche. Il n'est pas de fille de puitasier, mais de fille du puisatier. On ne puite pas, on puise. Et pour évacuer les eaux sales ou inutiles, point de puitard, mais un puisard. S'il est une lettre un tantinet en trop, ce ne serait donc pas le "s" final, mais le "t" intérieur. Les clowns blancs grammairiens de la Renaissance, mettant un peu d'ordre dans le foutoir linguistique des origines diverses, écritures multiples et prononciations arbitraires, n'ont pas voulu trancher entre le "s" et le "t" de ce qui fut au Moyen-âge un "puiz", un "puz", un "puito" (latin "puteus"). Le "s", beau virage, est bien à sa place. Et pour reprendre les mots d'un autre moine, parfaitement athée et un brin détective : "On ne saurait tancer les extrémités aux crêtes trop faciles lorsque se cache à peine en touffe, la tête haute, l'objet triomphant de tous nos maux.". J'y pense et puits oublie profondément.


Photo : B. Zon

1 commentaire:

Buck a dit…

Autre mots avec un s au singulier : engrais, laquais, mors