Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

29.6.07

DIABOLO ROUGE ET NOIR


Violeta Ferrer est - on devrait le savoir - une voix stupéfiante portant loin les mots du poète andalou Federico Garcia Lorca qu'elle affectionne depuis l'enfance. Elle est aussi depuis longtemps fan de cinéma. Lorsque les choses tournaient si mal dans l'Espagne de 1937, elle avait, jeune adolescente, écrit à Joan Crawford en lui demandant de l'aide. Le cinéma lui a mal rendu cet intérêt si ce n'est des réalisateurs comme Jean-Luc Godard (une belle séquence d'Eloge de l'amour) ou Yves Caumon qui lui ont offert des rôles qu'elle aimait. On l'a vue aussi souvent chez Jean-Pierre Mocky (ce qui l'amuse toujours) et chez Jean Marboeuf et puis de façon discrète ci et là chez Philippe Garrel, Albert Dupontel, Philippe Ramos, Orso Miret, Sébastien Lifshitz. Pourtant cette présence étonnante, cette façon de nous "cueillir" pour reprendre les mots d'une cinéaste à la mode au sortir de la projection de La beauté du monde d'Yves Caumon, n'a pas trouvé cette place méritée (évidente) dans ce tortueux septième art. Récemment, Diane Kurys a fait appel a elle pour le film sur Françoise Sagan. Làs ! Violeta est rentré chez elle faire des mots croisés. Elle a tenu à écrire, un peu plus tard, à la réalisatrice ce courrier explicatif :

Bonjour,

Nous nous sommes vues, le premier jour du tournage, au 244 de la rue de Rivoli. Nous avons été déçues, toutes deux.
C'est vrai qu'il m'est arrivé deux ou trois fois de refuser d'être la bonne espagnole avec accent. Il me semble que vous avez même douté que je sois vraiment espagnole parce que je n'avais pas cet accent que vous espériez. Je vous ai même dit "je suis en France de puis plus longtemps que vous". C'était une boutade, bien sûr. Mais vraie. Je suis ici depuis la guerre d'Espagne, vous n'étiez pas née, j'avais 14 ans. A 15 ans, j'étais dans un camp (pas les plus durs, c'était un camp de femmes et enfants) avec ma mère et ma soeur, de 4 ans ma cadette. Ma mère a demandé si nous pouvions aller à l'école ma soeur et moi, ça nous a été accordé mais nous y allions et revenions accompagnées d'un gendarme.
Le temps a passé et à la Libération, je suis "montée" à Paris et suis allée pendant trois ans à l'école de Charles Dullin (de son vivant), mais je m'étais mariée, à un Espagnol qui ne voulait pas que je sois comédienne. Je vous passe tout ça qui n'a d'intérêt que pour moi parce que c'est mon vécu. J'ai même été, pendant 20 ans, correctrice typographique!
Pour moi, les bonnes espagnoles, c'était l'époque du franquisme et de la misère. Franco est mort en 1975. Il y a eu depuis les bonnes portugaises, les africaines, etc...
J'espère que le tournage se passe bien et j'irai voir le film.

Amicalement,

Violeta Ferrer, Paris, le 20 juin 2007


photo : Violeta Ferrer en 1943

7 commentaires:

Elianne et Henri a dit…

Nous avons vu Violeta Ferrer une fois au théâtre, elle était formidable.

Anne a dit…

Je suis troublée à la lecture du portrait de cette grande dame, qui reste fidèle à ses engagements et à soi.
Quand j'entends sa voix puissante sur les mots de Lorca, mon émotion est grande.
Autre raison plus personnelle de mon trouble, sa ressemblance frappante avec ma mère sur cette photo découverte sur votre site et dans le Chronatoscaphe.
Grande dame à qui j'aimerais avouer mon trouble et mon admiration.

Juanita a dit…

Que sont devenus les Incontrolados ? Je les ai vu à Luz St Sauveur, je coyais qu'il y aurait un disque. Les mots dit ce soir là m'habitent encore.

Esther a dit…

Je me souviens de la Librairie Espagnole qui est devenue un magasin de luminaire.

Pablo a dit…

Pablo dijo...

Violeta Ferrer a bien eu raison de refuser ce petit rôle cliché, elle vaut beaucoup beaucoup mieux que ça.
Je le sais, je suis son fils.

Besos a mi madre

Pablo

Maya a dit…

je suis tout à fait d'accord avec Pablo, mon père puisque je suis la petite fille de violeta et que je l'aime très fort.

Maya

Myriam a dit…

Violeta, un jour tu es venue à la CNT avec tes amis musiciens. Je m'en souviendrais toujours.