Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

28.4.16

LE MONDE NOUVEAU ENCHANTÉ


8 jours après La Symphonie du Nouveau Monde par l'orchestre debout Place de la République, une autre Symphonie d'un monde nouveau, plus émouvante encore, ce jeudi 28 avril, boulevards Arago, St Marcel, de l'Hôpital, Diderot, Pont d'Austerlitz et Place de la Nation alors qu'une foule vivante reprenait en cœur : "Paris debout, soulève toi".

Photo : B. Zon

23.4.16

ED WAPP WAHPECONIAH

Dans "Medicine stars" in Oyaté de Tony Hymas, on entend une flûte, regard vers les étoiles d'un peuple en souffrance. Elle fut jouée par Ed Wapp Wahpeconiah . Membre de la tribu Comanche/Sac & Fox, Ed Wapp est le fils de Josephine Wapp, une des première enseignantes de l'IAIA (Instute of American Indian Arts) où il étudia pour devenir lui-même enseignant. Cet ami de Barney Bush nous a quitté le 18 avril. On lui doit - ainsi qu'à Doc Tate Navequaya - un important travail facilitant le renouveau de la flûte courtisane des tribus indiennes d'Amérique du Nord.

Photo : Clyde Hall

22.4.16

LES COLOMBES PLEURENT,
MAIS ON ESPÈRE ENCORE

PRINCE AU XCEL CENTER DE ST PAUL (MN) LE 17 JUIN 2004

Années 80, années Reagan : revanche haineuse sur les années soixante, guerre des étoiles, espace dévoré, surmilitarisation honteuse, promotion nouvelle du racisme, fossé outrageusement creusé entre riches et pauvres, Irangate et établissement d’un bien pire avenir encore : les années Bush (père et fils). Un peu d’espoir au début de cette sinistre farce, des brumes pourpres d’un Minnesota non avare de talents, émerge un sale gamin bien prénommé Prince. Le charme des princes est celui des voyous, des sauvages équipées. 
Créativité folle : l’enfant terrible des Twin Cities (Minneapolis et St Paul, deux inséparables villes jumelles à la frontière dessinée vaguement par les caprices du Mississippi) trempe sa guitare dans la lave, chante avec la grâce vicieuse d’un ange, arrange, dérange, fout sa zone très bleue et pas protégée, balance son sexe à la gueule, brasse les contrastes, s’invite sans permission à la table du succès pour danser dessus au dessert, les pieds dans le plat avant de mettre les bouts avec sa bécane. L’insupportable petit bonhomme fait son chemin : une voie splendide. Les colombes pleurent mais on espère encore… 4 juin 2004 en plein cauchemar néo conservateur, l’Amérique verse des larmes de crocodiles (souvent faucons). L’anticommuniste Reagan a passé l’arme à gauche. On a changé d’époque, toujours plus grave. Prince le sent sans doute. Il a déjà promis d’abandonner son ancien répertoire lors d’une soirée au Xcel Center de St Paul multipliée par trois (tous les billets ayant été vendu en une heure – trois soirs aussi très vite complets). Par là même il retrouve la chaleur de ses pairs minnesotans. Non qu’il soit jamais parti, au contraire, mais il a renoué avec un succès plus large que celui de son insensée et souvent magnifique école buissonnière pour leur rappeler qu’eux aussi existent dans le monde. Alors on le salue de même. 

C’est ce qui frappe d’emblée lors de ce 17 juin 2004 au Xcel Center de St Paul pour la deuxième de trois consécutives nuits. La foule qui se presse n’est plus seulement celle des excentriques qui font les beaux jours des surprises parties de Paisley Park, c’est celle d’un Minnesota profond, orpheline de Paul Wellstone qui se lève encore face aux coups de bouttoir républicains qui n’ont jamais pardonné à cet Etat d’être le seul à n’avoir pas réélu Reagan pour son deuxième mandat. Noire, blanche, hispanique, de tous âges (les parents ont souvent amené leurs enfants), elle fête Prince, le reconnaît comme le kid indispensable capable d’offrir une pause en ces jours moroses. Pas d’attente, le show commence pile à l’heure avec une surprise : The Time ouvre le bal. Le Minneapolis sound : des histoires de familles, une bande de gamins désormais quadragénaires sortis tout droit d’Helzapopin. What time is it ? Ca n’a pas changé, ça danse, ça chante, ça se moque. Ca donne le pouls tragicomique d’une Amérique malade. Jeux de mémoire, jeux d’aventure, Prince se pointe, remercie ses copains du Time, il le fera toute la soirée. Une soirée comme une leçon d’histoire. Musicology : l’histoire comme connaissance et non comme science, l’état des lieux et le futur à portée de main. Orchestre vif. Ça tourne. Maceo Parker ! Prince fait passer de nombreux messages, « I’m a Soul Man », la transmission importe, il assume cette responsabilité, vante les mérites de l’indépendance jusqu’à y laisser des plumes de cheval. La musique noire, enfin … la réconciliation possible. Le blues chanté pro-fon-dé-ment. Sur scène, tout le monde court, s’agite en mêlant savamment générosité et économie. Maceo raplique habillé en prof. La transmission toujours. Prince, timide, mais pas humble insiste sur l’importance du musicien, combien il est heureux de son renfort. À un moment les corps stoppent, immobiles, suspense … et puis la danse reprend, plus franche encore, des enfants montent sur scène. Hommage appuyé à Ray Charles. Maceo Parker chante Georgia avec des lunettes de soleil. « J’avoue volontiers que si je suis plus sensible à la disparition de Ray Charles qu’à celle de Reagan, c’est parce que je suis noir. Ray Charles m’a laissé quelques souvenirs merveilleux. Reagan m’a, comme pour les autres Noirs américains, rendu la vie aussi difficile qu’il a pu » écrit Dwight Hobbes dans le principal journal noir des Twin Cities, Insight. Prince s’amuse avec les gloires locales, cite le basketteur Kevin Barnet par exemple ou esquisse un petit coup de griffe en direction d’Elvis Presley après deux mesures avortées de Jailhouse Rock : « mieux vaut être un Prince qu’un King ». Et puis, ce set acoustique avec revue des chansons de son passé, phares dans ces années noires. Prince seul avec le public, d’une grande tendresse. Il donne de la confiance : « Prenez votre meilleur accent minnesotan et chantez avec moi ». Le guitariste Mike Scott le rejoint puis tout l’orchestre. On danse encore beaucoup, Prince se fend d’un vertigineux solo de basse. Il plaisante, devient grave en jouant dans l’espace infime qui sépare l’ombre et la lumière. Je pense parfois à Screamin Jay Hawkins ou à l’Art Ensemble. Et puis la fin : l’hymne. Purple Rain repris par la foule à plein poumon. Foule qui ne le laisse pas partir, il revient. Les plus attachés le suivront ensuite à Paisley Park où il jouera jusqu’à 4 heures du matin. Alors que la foule sort, un saxophoniste fait la manche. Il joue Freedom Suite de Rollins. Bien vu ! 

Le lendemain alors que d’autres se préparent au dernier volet de ce tryptique princier, Laura Bush est venue à deux pas de là pour faire honteusement campagne. Elle fera flop ! Dehors trois Indiens SDF regardent un drapeau en berne pour Reagan. « Je me demande qui est mort – Sans doute un autre Blanc », et ils pouffent de rire. Ces jours de Prince dans ses villes, les cartes du ciel et positions planétaires n’ont pas été favorables à ce qu’on décrie souvent ici comme le “stiff white male”.  

J.R (Article écrit pour la revue Musiq en octobre 2004

1.4.16

LEURS MOTS, NOS MARGES

Les médias dominants (dominants, vraiment ?) se repaissent à chaque manifestation des termes "casseurs", "manifestation qui dégénère" ou encore "en marge de la manifestation". Ils seraient plus avisés de parler des véritables casseurs, ceux qui démolissent les droits sociaux, ceux de l'homme, qui piétinent nos relations, nos dignités , nos voisinages, nos arbres  et qui entendent pulvériser les gravats des rêves de liberté, égalité, fraternité ; plus avisés aussi de nous entretenir de la dégénérescence de leur étrange socialisme, de leur démocratie compressée et tordue. Quant aux marges, comme disait le père Godard, ce sont elles qui tiennent les pages et c'est bien là qu'on a envie de trouver, se trouver et se retrouver, plutôt que dans les tracés rectilignes de ces fats qui ne savent offrir qu'un vide acrimonieux.

Photo offerte par Marcel Com X