Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

8.6.08

FAITS D'ANNONCE



Dans Un conte de Noël (2008) d'Arnaud Desplechin, Jean-Paul Roussillon écoute dans ses moments de solitude choisie "Air" de Cecil Taylor ou scrute la partition de "Reincarnation of a Lovebird" de Charles Mingus pendant que le disque tourne ; façon de résister à l'accélération du monde (réduit en l'occurrence à la cellule familiale).

Dans la séquence précédent le dénouement du film The Killers (1946) de Robert Siodmak, Edmond O'Brien a rendez-vous avec Ava Gardner au "Green Cat", un restaurant où joue un pianiste qu'on n'aperçoit pas, mais dont la musique rythme la scène d'une implacable façon. Au fur et à mesure que la conversation se tend, ce qu'il est convenu d'appeler musique de fond, ici un sorte de ragtime, est jouée de plus en plus rapidement par le pianiste invisible, mais partie prenante interne à la scène comme les autres acteurs et figurants. Cette accélération donne curieusement lieu à une agitation inhabituelle parmi les convives lorsqu'Ava Gardner quitte précipitamment la salle ; sans raison apparente, une façon animale de sentir l'orage peut-être, ou la mort.

À la même époque, René Char termine ainsi son poème le "Visage Nuptial":

"Chimères, nous sommes montés au plateau.
Le silex frissonnait sous les sarments de l'espace;
La parole, lasse de défoncer, buvait au débarcadère angélique.
Nulle farouche survivance:
L'horizon des routes jusqu'à l'afflux de rosée,
L'intime dénouement de l'irréparable.

Voici le sable mort, voici le corps sauvé:
La Femme respire, l'Homme se tient debout."


La musique, ultime galop de l'immobile ?


1 commentaire:

Françoise Maluret a dit…

La musique dans le cadre et la musique hors du cadre sont deux manières cinématographiques qui peuvent effectivement s'appliquer hors du cinéma. Qu'en faire ?