Enfants d'Espagne

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27.9.08

ST PAUL OCCUPÉ, OUTRAGÉ, PAS VRAIMENT LIBÉRÉ

{CITY COUNCIL DE ST PAUL, 24 SEPTEMBRE, TÉMOIGNAGE DE ERIC ANGELL}


Plan de la zone occupée du 29 août au 4 septembre


Il y a foule ce mercredi 24 septembre 2008 au City Council Hall de St Paul à 17h30, alors que se tient l’attendue réunion à l’initiative du conseiller municipal Dave Thune ; sujet : invitation faite aux habitants de St Paul à venir témoigner de leur propre expérience durant la Convention Républicaine (temps de parole 3 à 5 minutes). Les ecchymoses de la ville sont gigantesques. Signalons que Dave Thune est l’un des très rares élus à s’être opposé ouvertement au Sheriff Fletcher lors du raid au Convergence Center (dans le vieux théâtre de Smith Avenue). Si cette invitation semble à tous insuffisante (le maire et les principaux responsables de la police sont absents), devant l’ampleur de ce qui s’est passé (les plus sceptiques la voyant comme une opération de diversion disons … sentimentale), elle aura tout de même permis à une salle pleine (et aux téléspectateurs de Channel 8 diffusant en direct) d’entendre des témoignages que les principaux médias s’étaient bien gardés de relater. Les avis étaient divisés sur la nécessité de cette rencontre « réconciliatrice » lorsqu’il n’y a plus guère de réconciliation à attendre devant la monstruosité des faits. La version officielle du maire Chris Coleman (démocrate-âne) continue de voir, en cette convention, un moment heureux pour la cité. Le matin, comme pour annihiler cette prise de parole légèrement redoutée, le Sheriff Bob Fletcher donnait, à deux pas de là, une conférence de presse où il justifiait les actions de la police par le fait qu’ « autrement St Paul aurait été entièrement détruit par les anarchistes ». Au City Hall, sur 27 personnes invitées à parler, 23 se sont présentées. Les témoins viennent à la barre successivement, relativement regroupés :

1) L’impact sur le business local
2) Les médias
3) Les habitants victimes de perquisitions pour avoir offert l’hospitalité aux manifestants
4) Les représentants des associations organisatrices (avocats et organisateurs)
5) Les représentants des groupes associés
6) Diverses expériences de résidents

Alors que Karolyn Kirschgesler du Rivercentre Convention & Visitors Bureau avec cet aplomb qui caractérise les imbéciles arrogants chante seule les louanges de la Convention (les participants reviendraient en vacances et dans la capitale du Minnesota devenant un exemple pour les conventions à venir) générant rires ou indignation, Kay Baker, directrice de l’Hôpital St Joseph exprime la situation périlleuse dans laquelle avait été mis son établissement coupé du monde et incapable de fonctionner (les rues bloquées, aucune intervention chirurgicale n’a été en mesure d’être assurée). Issue de ce premier groupe Sara Remke du Black Dog café 1, rare endroit d'accueil pour manifestants et médias indépendants, sera la première de la soirée à demander l’abandon des charges pour l’ensemble des inculpations. Moments forts de la soirée lorsque Jess Sundin de l’Anti War Committee fait lever une grande partie de la salle, bras tendus et points dressés où lorsque Cheri Honkala de la Poor People’s Economic Human Rights Campaign présente une vidéo explicite des violences policières. Une autre vidéo montre une jeune fille de 18 ans venue elle aussi témoigner. Pour sa première manifestation, elle a été battue à terre à coups de bicyclette. Et puis, Elliot Hughes, garçon de 19 ans à la silhouette frêle, manifestement traumatisé ne pouvant retenir ses larmes en racontant les sévices subis dans la prison du Sheriff Fletcher. Chaque témoignage accablant un peu plus les autorités (une investigation a été demandée par le maire Coleman, elle fait déjà figure de farce, la réputation de l’investigateur nommé offrant peu de doutes sur l’issue – un des témoin, avocat a d’ailleurs demandé la résiliation de l’investigateur appointé) en offrant une diversité de points de vue concordant sur le rejet de la militarisation effrayante de la police. Les représentants des médias se sont montrés scandalisés par les poursuites effectivement illégitimes contre 40 journalistes, mais ont un peu omis à leur habitude d’être solidaires des autres poursuivis, comme les RNC8 dont le cas est exemplaire et qui font face à de possibles peines très lourdes (7 ans de prison). Eric Angell, présent le 29 août au Convergence Center, les a évoqués avec éloquence. Nous publions ici son témoignage intégral :

Le soir du 29 août, la police a fait irruption à l’ancien theater de Smith Avenue, lequel était momentanément utilisé par des gens associés à l’organisation de manifestations autour de la Convention Républicaine Nationale. À ma connaissance, tant l’immeuble que les activités des organisateurs se situaient à 100% dans le cadre de la légalité.

Les anarchistes apprécient de manger, et partager la nourriture est un de leurs actes typiques. Ce soir-là, je venais de terminer un succulent repas végétarien avec quelques amis.

Après le dîner, un film était présenté dans ce vieux théâtre. Comme je n’étais pas alors intéressé par une projection, je préférai me rendre à l’extérieur. La nuit était tombée et j’ai discuté avec des amis sur le trottoir. C’est alors qu’ILS sont venus.

Dans la pénombre, Ils ont surgi de camionnettes banalisées, les armes à la main. C’était assez stupéfiant car ils étaient tous vêtus de noir et impossibles à identifier. J’ai seulement eu le temps d’y regarder à deux fois, m’assurant que je n’avais pas de troubles de vision.

Pointant leurs armes à feu, ils nous ont ordonné de nous mettre à plat ventre sur le ciment du trottoir.

Lorsque vous êtes choqués, il est un peu bizarre d’essayer de bouger ; mais nous avons obéi et avons été immédiatement menottés. D’autres policiers continuaient d’arriver, une douzaine puis deux. À la fin de la soirée, il y avait autant de policiers que de personnes à l’intérieur du théâtre, peut-être 60. S’ils n’étaient pas tous armés, il y en avait suffisamment braquant leurs armes pour effrayer tout le monde. À l’intérieur, ils ont ordonné à tous de se mettre à plat ventre avant de menotter tout le monde. Il y avait beaucoup de femmes et au moins un enfant parmi nous.

La police a ensuite intimé aux trois d’entre nous, allongés dehors, l’ordre de nous rendre à l’intérieur. Là, nous avons dit que nous refusions la fouille en demandant avec insistance où était le mandat de perquisition. Ils avaient beau aiffirmer qu’ils en avaient un, ils ne l’ont pas alors présenté. Ils ont enfoncé les portes en pénétrant violemment dans toutes les autres pièces occasionnant des dommages matériels. Ils fouillaient sans avoir l’air de chercher quelque chose en particulier. Ils ont cherché dans les moindres recoins et fouillé toutes les personnes. Comme j’avais les mains dans le dos, ils m’ont fouillé, pris mon portefeuille dans la poche arrière de mon pantalon en vérifiant mon identité.

J’ai alors demandé si j’étais en état d’arrestation sans avoir aucune réponse. J’ai répété que je ne consentais pas à la fouille. La seule réponse directe que j’ai eue a été celle d’un officier qui m’a brusquement dit « Je m’en fous de ce à quoi tu consens ».

C’était une démonstration totale de force et d’intimidation. Je ne suis pas juriste et je ne sais pas si cette action était illégale, mais je peux témoigner que cette perquisition ne répondait à aucune nécessité et était contraire à toute éthique.

Comme beaucoup, je n’entretiens aucune illusion sur la vie privée dans la société telle qu’elle est. Je suis aussi familier des méthodes modernes du gouvernement de surveillance et d’écoutes. Rappelons-nous les trop célèbres Palmer Raids (1) du début des années 1920… à ce moment-là aussi, le gouvernement diabolisait les anarchistes.

Ceci posé, je considère le raid que nous avons subi des plus choquants, violent et agressif.

Après que la police s’est félicitée de ces détentions multiples, fouilles et confiscations d’objets inoffensifs, elle a procédé à l’identification de chacun, nous photographiant tous puis finalement nous a laissés partir. Certains n’ont pas été libérés avant plusieurs heures. Lorsqu’ils l’ont finalement été, ils ont été accueillis par des acclamations et embrassades de leurs nombreux camarades les attendant dehors.

Ce raid et la conduite inqualifiable de la police tout au long de la semaine a été soutenu et encouragé par des officiels élus incluant les deux maires et nombreux conseillers municipaux des deux côtés du fleuve. Le Sheriff du Ramsey County Bob Fletcher est reconnu comme principal responsable de cette descente de police ainsi que de celles qui ont suivi le matin suivant dans des habitations à Minneapolis et St. Paul.

Très malheureusement pour la liberté de parole, les libertés civiles, la démocratie et pour la population en général, les maires de St Paul et Minneapolis ont généreusement loué l’action et la conduite de la police, cette même conduite qui a laissé de nombreux activistes et je dirais la démocratie elle-même, contusionnés, abîmés, violés faisant face à des accusations criminelles.

Dans le climat actuel, tout ce que la police avait besoin de faire était simplement d’évoquer le mot « terrorisme », ce qui lui autorise tous les sauf-conduits pour perquisitionner, frapper, gazer, bombarder, arrêter et torturer…. Et ceci avec l’approbation de presque tous les élus. Même s’ils ont passé l’intégralité de la Convention Républicaine en prison, les RNC8 sont les 8 personnes accusés de « complicité d’émeutes à fin de terrorisme »… des accusations sérieuses contre des gens qui n’ont clairement pris aucune part dans aucune action pendant la Convention Républicaine.

Ces 8-là, et tous ceux qui ont organisé les manifestations contre la Convention Républicaine sont les meilleurs éléments de notre société. Ce sont ceux qui investissent du temps, de l’énergie et prennent des risques pour confronter directement la tyrannie de notre système affairiste-étatique ou comme d’autres le nommeraient : la machine de guerre. De tous leur être, ils tentent en organisant, de contenir ce monstre qui est dans notre jardin et, pour être clair, ceci ne vise pas seulement les républicains. Ces gens sont ceux qui s’opposent à ce système qui ne sait fabriquer que la guerre en tentant de créer des alternatives réellement démocratiques … une communauté autonome, et indépendante.. pas des esclaves facilement manipulables.

Maintenant, le système s’adresse ainsi aux RNC8 ainsi qu’à nous tous :

Toute organisation visant à produire un changement véritable, en manifestant directement contre les monstres ayant pénétré nos jardins est illégale.

En multipliant des accusations énormes, comprenant le passe-partout « terrorisme », le gouvernement essaie de criminaliser l’opposition réelle en produisant les RNC 8 à titre d’exemple dans le but de décourager d’autres velléités de s’opposer aux politiques gouvernementales.

L’avocat Larry Leventhal a déclaré le cas des RNC8 «
accusation politique », fait caractérisé par une accusation des personnes visées « pour leurs idées, leur pensée qui diffèrent des pouvoirs politiques en place, plutôt que pour leurs actions ». Mordecai Specktor, éditeur du journal American Jewish World cite les charges contre les RNC8 comme étant « alambiquées, démesurées et scandaleuses ». Il ajoute « J’encourage tout le monde a regarder tous les détails pour vraiment voir de quoi il s’agit, et où est la vérité ».

Nous devons être solidaires des RNC8 et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que le gouvernement abandonne toutes ces charges injustes. Nous pouvons commencer en accompagnant ces jeunes prévenus et nous tenir avec eux lors de leur procès. De plus, nous pouvons contribuer à ce qui sera sans aucun doute une défense onéreuse. De quelque façon que ce soit, nous devons visiblement soutenir les RNC8.

Dans leurs comptes rendus, les journaux quotidiens des Twin Cities ne se sont pas distingués. Pour faire court, ils ne se sont que trop fiés, et de façon prévisible, aux sources d’informations officielles en échouant à vérifier les allégations officialisées sans donner la parole aux manifestants.

Généralement, la grande presse s’est efforcée de répéter des déclarations infondées propagées par divers officiers de police «
se battant contre un groupe néo anarchiste caché dans l’ombre et complotant afin de perturber la convention en kidnappant des délégués, lançant des cocktails molotov et installant une guerilla urbaine ». De ce fait elle a simplement trompé le grand public. Ces anarchistes « de l’ombre> » avaient en fait décrit très précisément et très ouvertement la nature de leurs actions sur leur site web (www.nornc.org) pour que le monde puisse voir. Leurs plans n’incluaient pas le recours à la violence ou la destruction de propriétés. L’essoreuse des médias alignés a tourné à plein rendement afin de protéger une fois encore l’institution au détriment de la vérité.

Cette période de la Convention républicaine a vu nos libertés civiles, de parole et la liberté de la presse mises à mal. Les événements des Twin Cities fournissent une sombre indication des choses à venir en Amérique. Au regard de ce qui s’est passé et à sa compréhension profonde, pourrons-nous envisager un changement véritable de notre société.
»

_______

1) Palmer Raids : raids menés à l’initiative de l’Attorney General Alexander Mitchell Palmer de 1919 à 1921 sous la présidence de Woodrow Wilson afin de démanteler le mouvement anarchiste américain, faisant croire au public qu’une révolution soviétique était imminente aux USA. Plus de 10 000 personnes furent arrêtées et 550 furent déportées. Les raids furent ensuite dénoncés comme illégaux par le juge George Anderson.

1 commentaire:

Ivan a dit…

Peut-on aider les RNC8. Je me trouve en France.