Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

25.12.08

CARL EINSTEIN POUR NOUS AUTRES




Hier c'était Federico Garcia Lorca (hier oui) poète assassiné ... aujourd'hui Carl Einstein par écho sensible et non immuable. Ils sont peu de nos drôles de jours à parler de cet essentiel et visionnaire historien de l'art, poète, auteur de romans et de pièces théâtrales (neveu de l'auteur de La relativité générale). Georges Didi-Huberman le fait très bien, Abel Paz aussi.

Courte évocation :

Carl Einstein a su comprendre la jonction (on dirait aujourd'hui l'interaction) et les liens indénouables entre art et politique (politique entendu au sens plus grec que napoléonien ou combine à la Thiers). Il ne restera pas sur sa chaise rembourrée à théoriser. Cet ami de Georges Braque contribue en 1929 à l'effort de Georges Bataille pour la revue Documents : Doctrines, Archéologie, Beaux-arts, Ethnographie et est le premier en Europe à sérieusement considérer l'art Africain. C'est capital ! Sensible au Spartakisme, il avait déjà pris part à la révolte de Berlin à la fin de la première guerre mondiale. En 1933, il quitte définitivement l'Allemagne où il n'est déjà plus guère. L'écrivain d'origine juive a souvent été la cible dix ans avant des fascistes déjà très assurés. Il a aussi su à l'occasion refuser les honneurs officiels forcément factices. Son indépendance d'esprit et de corps est totale et décisive. À Paris, il s'intéresse également au cinéma et collabore avec Jean Renoir au scénario du film Toni. Il sortira déçu des rapports égoïstes du milieu du cinéma. Anarchiste convaincu, Einstein, qui a déjà rencontré Buenaventura Durruti en 1932 à Bruxelles, s'engage en 1936 dans la Colonne Durruti ("La Colonne Durruti reviendra du front sans analphabètes : c’est une école."). À l'enterrement de l'anarchiste espagnol à Barcelone, l'auteur de Bebuquin lit le texte écrit pour son compagnon qui va tant manquer. Comme les réfugiés espagnols subissant les assauts des fascistes et la traîtrise des faux alliés, le signataire de L'art du XXème siècle passe en France avec sa femme Lyda Guévrékian et les derniers volontaires étrangers en 1939. L'"accueil" est honteux : séjour au camp - très dur - d'Argelès avec d'autres anciens de la Colonne Durruti. Bref retour à Paris avec l'aide d'amis ; il se remet à écrire mais est interné en 1940, comme Allemand vivant en France, au camp de Bassens près de Bordeaux. Libéré un peu avant l'armistice, il tente de se suicider conscient de l'approche des troupes nazies, il est sauvé et s'enfuit. Figurant sur les listes noires des Nazis, Einstein sait qu'il est sur le point d'être arrêté et se suicide près de Mont de Marsan en se jetant d'un pont au dessus du Gave de Pau pour échapper à la torture de l'occupant qu'il connaît trop bien.

"L’art collectif nous est nécessaire : seule la révolution sociale renferme la possibilité d’une transformation de l’art, constitue ses prémisses, détermine à elle seule la valeur d’une mutation de l’art et donne à l’artiste sa mission. L’art primitif, c’est le refus de la tradition de l’art aux mains des capitalistes. Il faut détruire le caractère médiat et traditionnel de l’art européen, il faut constater la fin des fictions formelles. Si nous faisons voler en éclats l’idéologie capitaliste, nous trouvons en dessous les seuls vestiges de valeur de ce continent effondré, préalable à toute nouveauté, la masse ordinaire qui aujourd’hui encore est empêtrée dans la souffrance. C’est elle l’artiste."

C'est pour aujourd'hui et pour demain.

3 commentaires:

sacs a dit…

De l'art ou du dollar, on verra bien ce qu'en 2009, il restera

Bonne année à vous tous

Alain a dit…

Ca alors, Carl Einstein sur un blog de musique, c'est une bonne surprise. C'est vrai qu'il est par trop ignoré. Il y a eu un film allemand intéressant sur lui Der Bebuquin - Rendez-vous mit Carl Einstein . Mais il mérite mieux

vetorx a dit…

Carl a fait une tentative de suicide sur la route qui l'amenait depuis Bordeaux aux alentours de Mont de Marsan. Il fut sauvé in extrémis par un scout qui l'amena à un hopital de la ville.

Une fois remis, Carl se retrouva chez les pères à Betharam.Il y séjourna quelques temps. Un jour on retrouva son corps nu, une pierre attachée avec une corde, dans le gave de Pau à quelques kms de là.
L'enquête diligentée conclut au suicide.....mais beaucoup d'incohérences subsistent.....