Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

14.6.14

LA SUITE DANS LES IDÉES...

"Il faut savoir arrêter une grève." Maurice Thorez, 11 juin 1936 
"Il faut savoir arrêter un mouvement." François Hollande, 13 juin 2014

L'allégeance aux mécanismes de domestication de l'esprit, du sacrifice populaire, au dérèglement de la qualité humaine, produit à point nommé le discours des Ganelon un temps grossièrement infiltrés. Ainsi notre présidentiel roi, co-prince d'Andorre, en visite dans sa principauté (garantie sans trains, sans cheminots, sans grévistes) a repris le désormais classique du théâtre des traîtres, tic sans éthique, à l'esthétique traumatique bordant visqueusement la grande entreprise du détroussement permanent. La phrase complète est : "(la grève) risque d’avoir des conséquences dommageables pour la population (...) il y a aussi le Baccalauréat qui est la semaine prochaine ! (...)  Il y a un moment où il faut savoir arrêter un Mouvement et être conscients des intérêts de tous ! (...) C’est le travail qui doit reprendre»". Voilà les bacheliers "pris en otages" pauvres petits anges, serviteurs potentiels du futur grand No Man's Land où de chaque être on extrait la part humaine, la conscience. Invoquer vaguement l'usager, cette victime traditionnelle, ne suffit plus à pointer du doigt les attardés de la lutte des classes ; médias et suite co-princière ne mégotent pas et le précisent, il devient "le bachelier pris en otage". Tous se délectent de l'expression qui soudain couvre l'espace entier. Le grand sujet de la grève, c'est le BAC (on se prend à rêver du contraire) ! Hier lors du journal de 13 heures sur France Inter, la journaliste en chef attaque avec virulence (c'est le mot - elle est du côté du bon droit, de la raison, du travail, du co-prince et des chérubins du BAC) un représentant syndical qu'elle soupçonne d'être "débordé par sa base qui se radicalise". Lorsque l'interviewé (nous devrions dire : l'interrogé) rétorque que cet argument est "vieux comme le Monde", la wonderwoman des "intérêts de tous" renchérit, un brin autoritaire : "Ce qui n'est pas vieux comme le monde c'est qu'il y a le BAC lundi, et il y a des candidats qui veulent passer le BAC. " Elle conclut enfin par ce qu'on aimerait croire être un trait d'humour certain tant la question confine à une sorte de surréalisme débridé : "Mais pourquoi ne pas faire confiance au parlement ?". Dans un autre monde "pour le mouvement", à la radio, le cheminot aurait parlé directement au bachelier, occasion possible pour ce dernier, d'un élargissement du savoir, d'une connaissance d'expérience dépassant les bornes d'un examen pour annonces futures de Pôle emploi (modernisation de l'ANPE signifiant toujours plus de chômeurs) : "BAC + 7 recherche...". Le costume du co-prince d'Andorre ressemble à s'y méprendre à celui du président de l'UEFA estimant que les Brésiliens mécontents (les pauvres ne comprennent décidément rien à la modernité) prenant en otage la Coupe du Monde de football, devraient au moins "attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, ce serait bien pour le Brésil et pour la planète football". Avec l'excuse de la planète BAC pour enterrer une grève, la coupe (une fois encore) est pleine, il faudra "savoir arrêter" ce qui la fait déborder avec quelques "éclats un peu sociaux" par exemple.

1 commentaire:

judithabitbol a dit…

Magnifique ! oui !