Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

21.10.13

ANTINOMISTE TU PERDS TON SANG FROID


Photo : B. Zon (manifestation lycéenne pour le soutien de Khatchik Kachatryan et Leonarda Dibrani samedi 19 octobre)

20.10.13

CITOYENS ISSUS DE L'INDIGNATION



Dans le Satyricon de Federico Fellini, lors d'une orgie de bourgeois et dignitaires romains, l'un des convives commence une blague "un riche et un pauvre se disputaient ...", un autre l'interrompt : "qu'est-ce que c'est un pauvre ?" et tous éclatent de rire.

Les patriciens modernes ont-ils rigolé lorsque hier leur roi François a parlé à la télévision : " La force de la loi c’est la condition pour que il y ait à la fois une politique d’immigration et une politique euh de sécurité ... que chacun peut comprendre. "

La phrase la moins commentée, mais la plus signifiante de cette triste allocution : immigration et sécurité vont donc de paire et ce de façon affirmée pour nos dirigeants socialistes. 

Rappel rapide de quelques épisodes précédents :

• Le 31 octobre 2005, le ministre de l'intérieur Sarkozy rédige une circulaire parfaitement hypocrite destinée à ne pas ménager les immigrés sans papiers tout en ménageant les âmes sensibles : " S’il est souhaitable que les mineurs accompagnant leurs parents faisant l’objet d’une reconduite à la frontière les rejoignent effectivement, il convient pour des raisons évidentes d’éviter que cela conduise à des démarches dans l’enceinte scolaire ou dans ses abords. "

• En novembre 2012, le nouveau chef de la sûreté Valls (dont le goût pour Johnny Hallyday est loin d'être le seul point commun avec le précédent) abroge cette circulaire.

• Le 19 septembre 2013, le jour de ses 19 ans, Khatchik Kachatryan, un élève du lycée professionnel Camille-Jenatzy à Paris, est arrêté avec un groupe de copains pour un obscure motif de vol qui se révélera faux - vieille technique policière. Comme il est sans papiers, il est conduit en camp de rétention puis expulsé en Arménie le 10 octobre, mais à cause d'une certaine mobilisation à l'aéroport, l'expulsion est finalement opérée le 12. À son arrivée en Arménie, il est immédiatement arrêté à nouveau et mis en prison pour ne pas avoir fait son service militaire. Il risque de 2 à 5 ans de prison. Sa famille, parents, sœur, cousins, oncles et tantes sont en France... Les médias n'ont rien remarqué...

• Le 24 septembre, le fier Ministre Valls, particulièrement à l'aise dès le début de son mandat dans l'ouverture de la chasse aux Roms, déclare que "Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation avec les populations locales (...) Il n'y a pas d'autre solution que de démanteler ces campements progressivement et de reconduire (ces populations) à la frontière". Pour ce grand pandore, européen convaincu, "les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie, et pour cela il faut que l'Union européenne, avec les autorités bulgares et roumaines, puissent faire en sorte que ces populations soient d'abord insérées dans leur pays". Il avait déjà affirmé lors d'un entretien, moins remarqué, le 15 mars au bien choisi Figaro que les Roms "ne souhaitent pas s'intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu'ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution".

• Le 3 octobre, au large de l'île de Lampedusa (Italie) en Méditerrannée, une embarcation de fortune remplie d'un demi-millier de clandestins fait naufrage. Les responsables politiques européens sortent leurs larmes de crocodiles (pas pour longtemps). La "mer au milieu des terres" est devenu le cimetière des pauvres, peuplée de milliers de cadavres. Qui peut encore faire semblant de croire qu'on quitte facilement son pays, sa maison, ses proches, qu'on laisse tout pour tenter désespérément sa chance de l'autre côté de l'infâme mur mental et policier ? Qui peut encore faire comme si l'Europe, l'Occident n'avaient pas manifestement déclaré la guerre aux pauvres ? Qui peut encore feindre d'ignorer les origines et les responsables de cette pauvreté ? Qui peut encore croire aux chimères de croissance égoïste ? 

• Le 9 octobre à Levier (Doubs), où elle vivait depuis presque cinq ans avec sa famille, Leonarda Dibrani, 15 ans, est arrêtée lors d'une sortie scolaire (sur un parking de bus d'un lycée nommé Lucie Aubrac). Elle est expulsée illico avec les siens au Kosovo... Les lycéens réagissent et ceux qui étaient déjà mobilisés sur le cas Khatchik Kachatryan associent les deux affaires, ils ne permettent aucune récupération par une classe politique gênée qui joue les affligés. Manifs et occupations de lycée s'ensuivent... Les médias s'en mêlent. Une enquête est diligentée par le pouvoir pour examen de bonne conscience. Les responsables socialistes et voisins se déchirent, ils invoquent sans jamais remettre en cause les finalités, qui, la méthode non conforme aux valeurs républicaines, qui, la fameuse intégration, qui, pour certains en retard d'une élection, la faute à la droite. L'inénarrable Ministre de paille Cécile Duflot (dont l'estomac doit ressembler à un vivarium) souligne même le léger accent Franc-Comtois de Leonarda. La droite glousse (ou même s'indigne - sic - en allant comme Rachida Dati jusqu'à invoquer le respect de la personne humaine -re sic) et le Front National se frotte les mains. Les soutiens au premier flic de France ne tardent pas - presque moins écœurants que les gesticulations des champions du capital de gauche, et invoquent la paresse du père de Leonarda qui n'aurait pas cherché de travail (comme si les sans papiers avaient le droit de trouver du travail officiellement) ou qui aurait menti dans les formulaires (les hommes politiques qui fustigent le mensonge sont assez hilarants). Le pratique puzzle "bouc émissaire" se met en place. On met en avant les saintes exigences de la République et de la France, orgueilleux pays (et bien oublieux) qui doit se mériter. "Travail, famille, patrie", voilà des valeurs solides et moins chancelantes que "Liberté, égalité, fraternité"

• Le 17 octobre (oui le 17 octobre !), de 13 à 20 heures, quartier Barbès à Paris, descente de police et arrestation de dizaines de personnes dont la plupart échoueront au centre de rétention de Vincennes. Ce fait divers et désormais banal n'émeut personne. Ni micros, ni caméras.

• Sans surprise le 19 octobre alors que l'histoire de la petite kosovare (et elle seule) domine momentanément l'actualité, le Chef de la sûreté plante dare dare les Antillais (qu'il avait pourtant promis de choyer) pour voler rapidos vers la Métropole découvrir un réconfortant et à point sondage BVA-Le Parisien Libéré où les interrogés (donc les Français selon le raccourci "démocratique" en cours) approuvent largement son action ferme en matière d'immigration. L'enquête est terminée et le roi affirme en un confus discours que la loi, dans le cas de Léonarda Dibrani, a été correctement appliquée tout en s'offusquant légèrement de la manière, histoire de conforter les âmes sensibles. Il rétablit donc de fait la circulaire Sarkozy et fait médiocrement le généreux en proposant à l'enfant de revenir sans ses parents en France. Le père François donne carrément dans le détournement de mineur.

Ça se passe dans un pays dont le sport favori est encore de faire le paon des droits de l'homme de ses plumes flétries (avec un paquet d'électeurs de gauche, gaillards à l'économie tranquille qui font encore mine de croire à la défense héroïque de la démocratie une fois tous les cinq ans, en moins de cinq minutes montre en main dans un isoloir aux allures de confessionnal).

Les lycéens qui s'étaient rassemblés samedi 19 - premier jour de vacances -, une fois encore après plusieurs jours d'actions, place de la Bastille à Paris et qui courageusement n'ont pas cédé à l'intimidation policière en imposant au bout de 2h30 (même si l'on devine que les consignes en un tel jour étaient certainement l'absence de toute "bavure") de partir en manif en criant "Paris debout, réveille-toi !" jusqu'à la place de la Nation (et même d'y faire un sit-in après une courte charge et quelques lacrymos des gendarmes), méritent un sacré coup de chapeau. Ils n'ont guère été soutenus - peu d'adultes à leurs côtés (les récupérateurs opportunistes avaient dû être vexés la veille) -, mais ont bel et bien sauvé quelque chose d'essentiel : la part nécessaire de lumière en ces temps salement brunissants.

 À suivre bien sûr.


Photo : B. Zon

26.9.13

VALSE INDIENNE


Will Sampson, acteur Creek, inoubliable dans Vol au dessus d'un nid de coucou  de Milos Forman

Le cinéma est-il l'Amérique ? En Amérique on ne voit pas les Indiens (on ne sait pas les voir, on ne veut pas les voir), au cinéma non plus. Même les films sympathiques leur donnent rarement le rôle essentiel (mettons Soldat Bleu, Little Big Man, Danse avec les loups). Le « soutien » missionnaire de l'acteur blanc (de renom) reste indispensable (pour la banque aussi). Le sauveur est alors interprété par Kevin Costner ou Dustin Hoffman. Dans l'ancien temps relatif, les premiers rôles indiens étaient joués par des acteurs hollywoodiens plus ou moins grimés (teintés) tels Chuck Connors, Boris Karloff, Jeff Chandler, Burt Lancaster, Michael Ansara, Charles Bronson, Victor Jory ou même Elvis Presley ou encore, pour faire plus coloré, par des latinos comme Anthony Quinn, Ricardo Montalban, Gilbert Roland, Joaquín Martinez. Et comme le minstrel show must go on, dans la récente production Disney (compagnie réputée pour ne faire aucun cas des protestations et critiques indiennes) The Lone Ranger  - remake cinématographique de la très américaine série radio des années 30, elle même adaptée à la télévision dans les années 50 - le rôle du Comanche Tonto (qui veut dire idiot en Espagnol) est joué de façon grotesque par Johnny Depp.   

Lorsqu’un réalisateur français comme Arnaud Desplechin s’attache à l’adaptation de Psychothérapie d'un indien des plaines: réalités et rêve du psychanalyste-anthropologue Georges Devereux, on pourrait sans trop d’efforts imaginer sortir de cette macabre farce coloniale. Non, la dictature du cinéma est musclée. Dans son film intitulé Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines), l’indien des plaines en question (un Blackfoot) est joué par le Portoricain naturalisé Espagnol Benicio Del Toro. Nécessité de vedette ? Distance aveuglée ? Impératif de production (la banque aussi) ? Le film, sensible de ses qualités, ne peut tout à fait atteindre son but – même si Benicio Del Toro s’applique -  et cette impuissance se niche précisément dans ce déni d’existence. Gary Farmer* (le vrai grand rôle du Dead Man de Jim Jarmusch), réduit dans ce long métrage aux utilités, aurait pu endosser ce rôle en plénitude. Les grands acteurs indiens ne manquent pas. Hollywood les ignore entraînant le reste du monde.

Il est d’autres domaines que le cinéma où il est plus simple d’échanger les rôles,
il n’est par exemple plus besoin d’un fasciste pour dire tout haut des saletés racistes à propos des Roms, autre peuple délibérément inconnu, un ministre de l'intérieur socialiste fait parfaitement l'affaire. 

*À propos de Gary Farmer sur le Glob
Aussi sur le Glob : Jean-Luc Godard et les indiens

20.9.13

LE RETOUR DES FANTASTIC MERLINS
AU BLACK DOG PAR SARA REMKE


Les Fantastic Merlins* (après une retraite de deux années) fêtaient leur retour au Black Dog le 16 septembre où on pourra les entendre chaque troisième lundi de chaque mois. Impressions en direct par Sara Remke, la fée du lieu.

verdant green and blue
 fabrics colored the stage
conjuring circles of
irregular heartbeats
if you listen
the drum quiets and pulls you away
from the chatty game players obsessed
with pegs the brushes
searched for a beat
elongated of high pitched saxophone notes
tempted the bass but kept
the soldiers field
beat on time
vibrations whispered
were there for the asking
or listening
Sara Remke le 16 septembre 2013 

verdoyant vert et bleu
tissus colorant la scène
cercles conjurants
de battements de cœur irréguliers
si vous écoutez
la batterie les apaise et vous éloigne
des bavardages de joueurs attablés
chevillés
les balais fouillent un battement
allongeant les notes haut perchées du saxophone
qui tentent la basse
elle protège le champ des soldats
bat le temps
vibrations chuchotées
sont là pour demander
ou écouter

Traduit par : Léon Élan 
Photo : Don Twantmynem 

* Nathan Hanson : saxophones, Brian Roessler : bass, Pete Hennig : batterie

CITATION EXTRAITE DE" BERNARD VITET MÉMOIRE D'UN DILETTANTE"

"Je pense que la musique, c'est l'art du temps. Et le temps, c'est la mort..."



Bernard Vitet interviewé par Jean-Jacques Birgé in Les Allumés du Jazz 

Photo : B.Zon

16.9.13

HYMN FOR HER
AU BLACK DOG


Dimanche 15 septembre, le Black Dog (St Paul - Minnesota) était resté ouvert pour accueillir une paire de baladins musicaux venus de loin : le duo Hymn for Her. La pratique du groupe, son éclat, se fonde dans le voyage. Tous deux sillonnent en voiture automobile les États-Unis d'Amérique du Nord, d'Est en Ouest, affrontant toutes les nécessités du zig zag, en découvrant toutes les ressources, les plaisirs, en éprouvant toute l'ampleur. Leur musique a le son immédiat du voyage et par là-même n'est jamais étrangère, elle sait survivre. Lucy Tight joue du banjo, d'une petite guitare et de cette fabrication maison avec boîte à cigare, manche et cordes, sorte de guitare électrique primitive d'avant ou après la crise (peu importe l'année) ; Wayne Waxing joue de ce même instrument ou d'une guitare acoustique (électrifiée) doublée d'harmonica en s'accompagnant d'une grosse caisse et de cymbales charleyston. Tous les deux chantent. Tous les deux content des histoires de personnes, d'animaux, de situations, d'Amérique voilée ou dévoilée, d'airs courants et de courants d'air. La densité frappe, l'intensité aussi. Cette musique de voyage, où rien ne se perd, argileuse, sait que les chemins vont souvent plus vite que les voyageurs et c'est bien là l'essentiel, là que l'harmonie défie la rudesse. Diver, la petite enfant de Lucy et Wayne viendra, pleine d'appétit tropical, le temps d'un titre, pousser la chansonnette -absolument charmante- avec ses parents. En un peu moins de deux heures, le tandem Hymn for her a partagé un désir de paroles et de sons magnifiquement signé laissant entrevoir furtivement le sourire d'une ère plus libre.

Hymn for her a enregistré trois albums :
Year of the golden pig (2008)
Lucy and Wayne and the Amairican Stream (2010)
Smokin' Flames (2013)

Le site d'Hymn for Her

Photo : B. Zon

14.9.13

LA LUEUR PRÉCIEUSE
DE MERCILESS GHOST


L'étoile sévit là où les damnés s'étreignent, sans taquiner l'entier éclairage qu'un cœur seul peut offrir.

(Merciless Ghost - George Cartwright: saxes, Josh Granowski: basse, Davu Seru : batterie - au Black Dog le vendredi 13 septembre 2013)

Photo : B. Zon

11.9.13

WILLIE MURPHY AU BLACK DOG
LE 30 AOÛT

-->

Vendredi 30 août au Black Dog (St Paul Minnesota) 
le blues de Willie Murphy s’incarnait en une sorte de rouge, 
éclats clairvoyants de relations fondamentales, 
de visions déchirantes, 
d’équilibres naturels, 
de possibilités d’avenir.

10.9.13

LES BLUEGRASS BANDITS AU BLACK DOG

-->

Le jeu de musique des Bluegrass Bandits (Pete Hennig, Shane Akers et Neil Powell) est fait de tendres preuves, de la poussière des chemins, de la lucidité des blessures, elle prend soin des hommes.


Photo : B. Zon (The Blue Grass Bandits au Black Dog le 9 septembre)

8.9.13

DAVU SERU & FRIENDS

Davu Seru, le lendemain de son désormais classique (et immanquable) duo avec Dean Magraw, les premiers mardi du Black Dog (St Paul - Minnesota), avait réuni au même endroit, le 4 septembre, un orchestre aux contours prévenants réunissant sous minutieuse enseigne "and Friends" les souffleurs Nathan Hanson et Pat O'Keefe, le contrebassiste Brian Roessler et le percussionniste Marc Anderson. L'impromptu est infaillible ! En un set de trois morceaux, puis un second fait d'une suite unique, le batteur et ses amis ont en cœur, alternativement, bâti et libéré un édifice dont l'intime complexité se loge en un effet de ravissement inscrivant ses pas dans l'histoire. Ici le rythme c'est le sens même, ce qui a été confisqué trop longtemps à l'homme en une violente humiliation. L'infinie complexité du commentaire passe forcément par la danse, rapport au réel intercontinental, à la chance, au bonheur, à la fin de la guerre. Les trois pièces de la première partie donnent toutes trois à entendre le jeu perçant du rythme chez Davu Seru : régulier, tourmenté, envolé, en éclat brusque ; le temps fuse à travers la basse de Brian Roessler, relais manifeste, quête de résonance pour l'autre ; Marc Anderson complète, très près, sans grands effets, mais en une tumultueuse unité ; des saxophones et clarinettes de Nathan Hanson et Pat O'Keefe, incarnations de deux traditions distinctes aux compléments d'objet non direct (où l'union intime passe forcément par le chant) jaillit la parole poétique. Le second set de cette soirée mémorable évoque Steve Lacy en un temps d'entrelacs. Les cinq hommes dégagent une telle souplesse, une telle urgence, une telle sérénité que leur expression se fait extraordinairement salvatrice, elle se détache et nous libère.

Photos : B. Zon

26.7.13

LE TEMPS DE BERNADETTE LAFONT

L'autre jour, grâce à Bernard Vitet qui jouait dans la musique du film  Bof… Anatomie d'un livreur composée par Jean Guérin (publiée sous le titre Tacet par la maison de Gérard Terronès Futura), je me remémorais l'atmosphère de ce long métrage de Claude Faraldo et l'impression provoquée. Plus que le climat du film, c'était l'ambiance d'une époque qui me sautait au corps adolescent. Le film et sa musique étaient naturellement - et c'est énorme, dit par le simple souvenir - la respiration d'un temps, sa sueur, ses écorchures, ses bizarreries, ses caresses, ses défis. C'est exactement et rigoureusement la même impression qui m'a saisi, en entendant la nouvelle de la mort de Bernardette Lafont ce matin. Au travers des films de Claude Chabrol, Philippe Garrel, Nelly Kaplan, Jean-Daniel Pollet, François Truffaut, Jean Eustache, Jean-Pierre Mocky, Pierre Tchernia, Jacques Davila, Raoul Ruiz, Luc Moullet, elle nous a offert cet affranchissement qui frappe le plafond de la vie. Une simplicité doucement insolente, finalement éclatante aujourd'hui nécessaire. Les pirates ont perdu leur fiancée.  

Image : Bernardette Lafont in La Fiancée du Pirate de Nelly Kaplan (1969

14.7.13

DISQUE DISQUE RAGE !

Les considérations sur le support de diffusion de la musique (et pas seulement) ne manquent pas à droite, à gauche et au milieu. Extraits entendus :

• "le numérique est enfin la manière de mettre à bas l'arrogante culture occidentale" (un homme de 58 ans récemment converti à une religion orientale)
• "le disque vinyl a le vrai son, incomparable, le CD a été un faux pas et le MP3 une aberration, il faut donc en rester là" (un garçon de 20 ans)
• "le retour au disque vinyl est une manifestation rétro suspecte, le CD a permis les progrès nécessaires que les maisons de disques ont maltraités" (un musicien de 65 ans)
• "les prix ne signifient plus rien" (une cliente de magasin)
• "waow ! ça y est je vais sortir mon vinyl !" (un musicien de 22 ans)
• "il est temps de se constituer des discothèques pour retrouver le plaisir de savoir ce qu'on écoute, je n'en peux plus de ces fichiers anonymes" (une fille de 25 ans)
• "les cassettes sont le meilleur support, fuck tout le reste !" (la guitariste d'un groupe punk)
• "la musique n'est plus une nécessité" (un banquier d'à peine 40 ans)
• "la banque n'aime pas la musique" (le même banquier)
• "un disque sans pochette, c'est comme 36 sans les congés payés" (une graphiste de 50 ans)
• "de toute façon, il y a trop de merde, alors on a que ce qu'on mérite !" (le Schtroumpf grognon)
• "les deux disques de Perception* sont réédités en CD et ça c'est bat" (un collectionneur adepte du free jazz)
• "Le téléchargement ? une connerie ! le retour au vinyl ? Une blague ! " (un ingénieur du son légendaire)
• "j'ai conseillé François Mitterrand, Nicolas Sarkozy et François Hollande, je suis favorable à une gouvernance mondial et je suis le créateur d' Eurêka qui a donné naissance au MP3" (Jacques Attali)
• "je me suis fait piquer mon Ipod !" (un adolescent en pleurs)
• "sans les disques, je n'aurais jamais aimé la musique" (le patron d'un café avec une photo de Dinah Washington sur le mur du fond)
• "on achèterait bien plus de disques, mais on ne sait pas où aller et se faire conseiller" (un couple sortant du cinéma Le Desperado)
• "les majors nous ont pris pour des cons" (un client amer)
• "la musique c'est comme le sexe, ça peut passer par internet, mais c'est vraiment mieux en vrai" (une jeune fille qui ne dit pas son âge)
• "ce que j'écoute? je n'en sais rien, c'est juste pour l'ambiance" (un lycéen en train de réviser son bac)
• "dans tous les disques que j'ai achetés, la plage 7 était toujours la meilleure, maintenant je ne sais plus trop" (un jeune auto stoppeur)
• "ils nous font chier avec Kind of Blue" (mézigue)
• "après le 78 tours, la musique n'a plus été intéressante !" (un dessinateur de renommée mondiale)
• "les journaux parlent toujours des mêmes et en plus il gémissent parce qu'on ne les achètent plus" (une étudiante de 21 ans)
• "quels sont les albums qui vous ont vraiment ému récemment ?" (une étudiante posant cette question à un journaliste bien connu embarrassé de répondre)
• "Pourquoi s'embêter à acheter des disques quand on peut tout avoir gratuitement sur le net" (un médecin plein aux as)



* Perception and Friends, Mestari, réédition en double album annotée par Didier Levallet éditée par Musea

13.7.13

L'INVITATION AU VOYAGE
DE BERNARD VITET

Henri Duparc souffrait lorsqu'il écrivit ses mélodies, il cherchait une façon d'unir les mots et les notes pour qu'ils ne fassent qu'un et puissent ensemble sauver le monde. On n'a sans doute pas assez entendu leur extrême grâce. "L'invitation au voyage", mélodie pensée par Henri Duparc sur les mots de Charles Baudelaire, fut composée lors du siège de Paris, durant l'hiver 1870/71, pendant l'absurde guerre (euphémisme) avec la Prusse. "L'invitation au voyage" est de toute beauté. C'était l'une des chansons favorites de Bernard Vitet. Lors de ses obsèques hier au Père Lachaise, Hélène Sage et Francis Gorgé l'ont jouée et chantée, avant "Nuages" de Django Reinhardt, prélude à une improvisation libre avec Hélène Bass, Jean-Jacques Birgé, Itaru Oki, Elisa Trocme, Gérard Siracusa (Jac Berrocal et François Tusques les rejoindront plus tard). Instant délié au temps parcouru, le franc et ultime voyage de Bernard Vitet, en belle compagnie, s'est paré de la plus belle traduction de l'expression d'un cœur vaste, une quête dictée par le rêve. Pour toujours.

"Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
"



Photo : Site un Drame Musical Instantané