"Les temps sont...", "les temps sont...", un fond de souvenirs, s'esquisse une chanson de Léo Ferré et l'on se remémore les obsédantes remarques de Bertolt Brecht sur la position de l'art dans la société en des moments de basculement intense...
Aussi s'inventorient les pas sur la route comme autant d'ébauches de bornes libres. C'est toute une histoire lorsque demeurent la relation et la conversation comme subsistances essentielles d'une espèce menacée par les sinistres fantasmagories de la concrète âpreté.
No borders ! Une réponse. La plus humainement simple, la plus autoritairement entravée, piétinée par les mécanismes malfaisants. Nous retiendrons "la plus humainement simple" comme élan, éclairage, perspective. Nous retiendrons No Borders comme simple désir de vie. "L'art aussi doit choisir".
Les 13, 14 et 15 mars, Tony Hymas et Catherine Delaunay étaient en tournée dans deux villes normandes, Caen et Cherbourg. Une petite tournée, mais qui faisait le tour du monde, ce monde aux invitations "humainement simples".
À Caen le 13 mars, l'invitation vint de l'association Le Tympan. C'est un très
beau nom Le Tympan, un nom de tambour et d'architecture (architecture de
détails fous se glissant dans l'ordinaire) et d'essentiel auditif, et
enfin un épatant lieu de concert :
bâtir ce qui a priori n'existe pas, mais qu'on ne saurait soustraire. Un accueil merveilleux.
Depuis l'enregistrement de l'album No Borders
à La Fraternelle de Saint-Claude (un autre bon bout du monde), la
clarinettiste et le pianiste n'avaient pas joué en duo. Ce soir : "Dom
Qui ?" dédié à Armand Gatti, trois pièces de Jacques Thollot, les très
informés "Jusqu’au dernier souffle (quand la terre se soulève)",
"Jusqu’au dernier souffle (I can’t breathe)", "Jusqu’au dernier souffle
(Un dimanche à Sainte-Soline)", "French streets in April 2023 / Freed
from desire", un salut au Comanche Quanah Parker, une évocation
éthiopienne, une autre d'Adélie, une apparition du Kraken,
une poignante dédicace à Tony Coe, des questions à résoudre ("A severe
case of angularity"), une tendresse vers La Fraternelle et une évasion
nocturne (blues bien sûr). Exploration sillonnant les dimensions du grand air quand l'amorce poétique se joue des tensions. Tout à coup au Tympan, vue battante sur la vallée de tant de sources, elle est magnifique, on en cerne tous les détails. L'après concert est une fête.
À Cherbourg le 14 mars, l'association Presqu'île Impro Jazz a emprunté le Théâtre des Miroirs. L'histoire se poursuit de toutes ses alluvions. Les sourires font plaisir, décisifs. Les échanges abondent. Questionnement de notre temps aussi. Le soir, pour Tony Hymas et Catherine Delaunay, même programme qu'hier, autre visite, le départ est l'arrivée d'hier. La presqu'île se fait île et la fugue s'intensifie. Au cœur. Audace et enthousiasme ont tous les droits, l'amitié aussi : l'ardeur nourrie des rêves. Dans la salle, tout le monde fait corps. No Borders !
Autour du stand de disques : foule. Ensuite encore, la fête et ses prolongations le lendemain, après que la cloche ait sonné l'Angelus, au conservatoire dans l'échange avec des apprentis musiciens, puis chez un gallois de bonne cuisine.
À Caen et à Cherbourg, nous avons rencontré des personnes qui ont les clés de possibles à venir. La musique se fait par elles ensemble, elle se fait en résonance, en encouragement. Débordante pour demain.
Merci à Philippe, Valentine, Irène, Denis, Elizabeth, Mélanie, Lionel, Eric, Francine, Nicolas, Michel, Marie-Odile, Philippe, Béatrice, André... et celles et ceux au Tympan, au Théâtre des Miroirs, à la Médiathèque Paul Éluard, au Conservatoire et plus encore, qui ont œuvré à la réussite de ces moments inoubliables.
• Photo : Béatrice Le Marinel (Cherbourg)
1 commentaire:
Ce fut un moment magique comme on les aime dans la yourte.
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