Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

11.11.18

MAUDITE SOIT LA GUERRE

"Nous sommes les sacrifiés" dit la chanson de Craonne... il est écrit sur le monument aux morts de Dardilly "Contre la guerre, à la fraternité des peuples" et sur celui de Gentioux pointé du doigt par un enfant "Maudite soit la guerre". Nous ne serons pas (mais chantons le donc !) les sacrifiés des généraux des armées, ceux de la politique (qui se goinfrent lorsque les immeubles des pauvres s'écroulent), ceux de leurs polices, et ceux de l'industrie (Amazone ne devrait plus rimer avec domination culturelle, mais avec fleuve, forêt et femmes libres). Maudites soient toutes les guerres qu'ils nous mènent. Déshonorons-les de toutes les façons énergiques de nos profondes dignités, maudits soient-ils !

8.11.18

À PROPOS DE
"ENREGISTRER LA MUSIQUE,
POUR QUOI FAIRE"
Les Allumés du Jazz Avignon 7, 8 et 9/11/18

Texte inspiré par le débat à venir du 7 novembre "La généralisation des stickers contre le discours critique" facilité par les retards SNCF


Nous avons aimé la musique
Nous entendons encore aimer la musique
Non parce qu’elle hisserait tel ou telle à quelque fauteuil de noblesse,
Quelque commande de pouvoir,
Quelque posture arrogante d’élection aussi bidonnée que bidonnante,
Quelque Victoire au grand V bien niais

Nous avons aimé la musique
Nous entendons toujours aimer la musique
Par ce qu’elle peut apporter de liberté, d’intelligence, de danse et de fraternité
Et nous avons été aidés ci et là par des commentaires engagés,
Des moments de littératures complémentaires

Les classements, les référendums, les notes, les étoiles
Et autres raccourcis choquants
Datent certainement d’avant l’ère numérique,
Mais leur dictature est assez récente
Le texte n’importerait plus
Voilà que priment : Les 100 meilleurs, les 10 meilleurs,
les sélectionnés,
Les parcours sup à coup de stickers « indispensables » ou « historiques »
Qui étouffent les vérités de l’histoire, les vérités indispensables
Celles de l’œuvre collective sans cesse en mouvement

Tout ce que nous désirons de la musique
Et tout ce qu’elle peut encore désirer de nous
Ne peut rimer avec Trip Advisor ou Uber
Et autres rigidités win win

Abolissons les notes et les classements
Enterrons les médailles
Et vivons la multitude.


                                                                                                  Train vers Avignon le 6/11/2018

2.11.18

LES ACTIONS DE CORINNE LÉONET

C’était encore le temps où fleurissaient en France les mots "Jazz Action" qui dessinaient nos chemins sur les cartes musicales. Corinne Léonet aimait beaucoup le mot "Action". Elle y tenait. Un mot politique, un mot de cinéma. Corinne était agent comme on dit, agent agissante. Chanson et jazz. On la rencontrait, en des lieux d'ébullitions typiquement seventies, comme Angoulême, Jazz Unité, Le Dunois, puis Rive De Gier, Cluny, Chantenay-Villedieu, tel club, tel péniche… Ceux qu'elle avait créés : Le Tripot où l'on entendait en 1972 des chanteurs comme Jacques Bertin. La rue de Bruxelles. Avec Didier Levallet, elle inventait tout le temps, les disques In and Out par exemple. On pense à cette association de 1982 au nom rigolo le Japif (à sa demande, le "a" pour action) avec Sylvain Torikian, Didier Levallet, Gérard Terronès, Alain Bideau, Jean Buzelin, Denis Constant, Alex Dutilh, Jean-François Michel, Jean Rochard, Jean-Paul Rodrigue... On pense aussi à Christian Mousset, Marie Castets, Dominique Abdesselam, à Martine Palmé, à Jean-Jacques Birgé avec qui elle réalisa Sarajevo Suite *. Ses compagnes et compagnons musiciens pour qui elle traçait la route avaient pour nom Kate et Mike Westbrook, Willem Breuker, Annick Nozati, Chris McGregor, Le Rova Saxophone Quartet, Trevor Watts, Kahondo Style, René Botlang, Phil Minton, Lindsay Cooper... L'empreinte demeure forte. Cette femme a marqué notre histoire, nos histoires, l'histoire de nos histoires. Il y eut d'autres appels, d'autres mondes, de Maroquinerie, de Maroc... Corinne est partie définitivement hier.

* Hommage de Jean-Jacques Birgé à lire sur son blog

24.10.18

OUTLAWS IN JAZZ

Certaines maisons de disques ne sont plus, leurs distributeurs non plus, mais restent, mieux que le souvenir statique, des albums-petits joyaux à réécouter (rééditer ?) pour leur étourdissante présence. C'est le cas d'Outlaws in Jazz sorti chez Bleu Regard en 1993, musique d'héritage et de semences pour d'actifs sols à fouler sans cesse, en liesse.

21.10.18

MUSIQUES REBELLES À BERTHELOT

"Musiques Rebelles", deuxième édition au Théâtre Berthelot à Montreuil-sous-Bois (93). Premier soir le 18 novembre : le clair obscur des songes wyattiens avec les" Sea Songes" de Bruno Tocanne en compagnie de Sophia Domancich, Rémi Gaudillat, Antoine Läng puis And His Orchestra avec Danik Lazro au saxophone ténor ("Daunik on ténor"), Jean-Luc Cappozzo, Jean Bolcato et Christian Rollet pour une musique des eaux vives et des terres fidèles. Deuxième soir le 19 novembre : le lieu d'échanges poétiques, joués, parlés, chantés, dansés en un doux fourmillement de faisceaux pleins d'esprit qui se permettront même un petit écart fort joyeux narguant l'ordre établi. C'est bien le moins pour ces musiques belles et rebelles. À suivre et que le souffle continu ...


Photos B. Zon

19.10.18

LES ASSASSINS DE L'ARBRE

"Faire de notre pays une puissance environnementale" a dit le roi dans son allocution télévisée du 16 octobre, semaine où les arbres de la forêt de Romainville et 115 de ceux de place La Plaine à Marseille sont abattus pour des projets politiquement cupides. Les arbres, ces plantes indispensables, gardiennes de la paix de nos racines et garantes de notre souffle, assassinées grâce la protection des dites forces de l'ordre. La puissance environnementale des tronçonneuses.

10.10.18

VENUS

Manifestation à Paris le 9 octobre 2018 : comment échapper aux menottes


Photo : B. Zon

6.10.18

DON BYAS SANS BARRAGE


Les 387 habitants de Tignes (Savoie) avaient lutté de toutes leurs forces contre la construction du barrage dit de Chevril (projet esquissé en 1921, élaboré en 1929, resté d'actualité en 1941 malgré l'occupation) avec son lot de petits arrangements opaques et de scandaleuses conditions. En dépit de l'hostilité organisée, le chantier (où périrent 52 ouvriers) fut mené à terme, de 1947 à 1952, sous la surveillance et la répression des Gardes Mobiles et des CRS.  Le 26 mars 1952, un arrêté préfectoral ordonne l'expulsion manu militari des habitants qui voient dans les trois semaines suivantes leur village dynamité puis noyé sous les eaux du plus grand barrage-voute d’Europe, orgueil saignant de la France moderne. Nombreux en garderont une inconsolable amertume.

À Paris, ce 26 mars 1952, au Studio Pathé-Pelouze, le saxophoniste Don Byas enregistre sa version de  "En ce temps-là", la chanson de Charles Trenet. Le très expatrié Art Simmons est au piano, l'ellingtonien Joe Benjamin à la contrebasse et, à la batterie, le compagnon des nuits parisiennes de Dizzy Gillespie ou Mary Lou Williams, Bill Clark. Le groupe s'appelle Don Byas and his Rhythm, comme si cette formidable prééminence n'allait pas de soi, qu'il fallait la signaler avec élégance. Ce qu'y joue Don Byas, c'est l'admirable prise de conscience qui transparait partout, dans le son tout d'abord, gigantesque et ardent, dans le phrasé, aussi, d'une assurance impétueuse, dans la respiration même. La sagesse se mêle à tous les risques, rien d'illusoire. Don Byas joue plus la franchise que la ruse, sa fraternité est débordante, son intériorité réfléchie, sa conviction et sa détermination ébahissantes.

Il n'y avait pas de projet de barrage à Paris ce jour-là. Y subsistait un village. Un village musical lové dans la dévorante où se trame tant. La vallée ne semblait pas encore céder et pourtant ses habitants, ceux de l'intérieur, y jouaient en ce temps-là la description d'un monde forcément menacé. Autrement, après l'épouvantable conflit de la décennie précédente.  En percevaient-ils l'urgence ? Celle de la description, du  témoignage tellement vivant, avant que la vallée ne prenne l'eau, avant que les traces ne soient contraintes à s'estomper. Dire qu' "En ce temps là" n'était pas déjà passé.

Don Byas : En ce temps là (Jazz in Paris - Gitanes Jazz Productions, édition 2002) ‎

18.9.18

LA TRAVERSÉE DE LA RUE

Méfiez-vous des gens qui vous conseillent de traverser la rue pour trouver votre bonheur *

* en langage marcheur, synonyme de "travail"

4.9.18

NEUF ET MINGUS

Le futur, ou plus exactement les résistances (au sens électrique) du présent, ne seraient-ils compatibles qu'avec les placards de l'histoire. D'autres lost tapes (forcément intéressantes) surgissent : cette fois-ci Charles Mingus (dans sa période sans Dannie Richmond - avec Roy Brooks). À l'heure où, pour une majorité d'êtres, le téléphone est un des membres intégré du corps humain, n'oublions pas tout de même de composer le neuf.


"Laissez mes enfants avoir de la musique!" Mingus, 1971

2.9.18

RANDY WESTON

Uhuru Afrika (Roulette 1961), un grand disque aussi prémonitoire que la perspective passée pouvait le permettre. Livret : Langston Hughes, musique : Randy Weston (arrangements Melba Liston)

28.8.18

MENU COLUBER

Las sans doute des repas reptiliens quotidiens, le ministre de l'écologie quitte le gouvernement. Dans son annonce sur la chaîne de radio France Inter, il évoque l'alerte - ignorée - que constitue l'étuve dans laquelle a été plongée la planète cet été, ce qui n'empêche pas la présentatrice météo à la suite de cette annonce de dire "que demain tout le monde profitera du soleil". Les couleuvres ont de beaux jours  à venir dans les estomacs et pas seulement ceux des ministres...

• Définition dans le Diconato : Pluie 





27.8.18

THE INTRUDER (ROGER CORMAN)

Au moment ou sort BlacKkKlansman, le nouveau film de Spike Lee  il est plus qu'intéressant de (re)voir ce film très méconnu de Roger Corman (cinéaste ayant fait sa réputation sur d'autres sujets, d'autres manières) The Intruder (1962 - aussi nommé I Hate Your Guts! ou en Angleterre Shame ou The Stranger) avec William Shatner (plus connu pour être le capitaine Kirk de Star Trek ou nous faire rigoler en chantant "Mister Tambourine Man"). Le film eut bien des problèmes avec la censure (et la population des lieux où il fut tourné). Il est une petite perle (pas loin de Fritz Lang) à ne pas manquer.

En ce moment au Champo à Paris (51, rue des Écoles)