Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

1.3.26

« MICHEL IS A FRIEND OF MINE... »

Ce ne seront que des fragments... 
 
« L'animal, c'est de l'ombre errant dans les ténèbres (...) 
Une affirmation sublime en sort pourtant ».  
Victor Hugo, extrait d'un poème à Georges Hugo in L'art d'être grand-père 
 
Nous sommes en 1976, rue Clotaire chez Dolo Music, boutique tenue par la disquaire Dolorès Cante (succédant au même endroit au Jazz and Pop Center de Laurent Goddet repris par Gérard Terronès). À cette époque, les musiciens et musiciennes aiment à fréquenter assidûment les boutiques des disquaires, lieux de vie musicale et sociale décidant parfois de bien des orientations. On se trouve et se retrouve chez Dolo. En cette fin d'après-midi, le joueur d'anches Michel Portal entre dans la boutique et demande « comme ça » de savoir « un peu » ce qui vient de sortir. Le flou très défini. Dolo lui propose quelques titres et très vite, guidée par la boussole déterminée de la curiosité portalienne, fait écouter Saxophone solos, premier album seul d'Evan Parker fraîchement paru chez Incus. Michel Portal écoute attentivement, très attentivement, avec cette mine joyeusement inquiète, cette concentration anxieuse d'où s'échappent quelques sourires, rires de surprise, et autres brefs éclats parfois tendus avant que son visage ne se referme pour d'autres ponctuations : « Oh, il joue vite ! ». Evan Parker sera invité par Michel Portal à plusieurs reprises, le 27 mai 1981 par exemple, au festival d'Angoulême, lors d'un Other Unit portant fortes traces du New Phonic Art et autres contemporanéités, avec le tromboniste Vinko Globokar et le percussionniste Jean-Pierre Drouet ainsi que le pianiste Frédéric Rzewski, le tubiste Gérard Buquet. Sommes du passé, esquisses de futur, présent sifflant ? Les temps changent et cela n'a rien d'automatique. Comment transporter la géographie où s'expriment si follement, si simplement, la joie des ruptures, les ailleurs épanouis, les ardeurs intimes ?

Par quatre fois à Châteauvallon, pour Portal, le lieu déborne tous les rôles. 
 
Nuit du 23 août 1972, Portal s'y trouve avec le trompettiste et inventeur inventif Bernard Vitet, les contrebassistes Léon Francioli et Beb Guérin et le batteur Pierre Favre. Vitet, il l'a rencontré des années auparavant dans l'orchestre de Sonny Grey puis dans le Free Jazz de François Tusques ou dans les ensembles de Sunny Murray. Beb Guérin, c'était chez Tusques ou dans la formation du saxophoniste Jean Frenay (jouant à la Maison de la Radio "Les barricades" en avril 1968) et Pierre Favre était déjà partie prenante de plusieurs expériences de Michel Portal avec le saxophoniste Jouk Minor ou le pianiste Joachim Kühn (guest star du premier album "jazz" de Portal). Et puis, il y eut l'apparition de la chanteuse Tamia qui fendit la nuit d'un passage où sillonnaient tous les désirs. Charles Mingus, présent, y entendit des animaux copulant. Ce fut la stupeur et des applaudissements d'amour à n'en plus finir. Le 24 août 1973, les mêmes sans Tamia ne rejouèrent pas, telle, l'incroyable musique de l'année précédente titrée No, no but it may be, mais sa légère affirmation, son fait accompli, son humour ("J'ai cassé mon violon car il avait l'âme française"), sa très inattendue dédicace à Harry James. Une génération musicale en sera marquée à tout jamais (Sylvain Kassap par exemple). Ce n'était ni le free jazz américain, ni la free music d'Angleterre, Hollande ou Allemagne, mais c'était « autre part » dans cette autre part, éperdument, furieusement, déraisonnablement, incidemment, tellement recherchée à jamais par Michel Portal. En 1972 et 1973, l'autre part était celle des lions. Et le "que faire ?" n'eut pas court, les solutions étaient multiples en attendant. 
 
Par exemple, ce drôle de quintet à Chaillot le 4 octobre 1975, avec le contrebassiste Alan Silva (compagnon d'excentricités antérieures), le guitariste Dominique Gaumont (récemment dans l'orchestre de Miles Davis) et les percussionnistes antillais Janick Dritz et St Yves Dolphin. Ou bien un "No no but it may be" en duo avec le batteur Daniel Humair le 23 novembre 1974 à la Maison de la Radio. Ou bien un trio manifeste pour plus tard à Antibes en juillet 1975 avec le batteur Daniel Humair et le batteur et pianiste Bernard Lubat lors d'une soirée où l'autre trio est Evan Parker, Anthony Braxton et Derek Bailey. Autres temps, autres parts. Ou bien, ou bien...
 
Ah oui, avec le très aimé Joseph Dejean, guitariste aussi fécond qu'aujourd'hui oublié (Dejarme solo lui est dédié). Portal et Dejean, c'est toute une histoire aussi, une histoire trop brève interrompue par un accident de voiture à Saintes le 9 juin 1976. On n'avait certainement pas fait le tour de la première question. Portal et Dejean avec Bernard Vitet, Beb Guérin et Tony Oxley à Nanterre le 3 mai 1975, au Nouveau Carré, le 23 octobre 1975 avec Jean-François Jenny-Clark, Bernard Lubat et Daniel Humair ou encore à Chaillot le 13 mars 1976 avec Jac Berrocal, Bernard Vitet et Bernard Lubat...

En 1976, la voix de monsieur Jazz à la radio depuis 1947, André Francis, est de retour à Châteauvallon après deux années "sans". "Jazz à Châteauvallon" est devenu "Musique ouverte" (affiche dessinée par Gourmelin de Pilote) et Michel Portal y foule la colline le 23 août avec Léon Francioli, Beb Guérin et le batteur, claviériste Bernard Lubat. Un de ces moments "j'y étais" où tout votre corps se rappelle. Un de ces moments dont il y a beaucoup plus qu'on ne danse, un de ces moments comme il y en a beaucoup moins qu'on ne le pense. Surgit "Angels" d'Albert Ayler, ténor dans les feux d'artifice. La grande fête. La grande fête. La grande fête. À la toute fin (mais pourquoi des moments pareils finissent-ils ?), tout le monde est sur la scène parmi les musiciens et les musiciens parmi le monde. On y croise une princesse à barbe en robe dorée ou Dudu et sa trompette entamant La Raspa. Que de rires. On ne se défoule pas à Châteauvallon, on est heureux, le plus haut niveau de conscience.  Dans Jazz Magazine, Serge Loupien relate : « Dans la soirée du 23 août en effet, non plus le Unit mais Lubat, Francioli, Guérin et Portal entrouvrirent à la création collective les portes du sublime, et occasionnèrent l’explosion d’un festival qui glissait, presqu’imperceptiblement, sur la pente confortable de l’euphorie bon marché ». Le plaisir alerte. Dans le journal Les Allumés du Jazz n°8 (2003), Portal revient sur ce moment : « Lubat apportait un truc nouveau un peu rock, une drôle d’énergie. C’était une fête sans nom comme si c’était la dernière fois. Des spectateurs étaient descendus sur scène à la fin pour jouer “La Raspa”. On jouait ce qui nous passait par la tête avec une liberté folle, Albert Ayler avec les feux d’artifice. Un moment unique ! »1. Lors de la parution de l'album Châteauvallon 76, Francis Marmande aura le mot impeccablement mémoriel « Ce n’était pas rien. Ils dessinaient pour l’éternité, mais ils dessinaient à la craie. »
 
Pour la fin de l'année 1976, lors d'une nuit du jazz à Ris-Orangis, les histoires se croisent, Portal est avec Beb, Léon, Lubat, Vitet, Jean-Pierre Drouet et Tamia. 
 
Châteauvallon, chapitre IV, 22 août 1977 : Portal ne cherche pas l'impossible extension, il fouille ailleurs, dans un ailleurs d'avant l'après des temps composables. Il retrouve le contrebassiste Barre Phillips avec qui il a tant partagé et le joueur de synthétiseur Dieter Feichtner. La musique est belle, très belle même, mais le fol élan post 68 s'évapore. Lip est loin. Ici et maintenant se cherchent là-bas et ailleurs. On frémit. Il faudra réajuster, ou désajuster autrement. 
 
« Ouvrez grand la tête » avait indiqué Erik Satie. L'habitation des marges et ses folles aisances débordantes va devenir question préoccupante, mais pas irrésolue, à l'aide du plein air d'Han Bennink, des javelines de Fred Van Hove, Irène Schweizer, Albert Mangelsdorff, Kenny Wheeler, Roswell Rudd, des surprises de Martial Solal, des retrouvailles de Sunny Murray, des fantaisies d'Eugénie Kuffler... On pourra aussi évoquer un concert à l'instigation de Jean Schwarz au théâtre Récamier avec Don Cherry, Nana Vasconcelos, Jean-François Jenny-Clark...
 
Chez nous, le 2 septembre 1978, dans la petite chapelle du XIe siècle de Chantenay-Villedieu, le trio Michel Portal, Beb Guérin et Bernard Lubat défie le temps. C'est chaleureux, provoquant, furieux, rigolo, pas sage du tout, comme si tout pouvait recommencer. La presse locale est scandalisée. On se dit que tout est encore possible. Quelques jours avant, Bernard Lubat a fait de son village natal, Uzeste, un fort musical de tous les extérieurs. Y jouent la Compagnie Lubat, Vanina Michel, Yvan Dautin, Michel Portal, Jean-Louis Chautemps, Patrick Auzier, Francis Valonne, Claude Bernard, Jacques Di Donato, Philippe Petit, Beb Guérin. Les villages vont sérieusement compter. Uzeste en particulier. L'association Portal-Lubat va devenir une sorte de baromètre de décennies à venir, in and out.
 
Le 3 octobre 1980 au Lapin vert de Lausanne, Portal est en trio avec Léon Francioli et Pierre Favre. À Trans-Musiques, festival organisé les 6 et 7 octobre 1978 par Jacques Pasquier, Philippe Conrath, Rémy Kolpa-Kopoul et Thierry Haupais, et soutenu par le quotidien Libération, il présente un groupe de nouvelle indication avec le jeune guitariste Claude Barthélémy et de vieilles connaissances, Henri Texier et Aldo Romano (le saxophoniste était dans le groupe d'Henri Texier en 1967). Tous vont jouer un grand rôle dans les hasards du futur, et Barthélémy, celui d'une certaine régénérescence de longue portée. Indicateur, certes, mais les temps se croiseront toujours. Quelques jours avant, le 17 septembre, avec Beb Guérin, Léon Francioli, Bernard Lubat et Vinko Globokar, Portal arpente le Sens Music Meeting organisé par Jac Berrocal. « Concert à finir sans finir » selon Francis Marmande dans son article paru dans Le Monde du 20 septembre. 
 
À Uzeste en août 1980, Lubat présente une "Petite histoire de la musique, de Guillaume de Machaut à Michel Portal". Depuis l'année précédente, le clarinettiste-saxophoniste du Workshop de Lyon, Louis Sclavis, est entré dans la vie uzestoise autant que dans l'univers portalien. Ce qui sera (aussi) décisif pour les tables de multiplication des temps à venir.
 
Beb Guérin, contrebassiste des champs libres, se suicide le 14 novembre 1980. Le bouleversement est immense.
 
« Toute ma vie, j'ai cherché la beauté du monde. »
Mary Achy (peintre de l'ouest américain, 1832 - 1886)

Jacques Thollot avait dit : « Tu aimes Portal, alors écoute les sonates de Brahms avec Pludermacher ». C'est en 1969 que Michel Portal enregistre, avec le pianiste Georges Pludermacher, ces fameuses sonates pour clarinette et piano du compositeur allemand. La même année que son premier album "jazz" Our meanings and our feelings (avec Joachim Kühn, Jean-François Jenny-Clark, Jacques Thollot et Aldo Romano). Titre clé sans doute. L'un ne va pas sans l'autre. La vaste exploration passe murailles. Rencontres avec Poulenc ou Mozart dont il souhaite tant être proche. Avec le clarinettiste Paul Meyer et l'Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, en 2020, dans l'album Double (Alpha Classics), il aborde des compositeurs beaucoup moins familiers : Georg Philipp Telemann, Carl Stamitz, Felix Mendelssohn, Carl Philipp Emanuel Bach. Celui que l'on qualifie très (trop) souvent d'intranquille, livre la plus tranquille des surprises. 

Certes, il n'est pas seul parmi ses contemporains de France (en Angleterre par exemple, c'est assez fréquent) à pratiquer le jazz et la musique dite classique ou la musique classique et la musique dite de jazz. Le clarinettiste Jacques Di Donato, le contrebassiste Jean-François Jenny-Clark, le saxophoniste Jean-Louis Chautemps, les percussionnistes Jean-Pierre Drouet et Bernard Lubat l'ont fait. Mais pour Michel Portal, premier prix du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1959 et dans la foulée d'une floppée de prix de cette discipline, il s'agit de deux fronts communs ou plutôt de deux fronts à communier. Filmer Michel Portal s'avère difficile et son jazz s'adapte difficilement aux cadrages documentaires et si Portal apparaît en chef d'orchestre dans le film de Michel Polac La sourde oreille, c'est peut-être dans Le Concerto de Mozart, un film de Jean-Louis Comolli et Francis Marmande (deux proches en vérité) que l'intranquillité est le plus tranquillement saisie. Portal recherche intensément Mozart pour y trouver sa voix (les deux de fait). La relativité ne contrarie pas la précision.  
 
Michel Portal a composé pas mal de musiques pour le cinéma, autre "spécialité". On peut être étonné que ses partitions pour les films de Jean-Louis Comolli soient étrangement absentes de l'album Musiques de Cinémas - Déjouées avec des amis jazzmen (Label Bleu, 1995), mais peut-être les versions d'origine n'avaient-elles aucunement besoin d'être "déjouées". Portrait de groupe avec film pour L'Ombre rouge (1981), aux côtés de Portal : Ivan Jullien, Louis Sclavis, Claude Barthélémy, Jean-François Jenny-Clark, Daniel Humair, Christian Escoudé, André Both, Patrice Petitdidier, Daniél Landréat, François "Faton" Cahen, Emmanuel Roche, Alex Perdigon, Christian Guizien, Guy Bardet, Jean-Claude Verstraete, Kako Bessot. Photographie d'époque. Pour Balles Perdues (1983), le tromboniste américain George Lewis rejoint la troupe, on le retrouvera dans nombre de New Unit ou New New Unit dans ces années 80. Auparavant, Portal aura composé pour La Cecilia (1975) de Jean-Louis Comolli ce qui est peut-être (osons) sa plus adéquate musique de film, pas simplement parce qu'elle s'accorde magnifiquement à la matière du film, à son sujet, mais aussi parce qu'elle a l'exactitude de sa position au milieu des années 70. L'orchestre est intimement idéal : Joseph Dejean, Bernard Lubat, et le pianiste Maurice Vander. Catherine Delaunay arrangera en 2023, sans le déjouer, le thème de La Cecilia pour One Another Orchestra. D'une manière ou d'une autre, faire vivre le répertoire.
 
Pour son film Bonjour Monsieur Comolli (2023), qui raconte les derniers jours du réalisateur de La Cecilia, Dominique Cabrera utilise en conclusion un solo de clarinette de Michel Portal joué à l'occasion d'un hommage à Jean-Louis Comolli le 15 octobre 2022 à la Cité Architecture & Patrimoine. A-t-on jamais fait plus juste musique de film ? Le film de Comolli projeté ce jour-là s'intitule On ne va pas se quitter comme ça
 
« Il n’y aurait donc pas de "deuxième fois", 
mais une nouvelle "première fois" »
Jean-Louis Comolli ("Questions à Jean-Louis Comolli" par Gérard Sensevy et le collectif Didactique pour Enseigner, février 2022)
 
Comme un paysage marocain où les maisons restent éternellement en construction, mais inévitablement habitées, la géographie - fut-elle mythique - échappe. Elle est profonde et tous les lieux se chantent. Une seule bannière "halte aux assurances" peut-elle tenir ? La curiosité est une épatante qualité et Michel l'explorateur a rejoint les imaginaires des compositeurs Pierre Boulez, Mauricio Kagel ou Karlheinz Stockhausen (« Dans ce passage, jouez ce que vous voulez ! » - alors Portal joue quelque chose avec un phrasé un peu jazz et Stockhausen l'interrompt : « Mais pas ça »). Dans "Discours IV Für Drei Klarinetten" de Vinko Globokar (1978), les clarinettes de Portal, Di Donato et Jacques Noureddine sont dans l'eau. Lors de l'exécution de cette pièce en Allemagne, pour bien faire, les organisateurs ont ajouté des poissons rouges dans le seau. 

« Michel is a friend of mine ... »
Sonny Thompson (in Minneapolis, 2001)
 
Pour Portal, les références à la solitude sont nombreuses. Les "Solitudes" cadencent, enregistrées en bonnes compagnies, avec Bojan Z, Markus Stockhausen, Bruno Chevillon, Joey Baron, Steve Swallow (Dockings, Label Bleu, 1997), Martial Solal (Fast Mood, BMG, 1999 - produit par Jean-Jacques Pussiau), Tony Hymas, Sonny Thompson, Michael Bland (Minneapolis, Universal 2001, Minneapolis, We Insist, Universal 2002) ; les isolements sont splendides (Splendid Yzlment, CBS, 1971 - avec Jouck Minor, Gérard Marais, Runo Ericksson, Howard Johnson, Barre Phillips, Pierre Favre). Et Dejarme Solo (1979, CY) affirme, dès le très beau dessin d'Alechinsky, la boulimie solitaire. Elle s'exprime à plusieurs soi (re-recording). Fin de décennie, fin des temps, amorce de lendemains, traces de chants, dépôt de preuves, empreinte entêtée, reprise de souffle ? Album de haute réflexion constitutive. Marqueur aussi précis que possible. 
 
Laissez-moi seul, mais pas trop longtemps. La suite s'appelle Turbulence (Harmonia Mundi, 1987 - avec significativement : Jean Schwarz, Mino Cinelu, J.-F. Jenny-Clark, Daniel Humair, Harry Pepl, Jannick Top, André Cecarelli, Claude Barthélémy, Bernard Lubat, Richard Galiano). Ce sont des foules agitées qui vont fréquenter les desseins portaliens. Ici, un groupe avec François Corneloup, Médéric Collignon et son fils Olivier Portal (alias Playin’ 4 The City) pour la musique de La petite chartreuse de Jean-Pierre Denis... là, un trio avec Bernard Lubat et Jean-Paul Celea (qui avait eu antan la tâche délicate de "remplacer" Beb Guérin dans un Unit reconstitué avec Bernard Vitet, Léon Francioli et Pierre Favre lors de l'Hommage à Beb à Bobino le 30 novembre 1980)... ici encore, un groupe avec Laurent Dehors, Andy Emler, François Moutin et Xavier Dessandre Navarre, là aussi un quartet avec Louis Sclavis, Bruno Chevillon et Daniel Humair... un autre avec Bojan Z, Bruno Chevillon et Eric Echampard... des invités à n'en plus finir (sans finir) : Charlie Haden, Jack DeJohnette, Trilok Gurtu, Al Mouzon, John Marshall, Richie Beirach, Dave Liebman... et des invitations en cavale : Émile Parisien, Vincent Peirani, Miroslav Vitous... des retrouvailles de permanence : Mino Cinelu, Han Bennink, François Jeanneau, Eddy Louiss, John Surman... des duos : Richard Galliano, Jacky Terrasson, Yaron Herman, Joachim Kühn... cinq albums chez Label Bleu... la mise en musique des photographies de Guy Le Querrec avec Jean-Pierre Drouet, Henri Texier et Louis Sclavis...  etc., etc., etc., etc., etc., et les pas de danse de Carolyn Carlson... un échange avec Barbara Hannigan... deux nouvelles versions des sonates de Brahms (avec Mikhaïl Rudy puis Michel Dalberto)... un enregistrement de "Märchenerzählungen" de Schumann avec Gérard Causse et Mikhaïl Rudy...  Une solitude extraordinairement peuplée d'amitiés foisonnantes, de fraternités complexes.

Lors de l'escapade minnesotanne du nouveau millénaire, Michel Portal rejoint à Minneapolis Sonny Thompson, Michael Bland, Tony Hymas, Vernon Reid et Jef Lee Johnson, puis Anthony Cox, Dave King et encore Erik Fratzke, Tony Malaby, François Moutin, Airto Moreira, JT Bates, et enfin Stokley Williams. À l'écART, les transpositions imaginaires et tangibles se réconcilient en correspondances inattendues. La musique peut donner à voir une autre perception de soi-même, de lui-même et autres possibles, êtres possibles. C'est très vivant. Minneapolis et St Paul sont des villes de résistance (1934, 1969, 2008... et 2026 où le carrefour du studio de Steve Wiese - Michel y a enregistré - deviendra un point crucial de la résistance à ICE). En l'an 2000, Michel le sait : « À Minneapolis, je me sentais très libéré… pas de complexe de dire que j’étais un jazzman, un musicien classique… le miracle, c’était de voir que ces musiciens étaient enthousiastes, non pas de jouer avec moi, mais de faire de la musique (…) j’ai senti qu’il y avait une espèce d’ouverture là et une générosité incroyable (…). C’est rare chez moi d’avoir fait quelque chose sans vraiment une angoisse (…) J’avais l’impression d’être avec des copains.2 ». Quatre albums (salut vif à Daniel Richard !) en portent les traces. En 2000, Sonny Thompson en studio chante « Michel is a friend of mine... » et en 2016, sur la scène de Sons d'hiver, il appelle à pleins poumons : « Micheeeeel ! Micheeeeel ! » La joie fuse. 

« Ce sont d'ailleurs les fragments qui nous donnent le plus grand plaisir, tout comme la vie nous donne le plus grand plaisir quand nous la regardons en tant que fragment. »
 Thomas Bernhard (Maîtres anciens, 1985)
 
Bojan Z a su écouter, compléter, vivifier les intentions de ce que les historiens pourront appeler la dernière période et produire deux albums de forte empreinte et beaucoup de présence sur les planches. Guy Le Querrec a photographié Michel Portal en ses paysages et intériorités pendant 60 ans d'un œil malicieux, amical, irréductible. Francis Marmande a commenté, devancé, analysé les reliefs de son compère bayonnais. Au Salon du Jazz (anciens studios Barclay) en avril 1983, Marmande et Portal vinrent ensemble écouter un duo impromptu de Tony Coe et Phil Wachsmann. Un peu plus tard, à la Cinémathèque de Chaillot, Portal et Jean Schwarz accompagnaient les émois cinématographiques de l'auteur de La chambre d'amour
 
Le 12 février 2026, Michel Portal est parti. Des fragments, ce sera l'essentiel et chacun pourra reprendre cette histoire avec le début qui lui plaira, le pittoresque qui lui siéra, mais il faudra prendre garde à ne pas rogner les essentiels. Chérir un aspect peut en masquer tant d'autres. Le 16 février 2026 sur France Musique, lors d'un hommage à Michel Portal, un chroniqueur pourtant émérite et immanquablement connaisseur, amateur du jeu d'alto de Portal, affirmait dur de dur : "en tous cas, il n'a jamais joué de ténor". Avec une autre perspective, on peut penser à "Angels" à Châteauvallon, à ces disques où Portal joue du saxophone ténor, à commencer par son premier, à ses multiples moments de concerts épris de ténor, comme avec Steve Lacy le 10 octobre 1970 ou à Amiens le 30 mai 1987 pour le concert qui deviendra Men's Land, dans Dejarme solo, Turbulence, Arrivederci Le Chouartse, ou à ses débuts avec Sonny Grey, etc., etc. Les photos sont nombreuses. Isolées, les preuves ne disent pas l'essentiel. L'image que l'on se fait peut facilement figer l'impression à un endroit indiscutablement véritable, un fragment authentique, quand il n'est que l'élément d'un réel mouvant. Michel Portal a aimé l'ailleurs d'ailleurs, sachant d'instinct que sceller les fragments limite l'expression. La dernière fois que nous avons écouté un disque ensemble, c'était celui de Robert Mitchum chantant des calypsos et nous avons ri de bon cœur.  
 
Dans les années 60 et 70, celles et ceux que les organisateurs qualifient aujourd'hui de "public" s'autorisaient de leur propre chef à faire partie du concert, Michel Portal et ses amis se trouvaient fort stimulés de cette liberté et cela impliquait une écoute très engagée, partagée, critique, turbulente ou pleine d'amour. Le 24 février 2026 au Père Lachaise, les applaudissements furent pleins d'amour.  
 
« Les contacts de Michel Portal », conversation de Michel Portal avec Guy Le Querrec, Valérie Crinière, Christelle Raffaëlli, Jean-Jacques Birgé et Raymond Vurluz, in Les Allumés du Jazz n°8, 1er trimestre 2003. 
2 « Les Grands Entretiens », Michel Portal interviewé par Yvan Amar, France Musique, jeudi 7 février 2019. 
 
• Photographie : Jean Rochard (Chantenay-Villedieu, 2 septembre 1978, Michel Portal avec Beb Guérin et Bernard Lubat).

15.2.26

QU'IL SE FASSE UN VILLAGE...

 Jean-Luc Thomas et Caroline Philippe, soit le duo d'hirondelles printanières d'Hirundo Rustica et d'Hirustica ont organisé le 14 février à Plouaret (dans le Tregor) le MIDEME (Marché intercommunal du disque et des musiques enregistrées). Pas seulement un duo, mais un large groupe d'amitiés où efficacité douce rime avec gentillesse. Journée idéale avec loupiotes pour un autre futur. Expositions, concerts, stands de disques, échanges avec des enfants et des adultes, causeries : une le matin, animée par Philippe Krümm intitulée « Distribuer autrement : une nécessité ou un angle mort politique ? »  et l'autre, l'après-midi, avec Nolwenn Blanchard (disques Inédit, Maison des Cultures du Monde de Vitré), Goulc’hen Malrieux (disques Dastum, médiathèque de Guingamp, Catherine Delaunay (musicienne, disques Les Neuf Filles de Zeus) et Jean Rochard (nato) qui l'animait. Voici le texte d'introduction : 

 

« Qu’ils se fassent un village ou c’est nous qui s’en allons. »1

Titre emprunté à Jacques Thollot (au singulier comme au pluriel)

 

La musique a souvent fait l’objet de catégories réductrices au sens quelque peu énigmatique, par exemple le fourre-tout : musique du monde. Certes, le musicologue allemand Georg Cappelen avait inventé le terme Welt Musik en 1906 pensant que les musiques traditionnelles apporteraient un renouveau à la musique occidentale, mais c'est dans les années 1980 que le mot a été popularisé et commercialisé, particulièrement par l’ex-chanteur de Genesis, Peter Gabriel. Ça a marché et même probablement, cela a-t-il permis un regain d’attention à des pratiques de mixité qui existaient depuis belle lurette, même si la confusion en a largement profité. Ce qui est de la musique du monde à un endroit (par exemple la chanson française aux États-Unis) ne l’est pas forcément ailleurs. 

 

Mais il est d’autres appellations plus perfides ou plus ignorantes trop rapidement adoptées. Ainsi « musiques amplifiées », géniale trouvaille (il fallait y penser) du Ministère de la Culture de 1996 est devenue un an plus tard « musiques actuelles ». Qu’est-ce qu’une musique actuelle, rien de plus flou. Et puis le « spectacle vivant », la « musique vivante »…

 

On entend continuellement ces expression banalisées comme si les limites du sens, les limites du langage avaient été atteintes : musique actuelle ? (par opposition à : musique antique, démodée, révolue, obsolète ?), musiques du monde ? (le jazz, le rock ou la musique dite classique viennent-elles d’autres planètes ?) ou le très institutionnel spectacle vivant ? (Qu’est-ce qu’un spectacle mort ? Un discours présidentiel, peut-être ?) On ne reviendra pas ici sur « La société du spectacle » et la tendance mortifère au spectaculaire comme domination de la marchandise contre la vie. 

 

Bon, on comprend que Musique Vivante est censée décrire la présence physique des musiciens dans le cadre d’un concert par opposition à ce qu’on entend sur un disque. Par déduction, si la musique enregistrée est donc de la musique morte, une collection de disques est-elle un cimetière ? Les catégorisations institutionnelles et commerciales de la musique n’ont aucune fantaisie, elles ne respirent pas.

 

En commençant par la transformation incessante des instruments, la musique a évidemment connu, tant dans sa forme que dans sa présentation, de nombreux changements, de nombreuses évolutions, de nombreuses ruptures, de façons parallèles aux modulations du monde qui l’engendre ou qui en est le sujet. 

 

On trouve une première trace de notation musicale à Delphes en Grèce en - 138 avant JC. Le compositeur est un certain Athēnaios Athēnaiou. À la tradition orale, s’ajoute alors, par la notation, l’idée de fixation, comme le langage parlé par le langage écrit. Cela ouvre un champ très différent qui va considérablement s’accentuer avec l’invention confirmée de l’imprimerie en 1450. On va commencer à imprimer des partitions, ce qui va permettre aux musiques de composition d’être jouées sans transmission physique et directe du compositeur. Mais on est très loin de la commercialisation des partitions. Mozart aura l’idée de vendre les siennes, mais piètre commerçant, avec peu de succès, Beethoven reprendra l’idée plus efficacement dit-on. Dans les deux cas, une volonté de s’affranchir du prince, de toucher autrement. 

 

Et le concert public est-il vraiment la représentation la plus anciennement naturelle de la musique ? Même s'il y a eu des tentatives dans des cafés, en Italie, Allemagne ou Angleterre, c’est en 1725 qu’Anne Danican Philidor invente officiellement le concert public payant et une société d’organisation de ces concerts publics : « le concert spirituel » qui deviendra « le concert français ». Il obtient exceptionnellement l’accord de l’Académie Royale de Musique. Création alors d’un nouveau type de présentation, se différenciant d’une part des traditions populaires et d’autre part et de la musique apanage de l’église, des rois ou des princes. On peut aussi y voir la marque de la création d’un nouvel ascendant de la bourgeoisie. 

 

Côté public, on notera que c’est à partir de 1820 que commence la pratique instituée des applaudissements qui complète un rituel affirmant un acte cadré hors de l’idée des musiques traditionnelles ou des musiques de cour ou religieuses. Le concert public va petit à petit devenir un mode de représentation dominant de la musique dans toutes ses formes. 

 

132 années seulement séparent l’officialisation du concert public payant et les débuts de l’enregistrement en 1857. 

 

Pendant des siècles, la perception de la musique n’existait qu’au moment de son exécution puis de son souvenir. La possibilité d’enregistrement, lorsqu’elle a surgi, a souvent été très mal vécue par de nombreux musiciens. Pourtant, elle va affirmer de plus en plus son influence sur l’agissement musical, la transmission, et les faire évoluer. L’idée du concert sonorisé, par exemple. Lorsque l’on voit, lorsque l’on entend un orchestre sur scène, il est très souvent - même dans des petites salles - soumis à des systèmes inventés dans les studios d’enregistrement (effets, réverbération artificielle, retours, ajustement des niveaux, corrections des voix, etc.) jusqu’à essayer de reproduire la musique de disque sur scène, là où pendant longtemps, c’était plutôt l’inverse. 

 

C’est parce qu’elle veut faire perdurer non seulement le vivant de la musique, mais aussi celui de tout un peuple que l’ethnographe Frances Densmore va consacrer sa vie à voyager dans ce qui reste du monde amérindien au tout début du XXe siècle. Dans les réserves indiennes, avec un matériel lourd, elle documente les chants ancestraux des tribus d’est en ouest des États-Unis. Ailleurs, Federico Garcia Lorca sillonne l’Espagne pour recueillir les musiques populaires. Grâce en partie à ses enregistrements, ces mélodies vont devenir les chansons antifascistes de la guerre d’Espagne. Lorca, lui, est fusillé par les fascistes en 1936. Là, on peut parler de différence entre la vie et la mort. 

 

L’enregistrement musical peut être l’ami des peuples. 

 

Puisqu’on a évoqué les Indiens d’Amérique, revenons sur un aspect. De tout ce qui a été exporté par les Européens dans la conquête exterminatrice de l’Amérique, le cheval est pour les conquistadores un instrument militaire. Pourtant, il est le seul élément qui a été apprécié, aimé et choyé par les peuples autochtones qui ont même, par des croisements, créé des variétés nouvelles de chevaux qui leur correspondaient. L’enregistrement peut être aussi une sorte de cheval de la musique.  

 

Lorsque les musiciens entrent en studio, ils sont vivants ; lorsqu’ils en sortent, dans l’immense majorité des cas, ils sont encore vivants. Et la musique qu’ils y ont créée est vivante. 

 

Si, des Beatles, on ne retenait que les performances en concert, on se souviendrait surtout du public. C’est dans un studio d’enregistrement que ce groupe a réellement pris toute la mesure de ses capacités d’inventions, de relations, de parcours, de sa vie. À la même période, Miles Davis choisit de jouer un type de musique en concert et un autre type de musique en studio pour les disques. 

 

Lorsque John Coltrane enregistre son deuxième album pour Impulse, intitulé Coltrane, il parvient en studio à une forme d’expression intime extraordinaire, très différente de ce qui se joue sur la scène d’un concert. Ce qui est obtenu n’a d’ailleurs que très peu à voir avec des effets technologiques, mais bien avec une situation particulière : celle de la constitution d’une autre forme de récit, très proche, bien vivant et très inédit. Il n’y a pas seulement 4 musiciens dans le studio, mais aussi le producteur Bob Thiele et l’ingénieur du son Rudy Van Gelder qui constitueront une part importante pour faciliter et conseiller le développement de la musique de Coltrane. Le disque est une aventure vivante et collective. Il offre un autre point de vue sur la musique.

 

La musique est donc toujours vivante qu’elle soit jouée en studio, en concert, dans une manifestation, une free party, une cérémonie traditionnelle, un défilé, une situation amoureuse, un club. Ce sont surtout nos écoutes, nos perceptions - nos capacités de partage - qui en affirment la vie dans toutes les situations. Lorsque le GIGN intervient brutalement le 18 juin 2022 pour réprimer une Free Party à Redon, c’est une attaque contre ce qui ne se conforme pas aux figures imposées. C’est notre façon d’écouter et donc de réagir qui rend la musique pleinement vivante.  Comme pour le musicien ou la musicienne, c’est ce qu’il ou elle a à dire qui, au-delà des étiquettes, impose la réalité vivante de la musique que ce soit sur disque ou en concert.

 

Aujourd’hui, il existe un nombre extraordinaire d’îlots, d’inventions musicales, d’expressions puissantes, mais souvent relégués à une exposition non pas confidentielle, mais contrainte. La généralisation du streaming - et pire encore de l’Intelligence Artificielle (on compte actuellement plus de 40 000 nouveaux titres générés par IA qui arrivent sur les plateformes chaque jour) - tend à rendre l’écoute anonyme, au mieux on fait partie de playlists neutres qui pourraient bientôt ressembler à une gigantesque fosse commune. Le capitalisme numérique qu’on nommera techno-féodalisme, puis techno-fascisme, ne perd plus de temps avec l’objet puisque c’est l’utilisateur, le client qui devient le produit. Tristan Harris, ex-designer chez Google expliquait : « Derrière l’écran, il y a des milliers d’ingénieurs, des supercalculateurs et des algorithmes qui savent tout de vous et testent en permanence ce qui a le plus de chance de vous tenir accroché. »

 

Du côté de l’institution, des aides publiques filtrées par l’État, il existe une forte tendance à la normalisation par des programmes auxquels il faut convenir.  Doit-on accepter sans broncher un formatage hallucinant, une sorte de pass musical faisant le tri entre les bons et les mauvais élèves ? « Si je fais un disque, je dois faire la tournée qui va avec, avoir une vidéo promotionnelle, être hyper présent sur les réseaux sociaux, et puis une création par an, savoir monter des dossiers, etc. ». La transformation du métier de musicien en job d’auto entrepreneur. 

 

Alors oui, contre la gigantesque confiscation dont nous ne saurions nous rendre complices, créons, comme c’est le cas ici aujourd’hui, autant de lieux, de situations, d’objets, de villages, qui mieux encore qu’une résistance à la catastrophe retenue, représentent l’absolue et humaine beauté.

 

Alors qu’il se fasse un village. 

 

La musique vivante est simplement affaire de vie, non de catégorie ni de présentation, elle est partout où se trouve le refus de formatage, de normalisation, la pleine sensation d’écoute avec tout ce que cela signifie de partage. Elle est pleinement vivante lorsqu’elle dépasse les codes et les QRcodes, s’affiche effrontée dans le champ de la désobéissance. Lorsqu’elle est du côté du langage. 

 

Personnellement, j’ai produit beaucoup de disques dans une ville qui s’appelle Minneapolis. Il y a beaucoup de musique à Minneapolis. Et Catherine 2, qui est là, a enregistré deux titres de son nouvel album dans un studio donnant sur le carrefour où a été assassiné Alex Pretti par la police fédérale ICE. Aujourd’hui, devant le despote dirigeant la première puissance mondiale, les gouvernants d’un peu partout s’inclinent prenant garde à ne pas le contrarier. Eh bien, la seule résistance véritable et efficace est venue des habitants des deux villes de Minneapolis et St Paul. Revenant aux principes fondamentaux de l'humanité pour protéger leurs voisins et appliquant ainsi avec courage la simple solidarité, la merveilleuse togetherness, ces citoyens auto-organisés, et eux seuls, sont non seulement parvenus à faire reculer un peu le despote, mais ont aussi montré une véritable voie d'avenir possible pour un monde étouffé par ses dirigeants pourrissants et autres ploutocrates.

 

Construisons nos villages de musiques. Nous ne partirons pas.

 

Vive la musique et vive la vie !

                                                                    14 février 2026, Plouaret

 

1 Jacques Thollot : Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer, Futura, 1971 (réédition Souffle Continu)

2 Catherine Delaunay

 Photographie : B.Zon



 

8.2.26

UNE HISTOIRE SIMPLE (ESSENTIELLE)

C'est l'histoire du roi du royaume le plus puissant du monde, devant lequel les autres souverains, moins puissants, s'inclinent de peur de lui déplaire. La seule résistance véritable et efficace est venue des habitants de deux villes jumelles. Revenant aux principes fondamentaux de l'humanité pour protéger leurs voisins et redécouvrant ainsi avec courage la simple solidarité, la merveilleuse togetherness, ces citoyens auto-organisés, et eux seuls, sont non seulement parvenus à faire reculer un peu le despote, mais ont aussi montré une véritable voie d'avenir possible pour un monde étouffé par ses dirigeants pourissants et autres ploutocrates.

 

12.1.26

IL ÉTAIT UNE VOIX D'ITXASSOU :
FRANCIS MARMANDE

« Allons-nous voyager dans le noir ? » demandent à l’hôtesse les voyageurs du dirigeable de la nouvelle d’E.M. Forster, La Machine s’arrête 1. À chaque fois qu’une lumière s’éteint, c’est la question que nous nous posons, de stupéfaction, d’anxiété ou de colère, où plutôt que nous posons, comme on pose épée et bouclier après une bataille.

L'histoire compte quelques musiciens critiques (Milo Fine, Eugene Chadbourne, David Toop, Maurice Gourgues, Didier Levallet...), beaucoup moins de critiques musiciens, ouvertement musiciens. Francis Marmande jouait de la contrebasse, les occasions étaient belles. Daniel Richard racontait, mercredi 7 janvier, ce moment à Antibes en 1974 où des membres de l'orchestre de Gil Evans firent le bœuf dans un café après leur concert. Parmi eux : Marvin Peterson, David Sanborn... et une contrebasse posée. Après une brève hésitation, Marmande dit « j’y vais ». Évoquons aussi l'important duo avec le saxophoniste Sylvain Guérineau, rejoint par le poète Jacques Réda et son grand texte "Passage d'Eric Dolphy", au Musée d'Art Moderne, à la Chapelle des Lombard... Nous sommes à la fin des années 70, au début des années 80. Attention : fréquence pas sage. Neuf ans plus tard, Jac Berrocal crée un quartet avec Jacques Thollot de retour (sacré revenant) et les contrebassistes Hubertus Bierman et Francis Marmande. La Nuit est au courant et de nombreuses aubes surgissent. L'affaire fait grand bruit. Marmande dans cette folle histoire : Jean-François Jenny-Clark est admiratif. Et puis, plus récemment, ce si gaillardement déluré Spontane'uz combustion 3 enregistré à Uzeste le 20 août 1998 : Sunny Murray (batterie), Bernard Lubat (piano), Sylvain Guérineau (sax alto), Francis Marmande (contrebasse). Hôte de Lubat d'Uzeste de longue date, Marmande a arrangé cette petite prophétie de science naturelle :

"Dérèglement de tous les sens
L’impossible de tous les possibles
L’horizon du rêve
Une étincelle qui dure
Fraternité si heureuse
"

Un tantinet rimbaldien, dans les notes de pochettes, il se présente comme un "non musicien".  Pas mal ! La quête du sens est un jeu. Un jeu doublement éclairé par les mots.  

En route pour rendre visite à Frédéric Goldbronn, auteur-réalisateur de l’adaptation filmée d’Hommage à la Catalogne de George Orwell (L’ESPAGNE comme perpétuité), halte à Vézelay pour boire un verre. Sur le mur en face du café, une plaque « Ici vécut Georges Bataille, écrivain 1897 - 1962 ». Pensée immédiate pour Francis Marmande à qui l'on enverra la photographie. Souvenir fugace d’une dédicace sur la page de garde (celle où les boucliers sont dressés) de Le pur bonheur, Georges Bataille 4. Bataille était l’un de ses chevaux de plume.

Sûr ! Francis Marmande écrivait sur le jazz confrontant tous les angles de bon sens et de contresens, admirablement, sensiblement, insolemment, mais ça tout le monde le sait. Dans Le Monde, dans Jazz Magazine dont il fut l'une des voix fortes jusqu'en 2000, dans Jazzman ensuite ou encore (on le sait moins) dans cette nouvelle tentative de Michel Butel en 2012 et 2013 avec Suzanne Doppelt, Hélène Hazera, Delfeil de Ton, Béatrice Leca : L'Impossible (14 numéros). Plume aussi incessante que réfléchissante. Moult ouvrages : entre autres La mémoire du chien 5, La Housse partie 6 (le livre que tous les contrebassistes se doivent d'avoir lu), Chutes libres 7 (en deux mots, tous les mots comptent), Rocío 8 (L’ESPAGNE), La Police des caractères 9 (où Don Cherry a pour voisins Gilles Deleuze, Marie-Claude Vaillant-Couturier ou Guy Debord, beau trait d'enfance) ...  Des livres souvent conçus comme des albums de musique de musiciens pensant secrètement leur disque comme un livre. La basse y garde ses accents profonds. Pour La chambre d'amour 10, s'adjoignent les photographies de Guy Le Querrec, photographe pour qui il avait écrit plusieurs préfaces d'ouvrages. Sur la couverture, le portrait si frappant de Beb Guérin.

Beb Guérin, nous en parlions souvent. Francis Marmande écrivit le texte de Conversations, 11 duo des contrebassistes François Méchali et Beb Guérin, première référence des disques nato en 1980. Certaines demandes sont des évidences, et ces évidences des clés fabuleuses. Francis Marmande sera souffleur des Voix d'Itxassou 12 de Tony Coe. Il écrira trois textes dits par Jean-Claude Adelin, Sandrine Kljajic et Françoise Fabian. Avec l'actrice de Ma nuit chez Maud (Rohmer) ou de Faubourg Saint-Martin (Guiguet), séance inoubliable au studio Acousti avec Tony Coe, Violeta Ferrer - qui enregistrait aussi ce jour-là et raconta Durruti à Francis Marmande (L’ESPAGNE). Françoise Fabian avait en fin de séance beaucoup parlé de Samson François, à la grande joie de Tony Coe. Attention enjouée de Marmande. Le premier texte à propos de la Commune de Paris, faisant référence à Itxassou, inspira le titre de l'album et probablement cet autre bayonnais, le chanteur Beñat Achiary (aussi présent sur le disque), pour créer le festival d'Itxassou.

Allumer toujours et prendre envol (Marmande pilotait des planeurs à Itxassou). L'écoute offre au regard tous les droits, ceux des énigmes de tous les seuils. 

Piles, faces, préfaces et postfaces, Francis Marmande commentait très précisément, fraternellement, les chemins de voisins. De cet autre Bayonnais, Michel Portal, intensément. Il co-écrit avec Jean-Louis Comolli le film Le concerto de Mozart, quinze jours dans un château, où Portal en compagnie de sept jeunes musiciens, ausculte le célèbre concerto pour clarinette du compositeur salzbourgeois. La question de la transmission, un cœur pour Marmande professeur d'université (et ses étudiants et étudiantes en parlent très bien). Souvenir soudain, sa présentation à Uzeste le 19 août 2023 de son camarade Jacques Deschamps pour le livre de ce dernier Éloge de l'émeute 13.

Son double, Cancel, dessinait, les éditos de Jazz Magazine de 1976 à 1994, mais aussi ailleurs, pour son amie Florence Delay par exemple 14. Les conversations à propos du dessin de presse ou de la bande-dessinée furent toujours sérieusement allègres. Extrait de son texte à propos de Tchernobyl mon amour 14 de l'autrice-dessinatrice Chantal Montellier : "Le livre qui résume le mieux cet état des choses, parce qu'il n'en parle pas ; le livre qui tresse les faits qui n'ont rien à voir, la brutalité des faits, le désastre des enfants morts, les monstres, le fantasme au piège du réel, les images d'horreur, le cri du dessin, l'atomisation de la page, le définitif refus de l'esthétique, de l'immonde tendresse, tout mixé dans la conscience d'une femme (ça joue)" 16.  Sa première apparition dans Le Monde 17 était en tant que dessinateur le 19 octobre 1973, pour un dessin représentant Sun Ra et illustrant un article de Philippe Carles alors rédacteur en chef de Jazz Magazine pour sa période possiblement la plus intense (Carles, Marmande, Alain Gerber, Gérard Rouy, Daniel Soutif, Valerie Wilmer, Denis Constant, Michel Boujut, Horace, Guy Le Querrec...). Comme Jacques Thollot, il aimait citer Siné (il était de la bande de Siné Hebdo), fort souvent.

Francis Marmande s'est éteint le jour de Noël 2025. Mourir à Noël ! Comme l'avaient fait avant lui deux autres personnalités musicales marquantes : Derek Bailey (en 2005) ou James Brown (en 2006). Les signes ne trompent pas. Et le 7 janvier, alors qu'un chant Flamenco déchire les cieux (L’ESPAGNE), il neige au Père Lachaise. "Le désir d'observer subsistait encore dans le monde. D'où le nombre extraordinaire de lucarnes et de fenêtres." (E.M. Forster 1). Comme un rappel, la vie toujours. Éclairée, en plein jour. 


• Photographie de Francis Marmande et Bernard Lubat le 18 août 1998 (préparation du concert avec Sunny Murray) - Guy Le Querrec-Magnum

1 L'échapée - 2020, 2 In Situ - 1990, 3 Labeluz - 2023 4 Lignes - 2011, 5 Fourbis - 1993, 6 Fourbis - 19977 éd. Farrago - 2000, 8 Verdier - 20039 Descartes et Cie - 2001, 10 éd. du Scorff -1997, 11 nato - 1980, 12 nato - 1990, Marmande signe le texte de la réédition de 2011, 13 Les liens qui libèrent - 2023, 14 Œillet rouge sur le sable - Farrago - 2002, 15 Actes Sud - 2006,  16 Le Monde - 3 mai 2006, 17 rappelé dans Le Monde du 15 décembre 2025 par Michel Guerrin (avec Laurent Carpentier, Stéphane Davet, Bruno Lesprit, Véronique Mortaigne, Brigitte Salino, Josyane Savigneau et Sylvain Siclier), 

10.12.25

TROIS FAUNES TAMBOURS

Dans le cinquième et dernier album de Broussaille paru en 20031, dessiné et scénarisé par Frank Pé, le héros rencontre un faune répondant à ses désirs de voir le monde autrement, une source de lumière pour toute la nature et ses liens. 

 

L’existence des batteurs et leur absence soudaine peuvent peut-être, sensiblement mieux que tous les soupirs, nous dire un peu de ce qui reste de la vie, de ce qu’on peut encore en attendre, en vivre. Louis Moholo-Moholo, Sven-Åke Johansson, Jack DeJohnette, trois batteurs qui n’avaient pas exactement, comme quelques prédécesseurs (mettons : Sid Catlett, Jo Jones, Kenny Clarke, Sunny Murray, Tony Williams, Tony Oxley, Han Bennink...), fait la révolution des tambours, mais l’avaient portée à un émoustillant niveau de lucidité, pour paraphraser Norman Mailer, « lieu de rencontre de la conscience et de la sensualité ». L’élégance discrète quant à leur entrée initiale dans l’histoire, les suites diablement énergiques, leurs inexhaustibles inventions, ont tendu et sous-tendu des moments majeurs des évolutions du jazz (appelons ça comme ça s’il vous plaît !). Des moments à même de se situer au-delà de la rupture. 

 
Trois arrêts sur mouvements par l’œil écoute de Guy Le Querrec. 

 

 Louis Moholo-Moholo


Louis Moholo-Moholo (ici avec le Dedication Orchestra à Montreuil lors du festival Banlieues Bleues le 10 avril 1992), né un peu après deux autres batteurs sud-africains majeurs, Julian Bahula et Makaya Ntshoko, a comme eux, et plus encore, porté l’esprit sud-africain (anti apartheid) au cœur même du grand chahut opérant en Europe, le free jazz bousculé de l’intérieur par quelques adorateurs qui y avaient trouvé une liberté suffisante pour la porter beaucoup plus loin. Ainsi, en une sorte d’implicite et spontanée déclaration de ce que pouvait être une musique du monde, eut lieu à Londres (d’abord) l’extraordinaire rencontre des exilés d’Afrique du Sud (les Blue Notes de Chris McGregor avec Dudu Pukwana, Johnny Dyani et Moholo, Harry Miller, Mongezi Feza, Ronnie Beer...) avec les tenants de cette nouvelle free music et quelques variations (Evan Parker, Derek Bailey, Trevor Watts, Keith Tippett, Julie Tippetts, Mike Cooper, Peter Brötzmann, Irène Schweizer, Rüdiger Carl,...). Bien sûr, qui peut oublier l’ébouriffant Brotherhood of Breath de Chris McGregor, orchestre explosivement austral, mêlant si heureusement dans la décennie 70 les Sud-Africains des Blue Notes et d’autres compatriotes (cités plus haut) à ce que l’Angleterre avait de plus freevolant (Evan Parker, Lol Coxhill, Marc Charig, Gary Windo, Mike Osborne, John Surman, Alan Skidmore, Nick Evans, Malcolm Griffiths...) et d’autres comme le trompettiste de la Barbade Harry Beckett ou le tromboniste autrichien Radu Malfatti ? Danser de pleine aventure. Louis Moholo-Moholo s’est aussi illustré avec Steve Lacy, Roswell Rudd, John Tchicai, Cecil Taylor. On n’omettra pas sa captivante relation avec la pianiste Irène Schweizer, mais ce sont sans doute les enregistrements de ses si vifs orchestres Spirit Rejoice et Viva la black qui porteront à jamais cet esprit si profondément et simplement antiraciste, débarrassé de toute arrière-pensée, qu’on serait bien avisé d’écouter - de vivre - actuellement. 

 

Sven-Åke Johansson

 

Sur des terres parfois voisines, on pouvait rencontrer Sven-Åke Johansson (photographié lors d’une soirée de fin de festival au Café de La Place de Chantenay-Villedieu le 5 septembre 1982 en compagnie de deux sonneurs du Bagad de Kemperlé qui l’avaient précédemment fait danser avec le saxophoniste Ernst Ludwig Petrowsky). Sa jeunesse suédoise fut celle d’un batteur de danse passionné de jazz qu’il vient à pratiquer avec Bob Stenson avant de rencontrer le pianiste Ran Blake avec qui il tourne en France. Mais ce seront ses incursions en Allemagne où il découvrit la nouvelle free music qui le décideront à s’installer à Berlin où opèrera une grande influence des arts plastiques. En 1967, le voici batteur du trio de Peter Brötzmann et deuxième tambour (avec Jaki Liebezeit, futur Can) du Manfred Schoof Sextett. Puis en 1968, on le retrouve dans Machine Gun, album manifeste de Peter Brötzmann (avec Evan Parker, Han Bennink, Fred Van Hove, Peter Kowald, Buschi Niebergall). Dès lors, il estampille de sa marque la nouvelle musique. Schlingerland / Dynamische Schwingungen, album solo réalisé pour FMP paraît sous la référence SAJ, ses initiales. SAJ, avec un volumineux catalogue, sera à FMP ce que Japo fut à FMP. De ce côté-ci, on se souvient évidemment d’un « Embraceable you » avec Lol Coxhill et Annick Nozati au théâtre Dunois en 1982. Changement de siècle, an 2000, il joue avec Sonic Youth, mais les bandes égarées restent introuvables. Il serait horriblement réducteur de ne voir que le batteur free chez cet évadé d’un roman de Brecht tiré à quatre épingles, souvent vêtu d’un costume trois pièces en tweed. Dans le croisement des confidences, chanson, poésie, accordéon, théâtre, films, collages, ouvrent, du côté jusqu'au centre invisible, harmonieuse perfection subjective, les portes de la fragilité fantastique, mouvement de dissidence et de ravissement. 

 

Jack DeJohnette

 

Des quatre batteurs présents aux séances de l’album Bitches Brew de Miles Davis (1969), Jack DeJohnette a été celui qui est resté pour le coup d’après ce coup d’après Tony Williams (les autres étant Lenny White, Billy Cobham et Don Alias). L’indispensable frappe des tambours de portage et de reportage. Batteur de la déflagration d’une insensée free music qui ne disait pas son nom où le frétillant et insolent orchestre (Wayne Shorter, Chick Corea, Dave Holland et DeJohnette) débordait le trompettiste en long, en large et plus encore en travers. DeJohnette est encore dans le coin - ultime corner obstiné - au moment où par cette irruption, Miles Davis prend le virage d’une sorte de fascinant funk nihiliste2 qui ira jusqu’à son paroxysme avec Agartha - Pangea en 1975. Ce qu’il ne suit pas, prenant, dès 1971 la tangente Ruta and Daitya avec un nouveau compère pour longtemps, le pianiste Keith Jarrett. Ce Jack-là ne joue pas au fond des choses, il œuvre pour le fond des choses. Il est, avec une façon désarmante de s’exposer, l’amarrage des musiques hantées par l’espace. Revoyons-le avec Sonny Rollins à Toronto où avec Michel Portal à Paris (cette photographie du 6 mars 1986), réécoutons Gnu High de Kenny Wheeler où se jouent mine de rien quelques fines options futures, réexplorons le premier album du trio Gateway avec John Abercrombie, Dave Holland et son irréfragable équilibre, ou, autre jaloneur, Song X de Pat Metheny et Ornette Coleman. Par mille exemples. Bill Evans, Joe Henderson, Geri Allen, Paul Desmond, Luis Gasca, Joanne Brackeen, Lee Konitz, John Surman, Eliane Alias, McCoy Tyner, Betty Carter, Carlos Santana... La cymbale comme signature puissante. Et puis les multiples groupes de Jack DeJohnette : The DeJohnette Complex, Compost, New Directions, Special Edition, Music For The Fifth World, Made in Chicago, autant d’expériences de ce batteur (mais aussi pianiste ou joueur de mélodica, comme Bernard Lubat), de généreux terrains d’expériences (avec Lester Bowie, Eddie Gomez, Vernon Reid, Muhal Richard Abrams...) où le processus peut importer plus que le résultat devenu indispensable tête chercheuse. Il y a toujours un coup après... et un faune derrière chaque batteur.


- Louis Moholo, 10 mars 1940, Le Cap - 13 juin 2025, Le Cap
- Sven-Åke Johansson, 28 novembre 1943, Mariestad - 15 juin 2025, Berlin
- Jack DeJohnette, 9 août 1942, Chicago - 26 octobre 2025, Kingston

- Frank Pé, 15 juillet, Ixelles - 29 novembre 2025, Andenne

Photographies : Guy Le Querrec - Magnum

1 Un faune sur l'épaule (Dupuis)
2 Souvenir d’une discussion avec Joachim Florent à propos de cette période de Miles Davis.