Catherine Ringer et Mark Kerr chantent "Ashes To Ashes" (David Bowie) - 2020
Le Glob
Salut les ours !
Salut les chats !
Salut les bisons !
Salut les oiseaux !
Salut les tortues !
Salut les baleines !
Salut les pingouins !
Doucement les castors !
Enfants d'Espagne
15.9.26
30.8.26
DONALD WASHINGTON :
L'ENTRETIEN DE L'ÉCHO
Donald Washington, n'est plus. Il nous a quittés le 25 août dernier à Minneapolis où il résidait. Plutôt que le succès, ce musicien avait cherché infatigablement la transmission. Le saxophoniste James Carter a toujours dit ce qu'il lui devait et lui a rendu hommage cete semaine. En août 2016, à l'invitation du trio Guillaume Séguron - Catherine Delaunay - Davu Seru, il était venu jouer à Treignac au Festival Kind of Belou puis le lendemain pour un merveilleux impromptu à Tarnac avec les mêmes plus Nathan Hanson, Doan Brian Roessler et Pascal Van den Heuvel. Dans la perspective de cette unique venue, il avait donné un entretien pour le journal L'Écho de Corrèze (publié le 29 juillet 2016) que nous reproduisons ici.
Pouvez-vous me faire un bref résumé de votre parcours ? De votre enfance dans le Sud des Etats-Unis, en passant par votre travail dans l'industrie automobile à Detroit, pour en arriver à votre amour de la musique ?
Je suis né en 1939 à Mobile en Alabama où je suis allé à l’école. Lorsque j’ai eu 8 ou 9 ans, ma famille est partie pour Chicago. J’y suis resté jusqu’à l’âge de 16 ans. C’est dans cette période que mon père m’a offert une clarinette, sans son étui. Il fallait que je la trimbale dans ma poche. J’ai commencé la musique là-bas. Je suis revenu en Alabama à Grand Bay vers16 ans pour finir mes années de collège. Là, je vivais avec ma grand-mère. Plus tard, j’allais à l’Université à Mobile, c’était nouveau à cette époque-là. J’ai eu mes examens et puis suis parti à Detroit qui a été véritablement le moment de mon réel engagement musical, même si j’étais ouvrier chez Chrysler. J’y étais depuis 5 ans quand j’ai décidé que le moment était venu de quitter l’usine. Je suis parti un jour sans jamais y revenir. J’ai rencontré ma femme Faye qui était musicienne aussi. C’est elle qui m’a encouragé à me tourner vers l’enseignement. Je me suis présenté et on m’a embauché à l’école de musique de Detroit. Parallèlement, je jouais aussi beaucoup avec des musiciens de passage comme Roscoe Mitchell, Roy Brooks et beaucoup d’autres. J’ai monté un petit groupe qui s’appelait Bird-Trane-Sco. C’était un groupe avec des jeunes gens à qui j’enseignais. L’un d’entre eux, très jeune, âgé de 17 ans, était James Carter. Je crois qu’il est très connu à Paris maintenant. On jouait des choses que j’écrivais. Mon fils Kevin Washington (ndlr batteur de la scène de Minneapolis qui a également étudié avec Max Roach) a également fait partie de ce groupe. On faisait aussi de la musique en famille avec ma femme qui joue du violoncelle, de la flûte, du picolo, du saxophone et du piano. Elle est bourrée de talent. A une époque, elle chantait des trucs d’opéra ou de jazz. En 1987, nous avons déménagé à Minneapolis, j’y ai enseigné avant d’être à la retraite. Une sorte de demi retraite puisque j’y vis intensément ma vie de musicien en toute liberté. J’avais créé en arrivant ici un orchestre, New Date Blue Band avec Carei Thomas. On faisait une sorte d’Improrch : de l’improvisation pour orchestre. J’écrivais de la musique et l’orchestre improvisait à partir de ça. Je continue à faire des choses comme ça. J’aime également me produire en solo, là, je n’ai pas à m’inquiéter du reste du groupe (rires) ! Et puis il y a le Black Dog, ce café à St Paul où je joue régulièrement depuis 4 ans avec toutes sortes de formations, avec Brian Roessler, Davu Seru, Yohannes Tona, Pete Hennig, JT Bates, Chris Bates ou mon fils et pas mal d’autres musiciens. Je ne sais pas comment j’y suis arrivé, mais ça devait être sur mon chemin, quelqu’un a fait ce choix. C’est bien. Ça m’a permis d’être là où je suis musicalement maintenant. J’y joue le vendredi et pour moi ces vendredis sont aussi importants que l’église le dimanche pour les gens qui y vont (rires) ! C’est un moment de partage avec des jeunes musiciens avec qui j’apprends des choses et qui en apprennent aussi sur le jazz. Tant que je ne suis pas viré, je vais continuer (rires) ! Là, je fais ce que je souhaite faire, je me sens libre. Je ne vois pas comment faire de la musique ou être un artiste, autrement qu’en cherchant cette liberté, qu’en faisant ce qu’on désire vraiment. Sinon, vous arrivez au bout de votre vie sacrément désolé. J’ai fait des tas de choses dans ma vie, j’ai été sur des chantiers de construction, j’ai fait la cueillette… des jobs que vous devez faire pour gagner un peu d’argent comme tant de gens en Amérique et tout ça m’a conduit à être là où je suis maintenant avec ce sentiment de liberté.
Y a-t-il une sorte de séparation mentale entre faire de la musique en solo ou avec des orchestres et enseigner ?
Enseigner est quelque chose de très différent. Il faut être très attentif à ces jeunes gens, les traiter avec équité, ne pas les leurrer. Tous les élèves que j’ai eus ne sont pas devenus musiciens professionnels, c’est pour cela que lorsque j’enseigne la musique, j’essaie aussi d’enseigner comment se débrouiller dans la vie, ne pas s’y perdre. On peut jouer avec plaisir sans être une star. J’aime bien transmettre des façons d’improvisation car l’improvisation n’est pas seulement une valeur musicale, c’est essentiel pour vivre. Parfois, vous êtes fauché et avec votre petite monnaie, vous devez improviser pour survivre. Quand j’étais en Alabama, si ma grand-tante me donnait un peu d’argent pour prendre le bus, je partais en auto-stop. La vie n’est qu’une longue improvisation. La créativité se révèle aussi quand la vie ne vous fait pas de cadeau. J’aime bien être surpris par les questions des jeunes gens, quand je me dis « je n’avais pas pensé à ça ».
Un de vos élèves, le saxophoniste James Carter vous a surnommé Pops. Pourquoi ?
Son père est mort lorsqu’il était très jeune. Et je lui ai enseigné ce que je pouvais sur la vie. Je lui ai parlé il y a deux jours au téléphone et on s’est amusé de nos souvenirs. On passait beaucoup de temps à parler sans jouer de musique. J’essayais de lui dire de faire attention, de ne pas se prostituer. Sa mère me donnait 5 dollars pour la leçon et il venait chez moi et y restait autant qu’il le voulait, avec les 5 dollars, j’achetais de l’essence pour venir le chercher ou le ramener chez lui. Il était vraiment sérieux avec la musique. Quand je lui apprenais quelque chose, il revenait le jour suivant et il savait. L’été on allait au Blue Lake Fine Arts Camp dans le Michigan. Il était vraiment très bon.
Vous avez déclaré un jour « La musique ne peut être séparée de la vie ». Dans quel sens la musique - et donc la vie - évolue-t-elle selon vous ?
La musique, c’est la vie sans séparation ! Vous ne pouvez jouer réellement autrement que de la façon dont vous vivez et de votre expérience des situations. Je joue « mes amis », je joue « ma mère », « mon père », si je suis amoureux, j’écris une chanson d’amour, si je ressens le chaos, je l’exprime violemment. J’écoute les oiseaux. J’aime écouter les oiseaux, le vent, la façon dont il souffle pour danser avec lui, la rivière, les bateaux. Je suis un vieux mec, tout ce que je veux entendre, c’est le son de la vie. Regardez le piano et ses touches noires, n’oubliez pas ses touches noires.
Le concert du 7 août à Treignac, à l'invitation de Guillaume Séguron, Catherine Delaunay et Davu Seru, est votre premier en France. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour traverser l'océan ?
Parce qu’on ne me l’avait pas demandé avant… ! (rires)
Et pourquoi particulièrement le festival Kind of Belou, dans une région française considérée un peu comme un îlot de résistance ? J'ai lu une de vos citations « Notre musique est très vaste. Ce qui importe, c'est de s'exprimer. La musique est la façon dont nous vivons, voilà pourquoi elle est différente. » Pensez-vous que dans un monde où les êtres humains « marchent parfois sur la tête », la musique peut encore contribuer à l'acceptation de l'autre, à la tolérance ?
Bien sûr ! Un vieux type m’a dit quand j’étais petit que le savoir était une grande chose, alors j’ai appris et j’ai voulu transmettre. Pour être un musicien, vous devez être conscient de ce qui se passe… garder l’esprit ouvert comme le faisait Malcolm X… Vous avez dit : une terre de résistance ?
Questions d’Annie Devaux, propos recueillis par Léo Remke-Rochard
Photographie de François Corneloup : Donald Washington - Davu Seru - Guillaume Séguron lors du concert Guillaume Séguron - Catherine Delaunay - Davu Seru invitent Donald Washington - Festival Kind of Belou, Treignac, 7 août 2016
7.8.26
FANNY MÉNÉGOZ & RAFAËL KOERNER À LA TIMBALE
Antan (et même avant), lors de très populaires fêtes de villages, étaient érigés des mâts dits de cocagne (synonyme de réjouissance) dont le sommet consistait en un cerceau où pendait de la nourriture à décrocher. Plus tard, cette nourriture fut remplacée par une timbale en argent, ce qui augmenta les ardeurs des grimpeurs. Les mâts étaient enduits de graisse ou de savon pour augmenter les difficultés de leur très prisée ascension. Au XIXe siècle, apparut ensuite, l'expression "décrocher la timbale".
C'est donc bien naturellement curieux que nous nous sommes rendus par deux fois, les dimanche 5 avril et 5 juillet, au 2 rue Versigny dans le 18e arrondissement de Paris au café-restaurant dit La Timbale. Alexandre Pierrepont, comme son nom l'indique, initiateur de bridges, en voisin inspiré, a imaginé, proposé, délivré, l'idée d'une Timbale musicale. "Je ne trancherai pas la question du hasard et de la nécessité, mais il est des rencontres apparemment fortuites dont vous vous dites après coup qu'il fallait qu'elles aient lieu, puisqu'elles changèrent le cours de votre vie, que tout, dans votre parcours, les appelait en creux" avait écrit en un avant Covid (selon le calendrier moderne) Michel Le Bris1, rédacteur en chef de l'ultra politique Jazz Hot en 1968-1969 (et Albert Ayler y fut pour beaucoup). Pas de musique sans lieu. La musique ne saurait se satisfaire (ne peut nous satisfaire) de formes plates et de plates formes. Elle veut habiter. Les apparatchiks ont transformé les biotopes en dossiers où plus rien ne s'adosse sinon des cases à remplir. Comme il n'est plus (à notre connaissance en cette partie du monde) de lieu où jouer un mois, trois semaines, deux semaines, une semaine, le crack de l'estacade a imaginé un rendez-vous régulier, mensuel et dominical (premier dimanche du mois - entrée très libre). Et pour le premier feuilleton depuis décembre 2025 : les aventures de la flûtiste Fanny Ménégoz (qui chante aussi) et du batteur Rafaël Koerner. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les deux épisodes que l'on a vécu furent éclatants. De cet éclat surgissant des forges de l'intime que seuls les lieux véritablement habités nous accordent.
Le lieu est accueillant et la musique nous cueille. Le 5 avril, Fanny Ménégoz et Rafaël Koerner, soit Dune (avec un d comme duo et un u comme Uranus), invitent le saxophoniste Liam Szymonik. Trois raffinées adresses vers le dépassement. L'équation Quelque part quelqu'un2 se résout à la vitesse de la lumière. Une lumière apte à sculpter les ombres d'une nature à laquelle la musique jouée aime se référer (Fanny Ménégoz est fille des montagnes). Le trio s'est choisi un nom : Ailefroide et l'Ivresse. Ailefroide, ce sont trois distingués sommets du Massif des Écrins. L'alpiniste new-yorkais William Auguste Coolidge, en 1870, alors qu'ailleurs la guerre fait rage, est le premier à en gravir le sommet. Coolidge a vingt ans, il est le filleul de Francis Fox Tuckett, un des so british inventeurs de l'alpinisme. Fanny Ménégoz est fille des montagnes avons-nous dit, et c'est une danse des cimes qu'elle joue avec ses deux compagnons sans peur des regards passés et à venir. L'ivresse. Les cimes sont de petits pays de cocagne donnant sur l'infini.
À l'entre sets, plaisir de discuter avec Xavier Prévost3 (chroniqueur depuis belle lurette et successeur d'André Francis au Bureau du Jazz de la Maison de la Radio en 1997). Entre souvenirs, appréciations et interrogations (nos sèves), il évoque le flûtiste Hozan Yamamoto et le disque qu'il avait réalisé avec Gary Peacock. Une évocation en amène une autre, Dolorès Cante avait ce disque à la boutique du jazz rue Clotaire (années 70). En parcourant les tables, les gens ont l'air heureux, capables même de s'abstenir de regarder les écrans de leurs appareils téléphoniques portatifs. La musique pourrait donc encore ça. Liberté en aparté. Une clé.
Le 5 juillet, Nobi, quartet de Fanny Ménégoz avec Gaspar José au vibraphone, Alexandre Perrot à la contrebasse et Rafaël Koerner, nouveau batteur de l'ensemble. En invité, autre habitant du lieu, le généreux saxophoniste Liam Szymonik, l'histoire a ses largesses. Comme pour le trio du 5 avril, on retrouve cette façon des fines chronologies, des petits phénomènes disposés à toutes les réflexions poétiques. Chant, contre chant, et hors chants. Ici, avec le répertoire composé par Fanny Ménégoz, la précise boussole s'allie à la frénésie... La fièvre ? Eh bien oui, la fièvre pour cet avant-dernier morceau où le groupe décroche la timbale.
Décrocher la timbale ces deux jours de l'an 2026, c'était aussi cette impression intensivement vivace que le futur pouvait avoir un passé. Les paradis terrestres ont des tailles de petits lieux de jazz, d'écoute et d'échanges.
Thank you mister Stonebridge !
• Photographie : Nathan Coutouly
1 Pour l'amour des livres - Grasset, 2019
2 Yannick Bellon - 1972
3 Chronique de ce concert par Xavier Prévost sur le site internet de Jazz Magazine ici
6.8.26
ITXASSOU (LE MOT)
Le mot Itxassou est un mot magique. Dans notre petit monde, il fait son apparition en 1989 par un album du musicien britannique Tony Coe avec beaucoup de voix invitées. L’une de ces voix, celle de la comédienne Françoise Fabian, dit un texte de Francis Marmande écrit pour l’occasion où il est fait référence à la fête des cerises à Itxassou. Un aller-retour entre la Commune de Paris et la cité basque. L’histoire c’est de la géographie.
Et lorsque nous avons cherché un titre pour ce disque, c’est en toute spontanéité que ces voix invitées qui chantent résistances et combats pour la liberté du monde entier devinrent Les Voix d’Itxassou. Parmi les grands chanteurs et les grandes chanteuses invités par Tony Coe : Beñat Achiary. Beñat fait partie de notre petit monde, à Chantenay-Villedieu, à Vienne ou à Londres. Et ce sont d’autres voix qui agrandissent alors ce paysage : celles du comanche Edmond Tate Nevaquaya, du shoshone-cree Merle Tendoy ou celle si marquante du poète shawnee Barney Bush qui, avec leurs amis anglais le pianiste Tony Hymas, les saxophonistes Tony Coe et Evan Parker, puis d’autres encore, à l’invitation de Beñat Achiary, viennent à plusieurs reprises au Pays Basque. Il y eut tant d’échanges, de conversations, de rires, de chants, d’improvisations ou de dessins d’enfants, de fêtes et de silences si bien entendus des montagnes. Barney Bush et Tony Hymas en ont fait un morceau « Sweet Blessing » :
Dans une arrière salle une aile d’aigle et
la fumée d’une herbe douce bénit un enfant basque
Pour un peu l’illusion de ton visage deviendrait réalité
Récit de voyage. La géographie c’est de l’histoire.
Itxassou est chaque fois le mot rassembleur, celui de la signification des plus nourries terres créatives, celui des élans infinis, du ralliement des îles, de l’île de la Tortue par exemple. Dans notre petit monde, Itxassou est synonyme d’humanité.
• Discographie
- Tony Coe : Les Voix d'Itxassou (nato - 1990)
- Tony Hymas - Barney Bush : Left for Dead (nato - 1994)
5.7.26
ARISE !
Catherine Delaunay et Octave Mirbeau
à Minneapolis
Chaque titre de L’homme des Damps recèle aventure et ouverture…
Au carrefour de la 24e rue et de l’avenue Lyndale se tenait à Minneapolis une fameuse librairie libertaire, Arise (qui, depuis, a déménagé un peu plus au nord sous un autre nom). En vitrine, y figura longtemps un petit livre Voters strike, traduction anglaise de La grève des électeurs, fameuse chronique écrite par Octave Mirbeau, parue d’abord le 28 novembre 1888 et reprise depuis inlassablement et en diverses langues (allemand, espagnol, italien, néerlandais, grec, portugais, polonais, arménien, serbe ou russe).
Octave Mirbeau ne s’est jamais rendu à Minneapolis. Mais son œuvre a connu plusieurs traductions anglaises chez des éditeurs new-yorkais dès 1905 et Jean Renoir a réalisé aux États-Unis en 1946 une adaptation du Journal d’une femme de chambre - Diary of a chambermaid, avant-dernier film américain de Renoir. Paulette Goddard y est Célestine et Burgess Meredith, le capitaine Mauger.
En 2022, la clarinettiste Catherine Delaunay, alors à New York avec l’Orchestre National de Jazz de Frédéric Maurin, se rend à Minneapolis l’espace d’un week-end, afin d’enregistrer deux titres pour son album L’Homme des Damps : « Pour Sébastien Roch » et « Les abandonnés », avec un groupe organisé in situ : le contrebassiste Anthony Cox, le guitariste Erik Fratzke et le batteur Cory Healey. Séance inoubliable au studio Creation Audio en compagnie de son illustre ingénieur Steve Wiese. Arise ! Ce qui surgit, ce qui se lève. Arise indeed. La voiture qui conduit Catherine au studio passe par le mémorial George Floyd.
Steve Wiese, Catherine Delaunay, Anthony Cox, Cory Healey, Zach Hollander (second ingénieur) photo prise par B. Zon après le départ d'Erik Fratzke
L’hiver 2025-2026 a été marqué par une extraordinaire résistance des habitants et habitantes des Twin Cities (Minneapolis et Saint Paul) contre l’invasion des soudrilles de ICE (opération Metro Surge). Après le meurtre de Renée Good par les hommes de ICE le 7 janvier 2026, vint celui d’Alex Pretti le 24 janvier. Le crime eut lieu au carrefour où Catherine Delaunay et ses compagnons enregistrèrent ces deux titres à la résonance stupéfiante. La résistance populaire ne fit que s’intensifier.
On peut lire sur la très recommandable revue en ligne À bas bruit, le témoignage de Strong Buffalo (lien ici), prononcé à ce même carrefour : soutien des Amérindiens et de leur forte implication dans cette résistance. Ce ne sera pas la seule présence de Minneapolis dans L’Homme des Damps puisqu’on y retrouve aussi, dans les séances réalisées en France, quatre autres musiciens minnesotans : le batteur Davu Seru, avec qui Catherine a enregistré en compagnie de Guillaume Séguron (aussi participant de L’Homme des Damps) l’album La double vie de Pétrichor et qu’on retrouve avec elle dans Vol Pour Sidney (retour) et One Another Orchestra (orchestre figurant aussi dans l’ouverture de l’Homme des Damps), le saxophoniste Nathan Hanson, à l’instar de Davu Seru, également présent aux côtés de la clarinettiste dans les deux albums précités, et le duo Riverdog composé de Léo Remke-Rochard et Jack Dzik, qui a invité Catherine dans l’album Une longue année (avec la chanteuse Anamaz, aussi chanteuse dans L’Homme des Damps). Duo qui a eu la joie de l’expérience d’une visite mirbellienne aux Damps. « J’aime tous les révoltés » entend-on. Arise !
Le 16 mai 2026, lors de la réunion aux Damps chez Octave Mirbeau et René Dufour, Catherine Delaunay joua en duo avec le saxophoniste Pascal Van den Heuvel. Le mirbeaulogue Pierre Michel et les amis d’Octave Mirbeau avaient fait le voyage (voir "Le journal de L'homme des Damps n°8" et "Dim Dam Damps)", on eut le plaisir de rencontrer Ann Sterzinger, traductrice américaine de Dans le ciel – In the sky, nouvelle écrite là-même en 1892. Corinne Taunay dessinait alors Pierre Michel sous la pluie, rafraîchissante image s’il en est en ces temps de canicule.
À l’automne, on pourra écouter le nouveau trio de Catherine Delaunay avec la contrebassiste Sarah Murcia et le pianiste Bruno Ruder (deux comparses rencontrés dans l’Orchestre National de Jazz) dans des endroits aux formes non plates (le 11 novembre à Dijon, le 13 à Nevers, le 14 à Strasbourg, le 21 à Saint-Claude). Dans le répertoire du trio, figure un titre dédié aux résistantes et résistants de Minneapolis. Au cinéma de La Fraternelle de Saint-Claude, le 20 novembre, on verra le film de Frédéric Goldbronn Hommage à la Catalogne, d’après George Orwell dont Catherine a co-composé la musique avec Bruno Ducret, Tony Hymas et Guillaume Séguron.
« Nous avions fait partie d’une communauté où l’espoir était plus normal que l’indifférence et le scepticisme, où le mot « camarade » signifiait camaraderie et non, comme dans la plupart des pays, connivence pour faire des blagues. Nous avions respiré l’air de l’égalité. » George Orwell in Hommage à la Catalogne - 1937, 10-18
Arise !
Et comme c’est le temps des vacances…
« Quand, brisés de souffrances, épuisés de dégoûts, las de patauger dans cette ordure et dans ce mensonge qui sont la vie parmi les hommes, vous allez en quête d’un lieu de repos, d’un lieu où les êtres et les choses ne vous soient pas hostiles, c’est vers la mer d’instinct que vous fuyez, non point la mer déshonorée par les casinos et salie par les baigneurs, mais la mer solitaire, la mer sauvage avec ses grèves désertes, hantées des cormorans, ses falaises que les flots bombardent et démantèlent, ses roches chevelues de goémon qui baignent dans les flaques où fleurit la triste anémone, où s’agrège le pouce-pied ». Octave Mirbeau « La Mer » in Le Matin, 29 janvier 1886.
4.6.26
SONNY ROLLINS IN PARIS
1965 -1980
avec la participation de Guy Le Querrec, les impressions d'André Francis, Francis Marmande, Lucien Malson, et les propos recueillis par Gérard Rouy, Jean-Robert Masson et Pat Griffith
Deux photographies de Guy Le Querrec marquent : deux regards frappants qui portent très très haut. Elles forment aussi deux parallèles d'une période qu'on délimitera fort arbitrairement entre 1965 et 1980. Parallèles qui - peut-être - viennent de se rejoindre (parce que s'il était théoriquement possible de les penser ainsi, il s'avérait en réalité impossible auparavant de les entrevoir de la sorte... Rollins échappe à toute théorie). La photographie développe longtemps. Ici, un espace de quinze années ponctué de quelques visites parisiennes bien signifiantes. Objectif très subjectif étendu.
De Rollins, saxophoniste ténor, beaucoup (beaucoup, beaucoup) a été dit, écrit, filmé (et même chanté) et le titre de son splendide album de 1956 Saxophone Colossus lui a flanqué un blaze qui lui collait superficiellement bien. L'idée n'était pas de lui bien sûr. À 25 ans, il avait bien mieux à penser que cette monumentale idée antique trop figée pour être vraie. Le titre restera pour un film (Robert Mugge) et un livre (Aidan Levy). Le colosse est aussi un ange tourmenté aux ailes fugitives.
1965
En Janvier 1965, Rollins et son chapeau de cowboy sont à Londres au Ronnie Scott avec un quartet british comprenant le pianiste Stan Tracey, le bassiste Rick Laird et le batteur Ronnie Stephenson. Avec les mêmes, il enregistre la musique du film Alfie de Lewis Gilbert (acteurs : Michael Caine, Shelley Winters et Jane Asher). Le 8 juillet 1965, aux États-Unis au studio de Rudy Van Gelder à Engelwood Cliffs, il enregistre son premier album pour Impulse produit par Bob Thiele : Sonny Rollins on Impulse, on ne peut pas se tromper. Le béret est sur la pochette.
Avant novembre 1965, Sonny Rollins est déjà venu à Paris. En 1959, il est à l'Olympia avec Henry Grimes à la basse et Pete La Roca à la batterie. Jean-Pierre Leloir photographie les mêmes le 25 février au Club St Germain. En 1963, Our man in jazz est le 19 janvier à L'Olympia avec le cornettiste Don Cherry, le bassiste Henry Grimes et le batteur Billy Higgins.
Sonny Rollins, 4 novembre 1965
Gilbert Rovère : contrebasse, Art Taylor : batterie
Paris, Mutualité - (deuxième partie de la soirée : Ornette Coleman trio)
Dans l'émission télévisée de la RTF du 17 juillet 1966, "Paris Jazz Festival" - oui, à cette époque, le comble du jazz de la télévision publique n'était pas encore Michel Jonasz - André Francis présente et commente :
« Pour la quatrième fois de sa carrière, le saxophoniste ténor Sonny Rollins est l’hôte de Paris. Celui qui fut le compagnon des plus importants musiciens de jazz contemporains : Dizzy Gillespie, Miles Davis, Charlie Parker et Thelonious Monk, depuis quatre ou cinq ans poursuit une déroutante carrière de soliste dont voici le dernier épisode. Ayant rompu ses attaches avec le style hard bop de ses débuts, Sonny Rollins s’exprime aujourd’hui selon les principes libertaires du free jazz. Les cocasses fables lyriques qu’il nous conte avec violence aux dépends de thèmes populaires souvent très éculés, doivent être jugés comme le contrepoint sonore des œuvres des peintres newyorkais de l’école Pollock. À peine soutenu, à peine compris, par sa section rythmique occasionnelle, laissons Sonny Rollins jouer tout et se jouer de tout. »
Ça dit quelque chose de ce qui se joue là. Là-dedans, là-bas.
« Palimpseste : le jour de la sortie de Pierrot le Fou aux Ursulines, Sonny Rollins ouvre le feu à la Mutualité. Il est en trio avec Gilbert Rovère et Art Taylor. Des hommes qui semblaient très âgés (ils avaient la trentaine) font les désolés à l'entracte. Le jazz est en train de se dérober sous eux. » se rappelle Francis Marmande dans Le Monde le 7 avril 1998. Visiblement stupéfait par ce concert, le chroniqueur y revient souvent, ainsi le 30 octobre 1996, toujours dans le même quotidien : « Ceux qui l'ont vu le 4 novembre 1965 à la Mutualité, qu'il arpentait coiffé d'un béret noir, traversant ses mémoires, désarticulant le phrasé, faisant taire ses compagnons (Gilbert Rovère à la basse et Art Taylor à la batterie), dansant sur la tombe du jazz pour retrouver le jazz, savent à quel point l'orchestre est et n'est plus sa question. » ou encore dans l'édition du 26 mai 2026 : « Le 4 novembre 1965, à la Mutualité (sono de hall de gare) à Paris, c’est le premier concert européen d’Ornette Coleman. Première partie ? Rollins en trio avec Gilbert Rovère, contrebasse, Art Taylor, batterie. Public pantois : les trentenaires tristes comme des amants trahis, les futurs soixante-huitards comme des amoureux perplexes (on venait pour Ornette). Lui, Sonny Rollins et son petit béret, dansant sur la tombe du "jazz", invente, ce soir-là, cette forme de solo sans chaînes, ardemment tendu vers la communication directe… » ou encore, toujours dans Le Monde, le 4 novembre 1980 : « À force de décortiquer avec rage des chansonnettes usées, l'homme au béret bien enfoncé qui faisait méchamment taire ses partenaires, le péripatéticien du ténor saisi de manie ambulatoire, le rêveur solitaire qui arpentait désespérément un espace sans rêverie, l'oublié du free aux éclats intermittents laissait son public coi et désemparé. On attendait un "colosse du saxophone" : on avait droit à un démolisseur de cathédrales ! »
Ce qui se joue là-dehors.
Lucien Malson, dans Le Monde le 10 novembre 1965, entend d'une autre oreille : « La force reste l'une des valeurs centrales chez Blakey comme chez Sonny Rollins ; cependant, son énormité ne suffit pas à masquer les égarements d'un artiste qu'un désir entêté de créer un nouveau langage abîme dans le galimatias. Tant et si bien qu'Omette Coleman, qui n'a pas demandé, lui, au contrebassiste et au drummer de se taire, qui eut souci d'accomplir une œuvre avec eux, qui sut faire vivre ses thèmes fascinants, parut redonner tout son prix à cette liberté dégradée par Rollins. »
Cocasse ! Pour Lucien Malson, ce soir-là, c'est Ornette Coleman (deuxième partie de soirée) qui fait bonne figure de jazz et Rollins qui voyoute. Qui aurait pu croire ça ! L'affaire colossale est une fausse amie. À la Mutualité, le trio n'est effectivement plus la question, même si c'est par cet aval de trois que la question s'est posée, par les paires Ray Brown et Shelly Manne, Wilbur Ware et Elvin Jones, Donald Bailey et Pete La Roca, Oscar Petitford et Max Roach, Henry Grimes et Specs Wright ou Roy Haynes ou Kenny Clarke ou Pete La Roca ou Joe Harris, Niels Henning Orsted Pedersen et Alan Dawson, Bob Cranshaw et Roy McCurdy ou Mikey Roker. Mais à ce moment-là, à ce moment précis, et Gilbert Rovère et Art Taylor n'y sont pour rien, Rollins ne cherche ni l'équilibre, ni l'orchestre. Fût-il réduit. L'urgence est telle que, là, au-delà du triangle, Rollins résume tout, accélère tout, bouscule tout de lui-même, creuse tout et fouille furieusement la terre nourricière, devine tout avec la grossièreté d'un prophète. La frontière des possibles oscultés est dépassée. Fallait-il ne pas se risquer là ?
L'écoute aujourd'hui de ce concert (qui a fait l'objet d'un disque pirate) ne dément rien de cet interne et fascinant face à face du jazz qui, à ce moment précis, n'entendait pas être pluriel, mais régler son affaire tout seul... en pleine mutualité.
1966
Le 26 janvier 1966, Bob Thiele produit le second album de Rollins pour Impulse, un remake de la musique du film Alfie (qui sera vendue comme étant "Original music from the score") avec un orchestre de 11 musiciens et des arrangements d'Oliver Nelson. Le 9 mai, toujours au studio Van Gelder à Engelwood Cliffs, séance du dernier album du saxophoniste pour Impulse et pour Bob Thiele (si l'on excepte They will never be another you, à la sortie duquel Rollins a tenté de s'opposer, enregistré en public sous la pluie au Musée d'Art Moderne de New York le 17 juin 1965 et publié par la marque - alors fraîchement acquise par MCA en 1978). East Broadway Run Down avec Freddie Hubbard, Jimmy Garrison et Elvin Jones est aussi son dernier des sixties. Tellurique !
Sonny Rollins, 13 novembre 1966
Jymie Merritt : contrebasse, Max Roach : batterie
Paris, Salle Pleyel
"They will never be another you" justement ! C'est le thème qui va être joué tout au long de ce concert en multiples variations avec Jymie Merritt et Max Roach. L'insistance de cette affirmation (mais n'est-ce pas une question ?) par tous les bouts possibles et certifiés de vieilles camaraderie. Ça peut rassurer.
« Sonny Rollins, Goliath chauve, trouva cette saison ce qui lui avait manqué au Festival de la Mutualité : des compagnons habitués à son " pop art " et un drummer qui ne s'en laissait pas conter. Il est vrai qu'il s'agissait, encore, de Max Roach. » écrit Lucien Malson le 16 novembre 1966, toujours dans Le Monde.
On peut sauver les apparences, même avec brio et majesté, mais "il n'y aura jamais d'autre toi". Les conjugaisons de Freedom Now ont de nouveaux impératifs en 1966. Autant chercher ailleurs. Ce soir-là, le grand chahut, c'est le quintet d'Albert Ayler qui passe (et ne fait pas que passer) après Rollins et Roach.
En mai 1967, tournée en Hollande, supéfiant trio avec le contrebassiste Ruud Jacobs et le batteur Han Bennink, occupé par ailleurs à l'invention de la free music (en rupture avec le free jazz). Cette tournée et ses enregistrements radio ont fait l'objet d'un remarquable double album, Rollins in Holland, paru chez Resonnance avec l'accord du saxophoniste (la même maison a édité les trios européens de 1959 en triple album sous le titre Freedom Weaver - avec le splendidissime concert d'Aix-en-Provence en compagnie d'Henry Grimes et Kenny Clarke)... Après mai... Le 6 septembre 1968, au Café Montmartre de Copenhague, le voici avec un orchestre impeccablement impeccable, Kenny Drew (piano), Niels-Henning Orsted Pedersen (contrebasse) et Albert Heath (batterie). Il interprète "Naïma" de Coltrane, parti l'année d'avant. Sonny garde les pieds sur terre. En 1969, nouvelle éclipse. Ce n'est plus le Pont Williamsburg comme en 1960, mais l'Inde.
1974
Comme The Bridge avait été un disque de retour en 1962, dix ans plus tard, il y eut un disque de retour, le sobrement dénommé Next Album. Plutôt qu’une grande nouvelle, cet Album suivant est un disque rassurant (même très rassurant avec ces deux beautés que sont « Skylark » et « The everywhere calypso »). En 1972, Rollins revient aussi au Village Vanguard, l'ancre y est encore. Entre 69 et 72, tout a pas mal changé. La boussole n'indique plus forcément l'aiguille free, Miles Davis a publié Bitches Brew, le jazz rock triomphe au grand damn des boussoliers. La garde a changé d'avant. Comment Rollins va-t-il faire avec tout ça ? En 1973, il enregistre Horn Culture, molle tentation d'un neuf gêné aux entournures où le meilleur reste une belle et classique version de "God bless the child" et une autre "Good Morning Heartache". La résolution figure sans doute dans l'album live The Cutting Edge, troisième album produit par Orrin Keepnews pour Milestone. Avant de changer de cap ? Comme il le dit aux journalistes de Jazz Magazine, Gérard Rouy, Jean-Robert Masson, Pat Griffith, en 1973 à Châteauvallon : « Columbia me propose d’enregistrer depuis longtemps, mais quand je m’étais retiré, j’avais promis de suivre Milestone. Ils me cherchaient partout, et je leur avais promis que je le ferais dès mon retour. Et c’est ce que j’ai fait le premier jour. En ce moment, je travaille sur un disque qui est presque terminé. Après ça, je crois que je changerai de compagnie. J’irai chez Columbia. Ils essaient de m’avoir depuis tellement longtemps »1. Columbia, c'est l'étiquette de Miles Davis, celle des chevaliers du jazz rock rebaptisé commercialement rock progressif par la marque. Rollins restera avec Milestone jusqu'en 2001 pour un parcours discographique qu'on eût souhaité de plus d'éclats.
Sonny Rollins, 6 novembre 1974
Rufus Harley : saxophone soprano, cornemuse, Yoshiaki Masuo : guitare électrique, Gene Perla : guitare basse électrique, David Lee : batterie
Paris, salle Pleyel
Lucien Malson dans Le Monde du 14 novembre 1974 est content : « Il faut bien parler de l'Afrique encore, et des Antilles, et des mélanges rythmiques - dont Gillespie avait le premier senti le pouvoir de séduction - à propos de Sonny Rollins. De "Don't stop the Carnival", de "Saint Thomas", de ces calypsos qu'il entendit dans son enfance, en compagnie de sa mère, Rollins dit maintenant qu'ils sont devenus pour lui des "manières de signature". Le purisme avait, au lendemain de la guerre, condamné ces hybridations de rythmes dont le jazz tenait pourtant son être même. Des musiciens comme lui ont passé outre. (...) Entre Rollins et ses musiciens, entre l'orchestre et la salle "le courant passait" l'autre soir, à Pleyel. L'émotion fut telle qu'il faudrait sans doute remonter aux concerts de John Coltrane et Elvin Jones à Paris en 1961 et 1962 pour en trouver une qui ait été équivalente. »
Le Cutting Edge de Montreux est maintenant la matrice. David Lee paraît être le bon batteur de carrefour sans besoin de sacrifice. De la Nouvelle-Orléans, il a gardé un profond swing ouvert sur tout ce qui peut se présenter. Le bassiste Gene Perla (remplaçant Bob Cranshaw - on ne s'en plaint pas) fit partie des multiples "essayistes" du Jack Johnson de Miles Davis ; futur membre de Stone Alliance avec Don Alias et Steve Grossman, on le trouve à la même époque fréquemment avec Elvin Jones, Frank Foster, Jeremy Steig, Sarah Vaughan, Nina Simone, Dave Liebman. Rollins a rencontré le guitariste Yoshiaki Masuo à New-York, disons qu'il fait l'affaire. Mais la grande surprise de cet orchestre, c'est Rufus Harley. Certes, il joue du saxophone soprano, mais c'est parce qu'il joue de la cornemuse que Rollins l'a invité. Dès 1965, Rufus Harley a été problement le premier bagpiper du jazz, ce que l'on constate dans sa discographie personnelle, mais aussi avec Herbie Mann et Sonny Stitt... Sonny Stitt, tiens ! Le moment cornemuse des concerts de cette période avec le traditionnel "Swing Low Swing Chariot" est le moment d'extase. Celui qui pousse Rollins et qui nous pousse dans ses bras. Malson a raison, les gens ont l'air d'être très heureux.
En cette année 1974, l'espace des choix est étroit et Sonny Rollins semble en avoir trouvé un, qui ne renie rien, cherche gentiment et lui permet d'être lui-même. Le concert du 6 novembre 1974 à Pleyel est probablement même davantage un Cutting Edge que celui du 6 juillet à Montreux.
1976
Mais cette sorte de ruisseau à l'écart ne pourra pas tenir si longtemps. Les disques sont là pour le dire et Nucleus, sorti en 1975, ne trichons pas, fait l'effet d'une catastrophe. On l'aime tellement ce gars qu'on se raccroche à tout ce qui est possible (ici un arrangement de "My rêverie" de Debussy). Et tout n'est pas si mal dans Nucleus, mais son engoncement face à ce qu'on va nommer rapidement la mode embarasse. Les critiques qui ne se gênent pas pour défoncer des disques, sur ce terrain, autrement réussis, y vont avec des pincettes. Mais on va vite comprendre qu'il ne s'agit pas d'un triste écart car le suivant au titre (volontairement ? la photo de couverture enfonce le clou) provoquant, The way I feel, paraîtra pire. « Eh bien camarade tu t'attendais à quoi, à ce que Rollins nous fasse son Bitches Brew ?».
Sonny Rollins, 6 novembre 1976
Michael Wolf : piano, Aurell Ray : guitare électrique, Don Pate : guitare basse électrique, Eddie Moore : batterie
Paris, Théâtre des Champs-Elysées
André Francis, à l'antenne de l'émission "Jazz Vivant" sur France Musique le 21 novembre, prévient : « Le soir même du concert que donnait à Paris Sonny Rollins, nous avons diffusé, sur notre antenne de France Musique de 23h à minuit, la première et longue partie de cette manifestation. La deuxième partie, la meilleure, n’ayant pu être enregistrée, et nous le regrettons bien, nous vous proposons ce jour de revenir sur la première partie de ce concert discuté. Discuté en raison de la défaillance de certains accompagnateurs et du répertoire jugé un peu trop popisant au goût de puristes exigeants. »
Le 10 novembre 1976, Lucien Malson dans Le Monde précise : « Sonny Rollins, lui, a trouvé une salle plus dure, et, pour moitié, avertie contre les poisons du binaire et des potions vireuses du jazz-rock. Qui l'eût cru ? Sonny Rollins s'est fait houspiller, conspuer. (...) Encouragé par ses partisans, il tira la langue aux autres. Il s'en alla enfin, et eut l'ironie amère de remercier tout le monde de son bon accueil. Beaucoup d'auditeurs quittèrent la salle. Il y eut une rallonge cependant, après ce qu'il fallut bien considérer comme un entracte, par où l'on voit que, contrairement à ce que d'aucuns pensent, ou font hypocritement semblant de penser, un artiste de jazz malmené peut aller au-delà de la limite convenue par contrat, s'il a de l'orgueil en réserve et suffisamment de fidèles pour l'y encourager. Les huées n'en sont pas, pour autant, renvoyées à l'imaginaire. Rollins étonné, peut-être blessé, ne les a que trop entendues, et y pense encore .»
Dans la salle (où survit le fantôme de la première du "Sacre du printemps" de Stravinsky), aperçoit-on le timide auteur de ces lignes. C'est sa première occasion de voir Sonny Rollins - écouté à la folie par disques ou à la radio ou vu à la télévision (Châteauvallon, Antibes...). 1976 est une année pleine d'émotions. Quelques jours auparavant, le 25 octobre, la Salle 104 de la Maison de la Radio a été assiégée par les fans de l'Art Ensemble de Chicago. Un sacré barouf ! La "musique vivante", c'est d'abord les spectateurs bien vivants. Et les amants de Sonny Rollins ce samedi soir ne pardonnent pas. Ce n'est pas comme si Nucleus ne nous avait pas prévenus, ce n'est pas non plus comme si on s'en fichait. L'orchestre n'est pas terrible. Le bassiste Don Pate a pourtant officié avec Gil Evans, Roy Haynes, Larry Young... Le batteur Eddie Moore avec Dewey Redman... le guitariste Aurell Ray avec Freddie Hubbard... le pianiste Michael Wolf avec Cal Tjader et Cannonball Adderley... mouais ! Ben, ça ne suffit toujours pas... L'orchestre n'est vraiment pas terrible et les nouveaux thèmes non plus. Les anciens ont été tellement mieux servis. André Francis ajoutera dans une des émissions consacrées à cette soirée que le pianiste était fiévreux. Hmmm... la salle aussi. Les huées font mal. À l'amateur si confus aussi. On croit le concert terminé au bout d'une heure quarante, mais un entracte est annoncé. On ne sait pas trop ce qui se passe, il y a des allées et venues derrière le rideau de scène et, après un long temps qui sembla être une heure, est annoncé que Rollins va revenir pour un set de plus. La radio n'enregistre pas, dommage, c'est mieux. Quelles traces laisse une telle soirée ?
La sortie de Don't Ask en 1979 turlupine et la suite offrira peu de perspectives nouvelles (aparté : Orrin Keepnews, producteur pour Milestone, avait tout de même produit The sound of Sonny et Freedom Now Suite - co-produit avec Bill Grauer - pour Riverside). Pourtant, l'été 1979, Sonny Rollins est à Nîmes, au festival, dans les arènes et c'est magnifique. Le malaise du Théâtre des Champs-Elysées est dissipé. C'est plutôt sur scène (et sur quelques albums live) désormais qu'on attend Rollins.
1980
Sonny Rollins, 3 octobre 1980
Mark Soskin : piano, Jerome Harris : guitare basse électrique, Al Foster : batterie
Paris, Théâtre de la Ville
Dès la première note, on a su. À toute vitesse. On a su que le temps était rassemblé. On a su qu'on était sur l'île vagabonde de Sonny Rollins, que le vertige était gorgé d'amour. "Keep Hold Of Yourself", "Little Lu", "Easy Living", "Flory", "Strode Rod", "Don't Ask", "The very thought of you", "Don't Stop The Carnival", etc. Ce n'est pas tant le répertoire qui compte. Au fond, c'est toujours le même. Ça fuse de partout. De long en large de la scène jusqu'à l'infini. Il y a un rappel bien sûr... puis un second, un troisième et là, on saisit qu'on est dans autre chose. Une affaire de corps. LA JOIE. Personne ne veut laisser partir Sonny. On est débout, on applaudit, on le réclame, on crie, longtemps, longtemps avec tant d'insistance, on danse, surtout on danse de toutes les façons, c'est comme une vague, une vague gigantesque. Il revient, repart, revient surpris, seul ou avec l'orchestre. "Isn't She Lovely". Orchestre très en forme aussi, Mark Soskin en efficacité généreuse, Jerome Harris agile comme jamais et Al Foster en grand batteur rollinsien (et ça veut dire quelque chose). Quelle ardeur... le sablier a pris la tangente, ça fait plus de trois heures... "Take the A train", "Alfie", "Alouette, gentille alouette", 'The cutting edge", "Lover man", des solos improvisés. N'importe... Tant de questions résolues, de tranquillité humaine élancée. Un de ces "j'y étais" concerts où les parallèles jouent les extrémités libres au mileu de leur vie.
Il parait qu'ensuite Rollins est allé au Dreher (un club de jazz à Châtelet) pour jouer avec Sam Rivers.
3 juin 2026, dans le bus parisien (ligne 60) une vieille dame s'adresse à une autre dame plus jeune : "Il nous ont vidés de tout ce qui faisait notre substance... on ne sait plus aimer... moi je suis restée animale". Le 3 octobre 1980, on savait aimer.
Photographies et illustration :
1 - Guy Le Querrec (Magnum), concert du 3 octobre 1980
2 - Guy Le Querrec (Magnum), concert du 4 novembre 1965
3- Affiche du festival de Jazz de Paris par Siné (3 et 4 novembre 1965)
3 - Jean Rochard, concert du 6 novembre 1976
1 Entretien repris dans les dernières nouvelles du jazz 10 décembre 2020
26.5.26
DIM, DAM, DAMPS :
UN JOUR AVEC OCTAVE MIRBEAU...
... Et Catherine Delaunay, Pierre Michel, Pascal Van den Heuvel, Anne Alvaro, René Dufour, Les Amis d'Octave Mirbeau et les voisins et autres amis...
Le 16 mai 2026

Dimanche 17 mai 1892, Paris
par Jeanne Bacharach
Cher Octave,
En attendant mon train hier soir à la gare, avant de regagner Paris, j'ai pensé qu'il fallait absolument t'écrire au plus vite. T'écrire d'une part pour te remercier de ton invitation et te faire part aussi de mon enchantement et du sentiment de plénitude qui m'a envahie en écoutant la musique de tes ami-es Catherine Delaunay et Pascal Van den Heuvel et en me laissant bercer par la voix d'Anne Alvaro. Ce concert m'a fait entendre tout autrement tes textes, tes phrases, qui, prononcées à la façon si délicate de cette comédienne, donnaient envie de s'y lover. « Le petit village des Damps est bâti, près de l'embouchure de l'Eure, sur un bras de la Seine qui sépare du grand fleuve une île plantée de hauts peupliers et d'oseraies abandonnées, maintenant envahies par une flore exubérante et vagabonde. » J'ai retrouvé ces mots qui ont, je crois, ouvert le concert hier et qui me sont restés en mémoire. Ce décor m'a frappée.
Avant de frapper à ta porte je me suis promenée le long de l'Eure, à l'arrière de ta maison. Les plantes fluviales et les saules pleuraient tendrement dans le vent de mai tandis qu'un pêcheur, coiffé d'un chapeau de paille qui ne le protégeait d'aucun soleil, s'était installé là, laissant sa canne ployer entre les éclaboussures des canards. J'ai été saisie par la douceur de cette scène, sa lumière si singulière, son calme. « Et c'est un calme qui vous pénètre, qui vous détend, qui descend jusque dans les profondeurs de l'âme, pour y éteindre les souffrances les mieux attisées » : tu l'écris bien mieux que moi.
Ce calme m'a accompagnée tout le long de cette promenade et c'est ce même calme qui m'a traversée alors que je m'égarais un peu dans ton jardin, que je respirais les rosiers, m'asseyais sous le cèdre, rêvais sous la tonnelle... J'ai alors oublié un moment la « sale époque » que tu dénonces dans ta lettre à Pissarro. Le procès de Ravachol, auquel j'assiste en ce moment et à propos duquel tu écris aussi, n'était pas loin et tes mots ont résonné aujourd'hui avec une force particulière. J'ai pourtant retrouvé à travers les notes majestueuses de la clarinette de Catherine Delaunay et du saxophone de Pascal Van den Heuvel (tes voisins si chanceux!) le « pouvoir de l'émotion » qui te semble perdu.
J'étais assise d'un côté de l'assemblée qui me permettait à la fois d'admirer la façade si régulière de ta maison et de voir le paysage dampsois au loin. Je pouvais, tout en écoutant le concert, laisser libre cours à mon regard qui se perdait dans la nature, la végétation luxuriante, les grands arbres... La musique de Catherine et Pascal , la voix d'Anne Alvaro et tes mots dansaient alors avec une grâce infinie et écrivaient ensemble dans ce paysage de printemps sans limite, une manière d'espérer. Et si tu défends souvent avec panache le pouvoir de l'exagération comme une manière de voir le monde, je peux t'assurer ici que je n'exagère pas.
Mon cher Octave, il est tard et je dois encore boucler le journal qui paraîtra demain. Je t'embrasse, en espérant que cette lettre saura traverser Paris, la Seine et l'Eure aussi vite que possible.
Anouk Séverine.
La force des habitudes
par Pierre Tenne
Comme la Seine a l’habitude de dessiner des boucles, elle oublie parfois de les achever. Plus en aval, ces boucles ont souvent le nom de presqu’île, mais pour celle en amont immédiat des Damps, on ne lui a pas donné de nom. C’est une sorte de coude, dans la rive convexe duquel on a de longue date laissé des pâtures et une immense forêt de hêtres. Les bateliers pressés avaient obtenu le creusement d’un canal à Poses qu’on peut voir sur une carte de Cassini, en même temps que le vide – mais il n’y a jamais de vide et les cartes mentent seulement dans les blancs qu’elles laissent – suggéré tout autour. Une modernité affairée a patiemment rempli ces blancs : une « ville nouvelle », des pavillons, des zones industrielles et d’aménagement concerté, des restaurants rapides et des hôtels bon marché en sortie d’autoroute. L’autoroute 13 est la première voie à tracer si droit en se moquant des boucles de la Seine : on a perdu l’habitude des fleuves.
Pour arriver aux Damps, il faut encore en passer par la forêt ou par les bords de l’Eure, qui coule parallèlement à la grande Seine avant d’y affluer bientôt. La géographie protège le temps et on imagine sans trop de peine un train à vapeur, une calèche, ou des chaussonniers de Pont-de-l’Arche à la sortie de l’usine. On voit les terrains marneux sur la berge opposée dont parle Octave Mirbeau, dans un texte lu par Anne Alvaro, qui donne ce soir-là voix aux textes qu’on a entendus auparavant de la bouche de Nathalie Richard – les remplacements inopinés libèrent les imaginaires : il y a désormais deux voix qui cohabitent avec évidence pour donner vie à ces textes et à cette musique. On se trouve sous le cèdre, celui-là même qu’on devine sur les quatre tableaux que peignit Camille Pissarro de ce même jardin, devant cette même maison où vécut Octave Mirbeau. Sur l’un de ces quatre tableaux apparaît une enfant, et on en voit d’autres qui jouent.
On n’a pas encore perdu partout l’habitude des enfants. Il paraît qu’il y eut une assemblée générale où se réunirent, autour de Pierre Michel, celles et ceux qui trouvent qu’il faut agir pour que notre époque n’oublie pas Octave Mirbeau. Association des Amis d’Octave Mirbeau. Cette même assemblée vient assister au concert que donnent Catherine Delaunay, Pascal Van den Heuvel et Anne Alvaro. À eux trois, tant d’époques, de géographies et les échos de toutes leurs assemblées et groupements passés : on peut savoir faire foule à trois, dans le souvenir vécu de L’homme des Damps.
On a craint la pluie, une fois encore. Le vent s’en est mêlé, et il fallait entendre autrement. C’est l’histoire d’un enfant violé par un jésuite. Plus loin, c’est l’histoire d’un monde qui croule sous la rapidité des informations. Ou alors la litanie des imbéciles qui nous dirigent : De Broglie, Thiers… On n’a guère perdu l’habitude des imbéciles, hélas.
Comme elle en a l’habitude, Catherine Delaunay force toutes les convictions et rassemble les pièces désordonnées, qu’on appelle à raison des éclats. Mirbeau est assemblé ici – une orchidée sauvage pousse sur la pelouse, esseulée ; elle se souvient du jardin qu’a peint Pissarro. La beauté, mais c’est l’exagération, dit Mirbeau lu par Anne Alvaro. C’est aussi cette réparation de la laideur du monde dans la permission donnée à la joie, à la beauté, à la conversation, qui pardonne aux époques et oublie les imbéciles. Le temps d’un poème ou d’un duo, ou même d’une fanfare réduite à quatre musiciens.
Le cèdre a enregistré bien des choses et lorsque le concert s’interrompt, tout le monde ou presque parle d’Octave Mirbeau. C’est à n’y pas croire, et pourtant la géographie a fait son œuvre. Ou peut-être était-ce la force des habitudes mêlées de hasards. La maison est à vendre, mais (veut-on croire) elle est ce soir-là à tout le monde.
Photographies
1 Catherine Delaunay et Anne Alvaro par B. Zon
2 Christelle Raffaëlli, Catherine Delaunay, René Dufour, Pascal Van den Heuvel par B. Zon
3 Anne Alvaro par Corinne Taunay
4 Catherine Delaunay, Christelle Raffaëlli, Pierre Tenne, Pascal Van den Heuvel par B. Zon
5 Pascal Van den Heuvel, Catherine Delaunay, Pierre Michel, Christelle Raffaëlli, Pierre Tenne,Anne Alvaro par B. Zon
6.4.26
LE SINGULIER DES PLURIELS À BRUXELLES
C'était le 31 janvier de cet an 2026. À Bruxelles sur la scène du 140, le chanteur et poète Olivier Thomas a convié un merveilleux essaim puissamment et originellement amateur (du latin amator dérivé de amare - aimer - avant que Stendhal et la sinistrose professionnelle ne s'emmêlent). JOIE ! Les musicien et musicienne de son fameux groupe Tomassenko, Louis Evrard (guitare) et Catherine Delaunay (la clarinettiste ayant la délicieuse charge des arrangements musicaux) se fondent dans un multiorchestre avec vents (on y reconnaît le saxophoniste baryton Pascal Van den Heuvel à qui on fait coucou), cordes (tant de guitares manifestes), instruments jouets, des chorales, celle des Estourdions de l'Académie d'Etterbeek de Véronique Ravier, la Nkoral d'Olivier Thomas, des enfants chantants, la comédienne Véronique Dumont... Des panneaux : "Vas y", "Fonce"... indiquent toutes sortes de directions de belle unité conjuguée en tous sens. JOUER ! Les mots où les souvenirs d'enfance défrisent le temps présent, les sourires, rires, tendresses exaltées, saisissent nos inquiétudes, pansent nos désarrois, sensibilisent nos colères. Une foule existe, débarrassée des tristesses anonymes. La soirée est intitulée "Le Singulier des Pluriels", titre extension du premier album d'Olivier Thomas (Igloo records) à prendre à la lettre de l'être. Et puis comme si toute cette félicité ne suffisait pas, comme si cette formidable humanité devait tellement faire front face au désamour de sinistres manipulateurs cataclysmiques, Olivier Thomas va chercher Huguette et l'installe au milieu de la scène. Huguette chante Piaf comme personne ne l'a jamais fait. On devine plusieurs vies, l'émotion de plusieurs siècles même. BEAUTÉ. Revient à l'esprit le message d'Albert Ayler sur la scène de la Fondation Maeght le 27 juillet 1970 : "music is the healing force of the universe". Ce n'était pas du bidon. Le 31 janvier 2026, on le vit.
Photographie : Marc Lamote














