Enfants d'Espagne

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13.5.21

SENS ET SAURIENS

Les 16 et 17 septembre 1978, Jac Berrocal (alors Jacques) organisait avec ses amis Sens Music Meeting (qui connut trois éditions) dans sa ville de Sens. Véritable manifeste de la musique improvisée : on y entendait entre autres : Irène Schweizer, Rüdiger Carl, Hans Reichel, Fred Van Hove, Michel Portal, Vinko Globokar, Tamia, Claude Parle, Richard Marachin, Jean-François Pauvros, Didier Malherbe, John Tchicai, Gaby Bizien, Barry Guy, Un Drame Musical Instantané, Fred Van Hove, Günter Christmann, Jac(ques) Berrocal, (enregistrés par André Francis pour Radio France). Sens doit en vibrer encore. En tous les cas, l'émission "La Nuit des Sauriens", animée par l'infatigable Patrick Pincot depuis 1985 sur la radio de Sens (Radio Stolliahc 90.1 FM) en porte l'héritage. Sur ses ondes, ces jours-ci Fallen Chrome de Jac Berrocal & Riverdog est à l'honneur des sénons Sauriens mélomanes et chahuteurs...

Photos Sens 1978 : B. Zon

31.8.20

LE PETIT MOMENT DE MUSIQUE CONTEMPORAINE


France Inter (radio de service public), dimanche 30 août 8h48, le journaliste présentateur Éric Delvaux introduisant le petit moment de musique classique, lance à Anna Sigalevitch (chargée du petit moment de musique dite classique du dimanche - la musique classique c'est le dimanche) : "Non ! Non ! Non ! Vous allez nous mettre de la musique contemporaine dès le matin ?" et il ajoute avec cet humour de téléachat "Pierre Boulez n'est jamais loin"... (Boulez est compositeur qui fut d'avant garde dans les années 1945-1950-1960, nous sommes en 2020). Un peu plus tard alors que sont diffusés généreusement des extraits de quelques secondes (vingt minutes avant, dans le même programme on a entendu un morceau intégral de Christine and the Queens), toujours rigolard, Delvaux ajoute un "j'essaie de suivre ...".. Le dernier extrait qui combine une création musicale de Georges Bloch à partir d'archives d'Elizabeth Schwarzkopf et Billie Holiday et voici notre speaker rassuré : "ben là on retrouve des codes qui nous sont familiers". Tout est dit !

20.7.20

DAVID JISSE

"La parole est malade", titre qui résonne ô combien de nos jours, était une des chansons du duo David et Dominique, soit Dominique Marge et David Jisse. Ensuite, David s'est intéressé à d'autres musiques, de toutes expériences, devenant le compère de Luc Ferrari, le producteur d'émissions sur France Culture et France Musique pendant 30 ans, le très sémillant, l'inspiré et inspirant directeur de la féconde Muse en Circuit pendant 15 années, le créateur du festival Extension, le compositeur. Avec « Assis sur ma valise - Détour de chant » il unissait ces différentes galaxies musicales qui ont nourri sa vie et qu'il a su nourrir. David Jisse vient de nous quitter.

2.7.20

USAGE DÉFAUT

Thibault Lefèvre, France Inter, 2 juillet 2020, 8h10 : "Rue Sacco et Vanzetti, rue Louise Michel, Stade Paul Vaillant Couturier, à Valenton la plupart des noms des lieux publics témoignent de l'héritage communiste". Des journalistes s'y entendent pour mettre la gomme et générer confusion, intrication, balourdise et effacement jusque dans les moindres détails, à moins que tout simplement, ignorants, ils n'aient jamais rien entendu des préceptes de l'histoire.

28.11.19

FRANCE INTER (MINABLE)

«Ah ! La belle chose que de savoir quelque chose !»
Jean-Baptiste Poquelin dit Molière in Le Bourgeois Gentilhomme
• exemple parmi mille : suppression de 299 postes à Radio France la même semaine où la radio nationale clame à tous bouts de champs le succès de France Inter : "première radio de France".

10.11.19

QUESTION ENERGÉTIQUE

Intéressante question posée hier soir 9 novembre à la sortie du Studio 104
de la Maison de la Radio : "Le troisième courant est-il une énergie pour le futur ?"




26.6.19

22 JUIN, TRAFFIC À CAMPUS


Samedi 22 juin, l'été vient d'arriver et à Campus Terrain d'Entente dans le 11e arrondissement parisien : réjouissant concert de soutien aux réfugié-e-s. Atissou Loko, truculent percussionniste fondateur d'Adjabel ouvre la soirée invitant l'accordéoniste Scott Taylor, suit le trio d'occasion-fait-le-larron Jean-François Pauvros, Sylvain Kassap, Olivia Scemama ou une certaine transformation physique et poétique : île vue de loin puis par touches de multiples transgressions, soudain, sans crier gare, au cœur de nos intimités, puis le trio Al Akhareen avec la flûtiste et chanteuse Naïssam Jalal, le rappeur Osloob et Dj Junkaz Lou, une franche façon de traverser ce que peuvent encore être, avec grâce déterminée, nos idéaux de résistances. Le solo de Naïssam Jalal dédié au terrible voyage à travers la Méditerranée transmit une émotion difficile à contenir. Trois expressions donc, figurant bien Traffic, la très exploratrice émission de Thierry de Lavau et Agnès Rougier, tous les mercredi à 22h30 sur Radio Libertaire, émission qui cite volontiers comme précepte cet extrait de "Free jazz / Black power" de Philippe Carles et Jean-Louis Comolli : "Aucune musique n’est socialement inactive, idéologiquement insignifiante, ni sans effet sur le normage culturel des comportements"

Photo : Thierry De Lavau

23.6.19

LES DÉSACCORDS DE FRANCE MUNIQUE


La fête de la musique fut imaginée en 1976 par Joel Cohen, musicien américain spécialiste de musique ancienne (luthiste) qui travaillait alors à Paris comme producteur pour France Musique. En 1982, le ministre de la culture Jack Lang et son directeur de la musique Maurice Fleuret reprennent l’idée, l’officialisent et l’événement aura lieu tous les ans le 21 juin, jour du solstice d’été.

Les jours dédiés ont ceci de particulier que leur sujet rejoint bien souvent, dès le lendemain des festivités les 364 autres jours de l’année, la cohorte des traitements anonymes, lorsque ce n’est pas l’oubli ou la disgrâce. La musique ne fait pas exception et l’on continue de constater avec quel acharnement les occasions ne manquent pas de lui faire sa fête.

Ce 20 juin 2019, dernier jour du printemps donc, pas grand chose à fêter, pas même la fuite du roi à Varennes (1). À 17h28, un groupe de musiciennes et musiciens et autres gens de musique se pressent pour la seconde fois (2) devant la Maison de Radio France, suite aux suppressions brutales d’émissions sur France Musique et bidouillages attenants, avec force slogans, chants et instruments, pour dire leur réprobation, leur écœurement et leur colère (3)(4). Deux jours plus tôt, le 18 juin, date fortement ancrée dans les mémoires, la Maison Ronde est le théâtre d’une grève très largement suivie. Le communiqué de l’intersyndicale explique : « Les 60 millions d’euros d’économie à réaliser annoncés sont la conséquence du désengagement de l'État et du plan de la Direction, dont le choix d'investissements massifs dans le numérique/web (à hauteur de millions d’euros) au détriment de la production radiophonique (…) Radio France a déjà fait les frais de plans d'économies successifs, qui ont conduit à des salaires bloqués depuis 7 ans, de nombreux départs non remplacés et la politique de redéploiements au profit d'activités nouvelles, qui ont désorganisé bon nombre de secteurs. » (5) La casse du service public, de l’hôpital à l’éducation nationale en passant par la radio, va de pair avec les rognures permanentes infligées à la liberté d’expression. Bâillons : enfants de la patrie.

À 17h40, tout un symbole, l'économiste multi-cartes Jacques Attali sort de l'édifice pour rejoindre sa voiture avec chauffeur. Conseiller du président François Mitterrand (époque Fête de la Musique), promoteur de la rigueur économique en 1983, puis conseiller des présidents Nicolas Sarkozy (pour qui il fut le chantre de la croissance libérée), François Hollande (entré en "grande" politique par les soins recruteurs d'Attali qui plus tard lui inspirera les lois "Macron" passées au 49.3) et Emmanuel Macron (dont il fut le co-géniteur politique), cet ex-directeur de la dispendieuse Banque européenne pour la reconstruction et le développement, fait partie de la très boursoufflée et ravageuse mistoufle intellectuelle qui encombre les plateaux de télévision et de radio à propos de tout et de rien depuis des années. Ce spécialiste de la manigance infinie et des photocopies à répétition est aussi un « spécialiste de musique ». Il a publié en 1977 un inepte livre sur le sujet intitulé Bruits (Presses Universitaires de France) que d'aucuns ont pris au sérieux malgré sa pensée courte et son truffage de contrefaçons (une habitude) et d'erreurs (au hasard : naissance du free jazz en 1969). En janvier 2007, au Midem de Cannes, il se fit le promoteur du MP3 et de la gratuité de la musique, pour lui art consommé de l'entrepreneuriat individuel. Voilà donc un deus ex machina de la République, sinistre clown blanc ultralibéral, incarnation du pouvoir broyeur, pour quelques minutes à peine, face à des artistes récalcitrants, refusant l'idée d'art mouliné par la machine économique. Trop gentils ou pas assez physionomistes, ils le laisseront regagner son automobile. Ce 20 juin, pas de fuite à Varennes.

On parle de nouvelle grille des programmes, le terme a effectivement une odeur de brûlé et des allures prisonnières lorsque le mot "rentrée" a des relents de "sortie". Il est ainsi prévu de supprimer À l'improviste, émission hebdomadaire créée en septembre 2000 et animée par sa productrice, Anne Montaron. On a pu y entendre une extraordinaire ruche de musiciennes et musiciens de tous horizons adeptes de l'improvisation : Joëlle Léandre, Michel Doneda, John Butcher, Barre Phillips, Catherine Jauniaux, Claude Tchamitchian, Ève Risser, Serge Pey, Didier Petit, Jacques Di Donato, Seijiro Murayama, Didier Lasserre, Hélène Labarrière, Beñat Achiary, Daunik Lazro, François Corneloup, Sarah Murcia, Kamilya Jurban, Camel Zekri, Erik M, John Edwards, Sylvain Kassap, Denis Charolles, Valérie Philippin, Claudia Solal, Ramon Lopez, Sylvain Lemêtre, Benoît Delbecq, Paul Rogers, Noël Akchoté, Dominique Pifarély, Valentin Clastrier, Mark Sanders, Raymond Boni, Catherine Delaunay, Xavier Charles, Elise Dabrowski, Géraldine Keller, Edward Perraud, Vincent Courtois, Jean-Jacques Avenel, Steve Beresford, Vincent Peirani, Hasse Poulsen, Jean-Marc Foussat, Charles Pennequin, la Marmite Infernale, pour n'en citer que quelques-uns, tous en situation de création réelle dans les studios de Radio France - et tant à venir. L'émission se faisait également régulièrement le témoin de nombre de festivals à la verve créative. Le legs est conséquent, la documentation phénoménale. À l'improviste fait partie des très grandes émissions de l'histoire de la radio made in France, ces émissions qui ont su être l'écho complice de la vie musicale même, son excitation et non sa contrainte. Bien plus qu'une tranche horaire dédiée à un style de musique, elle est une force inspiratrice pour n'importe quelle musique et c'est bien ce qu'auraient dû comprendre les directeurs et directrices de cette Maison qui ne tourne vraiment plus très rond. Ainsi ne l'auraient-ils pas imbécilement supprimée, mais l'auraient-ils mise davantage en valeur, en vis-à-vis de l'ensemble du monde musical. Ce sont mille À l'improviste qu'il faudrait créer, mille émissions capables de transformer l'aboutissement en geste premier, de relever des indices de vie féconde, de doute superbe, d'assortir poésie et action.

   Interlude pas si rigolo :
• France Inter 21juin, 6h45, au micro de Sophie Parmentier à l'occasion de la fête de la musique, Lauren Douvret, qualifié de "musicien-policier" [sic] : « On utilise vraiment aussi la musique comme outil essentiel à des règles, c’est-à-dire que le musicien répond à des règles : une partition, un chef, une hiérarchie, du coup c’est ce qu’on essaie de leur montrer [aux jeunes] , de la même façon, il y a des lois, il y a des règlements dans leurs écoles, mais également dans le pays et du coup également le respect de ces règles, et des autres, des plus grands et des chefs… ».

La musique est un langage, une terre, un cœur, un poumon, une source mobile, un héritage, une saine provocation. En sa forme entière, elle ne saurait tolérer petits arrangements lâches ou accords attaliques pour quelque annexion honteuse que ce soit, quelque bâillonnement, quelque expulsion, quelque ordre policier.  À l'heure où elle vit tant de souffrances, priée à chaque instant de s'insérer dans les rangs d'une forme de dictature technologique stérilisée, tous les À l'improviste qui portent bien leur nom sont et seront autant d'oxygène verdoyant, d'enthousiames portés sur le triomphe de la vie.


(1) 20 juin 1791, fuite de Louis XVI à Varennes
(2) Grince Musique
(3) Pour le maintien de la création musicale à l'antenne de France Musique Pétition sur Change.org
(4) Lettre ouverte à propos de la suppression de cinq émissions sur France Musique in Les Allumés du Jazz
(5) Crise à Radio France : un rapport dément les chiffres de la direction par Laurent Mauduit in Mediapart, 16 juin 2018

Photo : David Jisse

28.5.19

GRINCE MUSIQUE

Matinée du 28 mai vers 11h, musiciennes, musiciens, gens de musique et autres personnes partageant cet amour, révoltés par la récente et inique décision de la direction de France Musique de supprimer cinq émissions, se sont retrouvés face à la Maison de la Radio (bien dit "public" sous haute surveillance face à la colère et la joie - se retrouver - des manifestants). Le directeur Marc Voinchet ne daigna pas descendre, malgré la demande d'une "délégation"... Les CRS arrivèrent à la toute fin en même temps que la chargée de communication de Radio France experte en langue de bois. À suivre...

À lire


Photo : B. Zon

15.5.19

COMMUNIQUÉ DES ALLUMÉS DU JAZZ
À PROPOS DE LA SUPPRESSION DE CINQ ÉMISSIONS À FRANCE MUSIQUE


à Madame
Sybile Veil, présidente-directrice générale de Radio France
et Messieurs
Marc Voinchet, directeur de France Musique
Michel Orier, directeur de la musique et de la création culturelle à Radio France,
ancien producteur de musique membre fondateur des Allumés du Jazz
Frank Riester, Ministre de la Culture de la République Française


France Musique dans l’angoissante concordance des temps.

Ce n’est pas la première fois que France Musique - station de radio à qui il est arrivé d’être exemplaire - supprime des émissions de qualité, éconduit des talents de premier plan (la grève de 28 jours en 2015 [1] reste fraîchement dans les mémoires). Mais la suppression de cinq émissions d’un seul coup, cinq émissions porteuses d’une réelle diversité hors sentiers rebattus dont les musiques se voient soudain contraintes de traverser la rue pour trouver des auditeurs, est cette fois dramatiquement indicatrice de l’éprouvante direction d’une certaine vision de l’avenir proche – musical ou non - à laquelle on aurait aimé que France Musique, plutôt que de se fondre dans l’effondrante manœuvre,  offre son meilleur contretemps.  

"A l'improviste", "Le Cri du Patchwork", "Le Portrait Contemporain", "Tapage Nocturne", "Couleurs du Monde Ocora" sont autant de réussites concrètes, de symboles d’une création belle et bien vivante, et l’objet de ce texte ne devrait pas être seulement de demander leur maintien, mais de réclamer la multiplication de ce type d’émission où il est facile de reconnaître ce pour quoi la musique existe, ce pour quoi elle nous parle. Anne Montaron, Clément Lebrun, Arnaud Merlin, Bruno Letort, Françoise Degeorges en sont les productrices et producteurs respectifs : de magnifiques artisans inventeurs, fervents d’exploration, à l’écoute du monde, de tous les mondes.

La concordance des temps inquiète : suppression d’émissions hardies en ces instants où l’on arrête les journalistes qui filment de trop près [2] , où l’on coupe au montage les moments qui embarrassent la bonne tenue de célébrations à la gloriole programmée [3], où chaque semaine qui passe, la liberté d’expression est davantage entamée. La musique n’est pas qu’une bande passante.

La concordance des temps inquiète encore lorsque nous est servi comme excuse de ces amputations ce « Nous sommes soumis à une forte pression budgétaire concernant le coût de la grille » [4]. Pour lire ensuite le cocasse « Il faut faire aussi bien avec moins de moyens.» [5] Cette recommandation eut été plus à propos lors des délirants chantiers de rénovations des bâtiments de Radio France sur lesquels beaucoup a déjà été dit et écrit. La musique se voit présenter l’addition. « Quand le bâtiment va tout va » dit l’adage, mais qu’est-ce qui va vraiment lorsqu’on va s’écraser sur le mur des grands travaux inutiles ?

Et lorsque de l’hôpital à l’école, le service public est sans cesse abîmé (la suppression des cinq émissions est contemporaine du projet de loi de « transformation de la fonction publique ») : concordance des temps plus qu’inquiétante.

On a beau nous expliquer qu’en remplacement on verrait « créer à la rentrée un grand rendez-vous, plus dynamique que des émissions planquées à 23 heures, inventer un vrai carrefour de la création, avec des passerelles entre les artistes », on perce rapidement l’esquive facile avec un vocabulaire plus passoire que passerelle. Comme si "A l'improviste", "Le Cri du Patchwork", "Le Portrait Contemporain", "Tapage Nocturne", "Couleurs du Monde Ocora" n’avaient pas magnifiquement déjà établi les jonctions intelligentes sans besoin de compression césarienne. Ou bien s’agit-il simplement de se plier à la loi de la diffusion régie par les algorithmes et la grande vague du streaming ou s’ajuster sur des projets aussi fumeux que le Centre National de la Musique ou bien faire Radio Classique au rabais, ou peut-être tout cela à la fois.

Notre sentiment alors n’est pas celui de l’indignation, mais bien celui de la colère face à cette braderie de la quintessence incarnée par ces cinq émissions. Il s’agit donc bien pour nous toutes et tous, que nous appartenions ou non au monde musical, d’insister sérieusement pour obtenir le maintien de ces programmes à qui il ne peut être fait de reproche. Il ne s’agit vraiment pas de détail, mais bien en ces temps aussi troublés que troublants, de la marque essentielle d’un attachement indéracinable à l’esprit libre.

Et puisque la station France Musique est née d’une idée du poète Jean Tardieu, nous vous recommanderons Madame et Messieurs de méditer sur ces quelques lignes de sa plume : « Les hommes cherchent la lumière dans un jardin fragile où frissonnent les couleurs. » [6]






[1] Communiqué des Allumés du Jazz du 9 juin 2015
[2] Exemple : l’arrestation de Gaspard Glanz (Taranis News) lors de la manifestation du 20 avril 2019
[3] Lors de la Cérémonie de remise des Molières le 13 mai 2019, une quinzaine d'intermittents en Gilets jaunes on interrompu le spectacle pour remettre leurs propres récompense. Les images de cette intervention ont été coupées au montage lors de la diffusion deux heures plus tard sur France 2.
[4] Marc Voinchet in Télérama le 14 mai 2019
[5] Id
[6] Monsieur Monsieur de Jean Tardieu (1951 Gallimard)

12.2.19

ANDRÉ FRANCIS

André Francis était, depuis les années 50, une figure indissociable de la vie du jazz sur les ondes radiophoniques et à la télévision (quand il y en eut) et plus encore une voix : celle, légendaire et archi active, qui annonce le 27 juillet 1963 "le jeune Tony Williams à la batterie, il a 17 ans" et "Herbie Hancouk au piano". Une sorte de parrain omniprésent à la vaillance certaine qui ne craignait pas de se faire chahuter à chacune de ses apparitions en un temps où le jazz était affaire de positions pour lui comme pour nous. "Dédé" s'est éteint aujourd'hui à 93 ans.



3.12.18

FRANCE UN FAUX

 Entendu sur France Info (samedi 1er décembre) : "des manifestants ayant revêtu des faux gilets jaunes". Ils ont de sacrés experts à la radio nationale !

31.3.18

RECHERCHE DE LA BASSE AU SOMMET
CLAUDE TCHAMITCHIAN À L'IMPROVISTE

Recherche de la basse au sommet

Qu’advient-il de son instrument lorsqu’un musicien disparaît ? La guitare de Jimi Hendrix, le piano de Claude Debussy, la guitare de Georges Brassens, les manuscrits de Nadia Boulanger ou le saxophone de John Coltrane entrent au musée où la vie se fige. Certains échappent à la tentation cryogénique, d’aucuns diront façon d’histoire, pour rejoindre d’autres bras, d’autres doigts, d’autres esprits, d’autres cœurs. C’est le cas d’une contrebasse de Jean-François Jenny-Clark, contrebassiste sublimement impliqué (imbriqué même) dans l’histoire du jazz, confiée à un autre contrebassiste de la génération suivante, musicien de nécessaire implication, de cœur actif. Le 12 mars dernier au studio 106 de Radio France, Claude Tchamitchian, invité d’Anne Montaron dans l’émission À l’improviste, se présente avec la contrebasse de Jean-François Jenny-Clark, dit JF, pour un concert solo d’une courte heure. Le 12 mars, c’est aussi l’anniversaire de Jack Kerouac et c’est par un hasard assez objectif que cette phrase de l’auteur du rouleau Sur la route vient à l’esprit : « Au fond, qu'est-ce qui est arrivé après ? - voilà la seule raison d'être de la vie ou d'une histoire. ». Par la grâce de l’instrument, l’après est ce jour-là un étourdissant déploiement de présent. Accordée autrement, travaillée autrement, aimée autrement, cette basse permet à Claude Tchamitchian (dont on ne dira jamais assez que son Another childhood* est l’un des très grands albums de contrebasse solo de l’univers du jazz - ou du jazz de l’univers), de se quitter lui-même pour se retrouver ailleurs, pleinement ailleurs. Dès les premières notes, on est happé par la profondeur immédiate du geste, une forme d’impatience retenue mais illuminée, la détermination d’explorer la confidence. Tout semble neuf et pourtant tout est intensément gorgé d’histoire, la témérité est délicate, l‘acuité limpide et l’intensité évocatrice foisonnante ; l’exercice pouvait sembler périlleux, il n’en est rien, il dépasse largement le défi initial, le rituel même, pour un tissage (maîtrise de l’archet) de tous les multiples franchissant un seuil où s’affirme la visionnaire osmose, là-haut à voix basse.

27.4.17

NAGUI RÉGULATEUR DÉMOCRATE
Sans rigoler

Ainsi l'animateur radio-télé Nagui, celui qui estimait en juin 2016 que travailler dans la radio publique c'était « du bénévolat – on ne peut pas parler de salaire, c’est du défraiement », a censuré un des humoristes de son émission quotidienne, Pierre-Emmanuel Barré, au motif qu'il faisait dans un sketch l'apologie de l'abstention se concluant par « Je sais pas qui va gagner le 7 mai, mais je peux vous dire qu'il y aura 65 millions de perdants ». L'animateur s'est défendu « Mais non, ce n’est pas de la censure, surtout par rapport à la vraie censure qui risque d’arriver si Le Pen passe. Je suis sidéré qu’on banalise le fait que le FN soit au premier tour, qu’il n’y ait pas eu de manif ». Nagui, animateur habitué des manifs antifascistes donc (on cherche les traces pénélopiennes de sa présence à Bastille dimanche soir après l'annonce des résultats du premier tour). C'est tout simple et déjà éprouvé : pour éviter la censure : une autre censure. L'abstention qui a largement dépassé en nombre tous les autres votes n'est certes pas une masse homogène, mais ni plus ni moins que les autres groupes. Ses représentants n'ont pas de droit de cité. Marion Maréchal Le Pen, qui s'y connaît en extrême droite, disait récemment : « L'abstention ne bénéficie pas au Front national ». Pas très sensé ces histoires de censure !

25.2.16

SPEAKERS DE RADIO FRANCE

 Écouter les nouvelles par la radio publique peut coller un peu de cafard, mais heureusement les noms des journalistes (surtout lorsqu'ils sont en suite) sont plutôt rigolos et constituent peut-être le commentaire réel : Stanislas Touchot et Claire Chaudière, Laurent Léger et Marion L'Hour, Bertrand Quenotte et Sandy Dauphin, Marc Podevin et Pascale Boucherie, et puis Pascal Tonnerre...

9.6.15

LES ALLUMÉS DU JAZZ À PROPOS DES CHANGEMENTS À RADIO FRANCE

 « Liberté d’expression » ! Ces mots ne sauraient être une tournure vide de sens, un habillage vaguement pratique.

Or, au travers d’une grève de 28 jours, la plus longue de l’histoire de Radio France, ses personnels nous ont alertés d’une menace sérieuse.

Ce n’est pas la première fois que frustrations, contrariétés, sentiments d’injustices naissent des décisions des pouvoirs en charge (renvoi de journalistes et producteurs talentueux, amputations des programmes, érosion de la qualité), mais jamais on n’a senti aussi crûment la mise à bas de cette « liberté d’expression » dont la radio nationale devrait être un tantinet garante ; devrait être expressément garante.

On partira ici du principe - sur lequel on insistera - que les musiques naissent libres et égales entre elles.

Faut-il rappeler le rôle joué par la RDF, la RTF, l’ORTF, puis Radio France dans la constitution du champ musical en France, de ses recherches, de ses perspectives ?

Faut-il rappeler aussi le rayonnement provoqué par la possibilité d’assister à des concerts de grande qualité, gratuitement ou à moindre prix ?

Faut-il rappeler, par exemple l’importance considérable de la radio dans la diffusion du jazz en France ? On citera avec insistance les noms de Marjorie Alessandrini, Patrice Antona, Yvan Amar, Jean-Arnaud, José Artur, Jean-Christophe Averty, Jérôme Badini, Henri Bernard, Patrice Bertin, Jacques Bisceglia, Patrice Blanc-Francard, Pierre Bouteiller, Xavier Yvonne et Robert Brédannaz, Brocker, Jean Buzelin, Philippe Carles, Claude Carrière, Daniel Caux, André Clergeat, Sim Copans, Maurice Cullaz, Louis Dandrel, Charles Delaunay, Julien Delli Fiori, Jean Delmas, Henry Devay, Michel de Villers, Jack Diéval, Michel Dubourg, Hervé Dubreuil, Alain Durel, Alex Dutilh, Anne-Marie Duverney, Chris Flicker, André Francis, Maryse Friboulet, Louis Fritsch, Alain Gerber, Jean-Louis Ginibre, Michel Godard, Laurent Goddet, André Hodeir, Henri Hubert, Michel Jules, Philippe Koechlin, Gabriel Lallevée, Daniela Langer, Pierre Lattès, Bruno Letort, Lucien Malson, Jean-Marie Masse, Jean-Robert Masson, Franck Médioni, Arnaud Merlin, Anne Montaron, Raymond Mouly, Claude Muller, Daniel Nevers, Bernard Niquet, Hugues Panassié, Jean-Jacques Patrice, Xavier Prévost, Franz Priolet, Jean-Michel Proust, Auguste Pujolle, Henri Renaud, Jean-Paul Ricard , Marie-Berthe Servier, Jean-Paul Terray, Gérard Tourtrol, André Vasset... La liste n’est pas exhaustive et toutes et tous ont œuvré non seulement à une meilleure connaissance de cette musique, à sa compréhension profonde, mais aussi à sa maturité, à son intégration, à son existence même.  Il ne s’agissait pas de situer le jazz dans ce que la novlangue en cours nomme sans dignité une « niche », mais de le vivre sur la place publique. Plus que jamais, le jazz ne saurait être seul, il vit dans une grande diversité de musiques. Le rôle de la radio est d’en préciser les perspectives, les reliefs, les liens.

Les nouveaux décideurs de l’audiovisuel en France se préoccupent d’abord de réaménagement de bureaux de fonction, de voyages en taxis pharaoniques, de Peugeot 508 neuves, d’experts en gestion d’image, puis ensuite d’audimat « toucher un public le plus large possible[1]  » et de rentabilité, notion qui a son absurde lot d’abstractions lorsqu’il s’agit de service public.  Foin de la création, de l’excellence, de l’intelligence.

Le changement de la radio, c’est donc maintenant. Il ne s’agit plus de sales petits coups en douce, mais d’une véritable déflagration : avis de 380 licenciements, fermeture du bureau du jazz suivie d’une transformation simulée, annonces de la suppression de France Musique puis son amaigrissement à deux faces (classique et jazz la semaine, « diversité » le week-end), grille des programmes ratatinée, captations de concerts réduites de moitié et suppression des cachets pour les musiciens enregistrés (en invoquant soudainement que France Musique, qui l’a pourtant pratiqué depuis des lustres, ne serait juridiquement pas apte à le faire), mise à l’écart du commentaire (« plus de place à la musique et moins à la musicologie1 »), réduction spectaculaire des moyens de productions au profit de simple passage de musique…

Un slogan de France Musique indiquait « la musique un ton au-dessus », un autre de France Inter que la « voix était libre » en nous priant « d’écouter la différence ». À l’heure d’impressionnants changements technologiques, sources logiques de confusion, quand lors des deux dernières décennies, les oracles avisés, futurologues high-tech et autres experts se sont lourdement trompés dans leurs prévisions, il semble bien que cette différence, cette liberté sont les moyens inaliénables pour un service public qui se doit d’être au-dessus des concurrences passagères, qui se doit d’écouter autre chose que les logiques meurtrières de l’uniformité.

C’est TOUTE la création musicale dans son ensemble, dans sa diversité, dans sa créativité que nous voulons voir figurer à titre égal et généreux sur les chaînes de la radio publique - France Musique, France Inter, France Culture, FIP, France Bleu, France Info, Mouv - débarrassée de la dictature du divertissement et de ses manipulateurs. Il en va très sérieusement de « la liberté d’expression ».



                                                                                                            Les Allumés du Jazz




1 AFP 26 avril 2014

Photos : B. Zon

4.11.10

JAZZ SUR LE VIF
L'INVITATION DE XAVIER PREVOST















Xavier Prevost, monsieur Jazz à Radio France, y a pensé… ils ne sont pas nombreux. Ça fait chaud ! Comment peut-on avoir oublié un musicien de l’importance de Beb Guérin ? Ou plutôt pourquoi néglige-t-on (ou préfère-t-on négliger) le souvenir de musiciens qui, s’ils ne furent pas les inventeurs d’un style ou d’un type de figuration, contribuèrent en essentiels catalyseurs, dynamiteurs, au devenir réel de la musique. Là comme ailleurs, l’histoire véritable n’est pas celle de héros statufiés, mais bien de personnages littéralement engagés. Beb Guérin en est l’exemple fort, musicien essentiel au développement de la musique en France lors des décennies 60-70.

Un soir de 1979 à la salle des fêtes de Montreuil, le contrebassiste était resté sur scène, après le « spectacle » (un tant soit peu disons … malaisé (ou malaisant) ce jour-là), avec son instrument pour longuement jouer seul s’adressant aux spectateurs ne souhaitant pas partir (un très bel acte), en parlant de conscience, du sens de la musique, de ce qu’on croyait entendre, de ce qu’on pouvait faire. Ce que la petite organisation auto-appelée « monde du jazz », qui étouffe volontiers son plaisir dans les figures de style, n’aime plus guère.

François Méchali s’était produit lors de ces mêmes années (le 25 mai 1976*), au studio 105 de la Maison de la Radio, en trio de contrebasses avec Beb Guérin et Jean-François Jenny-Clark. Ce concert fut le modèle de ce qui devint le premier disque nato, soit un duo Méchali-Guérin (JF n’étant alors pas libre) intitulé Conversations et enregisté le 6 septembre 1980 à Chantenay-Villedieu, deux mois avant le suicide de Beb.

Pour les trente ans de nato, donc, Xavier Prevost dont le sens de l'attention n'est pas une légende, a choisi (dans ce studio 105) de rendre hommage à Beb Guérin, ou plutôt de solliciter un rappel en invitant, seul, son partenaire de Conversations, François Méchali. À l’issue de ce solo, toujours à l’invitation de Xavier Prevost, Bruno Chevillon s’est joint à Méchali pour une quinzaine de minutes d’improvisation libre, respectueuse et respectable. A l’issue de cet échange, Chevillon rappela l’influence considérable qu’exerça Méchali sur son désir de musique, soulignant par là même le rôle discrètement fondateur de l’ancien membre du Cohelmec pour la scène française. Pour la seconde (ou troisième) partie de la soirée, le directeur du Bureau du jazz de Radio France a tout aussi simplement, en jolie logique aérée, convié le trio de Tony Hymas avec Bruno Chevillon et Eric Echampard, donnant ainsi le champ nécessaire à une soirée finalement très complémentaire (histoire et actualité encore) de celles du Dunois en début de mois. Concert à multiples conjugaisons, aux plans variés, en belle lisibilité d’où surgit en rappel le plus naturellement du monde (là où ça passe, là où ça se passe) un « Blue Monk » intimement significatif.

Diffusion sur France Musique ces samedis 6 et 13 novembre à 23h dans le cadre de Le bleu, la nuit... puis en écoute pendant un mois sur le site de la chaîne. Ces concerts ont été filmés en vidéo par une équipe de Radio France et seront visibles sur Dailymotion via le site de France Musique à partir du lundi 8 novembre pour le solo-duo de contrebasse(s) et du lundi 15 novembre pour le trio. Détail du programme radiophoniqueici

* précision apportée par Xavier Prévost