Enfants d'Espagne

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19.10.18

LES ASSASSINS DE L'ARBRE

"Faire de notre pays une puissance environnementale" a dit le roi dans son allocution télévisée du 16 octobre, semaine où les arbres de la forêt de Romainville et 115 de ceux de place La Plaine à Marseille sont abattus pour des projets politiquement cupides. Les arbres, ces plantes indispensables, gardiennes de la paix de nos racines et garantes de notre souffle, assassinées grâce la protection des dites forces de l'ordre. La puissance environnementale des tronçonneuses.

18.1.18

DE NOTRE-DAME-DES-LANDES
LES AVIONS NE DÉCOLLERONT PAS



Nous n'aurons nul besoin de romancer, de romanteaser, d'idéaliser, Camille est un beau prénom pour les gars comme pour les filles.

En 2012, dans la forêt de Rohanne, alors que pelleteuses, bulldozers et tronçonneuses tentaient sous haute protection de s'attaquer aux arbres pour déblayer le terrain, face aux gendarmes une foule de toute sorte chantait et dansait entre deux tirs de grenades lacrymogènes : "et dans quatre ans les avions ne décolleront pas, et dans cinq ans les avions ne décolleront pas...". Et bien voilà, le projet de construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, ébauché en 1963 - l'année de la mise en place du téléphone rouge, de la Marche sur Washington, de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, de la critique de l'URSS par Mao Tse Toung, de l'élection de Ahmed Ben Bella en Algérie, de l'intensification de la guerre du Vietnam, du procès Auschwitz, du jaillissement de l’île de Surtsey et de la mort de Tristan Tzara - est définitivement enterré. Selon donc la très saine et volontaire prédiction : "de Notre-Dame-des-Landes les avions ne décolleront pas".

Les agents de piste du pouvoir en auront essayé des choses! Des opérations César, des occupations policières, des coups tordus, des fake news, des intimidations, des emprisonnements, de la pédagogie d'opérette, des trahisons, des mises en scène du bonheur macabre étalonné, celui du "quand le bâtiment va, tout va" etc. jusqu'à un référendum, une de ces consultations électorales de bon spectacle telles qu'ils en fixent eux-mêmes les règles, rendues caduques de leur propre point de vue. À un certain moment, maintenant, à court, ils n'en puirent plus devant tant de résistance, devant tant de diversité de résistance, d'intelligence, de cette chavirante fécondité de l'esprit, de cette insistance de vie. 

En face, une grande conscience active et résonante, des gens si divers, de là et d'ailleurs, qui avaient compris de suite que lors du réveil, la meilleure source d'inspiration surgit brusquement du réel et de ses anamorphoses. Parfois à la peine, l'unité ne saurait être une valeur falsifiée. Quelque chose d'autre s'est trouvé, quelque chose de multiple, redoutable et joyeux. Et l'on vit la constitution d'un nous que l'on croyait parti sans laisser d'adresse.

Un philtre enchanteur a libéré le mot Zad de ses significations insensibles et renfermées (celles de ses cousins Zup ou autres Dpu) pour qu'il devienne un terme affranchisseur bouleversant les limites imposées. Dans les rythmes heurtés de la Zad de Notre-Dame-des-Landes, même pour les visiteurs occasionnels, il est arrivé de réapprendre à être vivant.

La fin du sinistre projet n'est qu'un début, un premier couplet réussi d'un renversant chant perspicace qui délie l'inaccessible. Saisissons ces critères, si pratiquement poétiques, aux objets les plus variés. Retrouvons-nous bientôt.

Longue vie à la Zad !

Et merci ...

pensées pour Rémi Fraisse


 Zad Song

Photo : B. Zon (Belleville le 17 janvier 2018 après l'annonce)

11.4.17

AVEC ARMAND GATTI : ICI, HIER, MAINTENANT, AILLEURS, DEMAIN POUR UNE DEUXIEME AVENTURE DE L'HOMME.
Par Francis Juchereau



Avec Armand Gatti : ici, hier, maintenant, ailleurs, demain
Pour une deuxième aventure de l'Homme.

Par Francis Juchereau

Le "toujours maquisard" limousin "Don Qui ?" est mort le 6 avril, à l'arrivée du printemps. Fils de prolétaires émigrés, Armand Gatti fit de sa longue existence (1924-2017) une extraordinaire aventure combattante et multiple : la recherche d'une possible deuxième aventure de l'homme, hors des chemins de la catastrophe en cours.
Issus du monde des paysans pauvres du Piémont, les parents de Gatti émigrent en Amérique après la Grande guerre. Brutalement de retour en Europe, ils trouvent du travail à Monaco alors que Mussolini instaure le fascisme à deux pas, en Italie.  C'est en 1924, année de la (première) naissance du futur maquisard-poète prénommé Dante. Sa mère, Laetitia, est femme de ménage et admire François d'Assise. Son père Augusto, balayeur-éboueur anarchiste, a connu l'indicible violence des tranchées en Italie du nord, puis l'impitoyable répression patronale dans le Chicago des années 20, au temps de Sacco et Vanzetti.
Dante Gatti naquit pauvre et apatride... à Monaco : paradoxe originel qui le fera rebelle. 
Sa vie durant, il préservera farouchement cette marque de fabrique qui lui permettra de ne pas succomber. Car l'homme, dit-il, a la possibilité de s'émanciper, mais seulement s'il refuse catégoriquement cette société marchande et spectaculaire qui le happe. Il y réussira à la seule condition qu'il résiste, qu'il se déprenne de ce monde qui le rend "petit" et précipite la catastrophe.  
L'argent, la richesse, le lucre n'auront pas prise sur la vie et la pensée de Gatti. Et celui-ci se tournera naturellement vers un humanisme cosmopolite. Il s'engagera en faveur de la vie aux côtés des hérétiques, des "vaincus", des pauvres, pour "un homme plus grand que l'homme", par delà les frontières de l'espace et du temps.
L'historien Eric Hobsbawm nomma "Âge des extrêmes" le "Court XXe siècle" (1914-1989). Durant moins d'une vie humaine, surgirent deux guerres mondiales, des génocides (des arméniens, des juifs... peu après des tutsis) et une gigantesque techno-science qui cachera derrière son étiquette "Progrès" des boucheries industrielles de l'homme par l'homme et des saccages de notre planète. Face à cette démesure-ci, des révolutions et des luttes de libération surgirent mais furent interrompues brutalement, ou s'avérèrent des impasses, ou furent terriblement dévoyée.   
Gatti déploiera avec ferveur sa passion existentielle à travers les tumultes de ce siècle. Il sera journaliste, cinéaste, dramaturge... et toujours poète. En 1968, le milieu culturel officiel (TNP, Avignon...) l'avait quasiment consacré.  "Sous les pavés, la plage", slogan culte de 1968, est une réplique issue de son théâtre à l'heure du succès. Mais bientôt une de ses pièces sur le dictateur Franco sera interdite par le pouvoir. Alors Gatti se place délibérément en marge des institutions culturelles et sort définitivement du cadre son théâtre comme le langage qui s'y crée. Ces vingt dernières années, il élabora au long de ses écrits et de ses "expériences" (une autobiographie "improbable", La parole errante et les 17 textes et pièces de La traversée des langages) une parole exploratrice porteuse d'une vison du monde différente et nouvelle. Cette expression, complexe et d'un lyrisme certain, qui cependant participe à une véritable révolution culturelle, passe aujourd'hui quasiment inaperçue (la plupart des médias ne se réfèrent qu'à ses pièces d'avant 68, éditées au Seuil).  Malgré cela, la grande presse qui a largement annoncé sont décès, flaire une postérité prometteuse à travers des titres comme, "la légende d'un siècle", "mort d'un révolutionnaire du théâtre", "figure du théâtre du vingtième siècle", "miroir éclaté des utopies".
Mais c'est d'abord sur la montagne limousine, accueilli par des paysans communistes et planqué dans un trou de maquis au cœur de la forêt de la Berbeyrolle près de Tarnac, que Gatti connaît, assure-t-il,  sa "seconde naissance".  Arrêté puis interrogé, il découvre alors la parole poétique comme arme (prosaïquement, les gendarmes notent sur le procès-verbal de son arrestation : "l'intéressé (...) simule l'idiotie").
 "Ô forêt  seul langage inventé par la terre pour parler au soleil", déclame-il au même endroit, soixante trois ans après, amorçant sous l'orage la lecture publique de son poème en hommage à Georges Guingouin, au Limousin et à la longue marche de toutes les résistances.
Et de finir le poème par ces mots : "Les lettres d'Antonio Gramsci, lues à haute voix aux arbres pendant les heures de garde, nous remplissaient de la conscience que les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin étaient une barricade, la même que celle de Madrid, le même combat, le même futur à chaque instant créé."
Laissons conclure le poète, devenu à son tour "notre mort".
Ainsi, sur une pierre, au trou de la Berbeyrolle , le Toujours maquisard Don Qui ? a voulu placer ces mots :
"Prolétaires du monde entier, descendez dans vos propres profondeurs. Cherchez-y la vérité. Inventez là, vous ne la trouverez nulle part ailleurs".  Nestor Makhno.
"Nous ne sommes rien, soyons tout". Nicole Gompers. 


Armand Gatti et le cercle Gramsci

Gramsci-Guingouin-Gatti, une conjonction extraordinaire en Limousin

Si le G du logo du Cercle représente naturellement la première lettre du patronyme d'Antonio Gramsci, il a, au fil de sa "carrière" plus que trentenaire, indissolublement incorporé celle des noms Guingouin, puis Gatti.
En  juillet  2005, Armand Gatti a rencontré pour la première fois le cercle Gramsci en venant tout un week-end à Ligoure fêter les 20 ans du Cercle, avec Hélène Châtelain[1]. Ce fut un moment mémorable où les salles du château résonnèrent des chants de la Chorale des résistances sociales et où ses murs nous permirent d'admirer le film tourné par Hélène à Los Angeles lors de la création dans cette ville de la pièce "Chant public devant deux chaises électriques"(à partir des derniers moments de Sacco et Vanzetti). Si cette rencontre, permise par Manée Teyssandier et nos camarades de Peuple et Culture Corrèze, fut un moment capital pour la vie du Cercle, elle marquera sans conteste aussi un moment important dans le parcours d'Armand Gatti et de son œuvre.
L'automne 2005 fut marqué par la mort de Georges Guingouin, survenue au moment même où Gatti, invité par le Cercle, venait faire une lecture à Gentioux, organisée sur le plateau de Millevaches notamment grâce à un des "anciens" du Cercle, Francis Laveix de Royère de Vassivière. Nous pouvons parler de ce moment en termes de conjoncture extraordinaire, car il marque à la fois un retour créatif de Gatti sur les lieux de son maquis et sa rencontre avec une vie nouvelle foisonnant alors sur le Plateau, laquelle fera beaucoup parler d'elle médiatiquement à partir de 2008 avec l'affaire de Tarnac.
En effet, aux lendemains de Gentioux, Gatti écrivit un grand poème en hommage à Guingouin,  "Les cinq noms de Résistance de Georges Guingouin", poème qu'il confia au Cercle. Grâce aux liens antérieurs liés par le poète avec l'éditeur limousin Jean Louis Escarfail (éditions Le bruit des autres), le Cercle put coéditer ce poème. Cette édition fut réalisée en vue d'une lecture mémorable du poème par son auteur devant la ferme de la Berbeyrolle (commune de Tarnac), ferme de la famille Hélie qui, en 1943, avait recueilli Gatti, devenu maquisard-poète dans la forêt éponyme.
Après cette lecture, Armand Gatti reviendra très régulièrement dans sa "Corrèze". Il sera notamment invité par Pierre Coutaud, maire de Peyrelevade, en vue de fonder un lieu de création international, université véritable ouverte à tous, porteuse d'une culture transformatrice issue des exigences nouvelles de ce siècle. Ce projet ne se réalisera pas en ce lieu et avec Gatti, mais Armand Gatti pourra entreprendre en 2010 avec l'aide d'Henry Roy, maire de Neuvic d'Ussel, sa dernière grande "expérience" qui réunit tout l'été un groupe de 30 stagiaires venant du Limousin, de différents lieux de France et internationaux. Cette pièce, "Science et Résistance battant des ailes pour donner aux femmes en noir de Tarnac un envol d'oiseau des hautes altitudes" fut un événement majeur dans la littérature et le théâtre selon Olivier Neveux, présent à Neuvic. Celui-ci écrivit à chaud : "les mots peinent à dire et décrire ce dont plusieurs centaines de personnes furent, cette fin d'été, les témoins. Comme si les catégories qui permettent l'analyse théâtrale s'avéraient sinon fausses du moins vaines, comme à côté. Quelque chose fut, en effet, à nul autre pareil".
Après 2010 et l'expérience de Neuvic, Armand Gatti reviendra fidèlement en Limousin, n'oubliant pas le Cercle. Le 13 novembre 2010, il fut l'invité d'honneur d'une soirée mémorable, salle Jean-Pierre Timbaud, sur le thème "création littéraire et engagement politique". Lors de cette soirée, son frère en poésie, le toulousain Serge Pey et sa compagne sarde, accomplirent une performance avec des portraits de Gramsci sur le texte de son poème Graffiti, puis Serge remit à Gatti un bâton de poète, recouvert d'un texte qu'il avait spécialement gravé.
En octobre 2012, Armand Gatti vint à Limoges plus particulièrement pour une soirée du Cercle sur "l'actualité de Gramsci" animée par Ramiz Keucheyan. Il participa tout simplement au débat, avec la même attention, le même intérêt et le même bonheur que celles et ceux venus ce soir là débattre et réfléchir ensemble à propos de la pensée d'Antonio Gramsci.







[1] accompagnés de Jean Jacques Hocquard, l'"amiral" de La Parole errante à Montreuil, d'Olivier Neveux universitaire spécialiste du théâtre d'A Gatti et d'Emmanuel Deléage, son assistant franco-américain, habitant Los Angeles.

Photo prise pendant l'expérience de Neuvic d'Ussel, en 2010 et lors d'un séjour avec Armand Gatti et Hélène Chatelain, Francis Juchereau et Christophe Soulié, dans le moulin d'Hélène, Berry - 2013. Merci à  Christophe Soulié

24.8.09

LES HÊTRES VERS KIND OF BELOU



En venant de l'est (Auvergne) pour se rendre à Treignac (Corrèze), il est offert, un temps, d'emprunter la Route des Hêtres. Ce moment d'itinéraire profile une porte ouverte et secrète sur la profondeur, une façon intérieure de rejoindre le monde dont les arbres restent les meilleurs témoins (témoins qui n'ont aucun intérêt au mensonge). Sur la Route des Hêtres, le trajet vous dépasse pour que vous puissiez mieux vous reconnaître dans le temps sans arrêt. Alors que la route porte ce temps fidèle, une curieuse impression se dessine au gré des courbes qui allie une sorte de multiplicité intime et de restitution des voeux essentiels, trop souvent manqués par ailleurs.

Ce 24 août, le festival Kind of Belou de Treignac (qui n'a pas son pareil pour esquisser l'espoir léger) fêtait, pour la troisième journée consécutive, sa 10ème édition avec en concert final, Tony Hymas, Bruno Chevillon et Eric Echampard. Le trio s'incarna petit à petit, à force douce et parfois bleue, de reflets et d'ombres rapides et pénétrants, comme une suite de cette Route des Hêtres. Annonce ou titre d'une parcelle de concert : "En voiture pour Terra incognita". Nous y voilà en temps conjugué de passé qui avance et de présent qui observe. Un temps comme celui de la chanson de Léo Ferré qui vint en rappel, un temps où s'inscrit l'essor de la route des êtres.




Merci à la fort amicale équipe de Kind of Belou


Photo D.R.
Images qui bougent : B. Zon