C'était le 31 janvier de cet an 2026. À Bruxelles sur la scène du 140, Olivier Thomas avait convié un merveilleux essaim puissamment et originellement amateur (du latin amator dérivé de amare - aimer - avant que Stendhal et la sinistrose professionnelle ne s'emmêlent). JOIE ! Les musicien et musicienne de Tomassenko, Louis Evrard (guitare) et Catherine Delaunay (la clarinettiste ayant la délicieuse charge des arrangements musicaux) se fondent dans un multiorchestre avec vents (on y reconnaît le saxophoniste baryton Pascal Van den Heuvel à qui on fait coucou), cordes (tant de guitares manifestes), instruments jouets, des chorales, celle des Estourdions de l'Académie d'Etterbeek de Véronique Ravier, la Nkoral d'Olivier Thomas, des enfants chantants, la comédienne Véronique Dumont... Des panneaux : "Vas y", "Fonce"... indiquent toutes sortes de directions de belle unité conjuguée en tous sens. JOUER ! Les mots où les souvenirs d'enfance défrisent le temps présent, les sourires, rires, tendresses exaltés, saisissent nos inquiétudes, pansent nos désarrois, sensibilisent nos colères. Une foule existe, débarrassée des tristesses anonymes. La soirée est intitulée "Le Singulier des Pluriels", titre extension du premier album d'Olivier Thomas (Igloo records) à prendre à la lettre de l'être. Et puis comme si toute cette félicité ne suffisait pas, comme si cette formidable humanité devait tellement faire front face au désamour de sinistres manipulateurs cataclysmiques, Olivier Thomas va chercher Huguette et l'installe au milieu de la scène. Huguette chante Piaf comme personne ne l'a jamais fait. On devine plusieurs vies, l'émotion de plusieurs siècles même. BEAUTÉ. Revient à l'esprit le message d'Albert Ayler sur la scène de la Fondation Maeght le 27 juillet 1970 : "music is the healing force of the universe". Ce n'était pas du bidon. Le 31 janvier 2026, on le vit.
Photographie : Marc Lamote
