Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

19.5.16

LE DON DE JEUNESSE


"L’exercice de la vie, quelques combats au dénouement sans solution mais aux motifs valides, 
m’ont appris à regarder la personne humaine sous l’angle du ciel 
dont le bleu d’orage lui est le plus favorable."
René Char (Lettera amorosa -  1952)

La quête de réel contre la perte, la dèche, la déception... le défi raisonnable : tenter la vie...

Que la mort n'impose pas sa suprématie comme seule issue lorsque toute écoute a disparu ! Que l'ordre des fragments s'ébranle par l'intensité ! La jeunesse est belle lorsque son cri déchire les convenances infernales, la fatuité régissante.

Le chef de la sûreté a parlé "d'individus sans idéaux", le niais ! La jeunesse indivisible émerge de l'invisible. Lors de ses éclats les plus vifs, elle nous incline à PENSER. L'idéal infini !

L'insulter, tenter de la diviser, la dévaloriser dans son énergie (terminologies simplettes et discriminantes : "les casseurs"), raccourcir son champ, ses débats, la frapper... c'est frapper les enfants, ses enfants, leurs confidences, ternir les lueurs d'avenir, mépriser la pensée, le cœur et autres formes de naissance se confiant à la nature.

Le substitut de Badinguet souhaitait "en finir avec l'esprit de mai 68", celui d'Adolphe Thiers, d'en finir avec l'esprit de mai 2016.  Leur culture de nos sentiments de souffrance ne saura licencier nos rêves, nos orages. Laissons parler les jeunes étoiles voisines, chantons avec elles et défendons-les.


Photo : B. Zon

12.5.16

49-3 UNIFORMES

« Mais que fait la police ? Ça crève les yeux !» reprennent en cœur les manifestants au départ de la manifestation du 12 mai à Paris. Combien faudra-t-il de policiers (de plus en plus nombreux, de plus en plus provocants, de plus en plus en plus nerveux) pour étouffer le mouvement social que seuls d‘imbus et repus ignorants privés de tous sens (sauf du sens privatif) ne veulent voir et entendre ? 49-3 + forces policières ne sauraient faire taire.

Honte aux services d’ordre de la CGT et de FO pour s’être associés, ce jour, sur ordre de la Préfecture, aux forces de police contre la jeunesse. Ce retour aux vieilles habitudes choqua y compris nombre des militants de la centrale de Fernand Pelloutier (et ce d’autant plus après les deux affiches du syndicat dénonçant les violences policières).

Photo : B. Zon


11.5.16

VENT DEBOUT

Ce n'est pas une image de La canonnière du Yang Tse, mais des gaz 49-3 du Ministre Valls, le 10 mai 2016, aux alentours de l'Assemblée Nationale. Ils font mal au cœur.

Photo : Z. Ulma

10.5.16

49-3


ÉCOUTE DEBOUT

Etienne Brunet avait invité les musiciens improvisateurs à une Écoute Debout, le 9 mai Place de la République à Paris. Seule Ann Ballester, ce soir-là, fut à l'écoute . La musique s'est alors naturellement déplacée vers les poètes de Théâtre Debout (ci-dessus Patrice Cazelles). Là, la poésie-musique (un tout) sut transmettre son regard sur la violence du temps, son exigence, ses brisures, ses rires, là , elle offrit les naturelles indications pour sortir de ses gonds, histoire d'énoncer nos devenirs, de les avancer.

6.5.16

SINÉ


Beauté joyeuse et amère

Plaisir du temps réel

Le dessin en action

Crier contre l'injustice, chanter son amour du jazz, ronronner avec les chats insaisissables.


4.5.16

LYCÉE JEAN JAURÈS

Lorsque des gens, fuyant la guerre et la misère, ont survécu à un interminable voyage inhumain en franchissant d'impossibles obstacles, se réfugient dans votre ville dans un lycée inoccupé, le comportement le plus évident d'un pays d'humanité serait non seulement de leur ouvrir les portes, mais aussi de les accueillir à bras ouverts tant ils forcent le respect. Mais nous ne sommes pas dans ce pays !

2.5.16

EN MARGE DE LA GUERRE MONDIALE

Une minorité de casseurs hyperviolents a récemment opéré la vente de 32 machines de morts massives (aussi appelées sous-marins nucléaires) au gouvernement australien. Cette bande très organisée a exprimé une intolérable fierté après la réussite de ce méfait. Ces casseurs n'en sont pas à leur premier coup puisqu'ils ont déjà opéré en Arabie Saoudite, Egypte etc. La poursuite inlassable de tels individus par tous les moyens s'impose.

28.4.16

LE MONDE NOUVEAU ENCHANTÉ


8 jours après La Symphonie du Nouveau Monde par l'orchestre debout Place de la République, une autre Symphonie d'un monde nouveau, plus émouvante encore, ce jeudi 28 avril, boulevards Arago, St Marcel, de l'Hôpital, Diderot, Pont d'Austerlitz et Place de la Nation alors qu'une foule vivante reprenait en cœur : "Paris debout, soulève toi".

Photo : B. Zon

23.4.16

ED WAPP WAHPECONIAH

Dans "Medicine stars" in Oyaté de Tony Hymas, on entend une flûte, regard vers les étoiles d'un peuple en souffrance. Elle fut jouée par Ed Wapp Wahpeconiah . Membre de la tribu Comanche/Sac & Fox, Ed Wapp est le fils de Josephine Wapp, une des première enseignantes de l'IAIA (Instute of American Indian Arts) où il étudia pour devenir lui-même enseignant. Cet ami de Barney Bush nous a quitté le 18 avril. On lui doit - ainsi qu'à Doc Tate Navequaya - un important travail facilitant le renouveau de la flûte courtisane des tribus indiennes d'Amérique du Nord.

Photo : Clyde Hall

22.4.16

LES COLOMBES PLEURENT,
MAIS ON ESPÈRE ENCORE

PRINCE AU XCEL CENTER DE ST PAUL (MN) LE 17 JUIN 2004

Années 80, années Reagan : revanche haineuse sur les années soixante, guerre des étoiles, espace dévoré, surmilitarisation honteuse, promotion nouvelle du racisme, fossé outrageusement creusé entre riches et pauvres, Irangate et établissement d’un bien pire avenir encore : les années Bush (père et fils). Un peu d’espoir au début de cette sinistre farce, des brumes pourpres d’un Minnesota non avare de talents, émerge un sale gamin bien prénommé Prince. Le charme des princes est celui des voyous, des sauvages équipées. 
Créativité folle : l’enfant terrible des Twin Cities (Minneapolis et St Paul, deux inséparables villes jumelles à la frontière dessinée vaguement par les caprices du Mississippi) trempe sa guitare dans la lave, chante avec la grâce vicieuse d’un ange, arrange, dérange, fout sa zone très bleue et pas protégée, balance son sexe à la gueule, brasse les contrastes, s’invite sans permission à la table du succès pour danser dessus au dessert, les pieds dans le plat avant de mettre les bouts avec sa bécane. L’insupportable petit bonhomme fait son chemin : une voie splendide. Les colombes pleurent mais on espère encore… 4 juin 2004 en plein cauchemar néo conservateur, l’Amérique verse des larmes de crocodiles (souvent faucons). L’anticommuniste Reagan a passé l’arme à gauche. On a changé d’époque, toujours plus grave. Prince le sent sans doute. Il a déjà promis d’abandonner son ancien répertoire lors d’une soirée au Xcel Center de St Paul multipliée par trois (tous les billets ayant été vendu en une heure – trois soirs aussi très vite complets). Par là même il retrouve la chaleur de ses pairs minnesotans. Non qu’il soit jamais parti, au contraire, mais il a renoué avec un succès plus large que celui de son insensée et souvent magnifique école buissonnière pour leur rappeler qu’eux aussi existent dans le monde. Alors on le salue de même. 

C’est ce qui frappe d’emblée lors de ce 17 juin 2004 au Xcel Center de St Paul pour la deuxième de trois consécutives nuits. La foule qui se presse n’est plus seulement celle des excentriques qui font les beaux jours des surprises parties de Paisley Park, c’est celle d’un Minnesota profond, orpheline de Paul Wellstone qui se lève encore face aux coups de bouttoir républicains qui n’ont jamais pardonné à cet Etat d’être le seul à n’avoir pas réélu Reagan pour son deuxième mandat. Noire, blanche, hispanique, de tous âges (les parents ont souvent amené leurs enfants), elle fête Prince, le reconnaît comme le kid indispensable capable d’offrir une pause en ces jours moroses. Pas d’attente, le show commence pile à l’heure avec une surprise : The Time ouvre le bal. Le Minneapolis sound : des histoires de familles, une bande de gamins désormais quadragénaires sortis tout droit d’Helzapopin. What time is it ? Ca n’a pas changé, ça danse, ça chante, ça se moque. Ca donne le pouls tragicomique d’une Amérique malade. Jeux de mémoire, jeux d’aventure, Prince se pointe, remercie ses copains du Time, il le fera toute la soirée. Une soirée comme une leçon d’histoire. Musicology : l’histoire comme connaissance et non comme science, l’état des lieux et le futur à portée de main. Orchestre vif. Ça tourne. Maceo Parker ! Prince fait passer de nombreux messages, « I’m a Soul Man », la transmission importe, il assume cette responsabilité, vante les mérites de l’indépendance jusqu’à y laisser des plumes de cheval. La musique noire, enfin … la réconciliation possible. Le blues chanté pro-fon-dé-ment. Sur scène, tout le monde court, s’agite en mêlant savamment générosité et économie. Maceo raplique habillé en prof. La transmission toujours. Prince, timide, mais pas humble insiste sur l’importance du musicien, combien il est heureux de son renfort. À un moment les corps stoppent, immobiles, suspense … et puis la danse reprend, plus franche encore, des enfants montent sur scène. Hommage appuyé à Ray Charles. Maceo Parker chante Georgia avec des lunettes de soleil. « J’avoue volontiers que si je suis plus sensible à la disparition de Ray Charles qu’à celle de Reagan, c’est parce que je suis noir. Ray Charles m’a laissé quelques souvenirs merveilleux. Reagan m’a, comme pour les autres Noirs américains, rendu la vie aussi difficile qu’il a pu » écrit Dwight Hobbes dans le principal journal noir des Twin Cities, Insight. Prince s’amuse avec les gloires locales, cite le basketteur Kevin Barnet par exemple ou esquisse un petit coup de griffe en direction d’Elvis Presley après deux mesures avortées de Jailhouse Rock : « mieux vaut être un Prince qu’un King ». Et puis, ce set acoustique avec revue des chansons de son passé, phares dans ces années noires. Prince seul avec le public, d’une grande tendresse. Il donne de la confiance : « Prenez votre meilleur accent minnesotan et chantez avec moi ». Le guitariste Mike Scott le rejoint puis tout l’orchestre. On danse encore beaucoup, Prince se fend d’un vertigineux solo de basse. Il plaisante, devient grave en jouant dans l’espace infime qui sépare l’ombre et la lumière. Je pense parfois à Screamin Jay Hawkins ou à l’Art Ensemble. Et puis la fin : l’hymne. Purple Rain repris par la foule à plein poumon. Foule qui ne le laisse pas partir, il revient. Les plus attachés le suivront ensuite à Paisley Park où il jouera jusqu’à 4 heures du matin. Alors que la foule sort, un saxophoniste fait la manche. Il joue Freedom Suite de Rollins. Bien vu ! 

Le lendemain alors que d’autres se préparent au dernier volet de ce tryptique princier, Laura Bush est venue à deux pas de là pour faire honteusement campagne. Elle fera flop ! Dehors trois Indiens SDF regardent un drapeau en berne pour Reagan. « Je me demande qui est mort – Sans doute un autre Blanc », et ils pouffent de rire. Ces jours de Prince dans ses villes, les cartes du ciel et positions planétaires n’ont pas été favorables à ce qu’on décrie souvent ici comme le “stiff white male”.  

J.R (Article écrit pour la revue Musiq en octobre 2004