Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

5.7.26

ARISE !
Catherine Delaunay et Octave Mirbeau
à Minneapolis


 

Chaque titre de L’homme des Damps recèle aventure et ouverture… 

 Au carrefour de la 24e rue et de l’avenue Lyndale se tenait à Minneapolis une fameuse librairie libertaire, Arise (qui, depuis, a déménagé un peu plus au nord sous un autre nom). En vitrine, y figura longtemps un petit livre Voters strike, traduction anglaise de La grève des électeurs, fameuse chronique écrite par Octave Mirbeau, parue d’abord le 28 novembre 1888 et reprise depuis inlassablement et en diverses langues (allemand, espagnol, italien, néerlandais, grec, portugais, polonais, arménien, serbe ou russe). 

Octave Mirbeau ne s’est jamais rendu à Minneapolis. Mais son œuvre a connu plusieurs traductions anglaises chez des éditeurs new-yorkais dès 1905 et Jean Renoir a réalisé aux États-Unis en 1946 une adaptation du Journal d’une femme de chambre - Diary of a chambermaid, avant-dernier film américain de Renoir. Paulette Goddard y est Célestine et Burgess Meredith, le capitaine Mauger. 

En 2022, la clarinettiste Catherine Delaunay, alors à New York avec l’Orchestre National de Jazz de Frédéric Maurin, se rend à Minneapolis l’espace d’un week-end, afin d’enregistrer deux titres pour son album L’Homme des Damps : « Pour Sébastien Roch » et « Les abandonnés », avec un groupe organisé in situ : le contrebassiste Anthony Cox, le guitariste Erik Fratzke et le batteur Cory Healey. Séance inoubliable au studio Creation Audio en compagnie de son illustre ingénieur Steve Wiese. Arise ! Ce qui surgit, ce qui se lève. Arise indeed. La voiture qui conduit Catherine au studio passe par le mémorial George Floyd. 

Steve Wiese, Catherine Delaunay, Anthony Cox, Cory Healey, Zach Hollander (second ingénieur) photo prise par B. Zon     après le départ d'Erik Fratzke 

L’hiver 2025-2026 a été marqué par une extraordinaire résistance des habitants et habitantes des Twin Cities (Minneapolis et Saint Paul) contre l’invasion des soudrilles de ICE (opération Metro Surge). Après le meurtre de Renée Good par les hommes de ICE le 7 janvier 2026, vint celui d’Alex Pretti le 24 janvier. Le crime eut lieu au carrefour où Catherine Delaunay et ses compagnons enregistrèrent ces deux titres à la résonance stupéfiante. La résistance populaire ne fit que s’intensifier. 

On peut lire sur le très recommandable revue en ligne À bas bruit, le témoignage de Strong Buffalo (lien ici), prononcé à ce même carrefour : soutien des Amérindiens et de leur forte implication dans cette résistance. Ce ne sera pas la seule présence de Minneapolis dans L’Homme des Damps puisqu’on y retrouve aussi, dans les séances réalisées en France, quatre autres musiciens minnesotans : le batteur Davu Seru, avec qui Catherine a enregistré en compagnie de Guillaume Séguron (aussi participant de L’Homme des Damps) l’album La double vie de Pétrichor et qu’on retrouve avec elle dans Vol Pour Sidney (retour) et One Another Orchestra (orchestre figurant aussi dans l’ouverture de l’Homme des Damps), le saxophoniste Nathan Hanson, à l’instar de Davu Seru, également présent aux côtés de la clarinettiste dans les deux albums précités, et le duo Riverdog composé de Léo Remke-Rochard et Jack Dzik, qui a invité Catherine dans l’album Une longue année (avec la chanteuse Anamaz, aussi chanteuse dans L’Homme des Damps). Duo qui a eu la joie de l’expérience d’une visite mirbellienne aux Damps. « J’aime tous les révoltés » entend-on. Arise ! 

 Le 16 mai 2026, lors de la réunion aux Damps chez Octave Mirbeau et René Dufour, Catherine Delaunay joua en duo avec le saxophoniste Pascal Van den Heuvel. Le mirbeaulogue Pierre Michel et les amis d’Octave Mirbeau avaient fait le voyage (voir "Le journal de L'homme des Damps n°8" et "Dim Dam Damps)", on eut le plaisir de rencontrer Ann Sterzinger, traductrice américaine de Dans le ciel – In the sky, nouvelle écrite là-même en 1992. Corinne Taunay dessinait alors Pierre Michel sous la pluie, rafraîchissante image s’il en est en ces temps de canicule.

Pierre Michel par Corinne Taunay
 
 

À l’automne, on pourra écouter le nouveau trio de Catherine Delaunay avec la contrebassiste Sarah Murcia et le pianiste Bruno Ruder (deux comparses rencontrés dans l’Orchestre National de Jazz) dans des endroits aux formes non plates (le 11 novembre à Dijon, le 13 à Nevers, le 14 à Strasbourg, le 21 à Saint-Claude). Dans le répertoire du trio, figure un titre dédié aux résistantes et résistants de Minneapolis. Au cinéma de La Fraternelle de Saint-Claude, le 20 novembre, on verra le film de Frédéric Goldbronn Hommage à la Catalogne, d’après George Orwell dont Catherine a co-composé la musique avec Bruno Ducret, Tony Hymas et Guillaume Séguron. 

« Nous avions fait partie d’une communauté où l’espoir était plus normal que l’indifférence et le scepticisme, où le mot « camarade » signifiait camaraderie et non, comme dans la plupart des pays, connivence pour faire des blagues. Nous avions respiré l’air de l’égalité. » George Orwell in Hommage à la Catalogne - 1937, 10-18 

Arise !


Et comme c’est le temps des vacances… 

 « Quand, brisés de souffrances, épuisés de dégoûts, las de patauger dans cette ordure et dans ce mensonge qui sont la vie parmi les hommes, vous allez en quête d’un lieu de repos, d’un lieu où les êtres et les choses ne vous soient pas hostiles, c’est vers la mer d’instinct que vous fuyez, non point la mer déshonorée par les casinos et salie par les baigneurs, mais la mer solitaire, la mer sauvage avec ses grèves désertes, hantées des cormorans, ses falaises que les flots bombardent et démantèlent, ses roches chevelues de goémon qui baignent dans les flaques où fleurit la triste anémone, où s’agrège le pouce-pied ». Octave Mirbeau « La Mer » in Le Matin, 29 janvier 1886.

 

 

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