" À quoi bon transmettre rapidement l’information si l’on ne dispose pas du temps et de l’espace nécessaires pour l’analyser ou la comprendre, s’interroge-t-il. Le télégraphe, puis la télévision, ont donné naissance à une culture de l’incohérence et de la discontinuité, affirme-t-il, dont les répercussions se font bien sûr sentir jusqu’à aujourd’hui. C’est là une grande partie de la culture actuelle : distraite, fragmentée, sans ancrage."
Neil Postman : Se distraire à en mourir - 1985 (éditions Nova)
Dans son texte publié sur sa newsletter du 2 octobre 2026, Liz Pelly rappelle les mots de Neil Postman. Ça ne s'est pas arrangé depuis... Elle souligne le fait qu'aujourd'hui « Les grands magazines font état de cette crise de la lecture, mais la crise de l’écoute passe pratiquement inaperçue (...) Si les services de streaming ont contribué à façonner des modes d’écoute déconnectés de tout contexte, centrés sur soi et axés sur l’ambiance — « faire en sorte que la musique tourne autour de moi », comme je l’ai décrit par le passé —, alors les applications d’IA reprennent cette même orientation et l’appliquent à la génération audio, à l’intention de l’utilisateur habitué aux playlists qui ne conçoit pas la musique comme une forme de communication et un lieu de curiosité, mais plutôt comme une toile de fond à contrôler. »
Ici au royaume de Dagobert, le possible scandale de prix littéraires qui pourraient être réalisés avec l'aide substantielle de l'intelligence artificielle et du pompage outrancier a fait les grands titres de tous médias confondus. Mais appliqué à la musique, pas de scandale, de l'amusement peut-être...
Bon ! Ça n'a peut-être rien à voir (ni à entendre) ou peut-être en est-ce le vif constat, dans notre Glob du 13 octobre, nous nous agacions des énormités prononcées le même jour par la chroniqueuse de la très courte émission musicale matinale sur France Inter : Musicaline. L'agacement, lui aussi ne disposait sans doute pas du temps et de l'espace nécessaire car, ainsi que nous l'a signalé un fidèle lecteur, les mots creux de la speakrine étaient simplement ceux du dossier de presse réalisé par l'agence Accent Presse (https://www.accent-presse.com/artiste/leon-phal-2/) en charge de la promotion de l'album de Léon Phal. La speakrine n'a fait que répéter des formules publicitaires particulièrement grossières en faisant mine - émotionnellement - qu'elles étaient siennes : « dynamiter les frontières musicales du jazz » «
un classicisme déviant ». Est-ce moins grave que le scandale littéraire ?
Liz Pelly termine sa newsletter en citant une nouvelle fois Postman dans son ouvrage de 1985 : « Ce qu’Orwell craignait, c’étaient ceux qui interdiraient les livres (...) ce que Huxley craignait, c’était qu’il n’y ait plus aucune raison d’interdire un livre, car personne ne voudrait en lire ». Lorsque les mots dits ou écrits ne sont plus les nôtres, qu'il s'agisse de lecture (ce qui préoccupe pas mal de mone encore) ou d'écoute (ce qui ne préoccupe pas grand monde), est-on arrivé à une sorte de pernicieux compromis des deux ?
Cet article fait suite au petit article "Jazz Dynamite" paru le 13 octobre 2026 sur ce même Glob
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