Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

4.2.09

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Quand les cartons dessinent des étoiles ...

Images : B. Zon

29.1.09

LE PARI DE LA COMMUNE


PARTIES COMMUNES « À la fin du 19e siècle, des anarchistes italiens, dix hommes, une femme, libertaires, collectivistes, émigrent au Brésil pour y fonder une communauté sans chef, sans hiérarchie, sans patron, sans police, mais pas sans conflit, ni passion. Cette utopie d’hier convoque quelques-unes des questions brûlantes d’aujourd’hui : celle d’une organisation non répressive, celle de la circulation du savoir et du pouvoir, celle de la libération des femmes et de la lutte contre l’appareil familial. Les seuls rêves intéressants sont ceux qui mettent en crise le vieux monde et, en celui-là même qui rêve, le vieil homme. L’utilité des utopies se mesure aux résistances qu’elles rencontrent. » Ainsi est présenté le film La Cécilia (1976) par son réalisateur Jean-Louis Comolli (ce film majeur - qui comporte incidemment la musique de film la plus appropriée de Michel Portal - vient enfin d'être édité en DVD). L'échec, au bout de trois années, de cette tentative contient également son inspirante réussite. En 1919, la République des Conseils de Bavière proclamée à Münich, ne durera que le temps d'être mise à bas par la violente répression due à 50000 soldats, dont l'organisation paramilitaire des Corps Francs (porteuse des futurs SA, puis des SS) qui exécuta près de 1000 anarchistes et communistes. À Paris, bien sûr, en 1871, la Commune, après deux mois de lumière exceptionnelle, de résistance, d'essais d'existence autre et partagée, d'inévitable confusion aussi et d'espoir gigantesque pour tous les temps à venir, fut écrasée par les sans rêves et l’enfer des Thiers prévisibles. Il y eut aussi les collectivités qui naquirent de l'incroyable mouvement populaire suivant les journées de juillet 1936, à Barcelone où seul le peuple avait été capable d’enrayer le coup d’état fasciste. Là aussi, le fascisme finira par piètrement s’imposer, mais, une fois de plus, les idées mises en pratique, malgré toutes les lourdes violences, hypocrisies et trahisons conserveront pour longtemps d’intactes racines. Et puis au Mexique, en Ukraine, à Marseille, à Lyon… L’idée de la Commune est persistante car elle est la seule qui sait faire face à toutes les iniquités du pouvoir des hommes. Et si elle est souvent vaincue par l’horreur perfide, elle trouve dans les raisons et les circonstances de ses chutes mêmes, sa persistance absolue, son impeccable recommencement, sa puissance poétique propre à faire VIVRE. L’idée de Commune est celle de la vie réelle qui défie la mort. Elle en a les aspirations, les désirs et les dangers. THE LOWERTOWN COMMUNE Le groupe Junkyard Empire s’est particulièrement illustré lors de la Convention Républicaine à St Paul (Minnesota) en septembre dernier, lors de laquelle la répression des idées de la réelle différence fut conforme aux grands classiques des fusilleurs d’Utopie. Le Black Dog, café pointé du doigt par la chaine MSNBC comme « repaire d’anarchistes » (mot alors diabolisé à l’extrême par les médias et autorités – mano a mano - pendant ces journées), fut un constant lieu d’accueil pour toutes les voies divergentes, en assumant les risques. La rencontre avec Junkyard Empire s’imposa naturellement par la grâce des corps et des esprits unis et chercheurs de cet endroit où l’on peut VIVRE sans poudre ravageuse pour la peau. Le groupe composé de Brihanu (chant), C R Cox (trombone, claviers), Bryan Berry (guitare), Dan Choma (basse), Graham O'Brien (batterie), fort de cette entente reviendra au Black Dog, qui pour un débat politique et musique, qui pour une soirée dédiée aux damnés de la terre, qui pour une soirée de soutien aux RNC8 en compagnie du groupe Pocket of Resistance. Et puis très vite, une idée s’impose, une visite hebdomadaire, le mercredi, pas seulement une soirée artistic-tic, mais une soirée ouverte où Junkyard Empire invitera non seulement ses amis MC, musiciens, mais aussi d’autres émetteurs de points de vue, des activistes, des auteurs etc. Ces soirées du mercredi, ouvertes le 21 janvier - et pendant complémentaire aux vendredis des Fantastic Merlins - prennent rapidement le titre de Lowertown Commune, terme employé par Junkyard Empire lorsqu’ils indiquent préférer être un embryon de Commune qu’un groupe musical. Lowertown, c’est le centre ville, la basse ville aussi, là où évoluent les chiens noirs au moment où les bulldogs rivaux accueillent leurs tortionnaires, une pulsation, un cœur. MOVING BACK, LOOKING FORWARD Conjonctions naturelles, compléments d’objets directs, conjugaisons en temps libres, attributs caractérisés, la Lowertown Commune rencontre, pour sa première sortie le 21 janvier, le symbole même de ce qui l’a enfanté, lors de l’exposition Moving Back, Looking Forward, présentation ouverte à tous, d’un assemblage de photographies souvent instructives, prises pendant la Convention Républicaine de St Paul. Chacun y participe avec ses clichés et la vente des photographies contribue aux frais de justice, non seulement des RNC8, mais aussi des autres cas, moins médiatisés, de poursuites judiciaires contre les manifestants (le premier procès, la même semaine , qui visait une quarantaine de personnes arbitrairement arrêtées a vu l’Etat débouté au simple motif « qu’on ne peut procéder à des arrestations massives pour interroger quelques personnes ». L’avocat des autorités a quitté la salle d’audience, furieux. Celui des manifestants, vétéran défenseur par le passé des Black Panthers et de l’AIM, puisque pour la police, la définition d’anarchiste se limite à « jeune personne habillée en noir » s’est présenté au tribunal, tout de noir vêtu.). Lors de cette exposition, beaucoup de gens qui ont apporté leurs photographies se sont révélés être des soutiens aussi discrets que précieux pour les manifestants venus de tous les USA, des riverains qui loin du statut d’activiste, ont offert un accueil chaleureux et capital à ceux qu’ils estimèrent injustement persécutés. La collaboration n’est pas un fait automatique, la réflexion courageuse peut d’emblée l’emporter.
Cette soirée, loin des fastes un tantinet hollywoodiens de l’inauguration présidentielle de la veille, porte pourtant à son niveau communale intrinsèquement plus d’espérance. Il fait bon se retrouver avec nombre des acteurs des journées de septembre. Dans un coin, le groupe de discussion Café Socrates termine un débat sur "La réalité du pouvoir". Junkyard Empire partage naturellement la soirée avec Pocket of Resistance, groupe réunissant Greg Lyon (basse), Peter Thomas (percussion) et Nigel Parry (guitare & chant), ce dernier particulièrement activement constant dans l’aide aux manifestants poursuivis ainsi que pour la mise en place de cette exposition (2 au 31 janvier). Il évoque l’occupation de Gaza par Israël (que le nouveau président n’a commenté qu’avec des banalités). Dans son set, après l’intervention de Garrett Fitzgerald, l’un des RNC8, Junkyard Empire revient sur le sujet. Junkyard chante aussi la condition féminine, les nécessités de résistance et d’organisation auto-détérminées. Le titre Manifest, réflexion sur le Manifest Destiny, bélier mystico-matérialiste de l’idéologie conquérante américaine, est en lui-même un véritable manifeste : comment faire front face à ce qui nous entoure, comment vivre dans la jungle des cruelles inégalités décidées par une poignée sans poings. Les nôtres sont alors levés. Paroles, images, musiques et fraternités en tous genres sont la règle de cette soirée. On a envie d’y être. On y est ! 28 JANVIER : JUNKYARD EMPIRE INVITE TOKI WRIGHT Si la première a procuré ce bon souffle, la seconde ne dément pas et l’invitation du MC Toki Wright (entendu souvent avec Brother Ali) se révèle particulièrement à propos. Wright dédie un morceau à sa tante, battue par la police et puis invite à regarder les photographies au mur. « Tout le monde parle de la crise économique comme un fait nouveau, moi je la connais depuis 28 ans et ma mère depuis 56 ans ». Le set est tour à tour joueur et grave, Toki Wright défait les mises en scène, prévient des effets faciles, les teste même pour mieux les révéler ensuite et les mots touchent. Junkyard Empire pratique un jeu collectif, communal pourrait-on dire, d’une intensité immédiatement fraternisante. Les échanges ont une espèce de vivacité qui sait prendre son temps en étant exactement là au bon moment. Brihanu apostrophe dans les hauteurs, pas moyen d’être médiocrement tranquille et ça fait du bien, Christopher Cox tisse puissamment sans attendre le retour d’un roi inutile, Bryan Berry révèle avec finesse les phrases complémentaires des contours jusqu’au centre, Dan Choma et Graham O'Brien œuvrent de pair à la nécessité inlassable de fondations aussi permanentes que libres. Dehors la température brutale des derniers jours (- 25° Celsius) s’est adoucie et la neige tombe. Un groupe de jeunes gens, venu un peu par hasard ne cache pas sa joie. La seule hâte est celle de se revoir, on quitte l’endroit sans se presser. En ces temps réputés difficiles, on aurait tort de se passer de l’inestimable. « Je veux croire que les êtres humains ont un instinct de liberté, qu'ils souhaitent véritablement avoir le contrôle de leurs affaires ; qu'ils ne veulent être ni bousculés ni opprimés, ni recevoir des ordres et ainsi de suite ; et qu'ils n'aspirent à rien tant que de s'engager dans des activités qui ont du sens, comme dans un travail constructif qu'ils sont en mesure de contrôler - ou à tout le moins de contrôler avec d'autres. Je ne connais aucune manière de prouver cela. Il s'agit essentiellement d'un espoir placé dans ce que nous sommes, un espoir au nom duquel on peut penser que, si les structures sociales se transforment suffisamment, ces aspects de la nature humaine auraient la possibilité de se manifester » (Noam Chomsky)... Presqu'en même temps, en France, plus de deux millions de personnes dans les rues : enough is enough is enough is enough ... La Cécilia - 1975, France / Italie, 105 min, Couleurs Réalisation Jean-Louis Comolli Scénario Jean-Louis Comolli, Eduardo de Gregorio, Marianne di Vettimo Photographie Yann Le Masson Musique Michel Portal Production Filmoblic / Saba-Ciné Interpretation Massimo Foschi, Maria Carta, Vittorio Mezzogiorno Black Dog Café Corner of 4th and Broadway Lowertwon, St Paul, MN 651 228 92 74 Images : B. Zon sauf affiche Moving Back ... Nigel Parry et affiche Junkyard, Steve Robbins

25.12.08

FIN D'ANNÉE - EXTRAIT D'IVRESSE
FIN D'IVRESSE - EXTRAIT D'ANNÉE



"Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
"

Arthur Rimbaud (Le bateau ivre)


Photo : B. Zon

CARL EINSTEIN POUR NOUS AUTRES




Hier c'était Federico Garcia Lorca (hier oui) poète assassiné ... aujourd'hui Carl Einstein par écho sensible et non immuable. Ils sont peu de nos drôles de jours à parler de cet essentiel et visionnaire historien de l'art, poète, auteur de romans et de pièces théâtrales (neveu de l'auteur de La relativité générale). Georges Didi-Huberman le fait très bien, Abel Paz aussi.

Courte évocation :

Carl Einstein a su comprendre la jonction (on dirait aujourd'hui l'interaction) et les liens indénouables entre art et politique (politique entendu au sens plus grec que napoléonien ou combine à la Thiers). Il ne restera pas sur sa chaise rembourrée à théoriser. Cet ami de Georges Braque contribue en 1929 à l'effort de Georges Bataille pour la revue Documents : Doctrines, Archéologie, Beaux-arts, Ethnographie et est le premier en Europe à sérieusement considérer l'art Africain. C'est capital ! Sensible au Spartakisme, il avait déjà pris part à la révolte de Berlin à la fin de la première guerre mondiale. En 1933, il quitte définitivement l'Allemagne où il n'est déjà plus guère. L'écrivain d'origine juive a souvent été la cible dix ans avant des fascistes déjà très assurés. Il a aussi su à l'occasion refuser les honneurs officiels forcément factices. Son indépendance d'esprit et de corps est totale et décisive. À Paris, il s'intéresse également au cinéma et collabore avec Jean Renoir au scénario du film Toni. Il sortira déçu des rapports égoïstes du milieu du cinéma. Anarchiste convaincu, Einstein, qui a déjà rencontré Buenaventura Durruti en 1932 à Bruxelles, s'engage en 1936 dans la Colonne Durruti ("La Colonne Durruti reviendra du front sans analphabètes : c’est une école."). À l'enterrement de l'anarchiste espagnol à Barcelone, l'auteur de Bebuquin lit le texte écrit pour son compagnon qui va tant manquer. Comme les réfugiés espagnols subissant les assauts des fascistes et la traîtrise des faux alliés, le signataire de L'art du XXème siècle passe en France avec sa femme Lyda Guévrékian et les derniers volontaires étrangers en 1939. L'"accueil" est honteux : séjour au camp - très dur - d'Argelès avec d'autres anciens de la Colonne Durruti. Bref retour à Paris avec l'aide d'amis ; il se remet à écrire mais est interné en 1940, comme Allemand vivant en France, au camp de Bassens près de Bordeaux. Libéré un peu avant l'armistice, il tente de se suicider conscient de l'approche des troupes nazies, il est sauvé et s'enfuit. Figurant sur les listes noires des Nazis, Einstein sait qu'il est sur le point d'être arrêté et se suicide près de Mont de Marsan en se jetant d'un pont au dessus du Gave de Pau pour échapper à la torture de l'occupant qu'il connaît trop bien.

"L’art collectif nous est nécessaire : seule la révolution sociale renferme la possibilité d’une transformation de l’art, constitue ses prémisses, détermine à elle seule la valeur d’une mutation de l’art et donne à l’artiste sa mission. L’art primitif, c’est le refus de la tradition de l’art aux mains des capitalistes. Il faut détruire le caractère médiat et traditionnel de l’art européen, il faut constater la fin des fictions formelles. Si nous faisons voler en éclats l’idéologie capitaliste, nous trouvons en dessous les seuls vestiges de valeur de ce continent effondré, préalable à toute nouveauté, la masse ordinaire qui aujourd’hui encore est empêtrée dans la souffrance. C’est elle l’artiste."

C'est pour aujourd'hui et pour demain.

24.12.08

LE RETOUR DES MOTS (SANS ARRÊTS)




Samedi 20 décembre, au Lavoir Moderne de Paris, Violeta Ferrer, dit, donne, chante la poésie de Federico Garcia Lorca en compagnie réfléchie de Raymond Boni (La guitarra). Les mots de Lorca, généreusement transmis, brisent le silence meurtrier par la beauté exprimable de la vie augmentée, celle qui défie l'énergie mortelle refusant aux êtres de pouvoir s'unir. Violeta Ferrer a porté sans jamais les déposer, ces paroles-là depuis l'Espagne des oubliés. L'Espagne violée par l'ordure fasciste qui fut si agréable aux champions de "l'anti-fascisme" libérateurs (sous conditions) de l'Europe qu'elle mourut dans son lit, pendant que les démocrates en vacances s'exhibaient sur ses plages loin du sens des êtres réellement porteurs de vie.

Lorsque toutes les terrasses
furent des sillons en terre,
l'aube ondula des épaules
en un long profil de pierre.

O la ville des gitans !
Les gardes civils se perdent
dans un tunnel de silence
tandis que les feux t'encerclent.


Les mots de la Romance de la Guardia Civil española, résonnent justement et infiniment en nos temps aggravés de brutalités policières, ces temps où le camp des gitans grandit chaque jour. Ces temps où beaucoup d'entre nous sont sur le départ sans savoir où nous irons. Nous devrons surtout emporter la poésie, cette poésie-là, ce langage-là que les Gardes Civils du passé, du présent et du futur brutaliserons toujours en vain. Ils ne peuvent comprendre ceux qui partagent encore. Ceux qui parlent avec le flux des veines. Il est aussi des cris libérateurs.

Les mots de Lorca sont encore là pour nous dire qui nous sommes si nous voulons bien l'entendre. Violeta Ferrer et Raymond Boni ont opté en ces temps de fêtes-rien-que-les-fêtes pour un cadeau utile.

Post blogum : Au moment où l'Empereur et son Baroche sont en vacances, la radio nous informe que c'est la Chef de la Police qui est responsable de l'état.


Images : B. Zon

17.12.08

ET LE CUL DE CHARLIE PARKER
N'ÉTAIT PAS DU POULET
LES TRAVAILLEURS DE LA FNAC HEUREUSEMENT DISCULPÉS




Sur la couverture de Les 1000 CD des disquaires de la Fnac, un superhéros au teint livide-verdâtre et au sourire crispé impose son agitation culturelle dans les rues d'une très grande ville, dispensant, du creux de la main, sa lumière blafarde et ses disques sans noms. Le petit peuple, enfin aiguillé est heureux, il ne demande que ça, il n'a pas le temps de choisir par lui même. Ca sert à ça les superhéros, même d'allures crevardes. Il faut bien que les grands magasins, plus trop fréquentés par les Marx Brothers, guident leurs clients comme la République guide ses ouailles avec des livres d'histoire sur mesure (La commune pas le temps, la révolution espagnole aux oubliettes, le 17 octobre 1961 à la Seine...).

Bien souvent ces listes les 100 CD du siècle, les 100 plus grands chanteurs, les 100 indispensables du Jazz ou ces 1000 CD des disquaires de la Fnac et les cohortes de primes à l'assurance sous forme de petits stickers-récompense, légions d'honneur en chocolat ("bon chien, tu as bien travaillé !") : 4 fortés, un Choc, 4 sapins, tendent à déresponsabiliser l'auditeur en lui confisquant ses choix propres. On aimerait bien un tel ouvrage s'il ouvrait sur d'infinies possibilités, offrait d'autres alternatives que celles que l'on voit dans toutes les listes en offrant des encouragements - franchement Kind of Blue de Miles Davis (premier disque de Jazz et 33ème position du classement général de la Fnac) est une réussite, mais sa surexploitation, surexposition file parfois la nausée - indiquait les liens, accompagnait le sens critique, ce que savent souvent TRÈS BIEN faire les disquaires. Le texte de présentation annonce : " Sélectionner les 1000 meilleurs albums - classés par ordre - de tous les temps (rires non fournis) et constituer ainsi une discothèque quasi-idéale, telle est la mission que ce sont fixés les disquaires de la Fnac ! Parmi les grands gagnants de ce grand plébiscite : Nirvana, Serge Gainsbourg, Radiohead, Portishead et bien d'autres encore." Mais les disquaires ne sont pour pas grand chose dans cet ouvrage et certainement pour rien dans cette "mission" (qui ne compte ni musique classique, ni musique contemporaine de tous les temps) si ce n'est qu'ils ont eu - au mieux - à cocher des noms déjà choisis par un comité directeur. La Fnac méprise son personnel et l'utilise comme bouclier humain.

Aucun disquaire n'aurait pu écrire les affligeants textes accompagnant ce guide nocif. Au mieux, ces petits poulets sont tissus de banalités horriblement réductrices (dangereusement réductrices). Au pire un enfilage d'âneries. Un exemple parmi d'autres : Charlie Parker figure deux fois dans la sélection (une fois de façon bien inélégante par une compilation-recyclage de domaine public à la pochette hideuse, même pas par une production Norman Granz ou Jazz at Massey Hall). On apprend qu'il était surnommé le Bird car "il mangeait du poulet en quantités astronomiques". Ou comment un accident de la route survenu à un gentil volatile est transformé en délire gargantuesque. Bon dieu mais c'est bien sûr, c'est l'abus de galliforme qui a eu raison de Charlie Parker (on espère que le message passera au Ministère de l'Intérieur) à tel point qu'il en devient ici, "trompettiste". "Chéri rejoue-moi z'en !" Parker, tellement accroc du poulet qu'il se mit à la trompette, instrument que lui dispute John Coltrane pour Love Supreme dans le même livre (vendu 19€ et aussi nuisible que Bruits" de Jacques Attali). Une trouvaille non ?

L'ancienne Fédération nationale d'achats des cadres (créée en 1954 et forte de 78 magasins), finira bien par perdre des plumes à force de voler dans les nôtres. Amateurs de musique, unissez-vous et chassez avec du gros sel tout ceux qui voudraient la transformer en un sinistre poulailler clos d'où elle ne verrait plus le jour. Nous n'aimons le poulet, ni en trompette, ni en batterie.

16.12.08

DES CHAISES























Il a dit "J'ai pris des chaises pour des gens". Il en était tout retourné. Bien sûr la brume était épaisse aux alentours du canal et il aurait pu s'en contenter pour s'excuser d'une aussi grande méprise. Il se souvenait d'une amie qui s'était doucement confiée au petit matin après une nuit complexe "Il ne faut pas prendre les gens pour des chaises". C'était gravé. Il y avait depuis toujours pris garde. Il ne se doutait pas qu'un jour il serait confronté à l'inverse. Des petites lumières clignotaient tout autour. Tantôt elles lui servaient de guide, tantôt il s'y perdait. Quelques pièces en poche pour acheter un journal, mais pour lire quoi, il s'arrêtait constatant que les cafés étaient fermés, les chaises empilées. Au détour d'une ruelle, une odeur de cannelle, le vent ne soufflait pas ; pour le laisser décider ? Comment pourrait-il encore s'assoir ?


Photo : B. Zon

8.12.08

ZOO ET FORETS


L'Ancient Traders Gallery de Minneapolis, une galerie indienne, expose des artistes indiens pour en finir avec l'oubli. Les peintures de Dyani Whitehawk, Carolyn Anderson, Gordon Coons, Jonathan Thunder déCRIvent des chemins parcourus immenses, marqués de larmes et de sang. Il y a encore des aigles dans le ciel de Mankato où furent pendus 38 Dakotas pour l'exemple sur ordre de l'humaniste Abraham Lincoln. L'atmosphère est toujours pesante à Mankato, ville du bannissement. Les militants de l'AIM et d'autres Indiens l'ont rappelé en s'opposant aux acteurs descendants en costumes de colons défendus par la police lors des célébrations des 150 ans de l'édification de St Paul à Fort Snelling au printemps dernier, ils l'ont souligné aussi dans la manifestation contre la guerre pendant la RNC. Les Indiens, comme les policiers, sont toujours en costumes d'époque, mais ce n'est jamais la même époque. La roue tourne, c'est ce qu'elle sait faire "La lutte est comme un cercle, elle peut commencer à n'importe quel point, mais elle ne se termine jamais" (Sous-commandant Marcos). Pas de lutte, pas de peinture. L'art entraine parfois sublimement lorsqu'il n'invite pas à l'oubli. Il est toujours second et lorsqu'il le sait, alors on peut vraiment regarder (réagir).

Dans Mama Too Tight (Impulse), Archie Shepp avait dressé un juste portrait du peintre afro-américain Robert Thompson (aussi connu comme Bob Thompson). Robert Thompson aimait montrer la vie en couleur, des couleurs d'un constat humain espéré, issues du XIXème siècle, siècle indépassable, amplificateur géant interminable, inqualifiable, appelant les siècles suivants à marquer leurs progrès par la guerre toujours plus 2voluée. Nombreux sont ceux qui avaient découvert l'existence de Robert Thompson par la couverture (mal imprimée) du disque sud-américain de Steve Lacy : The Forest and the Zoo (Esp). La forêt et le zoo, en deux mots tout est dit, Archie Shepp le met très bien en musique aussi, on entend tout en prêtant l'oreille : même l'élection "avenir" de Barack Obama suivie du retour des "Clinton", on entend aussi les 240 ouvriers de Republic Windows and Doors à Chicago demandant leurs indemnités légales de licenciement, des cris lointains d'Afghanistan et le Sheriff Fletcher toujours occupé à fabriquer preuve sur preuve pour confondre les anarchistes de St Paul. On entend des signes multiples, multiplicateurs et multipliés, et c'est stimulant, pour peu qu'on n'en reste pas seulement à la musique qui ne pourra jamais rien pour personne.

Il sera sans doute toujours temps de constater la faillite de l'art et sa lente dégradation causée par ses sujets mêmes. Lesquels sujets devraient abandonner les gémissements (ils font - certes - ça très bien) de salons , forcément inélégants, pour rejoindre les véritables damnés de la terre (qui font ce qu'ils peuvent)... un roi doit avoir les mêmes souvenirs que ses sujets (Sartre) à moins que les sujets ne se souviennent de rien.


Image : Texte de l'exposition Honor the Earth - The Impacted Nations

1.12.08

NE PLUS LAISSER FAIRE



Fabrication de boucs émissaires a Tarnac, sécurisation scandaleuse de la haute finance, hausse du chômage malgré les profits, suicides en série dans les prisons, projet d'incarcération des enfants, fastes de la cour, criminilisation des pauvres, allongement du temps de travail, manipulation de la presse (qui ne se fait pas prier), chasse aux SDF, chasse à l'immigré... Combien faudra-t-il d'"indices" sinistres tombant quotidiennement pour comprendre où nous vivons et nous sortir de notre tord-peur ? En voici un autre juste transmis par RESF Isère :

"Une première en Isère : des enfants raflés à l'école
vendredi 28 novembre 2008 (16h28)

Hier s'est produit un fait très grave à l'école du Jardin de Ville, à Grenoble. A 15h45, un père de quatre enfants (un moins de trois ans, deux scolarisés en maternelle et un en CE1 à l'école du Jardin de Ville) est venu,accompagné de deux policiers en civil, chercher ses enfants, pour "un rendez-vous en préfecture", ont compris les enseignants. A 19h, on apprenait que la famille au complet était au centre de rétention de Lyon.

Ils y ont dormi. Ils étaient injoignables hier soir. On a réussi à les joindre tôt ce matin aux cabines téléphoniques du centre de rétention (qui, rappelons-le, est une prison). Ils étaient paniqués. On a prévenu le centre que la CIMADE, seule association ayant le droit d'entrer dans les centres de rétention, irait voir la famille ce matin. Arrivés au centre, les militants de la CIMADE les ont cherchés, sans succès : la famille était en route pour l'aéroport, leur avion décollant une demi-heure plus tard.

Nous n'avons rien pu faire, nous attendions que les militants des la Cimade comprennent la situation de la famille, afin de pouvoir les aider en connaissance de cause. Ils ont été expulsés ce matin. Leurs chaises d'école resteront vides.

C'est une première en Isère : la traque des étranger-e-s pénètre dans les écoles.

Les seuls enfants en situation irrégulière sont ceux qui ne sont pas à l'école.

Nous vous demandons de bien vouloir faire circuler cette information le plus largement possible. Personne ne doit pouvoir dire "on ne savait pas".

Merci

Réseau Education Sans Frontières 38"


Photo Jacques Guez - Expulsion de familles d’immigrés, il y a trois ans, le 2 septembre 2005- jour de la rentrée scolaire - 4 rue de la Fraternité à Paris XIXe