Enfants d'Espagne

Enfants d'Espagne

3.3.23

ZAD SONG

Eh bien voilà que le terme zad est utilisé par la gent politique comme insulte. Bien évidemment aucun de ces paltoquets n'a idée du sens réel de ce néologisme corrompant leur "zone d'aménagement différé" en une commune "zone à défendre". On soulignera simplement que la mise en pratique de la zad a su mettre en échec un désastre écologique, ce que le personnel politique est bien incapable de réaliser.

À voir le film de Keru (musique Ursus Minor et Desdamona) 

1.3.23

LA MONTAGNE DE THOMAS SALVADOR

 

Le cinéma s'angoisse de sa disparition possible, alors certains films (Spielberg, Mendes...) surlignent ses étranges capacités à porter une incomparable beauté que ne saurait remplacer aucune high tech refoulant les êtres vers une stérile domesticité. Mais mieux encore lorsque le cinéma, passant sur son autocélébration en compréhensibles s.o.s., poursuit sa quête originelle, propose un petit quelque chose de neuf, une façon de se resituer dans l'existence, une autre manière de récit dont lui seul détient encore les secrets. La Montagne, deuxième long métrage de Thomas Salvador, offre cette impression. Le film vibre de sa propre instabilité, il cherche sa vérité, sa beauté, en même temps que son interprète, en même temps que nous. Il découvre, nous découvrons et comprenons que comme les roches des montagnes, nos vies ont besoin de fragiles glaciers soudeurs. Il nous pense assez grands, ou assez enfants, pour comprendre que le réchauffement climatique est une infinie catastrophe, sans panoplie d'accents forts, que le corps se pense, que la pensée a un corps et des vérités minérales. Et nul autre que Thomas Salvador ne pouvait interpréter ce que son film inspire de sensibles parallélismes, de vertiges abruptes et distingués, de bras éveillé et d'amour discret ; Louise Bourgoin toute en décidée lumière douce.

Photo © Le Pacte

27.2.23

LÉGION (SUITE)

Enfin, une image parfaitement cohérente, celle du régent de la start-up République Française remettant la napoléonienne légion d'honneur au fossoyeur-milliardaire-multicartes Jeff Bezos, le 16 février 2023, jour de grève et de mobilisation contre la réforme des retraites.
 

26.2.23

LÉSION ÉTRANGE

 On entend beaucoup dire - et ça s'avère juste en température "sociale ressentie" - que la "période" est "dure", "brutale", "désillusionnée", "hypocrite", "démoralisante", "révoltante"... heureusement pour se ressourcer autrement, il y a de sacrées bonnes offres de concert :


25.2.23

UN ÉTONNANT VACCIN

 

La nouvelle - à confirmer - vient de tomber, qui devrait réjouir les inquiètes et inquiets des meurtrissures grandissantes de la langue : après des années de recherche, le professeur Robert Moulakouglof de l'université de Strützel aurait mis au point le vaccin anti "du coup". Celui qui est surnommé le petit Robert dans les milieux scientifiques serait en train de travailler à un vaccin anti "ou pas".

13.2.23

TRADUCTEURS, TRADUISEZ*

 

"La France renoue avec une tradition, non pas millénaire mais ancestrale, qui consiste à être capable de manifester dans le calme, sans débordement et sans violence. Donc  je tire mon chapeau, à la fois je le dis, aux syndicats, aux services d'ordre des syndicats, mais à la fois au préfet Laurent Nunez, au ministre de l'intérieur, qui ont fait en sorte que ça ne dégénère pas. C'est l'image d'une France qui manifeste dans le calme, avec sa détermination, mais dans le calme, ça je pense que c'est fondamental. (...) Là on est dans le cadre le plus, pardonnez moi l'expression, classique dans l'histoire de la Ve République, avec un projet de loi qui est sur la table. Donc, on est dans l'écoute et dans le dialogue partagé, ça veut pas dire qu'on tombe d'accord avec tout le monde, mais ça veut dire que du côté des syndicats, des forces politiques et des français qui se mobilisent, ils voient qu'il y a du répondant en face et qu'on a été capable déjà de changer pas mal de fois notre projet."

Le porte parole du gouvernement de la République Française qui révise ses "classiques" et l'histoire "ancestrale" (France Inter, 12 février 2023).  

Traduction possible :"Fabuleux vos petites manifs tranquilles dont on a rien à foutre, ça donne un petit air de démocratie pas dégueu... non seulement on vous la fera bouffer notre loi, mais en plus on aura rétabli le calme et tout le monde retournera au boulot jusqu'à plus d'âge dans une parfaite distribution des rôles."

* Titre emprunté à Brigitte Fontaine in "Comme à la radio" (Saravah 1970)

12.2.23

EFFET PIGEON

 

Un important nombre de citadins déteste la présence animale (sauf celle, sous contrôle, des domestiques-chiens) dans leur ville, et particulièrement celle des pigeons victimes d'une haine cruelle (ces oiseaux ne sont certainement pas responsables du "grand emmerdement"). Jalousie possible de ne pas avoir d'ailes et donc - pour paraphraser Mohamed Ali - pas d'imagination.

Photo : Shreeram M V

10.2.23

BURT BACHARACH, LES BEATLES ET FRANCE INFO

 

Pour Jeanne et Suzanne,

Ainsi pour le speaker de France Info (9 février 2023 20h), Burt Bacharach (qu'il prononce "Bas chat rat") a été "le compositeur des Beatles". Pour rance-info : dans son premier LP en 1963, le groupe de Liverpool a repris la chanson "Baby it's you" co-composée pour les Shirelles en 1961 par Mack David, Luther Dixon et Burt Bacharach (reprise qu'on peut facilement estimer assez faiblarde et qui n'a certainement pas contribué à la célébrité du groupe, lequel n'a d'ailleurs jamais rien demandé à Bacharach ; pas besoin d'être grand journaliste de radio pour savoir qui sont les compositeurs des tubes des Beatles). Ça fait peu pour être en une... Dionne Warwick par contre, c'est beaucoup, le principal peut-être, même si ce n'est pas tout, un tout gigantesque. "Walk on by" en effet !

5.2.23

ERNEST ET CÉLESTINE :
VOYAGE EN CHARABIE

Encore visible en salles, Ernest et Célestine : Voyage en Charabie (sortie 14 décembre 2022) traite, avec ferme tendresse et douce beauté, des questions relatives à nos libertés vis à vis du travail, de la famille ou de la patrie. Et la devise charabienne : "C'est comme ça et pas autrement", nous rappelle réponses et discours obtus, frénétiques et médiocrement infernaux de l'actuel roi de France et sa garde rapprochée.

 Remarquable aussi : la musique de Vincent Courtois en ingénieuse harmonie, tant avec les personnages (qu'elle sait généreusement personnifier), l'histoire du film ou sa forme. De plus l'idée de liberté, dans ce dessin animé, est liée à celle de musique. Ernest et Célestine vivent avec Vincent Courtois comme ça et bien autrement.

ADIEU AU LANGAGE

(Détail d'une affiche publicitaire vue dans le métro parisien)

28.1.23

IF WE COULD ONLY REMEMBER...

 

Les déplacements de La Petite Taupe et de Femmes Femmes sont des enseignements. Les enseignements de Femmes Femmes et La Petite Taupe sont des lieux. Les lieux résonnent des enseignements de passages dans les tournis plus ou moins cotons, ceux des certitudes du doute, de l'incertitude des pas pressés, des méditations intenses, des créations immenses parce que simplement humaines : If I could only remember my name, Pourfendeur de nuages, Une vie de faussaire, Love in us all, House Of Art, Ce merveilleux automne....

Pour Adolfo Kaminsky, Gina Lollobrigida, Paul Vecchiali, David Crosby, Wolf Erlbruch, Russell Banks, Pharoah Sanders, Rasul Siddik.

22.1.23

TRAVAIL - PATRIE

Lorsque de façons répétées, les murs et écrans (réduire la consommation électrique ?) publicitaires des transports en commun vous assomment de messages "Travail - Patrie", vous vous dites que vous avez peut-être manqué un truc ou bien vous vous rappelez une parole de Noam Chomsky "La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures."

13.1.23

JEFF BECK (NOS FRAGMENTS)

 

Nom de l'enfance avancée, de la petite adolescence, dans nos irremplaçables revues-boussoles, il a une place à part, moins criante, mais plus coriace que le reste, coriace dans la guitare. Nous sommes alors dans un monde de guitares à voix hautes. Jimi Hendrix a dit ce qu'il lui devait. Il y a eu les Yardbirds. Inévitables positionnements des cours de récré pour les trois guitaristes (les deux derniers transiteront en même temps - on verra Blow Up d'Antonioni bien plus tard) "Alors lequel tu préfères ?". Les copains apprentis guitaristes en parlent tout le temps. 

"Salut c'est Pop 2 !" et on entend "Superstition" au Bataclan pour pour la première fois. Stevie Wonder l'a écrit pour lui. Il en offrira sa propre version plus tard. Quand Tony Hymas vient à Chantenay-Villedieu en 1984, les musiciens anglais présents parlent de lui car Tony a été dans son groupe, l'histoire liant les deux hommes est forte. 

En 1990, terres indiennes. Tony coupe court à une explication-gymnastique, essai typique de producteur pour se retenir de nommer ; essai donc de décrire le type de solo nécessaire pour le texte de John Trudell à propos de Crazy Horse dans Oyaté : "C'est à Jeff Beck que tu penses ?" Un coup de fil de Tony et Jeff Beck enregistre. On est content. Ben oui, on est content. Ce n'est pas la célébrité, c'est la multiplicité des images qui s'accordent. Michel Doneda, Hugh Burns et Stuart Elliott sont avec Tony les autres musiciens. 

Dans un disque de John McLaughlin de 1995, Jeff Beck joue le "Django" de John Lewis (avec McLaughlin, Hymas et Mark Mondésir), c'est très gracieux, l'éclipse sans nécessité d'éclipser. C'est quoi le jazz ? Quelque chose qui se joue dans une vallée entre "Django" et "Superstition" ?

Tiens "Supersition" ! En 2003, Ursus Minor se forme (Tony Hymas - François Corneloup - Jef Lee Johnson - Dave King) et invite Boots Riley, Dead Prez, D' de Kabal, Spike, Ada Dyer et Jeff Beck. L'aventure est rendue possible grâce au festival Sons d'Hiver, très impliqué. Des répétitions à Campus, enregistrements aux Studios de la Seine, deux concerts les 18 et 19 janvier et un disque qui sortira en 2005 (Zugzwang). "Your guy is good" dit Jef Beck à Tony hymas après avoir entendu Jef Lee Johnson lors des répétitions. Guy Le Querrec photographie, offre son livre à l'ex Yardbird qui y retrouve certains de ses copains : "Oh Stanley !" (Clarke) ... Pendant la balance du 19 janvier, un petit riff joué par hasard ou par saine habitude donne naissance à une idée toute simple. Le concert se terminera, en forme de rappel, par une longue version de "Superstition" ou le rappeur M1raconte l'histoire du morceau pendant l'introduction, puis Ada Dyer chante (elle connait ça par cœur, elle est passée chez Tamla-Motown), tout le monde rappe, c'est furieux, c'est libre, et cette guitare vibre des inattendus et des métamorphoses dont elle est la racine.

Des années plus tard dans le Minnesota, Beck-Bozzio-Hymas sont au même programme que BB King, lequel invite l'auteur du fondamental Beck Ola, disant à l'auditoire : "sans ces jeunes types en Angleterre qui aimaient tant notre blues, jamais je n'aurais pu être vraiment un King". 

N'empêchons jamais les chemins de terre de se croiser, ceux de traverses des ombres particulièrement. La guitare éclair traçant son présent s'est tue le 10 janvier. 

 

• Photographie : Guy Le Querrec - Magnum, Ursus Minor à Sons d'Hiver, Villejuif, 18 janvier 2003